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INTERPRETATIONS SUR LES GRES, LES QUARTZ ET LES SABLES

La présence, dans les gorges, sur les collines et les plateaux de l'Argonne, de débris d'une couverture siliceuse confirme néanmoins l'existence de surfaces d'érosion au contact de la Lorraine, de l'Ardenne et de la Champagne.

Grâce à l'étude préliminaire sur les roches, nous disposons de plusieurs éléments: variété des facies, cartographie de leur extension, dissociation sur place et apports, notions qui doivent nous aider à esquisser l'allure de cette couverture et à déceler les changements qui ont pu éventuellement se produire au cours du tertiaire. Nous verrons cependant qu'il subsiste, malgré tout, de sérieuses lacunes, dues à l'absence de fossiles et à l'imprécision de la stratigraphie, lacunes touchant moins à la nature des dépôts résiduels qu'à leur forme originelle et, par là, à l'évolution même du modelé,

ù Haute une és croûte, en rapport étroit avec des affaissements e portée restreinte, bien que s'intégrant dans un c 5 Ï limatique et morphologique Nes Dastéte ER ee mr

— Etait-ce plutôt une carapace d'une certaine puissance, ayant enseveli l'Argonne toute entière sous d'épaisses couches de terrains dont il ne reste maintenant que des lambeaux grossiers, système se reliant sans solution de continuité, par Charmont, aux séries du stampien supérieur, par Beaumont et Stonne, à celles de la rive gauche de la Meuse en aval de Dun?

— L'histoire des formations tertiaires ne serait-elle pas plus nuancée, plus complexe aussi, marquée par des modifications importantes dont le conglomérat serait une des expressions?

Cioûtes Montes :

Zones. — Le grès blanc de Pologne, meuliérisé à la périphérie, compact au centre ou entaché de vacuoles remplies de sidérolithique, semble faire figure de facies éluvial remanié. Il est toujours rare dans les gisements, même à Courupt, Beauchamp:ou Montblaïnville. A l'exception de quelques exemplaires de Lavoye, remarquables surtout par l'altitude atteinte — 280 m —, nous n'en avons rencontré ni sur les crêtes et les revers, ni dans les vallées sèches. Une pellicule mince, discontinue à l'extrême et visible seulement dans la région de Clermont, tel paraît être en somme l'aspect de ce dépôt.

Le bloc gréseux de Châtrices, type par excellence des espèces propres à l'Argonne, plus volumineux et beaucoup plus abondant que le précédent, se prête, lui aussi, à une certaine localisation. Mile Alimen «a relevé les caractères qui permettent déjà de le distiguer des grès stampiens de Fontainebleau et de Charmont: colorations rouges, roses et jaunes dans la même masse, sédimentation à partir de grains siliceux tantôt mal soudés, tantôt fortement cimentés autour d'un noyau dur, et parfois teintés de glauconie, absence enfin, dans les séries stampiennes jusqu'à présent identifiées, du conglomérat bariolé à quartz dont une pâte châtricienne constitue l'ossature,; Nous savons, autre argument, que face à Charmont et à la Champagne le dépôt cesse brusquement de se manifester à hauteur du front de Passavant et du talus de Valmy:; dans cette dernière direction, il n'aurait même pas franchi la rive gauche de l'Aisne, car les gros galets extraits à la base des remblaiements quaternaires des collines du vallage portent les traces d'un transport à de petites distances. Vers l'est et le nord, les limites sont moins nettes : la formation ne coïncide pas exactement avec la zone gaizeuse comprise entre l'Aisne et l'Aire où elle atteint toutefois, dans sa répartition, un maximum de densité : elle se prolonge au delà de l'Aire, vers Lavoye, Montfaucon et Cunel, un peu en dehors des compar- ‘timents affaissés. Mais les pointements commencent à s'espacer; dès que nous quittons le domaine anciennement occupé par la pierre-morte, ils disparaissent bientôt devant un grès roux et gris, semblable à celui que Baeckeroot a décrit comme jonchant les plateaux de Beaumont et de Stonne. Le grès de Châtrices ne semble donc affleurer que dans un qua drilatère de modestes dimensions : 20 X 15 km.

Dons le cas où il n‘y aurait pas identité absolue de faciès entre Charmont et La Thibeaudette, et où la différence de nature entre la première roche et celle de Chôâtrices serait réelle, il faudrait alors fixer, ainsi que l'a proposé Mile Alimen, à la région de Revigny-Givry-Laheycourt l'avancée extrême du stampien supérieur vers l'est.

Hypothèse I. — Favorisées par les paliers et la flexure médiane, des -croûtes locales ont pu se former dans la partie méridionale du massif des gaizes, masquant les assises mésozoïques sans les fossiliser complètement. Si les grès et les concrétions de Stonne sont bien postérieurs à l'oligocène marin, nous aurions alors àffaire en Argonne, dans la mesure où la com- ‘paraison est possible, à des dépôts lacustres ou continentaux, en fait à un voile peu épais, fragmenté, plus ou moins lié aux accidents de la structure.

