‹ L'Argonne et ses borduresChapitre 147 sur 162 · PLANCHE X · texte numérisé non relu

PLANCHE X

B — Bellefontaine, hameau en forêt, près des sources de la Biesme

C — Varennes : la « ville haute » et la tour de l'Horloge restaurée

— À l'ouest des itus de Bourcq, Vale et Saint-Mard, les localités se situent, tantôt au long des vallées des affluents de l'Aisne, de la Suippe ou de la Vesle, tantôt en leurs « sommes ». Nous n'y voyons plus d'écarts, sinon quelques relaïs d'étapes sur les routes principales —— Relais de Somme- Vesle, de la Côte de la Lune, de Mazagran — et, exceptionnellement, au milieu des campagnes découvertes, de grosses fermes, pour la plupart assez récentes. À l'encontre de ce qui se passe en Argonne, tout ici concourt à la concentration : axées sur un chemin ou sur un carrefour, les communes sont moins aérées : ramassées et repliées sur elles-mêmes, elles regardent vers l'intérieur de l'agglomération, vers le noyau central, plutôt que vers les terres. La recherche des points d'eau a été un facteur non négligeable dans le choïix de l'emplacement. Les distances entre les individualités rurales, nettement distinctes les unes des autres, s'espacent et atteignent, autour de Suippes, de 6 à 10 km.

— À l'est de l'Aire, les contrastes sont moins évidents. La structure d'un village des plateaux du Barroïis ressemble très souvent à celle de Laheycourt, de Passavant, et même de Chôûtel-Chéhéry. Nous avons néanmoins attiré l'attention sur quelques divergences de détail: matériaux employés, contiguité des maisons, forme des toits, utilisation des parges. Ajoutons que les hameaux et les fermes du type d'abbaye, si fréquentes en Lorraine, font presque totalement défaut sur les hauteurs de Montfaucon-Lavoye, presque désertes et délaissées par l'homme qui s'est réfugié dans les fonds de la Buanthe, de l'Agron, du Wadelaincourt et de la Cousances. Seuls étaient occupés avant 1920, les promontoires de Vauquois et de Montfaucon.

L'Argonne forestière, ses vallées intérieures et le pourtour des grands bois, formait depuis le haut Moyen-Âge une ‘enclave d'habitat dispersé. Celle-ci procédait à la fois des gains sur la futaie et les marécages, les essartages, des petites industries isolées et d'une économie agraire ayant conduit à l'émiettement de la propriété à une époque où les cultures étaient une des préoccupations essentielles de la population. En dépit du regroupement amorcé dès la fin du XVIII siècle, l'habitat argonnais fait toujours figure d'ilot entre ceux de la Champagne crayeuse et de la Lorraine. Por son particularisme, il s'apparente à la Champagne humide, au Der et au

Perthoïs qu'annonce, vers le sud, le Bas-Pays de Givry.

PREDISPOSITION. — L'ordre actuel découle, dans ses grandes lignes, d'une organisation datant du Moyen-Âge. Des traces d'une implantation de l'homme, beaucoup plus ancienne encore, sont cependant parvenues jusqu’ à nous (1).

Châteaux et abbayes antérieurs au XI° siècle. — Au lendemain de l'invasion des Vandales (406), une des plus redoutables, certains sites d'Argonne étaient déjà fortement tenus par les seigneurs des comtés de Dormois, de Castrice et d'Astenaï, tant contorversés dans leurs zones d'influence respectives et même dans leur existence. De petites bourgades protégées par des châteaux-forts, maintes fois détruits et reconstruits, s'élevaient à Château-sur-Aisne (Sainte-Menehould), Vienne-le-Château, Autry, Chastaï (Chatel), Grandpré et Châtillon-sur-Bar, par exemple. A l'issue d'une période fort troublée qui s'étendra sur plusieus centaines d'années, elles se transformeront, ici en villages, là en gros bourgs.

Entre ces fiefs, la forêt profonde dans laquelle se sont, très tôt, retirés

(1) Géographie universelle, tome VI: « La France », deuxième partie, p. 196 et sq.

les ermites: les oratoires de Senuc (416), Saïint-Rouin (642) et Moiremont (680) ouvrent la voie aux abbayes de Moiremont (VIII siècle), Beaulieu (1.000) et Chéhéry (1.000), à la seconde civilisation monastique. Seul, Saint- Rouin a gardé son caractère primitif, celui d'un simple ermitage aux sources de la Biesme.

