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LES FERMES DE FONDATION ABBATIALE, HOSPITALIERE

Il est bien rare que l'on donne aux maisons précédentes le nom de ferme. On préfère réserver ce qualificatif à celles qui, correspondant à de

plus grandes exploitations — 50 à 150 ha —, se composent de plusieurs bâtiments disposés sur les quatre côtés d'une cour. Raréfaction en Argonne des fermes de type champenois. — Une carte

de leur répartition indique que ces dernières, parties intégrantes des villages et semblables à celles de la Brie ou de la Picardie, ne dépassent pas

sensiblement le talus des craies et les plaines du Rethelois, c'est-à-dire la rive gauche de l'Aisne supérieure à partir de laquelle elles cèdent la place à de rares fermes isolées, contemporaines pour la plupart des défrichemenis entrepris, du XII au XVI siècles, par les abbayes et les communes naissantes.

‘En parcourant les routes qui, de Reims, de Châlons-sur-Marne et de Vitry-le-François, convergent en direction de Sainte-Menehould, on traverse des localités des pays crayeux d'abord, des vallées de la Tourbe, de l'Auve et de la Vière ensuite, où prédomine la maison à cour fermée, ayant, quels que soient le nombre de têtes du troupeau et l'importance de la propriété, sa grange, son étable, son écurie et parfois sa bergerie séparées les unes des autres. Dans le sud et le centre de l'arrondissement de Sainte- Menehould, ce type champenois a pénétré en vallage d'Aisne, à Noirlieu, Argers, Braux-Sainte-Cohière et Maffrécourt par exemple, où il constitue toujours le noyau de l'agglomération. Ici et à quelques exceptions près, sa limite d'expansion vers l'est, souvent imprécise, coïncide avec les dernières terres argilo-limoneuses gagnées sur la forêt et non avec le talus de Valmy. C'est de part et d'autre de l'Ante que les oppositions, entre les deux villages

voisins, sont peut-être les mieux marquées : à Braux-Saint-Rémy, Daucourt et Elise, les diverses activités agricoles sont encore groupées au sein de la commune, dans leur majorité du moins, tandis qu'à Villers, Passavant ou Belval, elles se répartissent très inégalement entre le village à maïisons-bloc et les grosses fermes dispersées sur tout son territoire. d

Dans la zone de guerre, vers Servon, Ville-sur-Tourbe et Monthois, des maisons dont le plan, moderne, est conforme à une nouvelle organisation des exploitations, ont remplacé, depuis 1920, la plupart des traditionnelles habitations à cour enclose, endommagées ou détruites au cours des combats. Il faut aller dans les plaines agricoles de Bourca, de Vouziers et d'Attigny pour constater une poussée vers l'est des fermes de type champenois qui, se propageant jusqu'aux portes même de l'Argonne boisée, atteignent, non seulement la vallée de l'Aisne, mais encore, en certains points, les plateaux gaizeux de La Croix-aux-Bois et de Quatre-Champs où elles disparraissent progressivement devant les Noues, les Censes et les Granges isolées dans les clairières.

Caractères régionaux des fermes du type d'abbaye. — Située à l'écart de Saïinte-Menehould, en bordure des parcelles cultivées et des pâtures faisant partie de son domaine, l'une d'entre elles, la Haute-Maison, d'origine hospitalière, offre en regard de la route macadamisée qui la dessert spécialement, près d'une pièce d'eau, une construction massive, le logis, que rehausse à peine l'entrée de la porte cochère surmontée d’un colombier. Une grange de dimensions plutôt exceptionnelles, plus spacieuse encore que celle de certaines fermes picardes, occupe à elle seule la face opposée d'un rectangle de 50 X 25 m. Sur les deux petits côtés, les étables, les écuries et les diverses annexes — telles que le poulailler, l'abreuvoir et les abris maçonnés à betteraves —, reliées aux deux bâtiments principaux par un mur en brique jaune, achèvent de clôturer une cour au sol inégal et au centre de laquelle s'étale le tas de fumier.

Û Initialement conçue en fonction d'une exploitation ‘agricole basée sur la récolte des céréales, ce qui explique l'importance de la grange monumentale, la ferme a subi, par la suite, des transformations rendues nécessaires par le développement du troupeau. De là vient la mise en service d'un troisième bâtiment fondamental, plus récent, qui abrite, sous de vastes greniers à fourrage, une première série d'étables et des écuries particulièrement soignées, parce que destinées au cheval de trait ardennais dont l'élevage est ici en honneur.

On dispose, en outre, d'une seconde étable, toute en longueur et mieux

aménagée que celle de la maison-bloc d'Argonne, avec son couloir de circulation dallé, ses canaux d'écoulement et son éclairage électrique. Lui est contiguë et flanquée elle-même d'une chambre d'ouvrier, également en brique, une laiterie où se traite et s'entrepose le lait, distribué d'ailleurs, comme partout, dans la pièce d'entrée.

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