‹ L'Argonne et ses borduresChapitre 149 sur 162 · FRONTIERES ET SURVIVANCES · texte numérisé non relu

FRONTIERES ET SURVIVANCES

La carte établissant les diminutions de population survenues entre 1836 et 1936 indique, pour l'Argonne, des pertes très sévères, Pourtant, depuis le XT° siècle, depuis des époques plus reculées encore, cette contrée, à l'ombre de ses forêts, paraissait florissante.

Elle doit cet effondrement au déclin d'une économie attardée. Elle n'avait pas d'organisation régionale. Bien qu'accessible par ses défilés, elle fut cependant tenue à l'écart des axes principaux de la circulation ferroviaire, lorsque, à proximité, les villes de Champagne, d'Ardenne et de Lorraine s'industrialisaient.

L'Argonne se ressent toujours de la double crise économique et démographique récente. Trop de bras ont cherché ailleurs, depuis un siècle, une fortune meilleure. Devant cette épreuve, le groupement humain n'a que tardivement réagi.

Serait-ce que l'Argonnais, plus que le Champenois, l'Ardennaïis et le Lorrain ses voisins, ait perdu le goût de la vie rude qui fut celle des générations passées, attachées à faire valoir une terre trop souvent ingrate, à ressuciter maintes fois un pays ruiné au cours de l'Histoire, en raison de la frontière sur la Biesme et des voies naturelles d'invasion constituées par les défilés ? La race des bûcherons, des artisans, des maîtres-verriers et des petits propriétaires est-elle sur le point de disparaître ? Nous ne le croyons

as.

> Le renouveau apporté par la jeune industrie du bois, l'amélioration des cultures, l'élevage et la modernisation des méthodes et du réseau routier nous laisserait plutôt penser le contraire. Théâtre d'opérations militaires, l'Argonne n'o-t-elle pas fourni, en pleine crise économique, exemple de ténacité, l'effort de deux reconstructions successives : celle de 1918 et celle

de 1945 ?

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