Grès de Châtrices à
Cartographie. — La multiplicité des gisements réunissant des grès roses et jaunes de toutes dimensions indique que la formation type de l'Argonne est beaucoup moins fruste que la précédente. Son domaine s'étend à la région entière, avec laquelle il se confond: nous devons cependant distinguer une zone où prédominent les blocs volumineux et où leur fréquence est élevée.
Zone principale. — Elle coïncide avec celle où le massif des gaizes et ses buttes prennent toute leur expression. Ses limites: au sud, le front de Villers-Passavant-Beaulieu; au nord, une ligne joignant, en oblique, le confluent de la Biesme et de l'Aisne à Montfaucon; à l'ouest, le vallage de l'Aisne en avant du talus des craïies; à l'est, l'arc des témoins gaizeux prolongé jusqu'à Lavoye et Chaumont-sur-Aire. Dans la moitié de l'Argonne ainsi définie, le facies de Chôtrices existe :
— au fond de la plupart des gorges des affluents de la Biesme, de
(1) Interprétation de A. Cayeux. L (2) Géographie universelle; E. de Martonne, tome VI, France physique, p. 61 et sq.
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l'Aisne (rive droite) et de l'Aire (rive gauche et seulement en aval de
Clermont). Ces entailles étroites, dont certaines portent le nom de Vaux des Grès, abritent de nombreux blocs, les uns alignés par groupes de cinq à dix ou vingt exemplaires dans le thalweg du ruisseau, les autres noyés sous les remblaiements. Parmi les dépôts les plus remarquables citons : Pologne, Beauchamp, Le Neufour de Châtrices;
— au sein des alluvions modernes de la Biesme et, à titre exceptionnel, des autres rivières: 4
— dans les hautes sections sèches ou à leur proximité. Au sud des Islettes, le réseau serré de ces dernières permet d'identifier, en réunissant les auréoles gréseuses, deux couronnes presque ininterrompues et situées : la première, sur les hauteurs montant de Châtrices vers la Biesme, à l'aplomb des crêtes; la seconde, sur les rebords festonnés des tables de Courupt, de Bellefontaine et de Clermont;
— à la surface des plateaux eux-mêmes où, selon les cas, les grès admettent pour substratum : la gaïze, le sable vert ou le calcaire portlandien.
Entre l'Aisne et l'Aire, à l'extrémité méridionale de la lentille gaizeuse, mentionnons d'abord les très gros blocs éparpillés à même le sol tout au long de la côte Collet de Passavant, depuis la Maison de Garde jusqu'au rond-point de la côte de l'Echelle, c'est-à-dire au sommet des corniches de la pierre-morte. Sont-ils en place ? Pesons le pour et le contre. On pourrait le croire, étant donné leur volume — un demi-mètre cube et plus —, leur éloignement par rapport aux versants et l'absence de traces de fort roulement dont témoignent leurs faces planes, leurs arêtes vives ou à peine émoussées. N'allons pas plus avant: dans les villages limitrophes, Passavant, Chütrices, Villers et La Grange-au-Boïs, abondent des grès non moins. massifs que ceux des crêtes: ils se rencontrent indifféremment sur les bascôtés des rues, au milieu des cours de fermes ou des vergers, et entrent dans l'infrastructure des habitations; ils ont contribué à l'édification du château de Passavant et de l'abbaye de Châtrices. Comme à Pologne, l'homme les a sans doute prélevés, en partie ou en totalité nous l'ignorons, dans les gorges des alentours. Nous aboutissons à une impasse quand nous voulons préciser la stratigraphie du gisement de la côte Collet dont les éléments ont pu, après extraction, être abandonnés à mi-chemin de leur point de destination. Maïs les bûcherons ou, mieux encore, les désoucheurs mettent continuellement à jour, sur l'ensemble des plateaux boisés de Chàtrices et de Sainte-Menehould, des grès roses et jaunes, les uns de dimensions analogues aux premiers, les autres plus petits; ils n'affleurent pas et se dérobent, parmi un amas de brèches gaizeuses, sous une terre végétale épaisse de 50 à 90 cm et qui ne nous a révélé, jusqu'à ce jour, qu'une infime partie de son secret.
Le facies de Châtrices a bien eu accès aux plateaux d'Argonne. Nous le retrouvons en effet à l'Est de l'Aire, entre Lavoye et Ville-sur-Cousances, soit à l'état libre, soit entouré d'argile rouge, ceci dans les conditions que nous connaissons. Nous devons à Raulin la description de grès semblables, roses ou roux, répartis sur les pentes de l'albien, au pied de la croupe de Montfaucon. Ajoutons toutefois qu'ils ont pu subir, les uns comme les autres, de légers déplacements, en relation avec l'évolution du relief et non seulement du fait de l'intervention humaine.
