‹ L'Argonne et ses borduresChapitre 146 sur 162 · SR ON SPAS CE · texte numérisé non relu

SR ON SPAS CE

d'entre eux où les familles d'ouvriers sont encore en majorité, n'ont plus, comme ressources, que l'élevage, les arbres fruitiers et quelques emblavures préservées lors d'un remembrement rendu nécessaire par l'émiettement des propriétés.

Les Islettes ont, de tout temps, vécu de leurs usines et cette orientation met l'accent sur les variations très sensibles du nombre des habitants: un exode correspond à un licenciement de personnel; un retour au pays, à la mise en chantier, à l'ouverture et la croissance d'une nouvelle entreprise. Châtel-Chéhéry (420-730). — Dans un site plus remarquable encore, Chôâtel-Chéhéry nous offre l'exemple unique d'un noyau réunissant, à divers degrés, toutes les nuances de l'habitat visibles en Argonne, d'une dispersion qui résulte à la fois de la présence conjointe d'un monastère et d'un château, avec tous les aléas que comporte ce voisinage, de la dispersion de trois grosses exploitations agricoles et, enfin, de la succession, au cours d'une histoire riche en épisodes, de plusieurs petites industries de natures fort différentes. Re Ici se retrouvent, dans leur essence, les caractères communs à Beaulieu, à Passavant et aux Islettes. Le paysage rural est harmonieusement divisé : — un tiers en forêt, dont les couverts descendent à l'est jusqu'au pied de la côte des qgaizes et s'enfoncent à l'ouest, sur une profondeur de trois kilomètres, en direction de Binarville et de Lançon;

ES res bbourées Pâlures

SET Vergers ordins forêt

Ée, HER A) ÉD F 4 TELE sa K XRSTATION HYDRO-ÉLEUTR:

CRE VERRE REP (SE CA ? à

Fig. 32. — Dispersion de l'habitat, à Châtel-Chéhéry. Les dates indiquées en parenthèses jalonnent les étapes de l'histoire du village et de ses fondations.

— un tiers en cultures, celles-ci occupant deux bandes de terrain. Large de 200 à 300 m, la première se situe, à flanc de coteau, en bordure du chemin de Marcq à Apremont, sur les pentes argileuses doucement inclinées vers l'Aire. La seconde étale, à partir de la route nationale de Grandpré à Varennes et à surfaces égales à celles des prairies, les parcelles morcelées des fermes des Granges et de Pleinchamp;

— un tiers en pâtures, principalement dans la plaine alluviale de la rivière, où elles ont remplacé des terres labourées. —

x ar

Faut-il attribuer à l'époque gallo-romaine la fondation, en cet empla cement privilégié, des premiers établissements humains? Rien n'est moins certain, bien qu'un Castrum Juliæ ait été signalé ici par plusieurs historiens (1). Quoi qu'il en soit, un château-fort a présidé, depuis une date indéterminée et jusqu'aux débuts du second millénaire, aux destinées de Châtel dont les comtes de Dormois avaient fait un de leurs fiefs préférés. Succédant au prieuré construit en 1147 par des religieux venus de La Chalade, l'abbaye cistercienne de Chéhéry, érigée vers 1240 sur la rive opposée de l'Aire, en face du Châtelet, viendra bientôt substituer, non sans heurts, son

influence à celle des seigneurs. Sous le double regard des pouvoirs séculier

et régulier, des écarts se sont, à diverses reprises, constitués. Les fermes et l'abbatiale, maintenant désaffectée, existent toujours; maïs, de la forge comme de la fabrique de poteries du XVII siècle, que reste-t-il? sinon des lieux-dits à peine indiqués dans la topographie. Si nous regardons plus près encore, des carrières ou des sablières ont été exploitées puis, pour la plupart, abandonnées. Les moulins à nodules de phosphate de chaux n'auront eu, eux aussi, qu'une durée éphémère. Enfin, au moment précis où se ralentit le trafic de la gare, dernier venu des hameaux, une station hydro-électrique vient introduire, en 1925, et sous une forme nouvelle, un élément de plus dans l'éparpillement de Chéhéry. Par contraste, Châtel qui aligne en amphithéâtre ses vieilles maisons, au contact de la futaie et d'une route d'intérêt secondaire, n'a conservé comme sources essentielles de revenus que le bois, le verger et le troupeau.

REPARTITION, PARTICULARITES ET IMPLANTATIONS DES VILLAGES. — Colonisation des coteaux et des vallées. — Dans l'Argonne des gaizes, il n'y à qu'un nombre très restreint de villages de plateaux. Les difficultés du ravitaillement en eau, que l'on est dans l'obligation d'aller chercher à des sources parfois assez éloignées, de mettre en réserve dans des citernes ou de puiser à de grandes profondeurs, expliquent déjà cette rareté, que justifie également la valeur inégale des sols.

