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CONCLUSIONS SUR LES SURFACES TERTIAIRES

L'Argonne se comporte comme une petite individualité physique, logée cependant dans un cadre qui dépasse de beaucoup, au début de son histoire, les limites trop étroites de ses bordures. Il convient par conséquent d'avoir toujours présents à l'esprit les facteurs communs à la partie orientale du Bassin de Paris, lorsque l'empilement des couches tertiaires n'était pas encore terminé au centre de ce dernier, lorsqu'un réseau hydrographique embryonnaire n'avait pas encore mis en valeur, dans les zones déjà exondées, un relief monoclinal aussi net, aussi vigoureusement festonné, que celui des côtes actuelles.

« Ni saillie à l'Est» (côté Lorraine-Ardenne).

Ni affaissement à l'Ouest » (côté Champagne-Ile-de-France).

À ce moment, les contrastes d'altitude étant faibles partout, la couverture siliceuse a pu très bien masquer les assises mésozoïques de l'Argonne, les protéger contre l'érosion et modifier, au besoin, le sens de l'écoulement des eaux. C'est pourquoi nous devons en observer le développement, en suivre aussi l'évolution, sur les hauteurs: crêtes et revers.

Malheureusement, les conditions générales qui permettent de reconnaître ces surfaces : topographie mûre, adaptation à la structure, dépôts catalogués et datés, nous sont dans l'ensemble défavorables car, à quelques exceptions près, insuffisamment caractéristiques. Pour une telle raison, nous ne nous écarterons pas de la ligne de conduite observée jusqu” ici; nous continuerons à faire appel à l'hypothèse. Z

Fossilisation partielle des reliefs. — Cette conception découle d'abord de celle des croûtes locales, dont elle est le corollaire naturel, croûtes peu épaisses liées à la flexure, aux paliers qui se déroulent au long de l'Aisne et surtout de l'Aire dont les bassins, mal ordonnés, seraient alors en voie de gestation.

Deux cas à envisager :

— les grès sont en place à Lavoye, à Montfaucon et sur les bords de la plateforme de Beaulieu. Le recul de la cuesta des gaizes est amorcé, audessus du niveau 280-300, entre la ligne Lavoye-Hesse-Cunel-Andevanne et le front qu'elle occupe sensiblement aujourd'hui. La surface structurale de la pierre-morte étant déjà défoncée à l'Est de l'Aire, les argiles et les sables verts sous-jacents affleurent sur les revers — secteur des courbes 295 à 310. Les buttestémoins ne dominent les plateaux que de quelques dizaines de mètres, 20 à 40 selon les lieux: elles ont l'allure de croupes arrondies, du type de Montfaucon ou de Romagne, les grands creusements n'ayant pas encore sculpté, dans la Forêt de Hesse, les reliefs mieux découpés du Hermont et du Bois de Récicourt. A l'Ouest de la rivière moderne, la vaste plateforme de Beaulieu émerge à peine, enclavée entre les pellicules gréseuses, frustes et discontinues, de Lavoye-Montfaucon d'une part, de, Courupt-Chütrices d'autre part. La surface d'érosion paraît ensuite devoir se raccorder à La Fille-Morte; maïs, vers l'Aisne et au delà de ce cours d'eau, nous en perdons la trace.

— les grès de Lavoye ont été déplacés, en altitude, de 10 m. minimum à 50 m. maximum; ceux de Courupt ont peu bougé. Les déformations qui ont commencé à s'esquisser ne joueront pleinement que plus tard. Dans ces circonstances, des croûtes superficielles peuvent toujours se former. au dessus des qgaizes intactes ou presque, et dont le front atteint encore la rive gauche de la Meuse. Ce n'est que par la suite, -la flexure s'accentuant, que se produit le recul, accompagné d'un démantellement du tertiaire.

Des deux explications, seule la première nous semble rnlausible :

— la création d'un palier à hauteur de l'Aire, accident bien dessiné dont elle tient rigoureusement compte, a dû entraîner une attaque prématurée de l'érosion qui aurait ainsi fait disparaître les gaizes des districts compris entre la Meuse et l'Aïre, soit tout ce qui se trouve à une cote égale ou supérieure à 275-280 m.; ailleurs, la plateforme de Beaulieu subsiste, tandis que la flexure permet au facies de Châtrices de se déposer à l'Ouest comme à l'Est de ces hauteurs.