Les Gallo-Romains. — Cet habitat sporadique des VIII et V° siècles vient renouveler et transposer celui des III et Il° siècles de notre ère, celui des « castra » et des ateliers de potiers ou de céramistes qui s'échelonnaient aux abords des voies romaines ou s'en éloignaient à la faveur d'un diverticule. Parmi les ruines exhumées, retenons d'abord Castra (Chestres) qui fut probablement, sur la route de Reims à Trèves, le plus grand camp d'Argonne, la poterie du Pont des Rèmes (Le Claon) et la verrerie des Houïs (Sainte- Menehould), deux des centres les plus actifs. Citons aussi, du nord au sud: Voncus (Vonca), Castrum Juliae (Châtel ou peut-être Grandpré), Axuenna (Vienne-la-Ville) et Castricia (Châtrices ?).

La Préhistoire. — Les nombreuses fouilles effectuées depuis 1900 par MM. Loppinet, Chenet, Goury et Mauget ont révélé l'existence de toute une série, non seulement de tumulus à incinération, mais encore de véritables nécropoles avec enceintes à vallum. L'homme, dans une période de transition entre Hallstatt et la Tène I, avait édifié des refuges sur les rives de l'Aisne et de l'Aire, ainsi qu'en forêt de Hesse. Des industries auxquelles il se livrait, nous possédons, grâce à Goury notamment, des pièces provenant du travail du bronze ou du fer — torques, bracelets, poignards, pointes de lances — d'une part, de la terre argileuse — vases, urnes funéraires — d'autre part.

Les recherches des archéologues ont abouti à la reconstitution des stations suivantes, toutes dotées, quoique inégalement, d'un matériel funéraire.

Varennes.

Refuge spacieux dans une enceinte de 400 X 300 m, levées de terre, nombreux ossements.

Fouille Loppinet (1905) Haulzy.

À quelques kilomètres de Vienne-la-Ville, près d'un village détruit au XV° siècle, nécropole avec enceinte à vallum presqué rectangulaire (120 X .100 m), 78 tumulus à incinération comportant une urne centrale. À

Fouille Goury (1912) Verrières-en-Hesse.

Lieu-dit, sur le trajet de la voie romaine du Pont des Rèmes à Verdun, territoire de la commune de Récicourt; 12 tumulus à calotte sphérique, cadre de qgaize.

Fouille Loppinet (1907) La Croix de Pierre.

Plateau à l'ouest de Neuvilly, 9 tumulus gaizeux.

Fouille Chenet (1911) Châtrices.

Aux abords sud-ouest du village, 6 tumulus semblables. Fouille Chenet (1911) À côté de ces stations caractéristiques, il en existe d'autres, soit de Halstatt — Dommartin-sous-Hans — soit de la Tène — Marson — sans

compter les vestiges de campements ou de refuges par trop imprécis et d'âge indéterminé — Autry, Binarville, Ante, Moncets, au sud, Ballay,

Quatre-Champs, Noirval, au nord. Goury a judicieusement insisté sur le fait que les enceintes préhistoriques avaient été établies sur les coteaux ou à mi-hauteur, laissant toutefois quelques cités lacustres dans les fonds de vallées. Il ajoute, non sans raisons, qu'une difficulté majeure entrave la résolution du problème de l'implantation de l'homme dans l'Argonne des gaïizes : que cache en effet l'épais tapis végétal forestier des plateaux et des buites-témoins ?

À la lumière des indices jusqu'à présent recueillis, s'affirme la valeur de sites qui, fréquentés ou habités dès les origines, le seront peu ou prou sous les Gallo-Romains et durant le premier millénaire, avant de devenir, au début du second, des noyaux du peuplement moderne : Haulzy, Axuenna, Vienne-le-Chôteau, aux confluents de la Bionne, de la Biesme et de l'Aisne; Varennes, Neuvilly, Chôâtel-Chéhéry, sur les terrasses de l'Aire, près du débouché du défilé du Four de Paris; Ballay, Quatre- -Champs, Chätillon-sur- Bar, Landèves enfin, dans les clairières passagères de La Fournelle. En ces lieux sont concentrés tous les aspects de l'habitat de l'Argonne : stations, nécropoles, châteaux, abbayes, censes, hameaux, communes à chartes, fermes, gentilhommières, ateliers, maisons neuves de 1925. Les prémisses de l'histoire de Montfaucon, de Clermont et de Sainte-Menehould prêtent à confusion et relèvent de l'hypothèse : nous ne détenons aucun critère précis qui puisse nous éclairer sur les antécédents gaulois ou néolithique de ces trois cités.

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