Néanmoins les conditions d'ensemble, dans lesquelles les grès ont été élaborés, ne seraient pas particulières à l'Argonne: après exondation des gaizes, sous un climat probablement chaud, humide d'abord — ruissellement —, tournant à l'aridité ensuite, la consolidation des blocs se serait effectuée au sein d'arênes sableuses et au détriment de celles-ci. j!

D'où proviennent les sables? La première idée qui vienne à l'esprit est une décomposition superficielle de la pierre-morte, une libération préalable de grains de quartz clastique et de noyaux glauconieux. Nous n'avons cependant aucun indice qui prouve, sans ambiguïté, un tel passage de la gaize folle au grès, bien au contraire. Nous sommes conduits à envisager d'autres explications : | 5 à

—— soit que, le recul de la cuesta étant amorcé, des matériaux enlevés à l'est de l’Argonne aient partiellement recouvert les plateaux de l'Aire et de la Biesme, les placages étant frustes et de nature siliceuse;

— soit que, le stampien ayant effectivement pénétré jusqu'au centre de l'Argonne, son influence se soit propagée sur la majeure partie de la région. Devons-nous admettre cette seconde solution et abandonner celle des croûtes locales? |

Dépôts stampiens. — Entre les gisements de Charmont et ceux des Islettes, la liaison paraît s'opérer, sans interruption notable, par quelques grès blancs de même aspect et de même composition, les uns enfouis sous les gravières de La Neuville-aux-Bois et de La Présidence, les autres épars dans les prairies de Braux-Saint-Remy, d'Argers et de Beauchamp ou cachés par les remblaiements dans les vallons de Pologne et de la Biesme. Il y a là, quel que soit le substratum: gault, gqaïize, craïies glauconieuse et turonienne, une continuité remarquable dont il importe, en dépit des lacunes de la stratigraphie, de ne pas sous-estimer la valeur. Tant que nous n'aurons pas recueilli de fossiles, tant que leur azoïcité restera un caractère permanent des blocs de Châtrices, de La Thibeaudette et de Pologne — le sidérolithique se rapportant indifféremment, suivant les contrées et les étages —, tantôt au début, tantôt au milieu du tertiaire — nous aurons donc à priori le droit de formuler une hypothèse stampienne, basée cette fois sur l'identité probable des grès de Charmont et de La Thibeaudette.

Nous avons opposé jusqu'ici ces deux variétés à celle de Châtrices; mais pouvons-nous nous fier à une classification peut-être trop arbitraire, car portant seulement sur des nuances apparentes de facies: couleur, constitution des sédiments? N'invoquons pas non plus, comme un obstacle insurmontable, la présence de conglomérats à Courupt; ceux-ci sont en effet postérieurs aux grès de Châtrices. Quant aux conditions climatiques — mers tièdes, aridité dans les zones exondées — et structurales — déformations, affaissements, ondulations —, elles seraïent également applicables, compte tenu des restrictions que nous avons exposées, à l'une ou à l'autre des hypothèses.

Ceci posé, l'absence de fossiles laisse planer un doute sur l'origine même des grès et sur le milieu: formations lagunaires ou continentales. Nous avons encore à faire face à de nouvelles difficultés lorsque nous abordons le problème des sables.

Les dépôts limoneux au sommet, argileux et sableux à la base, largement étalés sur les crêtes et les revers ne sont pas tous forcément quaternaires et, en totalité, éoliens. Brajnikov pense que l'argile ocre de Vassincourt, superposée aux graviers jurassiques roulés, dériverait de formations préexistantes. Pourquoi n'en serait-il pas de même à La Harazée?

. Autrement dit, une partie au moins des placages de Courupt, de Saint-

André, de Ville-sur-Cousances et de Montzéville, lesquels franchissent les vallées, pourrait être moins récente que nous les supposons, et remonter au pliocène. Mais faut-il voir en eux des lambeaux épais provenant de

Ta

dépôts plus anciens encore, ce n'est pas certain. Deux ee déjà men-

tionnés à propos des manteaux voilant la gaize ou le portlandien sur les

hauteurs de Clermont d'une port, de la Cousances d'autre part, motivent cette réserve et nous incitent à la prudence :

— si les couches qui coïncident avec la plateforme de Beaulieu,

ensevelissant la pierre-morte sous deux à trois mètres de sables grossiers mêlés à de l'argile sableuse, étaient staompiennes, ou bien nous devrions trouver des grès à l'intérieur de ces dépôts — ce qui n'est pas le cas, du

. moins dans l'état actuel des investigations — ou bien il n'y en auraït pas du

tout à leur proximité: or, nous savons qu'une bande de gaize dénudée, large de 50 m. en moyenne, de 200 au maximum, sépare toujours leur contour de la couronne de grès roses et jaunes jalonnant, dans les hauts vallons secs et même sur le plateau, les rebords de la table:

— ailleurs, près de Lavoye, de Ville-sur-Cousances et de Montzéville, de

séries comparables par leur nature et leur puissance renferment, à défaut de

blocs ou de conglomérats, non seulement de multiples fragments gréseux, mais encore des quartz blancs roulés, répartis dans toute la masse et libres.

