DECLIN DE L'ARGONNE INDUSTRIELLE AU DEBUT DU XX° SIECLE
Utilisant à profusion le bois comme combustible, l'eau vive des gorgeons gaizeux comme source d'énergie, les ressources locales du sous-sol — argile du gault, sables verts, craies, gaïze, nodules de phosphate de chaux, fer oolithique même — et du sol — chêne, hêtre, chanvre, osier — comme matière première, les nombreux artisans de l'Argonne forestière faisaient de la contrée, au milieu du XIX° siècle, un foyer fort actif, à base surtout de petits ateliers prospères et variés dans leur production. La plupart d'entre eux héritaient d'une tradition et d'une expérience remontant, tantôt au. moyen âge, tantôt à l'époque gallo-romaine et à l'âge du fer.
En moins de cent ans, presque toutes ces entreprises, anciennes ou passagères, se sont éteintes, tandis que, parallèlement, celles du bois périclitaient. Elles ont subi la loi inexorable de la concurrence venue des grandes villes et des nouveaux noyaux industriels du nord-est de la France. Elles ont succombé par manque de capitaux nécessaires à leur modernisation, par pénurie de main-d'œuvre qualifiée et par éloignement des centres de consommation. La guerre de 1914-1918 qui les obligea à cesser temporairement tout travail leur a porté un coup définitif.
Cette décadence, l'Argonne l'a ressentie dans chacune des branches de sa vieille économie. Il ne subsiste aujourd’hui qu'une industrie médiocre, localisée, qui ne dispose que d'une clientèle réduite, et dont l'adaptation essentielle réside dans l'équipement électrique substitué au bois de chauffe. Plusieurs tentatives effectuées en vue d'introduire, dans les bourgs et les villes, d'autres usines (ouvriers étrangers à la région, produits importés) ont été, sauf exception, vouées à l'insuccès.
À la lumière d'un passé encore tout proche, se dégage l'ampleur d'un repli sans précédent dans l'histoire de l'Argonne.