— une double contradiction ressort de la seconde: on ne voit pas bien comment des grès se seraient installés au sommet des gaizes à Lavoye plutôt qu'à Beaulieu, ici sur une section plane légèrement en contrebas par rapport aux tables de la Cousances, comment surtout des blocs volumineux se seraient anormalement maïntenus sur celle-ci lors du recul et auraient à l'inverse été enlevés de celle-là.

: Dans l'hypothèse de croûtes partielles, la surface d'érosion, tangente aux crêtes calcaires, se serait achevée au niveau de 280-300 m. à l'Est de l'Argonne (en y laissant des buttes résiduelles). Elle s'inclinerait alors en. pente douce vers la Champagne.

Quoi qu'il en soit, les reliefs seraient pratiquement inexistants, avec un endoréisme général dans les sillons. Non

Ceci reste vraisemblable dans le cas où le stampien supérieur, venu de Charmont par la subsidence de Givry (si la pierre-morte a bien été abrasée au Sud de Passavant dès la fin de l'infracrétacique), n'aurait recouvert qu'une toute petite portion de l'Argonne, celle qui correspond au Bas-Pays et touche à la haute vallée de la Biesme.

Fossilation complète du mésozoïque. — Capot-Rey juge insuffisante une explication des formes anciennes de la Lorraine et de ses confins occidentaux par une localisation, incapable à elle seule de rendre compréhensibles certaines anomalies et d'enterrer tous les reliefs, c'est-à-dire de masquer des dénivellations déjà assez fortes. Bien que celles-ci soient encore faibles à l'Ouest de l'Aire où les gaizes ne seront défoncées sur toute leur puissance

qu'au quaternaire, l'idée d'une vaste couverture pourrait également se concevoir en Argonne, à condition que le stampien ait ennoyé la pierremorte au lieu de venir seulement à son contact. Les buttes elles-mêmes, si elles existaient au tertiaire ancien, auraient été ensevelies sous des sables, alors que les grès se déposaient dans les anticlinaux. L'altitude 280-300 m. précédemment retenue, ne peut évidemment être considérée que comme le. niveau de référence minimum. Ici, toutes les opinions sont acceptables, car nous ne savons rien du développement de la surface. Notons toutefois les courbes de 320 et 340 m, préconisées pour les dépôts de Stonne par Beackeroot. Une autre difficulté reste à surmonter: il faudrait que l'érosion ait, lors de la desctruction d'une surface stampienne, disposé des sables, soit en totalité — ce qui n'est pas impossible, vu l'ampleur des démantellements — soit en partie seulement — ce qui, à Courupt, semble peu compatible avec les conditions stratigraphiques locales de la nappe sableuse actuelle.

Si nous avons réellement ici affaire à des traces d'une surface inframiocène qui, prolongeant vers l'est celle du centre du Bassin de Paris, se serait constituée à la hauteur ou au-dessus de la plateforme de Beaulieu et des tables de Lavoye-Montfaucon, nous ignorons tout de l'altitude extrême atteinte, du modelé réalisé et du déplacement subi ensuite par les grès.

Polygénisme. — Rien ne s'oppose à ce que la fossilisation par croûtes partielles et discontinues d'une part, par dépôts épais et étendus d'autre part, soit intervenue sous ses deux aspects durant le tertiaire. Le recoupement de plusieurs surfaces s'accorderait avec les données de la topographie: tangence aux crêtes du portlandien par exemple, de la structure : possibilité de rejeu des déformations, et de la stratigraphie: dépôts variés, facies cohabitant dans les gisements ou se dissociant vers le nord et le sud-ouest. Cette hypothèse aurait sur les autres l'avantage d'expliquer l'apport des quartz à une altitude minima de 300 m après une première destruction des surfaces et leur intrusion dans des horizons gréseux antérieurs. Nous pourrions alors faire entrer dans le cadre de ce polygénisme les longues étapes suivantes :

— croûtes locales à facies continentaux ou lacustres

modèle stampien à lagunes et à cordons dunaires truffés de grès reprise d'érosion à laquelle-l'apport des quartz serait lié nouvelles périodes de‘repos avec topographie mûre et conglomérai — en fin de compte, dissociation générale.

Cette chronologie est séduisante, mais jusqu'à présent le défaut de fossiles ne permet pas d'en vérifier l'exactitude.

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