C'est pourquoi les communes forestières du type de Beaulieu, vivant de leur artisanat et du bois, ne sont que des cas exceptionnels. Florent, qui était pourtant la seule agglomération entre Sainte-Menehould et Clermont lorsqu'elle bénéficia d'une des premières chartes d'affranchissement, ceci en 1226, nous offre l'exemple d'un repli sur elle-même, d'un regroupement autour de son château surveillant la frontière de Biesme, après un essai infructueux d'essarter les districts de Rohaïs et des Hauts-Bûtis.

À l'inverse, si l'expérience agricole a donné des résultats positifs sinon satisfaisants, d'autres communes : Les Alleux, La Croix-aux-Bois, Binarville ou Saint-Thomas notamment, à l'origines desquelles se retrouve en général un prieuré, ont orienté leurs activités, partie vers les cultures sur les terres limoneuses, partie vers la coupe, le débardage et leurs à-côtés. Le plan, la répartition des annexes et des biens sur le parcellaire, le compartimentage des haies mitoyennes même traduisent encore, en dépit des modifications apportées depuis lors, les improvisations de la période des défrichements.

— Au fur et à mesure que l'on tend à se rapprocher de.l'Aisne, la fréquence des villages, des hameaux et des fermes va en s'accroissant. Elle coïncide avec une zone de peuplement qui s'étend vers l'ouest aux collines de la rive gauche, vers le sud en direction de la vallée de l'Ante et de la clairière de Triaucourt conquise sur les masses forestières de Belval. Si une distance assez régulière — 4 à 5 km environ — sépare les localités les

(1) Buïrette : Histoire de Sainte-Menehould, livre I, p. 50 et sq.

unes des autres, la dispersion de l'habitat, phénomène constant jusqu'au

XVIIF siècle, exprimée aujourd'hui encore, même sur une carte au 1/200.000°,

par la distribution des écarts à l'intérieur des territoires communaux,

eh formellement les vallages de l'Argonne de la Champagne ou de la orraine :

« aux petites individudlités observant entre elles un certain intervalle ».

Avec le haut Moyen-Age, nous trouvons les origines de cet ordre actuel. Les concessions de terres, les donations effectuées, tant par des seigneurs que par des abbés sont inscrites dans les chartes des XI° et XII siècles. Chaque implantation est un cas d'espèce. Il serait oiseux de les citer toutes. Suivons seulement, à partir de 1050, l’histoire des établissements aux environs de Sainte-Menehould.

Nous en avons déjà entrevu la complexité à propos de la réduction des surfaces boisées, de l'assainissement des marécages et de l'extension de l'agriculture sur les coteaux de l'Aisne où les sols semblaient plus productifs que ceux des plateaux. Il est curieux de constater l'extrême diversité des influences qui ont joué dans cette contrée. En 1126, les chanoines de Saint- Remy de Reims, trop lointains pour assurer convenablement la gestion des biens — souvent mal définis — qu'ils possédaient en Argonne, autorisent la création d'une communauté à Braux-Saint-Remy. Très vite libérée de leur obédience, cette dernière gagne sur des forêts appartenant à Beaulieu et à Monthiers les parcelles des censes de Verneau, de Failly et de La Hotte. Elle entreprend bientôt des défrichements sur la rive droite de l'Ante, à Villers-en-Argonne qui, passé aux mains de Châtrices, deviendra par la suite un gros village. Un peu plus au nord, l'ordre de Saint-Vanne de Verdun, contournant le fief de Sainte-Menehould, fonde semblablement le prieuré de Chaudefontaine (1132), dont on peu voir encore, sur une croupe dominant la commune, une remarquable cour. Les cisterciens de La Chalade, dans leur poussée vers l'ouest, en installent un autre à Orbéval, pendant que la châtellenaie d'Elise, isolée au centre de ces empiètements, réussit à obtenir son autonomie du comte de Dampierre-le-Château (1135). Sous l'impulsion de ses abbés, qui prirent en tutelle la paroisse de Saïinte-Menehould même, Moiremont, déjà plus ancienne (1074), disperse un peu partout des noues et des granges, à Bignipont, au Sougniat, à La Neuville-au-Pont et à La Placardelle. Elle exige enfin de Chaudefontaine un acte de soumission. Dans de telles conditions, il est compréhensible que des litiges éclatent. Les querelles qui opposent Moiremont à neuf communes voisines au sujet de La Placardelle et des futaies de Rohaïis s'envenimant, un interminable procès s'engage, où l'on fait appel non seulement au seigneur de Vienne-le-Château, à l'évêque de Verdun puis au comte de Champagne, mais encore au gouvernement de la France. Un arrêt royal, en date de 1818, viendra mettre un terme à cette contestation, unique dans les annales de l'Argonne puisque sa durée fut de cinq cents ans environ.