Sous les nappes à graviers calcaires des vallages de l'Aisne et de l'Aiïre (1), les carriers retirent souvent des blocs de taille moyenne, pesant de 2 à 50 kgs, quelquefois plus, et toujours roulés. Ces grès étant situés à la base du quaternaire, nous pouvons les dater comme antérieurs au début de cette ère.
(1) Conférer : Ch. IV, III, p. 61 et sq.
A l'Ouest, leur zone se circonscrirait aux collines qui bordent l'Aisne en aval de son entrée, à Villers, dans le massif des gaizes. Les gros galets actuellement déblayés proviennent des gravières, largement espacées, de La Présidence (Sainte-Menehould), de La Renarde (Vienne-la-Ville) et de La Mare-aux-Bœufs (Binarville).
A l'Est, le Dr Meunier et Raulin les ont décelés, dès 1901, dans la vallée de l'Aire, à Lavoye d'abord, à Champigneulles ensuite. Entre ces deux pointements éloignés, tous les autres lambeaux d'alluvions jurassiques masquent également la formation de Châtrices. Il s'agit bien d'une superposition d'ordre général et, comme à Pologne, de gisements siliceux complexes : lorsque le quaternaire a été décapé, ce qui se produit à la carrière de Montblainville, alors la variété étudiée ici se montre sous son vrai jour: elle s'intègre dans une pellicule reposant directement sur le portlandien ou les sables verts et comprenant des débris disparates, quariz, quartzites-grès, concrétions, conglomérats juxtaposés, auxquels il faut appliquer le principe d'antériorité énoncé ci-dessus. | +1
Prolongements. — Le dépôt semble s'arrêter avec le talus de Valmy et le front de Passavant (1), à quelques kilomètres de son épicentre: la région des Islettes-Châtrices-Lavoye. Par contre, ses limites septentrionales et orientales seraient plus confuses. Présent à Champigneulles, Authe et le Chesne-Populeux — Aire-Bar — il l'est aussi à Lançon, Monicheutin et Savigny — Aisne —. Sur les plateaux intermédiaires, il réapparaît au Nord de Grandpré après une lacune de 15 kms. Son aspect est sensiblement le même que celui des placages argilo-limoneux de Wadelaincourt: des cailloutis jaunes noyés dans de l'argile rouge compacte. Aux Alleux cependant, près du domaine de Maison-Rouge, cette dernière recouvre des grès roux de Montfaucon qui succéderaient aïnsi au facies de Châtrices à la fois vers le Nord où ils rejoindraient les dépôts de Stonne et vers l'Est où, selon Raulin, ils atteindraient la Meuse.
Analyse : formes et couleurs. — La roche offre, en Argonne, les nuances les plus diverses de volume, de poids et d'apparence: têtes d'épingle, cailloutis, graviers roulés, brèches anguleuses, blocs de toutes tailles et dalles éclatées. Un grès de un demi mètre cube environ, pris comme exemple, a une forme ramassée; dans la plupart des cas, c'est une masse oblongue, aux faces tantôt lisses, tantôt mamelonnées et parfois percées d'alvéoles peu profondes; ses arêtes sont moins vives, ses cannelures moins tourmentées que celles du grès à sidérolithique.
À Pologne, nous avons vu combien sa résistance pouvait être inégale: à côté d'une majorité de grès durs, d'autres fragments plus petits comportœient, autour d'un noyau central fortement cimenté, une enveloppe altérable, moins bien consolidée et qui se désagrégeait sous l'action des eaux courantes, voire même sous la simple pression du doigt. Cette facilité de décomposition chez certaines espèces aide à comprendre le démantellement accentué de la formation. Dee
Les teintes varient du jaune-citron au roux, en passant par une gamme de jaune orangé, d'orange, d'ocre, de rose et de rouge carminé. Le bloc jaune-citron le plus original par ses coloris, celui qui prédomine aussi, est entaché d'une ou de plusieurs marbrures rouges avec irradiotions et points isolés. Cette pigmentation n'est, en aucun cas, superficielle.
Composition. — Les coupes minces comparées de Fallot confirment x . . = A les caractères que À. Meunier attribuait à la roche :
. (1) Les grès se raréfient au sud de Passavant et de Villers pour cesser de se manifester à Triaucourt et à La Neuville-aux-Bois; dans le secteur ainsi délimité ils se confinent d'ailleurs dans les villages ou à leur proximité. :