Ici et là, nous aboutissons finalément à une impasse en voulant, sur le plan stratigraphique, rapprocher les grès des sables. Ces derniers, mis en place au plus tôt après l'apport quartzeux, ne seraient donc pas contemporains des gisements de Charmont.

Hypothèse II. — Il est vraisemblable que le stampien marin ou lagunaire s'est avancé vers la Lorraine plus loin que ne le présume Mlle Alimen, englobant dans son aire d'extension l'Argonne méridionale et centrale où il serait représenté par le facies de La Thibeaudette et, à la rigueur, par celui de Chôâtrices. Tandis que la dispersion du premier grès, au fond de quelques thalwegs et sur les collines de l'Aisne, rend illusoire tout essai de reconstitution de la couverture, la répartition du second, mieux ordonnée, permettrait de porter l'altitude minima de celle-ci à 280-300 m.

Mais la question des sables demeure entière; il faut nous rendre à l'évidence que, s'ils ont fossilisé plus ou moins les assises mésozoïques, comblant les creux et ennoyant les reliefs déjà estompés, ils ont été, depuis cette époque, soit enlevés, soit profondément remaniés.

Dépôts complexes, — Toutes les variétés, toutes les nuances de facies sont, sans exceptions, rassemblées à lo base par des remblaiements de Pologne et de Beauchamp ou groupés dans les alluvions modernes de la Biesme et de son affluent, le Widehan. Ici se rejoignent, indistinctementi mélangées, les deux séries fondamentales qui n'appartiennent pas forcément au même étage; d'une part, Charmont; de l'autre, Stonne. D'où l'intérêt de la région des Islettes, point névralgique dans l'histoire des formations

siliceuses tertiaires de l'Argonne.

Comme nous n'avons pas d'éléments topographiques prouvant, d'une façon incontestable, que les grès sont aujourd'hui en place sur une surface bien définie, comme il s'avère, tout au contraire, que ceux-ci ont été déplacés — dans la majorité sinon dans la totalité des cas — nous en arrivons à supposer que nous sommes devant les débris, non pas d'une seule, mais de plusieurs surfaces ayant successivement joué, pendant l'ère tertiaire, sur les hauteurs de l'Argonne. Cette impression générale se renforce singulièrement, quand on remarque que les zones dans lesquelles des éléments disparates coexistent au sein du même gisement, sont aussi celles des conglomérats volumineux de À. Meunier. Leur élaboration procède en effet de modifications qui, pour être de détail, n'en sont pas moins importantes, et que l'on peut résumer ainsi : dans une phase constructive, dépôt préalable du grès de Châtrices, bicolore; à la suite d'une reprise de l'érosion, légère peut-être — lavage par le ruissellement — destruction partielle de ce facies en plaques bien conservées — blocs de Cunel — en brèches de dimensions

plus modestes — blocs de Cunel et de Courupt — en amandes, en granules et en arênes sableuses; nouvelle période de sédimentation avec, dans une pâte réunissant tous ces fragments, incorporation de quartz blancs, galets roulés étrangers à la région. Dernier indice de remaniements, moins probant

by 4 = - AY VAE. | LOC] CA # l joutefois: meuliérisation, à la périphérie seulement, de la variété de.

Pologne.

Hypothèse III. — Loin de nous la pensée de vouloir rétablir, sans aucun fossile, sans critères formels, stratigraphiques ou topographiques, une chronologie précise et exacte, autre que celle que nous venons de préconiser à propos des conglomérats, mais n'est-il pas curieux de constater, au terme de cette étude, que nous avons affaire, en Argonne, à des formations siliceuses qui n'auraient pas toutes une même nature, une même origine, qui ne seraient pas toutes de la même époque :

facies autochtones :

éluviaux, avec le grès de Pologne; stampiens, avec celui de La Thibeaudette; stampiens ou non, avec celui de Châtrices; < continentaux, lacustres ou non, avec des concrétions siliceuses de = Beauchamp et de Montblainville, avec les quartzites-grès d'Aire, de Binarville et de Savigny, d'âge indéterminé, maïs se rattachant intimement, par voie de continuité, au système de Stonne. apports : | 2 quelle que soit leur provenance, avec les quartz blancs et les quartz roses feuilletés.

facies remaniés :

avec le. conglomérat. placages sableux et argilo-sableux :

qui peuvent être antérieurs au pliocène.

Cette synthèse, énumération plutôt que classification, valable surtout pour l'Argonne des gaïzes et pour ses bordures orientales initialement gaizeuses, montre que la question des surfaces ne saurait être définitivement tranchée sans invoquer des phénomènes plus complexes, un polygénisme qui, n'excluant pas les deux premières interprétations : croûtes locales ou poussée du stampien supérieur vers l'Est, viendrait au contraire les confirmer en se superposant à elles dans le temps et en marquant l'Argonne de son empreinte particulière. Par les considérations sur les dépôts, nous revenons donc à la solution proposée par A. Cholley. Déterminer néanmoins la part respective de chacun des cycles distincts les uns des autres dans la région parisienne et probablement entremêlés ici, cela ne semble pas possible. Ont-ils même agi tous les trois ?

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