Certains noyaux plus actifs ou mieux favorisés, ayant obtenu leur charte, formeront petit à petit l'ossature des communes. En revanche, la disparition de certaines fermes, voire de petits villages à peine constitués, viendra décongestionner un habitat caractérisé par, l'extrême multiplicité des hameaux. Au début du XV° siècle, par exemple, près du confluent de la Biesme, la bourgade d'Haulzy s'effacera de la carte sans laisser de traces : «“ le bois y a repris possession de son domaine. Au milieu du XIX* siècle, « on « entrepris le défrichement des terres qui longent la vallée de l'Aisne « pour créer la ferme de Sébastopol, pauvre ferme d'ailleurs, que l'on ferait «mieux de restituer à la forêt.» (1)

(1) G. Goury : Les Etapes de l'humanité : L'Enceinte d'Haulzy, introduction.

Si, dans la plupart des cas, un regroupement partiel a été réalisé, Chôâtrices présente encore, depuis la destruction de l'abbaye, quelques maisons de pauvre apparence groupées autour de la mairie, et sept écarts dispersés aux quatre vents d'un territoire aux formes contournées. , Peut-on ici, même à présent, parler de communauté, alors que les habitants se tournent, les uns vers Daucourt, les autres vers Villers où se trouvent l'école, l'église et le cimetière. Que dire alors, dans un même ordre d'idées, de la limite administrative qui sépare Les Vignettes du bourg des Islettes !

— L'histoire du val de Biesme, tout aussi typique que celle des coteaux de l'Aisne, est un peu différente en ce sens qu'ici interviennent des influences d'ordre artisanal et industriel. Le développement des ateliers de potiers ou de fondeurs, celui des fours au verre principalement, avaient, depuis le XIV siècle, transformé la vallée, surtout en amont des Islettes, en une suite de villages très rapprochés qu'une file presque ininterrompue d'habitations permettait mal de distinguer les uns des autres. Le parcellaire de Futeau indique, qu'en 1835, Bellefontaine et Courupt se rejoignaient. Un siècle plus tard, Bellefontaine commence à tomber en ruines, tandis qu'une auberge, une gentilhommière et une maison forestière subsistent seules de la seconde annexe. Un sort peu envible semble réservé à Futeau, privé de son usine et réduit, sur un territoire exigu remembré en faveur de la prairie, aux travaux de la coupe. Insensiblement, Le Claon et Le Neufour, à l'image de Futeau, redeviennent ce qu'ils étaient avant leur récente érection au rang de communes (1730), avant la concentration de l'industrie du verre dans l'orbite des Islettes.

— Si nous suivons à travers les écrits du XVII siècle (2) l'évolution de l'habitat dans une autre vallée, celle de La Fournelle, il s'avère que le regroupement au sein des villages, à Quatre-Champs, Toges et Balay, presque achevé maintenant, s'est opéré beaucoup plus tôt. Mais ici, la structure agraire a conditionné cette concentration.

— Il nous reste à examiner en dernier ressort le cas du val de l'Aire où, en aval de Varennes, les localités se suivent à des intervalles plus réguliers encore que ceux du bassin de l'ouest de l'Argonne. Au pied des côtes gaizeuses, une agglomération ancienne. En face, sur la rive droite, favorisée par des communications plus faciles, notamment la route de Marle à Verdun, une autre bourgade. La juxtaposition de Senuc-Termes, de Grandpré-Chevières, de Marcq-Saint-Juvin, de Cornay-Fléville et de Baulny- Apremont semble correspondre à un ordre judicieusement établi. Généralement, en face d'un château s'était construite une abbaye, une fondation monastique, ou vice-versa. Cependant, à l'exemple de Châtel-Chéhéry dont nous connaissons le passé, nous avons vu éclore, tout le long de l'Aire, des îlots de dispersion. Toutefois, par un phénomène naturel bien compréhensible, ils n'ont que rarement dépassé le bas des versants boisés de la gaïze et le rebord des plateaux calcaires peu fertiles.

Les initiatives individuelles, tant des défricheurs que des artisans et des maîtres-verriers, élargissant aussi bien au XI° qu'au XIV: siècles le cadre des communautés, ont amené les hameaux, les fermes, à se rejoindre aux confins de territoires souvent disputés. Il en fut ainsi de Passavant, prenant Eclaires et Le Chemin à Beaulieu et les perdant à son tour quelques centaines d'années après. Les partages intercommunaux ne se sont stabilisés que très récemment, laissant subisister de nombreuses anomalies, visibles sur les plans cadastraux.

Localisation. — Par le caractère de ses habitations et l'agencement de ses villages, l'Argonne diffère de ses confins occidentaux et orientaux où réapparait, avec toute son expression, l'habitat groupé.

(2) Archives du département des Ardennes, des abbayes du Mont-Dieu et de Landèves.

À — Sainte-Menehould, vue aérienne. A l'arrière plan, au centre, le défilé des Islettes

Photo Greff, Pilote-opérateur R. Henrard

Page 1