‹ L'argot ancien, 1455-1850, ses éléments constitutifs, ses rapports avec les langues secretes de l'Europe méridionale et l'argot moderne. Avec un appendice sur l'argot jugéChapitre 21 sur 81 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Il s'agit ici d'une originalité toute relative. L'argot n'a rien inventé de toutes pièces : son vocabulaire ne possède pas un seul mot qui soit entièrement de son cru ; sa syntaxe est celle du français. Ce n'est que dans le domaine métaphorique qu'il a montré une certaine originalité. Partout ailleurs, en phonétique comme en morphologie, il n'a fait que déformer les termes de la langue générale, son but étant avant tout de les rendre inintelligibles aux profanes. Ajoutons néanmoins que cette tendance déformatrice, encore faible dans l'argot ancien, s'accuse de plus en plus dans l'argot moderne et y atteint parfois des proportions monstrueuses.

Sous tous ces rapports, l'argot diffère essentiellement du parler populaire. Au lieu d'être, comme les patois, le produit d'une évolution naturelle et spontanée, l'argot est, à son point

de départ, une excroissance de la langue générale et, quant à ses procédés d'invention verbale, ils représentent une déviation de l'esprit populaire. Certes, on remarque parfois une certaine analogie de procédés, sous le rapport formel ou sémantique ; mais d'abord, ces coïncidences sont rares ; et puis, qui nous dit que l'argot n'en est pas redevable aux parlers populaires ?

On a d'ailleurs exagéré l'originalité de l'argot. C'est ainsi, par exemple, qu'on considère l'onomatopée comme un trait caractéristique de ce langage et on l'a rapproché à cet égard des créations imitatives des langues vulgaires. Or, l'onomatopée est inconnue à l'ancien argot ^ et son rôle dans l'argot moderne est tout à fait insignifiant 2. C'est le même cas pour le fourbesque et la germania ^.

A peine une demi-douzaine d'onomatopées immédiates, telles que :

DiG-DiG (digue-digue), attaque d'épilepsie (Yidocq).

F \FFE, fajiot, papier (/d.); cf. pourtant Morvan

1. A moins de considérer comme telles les deux locutions : cric-croc ! je hoy à toy (Jargon, 1628), et hustnmst ! grand mercy (Ibid.).

2. Adrien Timmermans a développé jusqu'au paradoxe cette théorie de Tonomatopée (dans Etymologies comparées de mots français et d'argot parisien, Paris, 189G) et ses etymologies argotiques déparent le Dictionnaire de Delesalle.

3. Voir les réflexions judicieuses de Salillas, ouvrage cité, y. i5.

fafion, chiffon de peu de valeur (Berry fafiot, tatillon, /o/?o/e/*, fureter).

FLIC (fliqae, Jligue), sergent (Vidocq), exprime proprement le claquement du fouet et de la main (cf. en îr.JIlcJlac), et traduit à peu près la même notion que son synonyme cogne.

FROu-FROu, passe-partout(cf. rigolo et rossignol).

PAFFES, souliers ( Yidocq), d'après le bruit qu'ils font (cf. picard pq^e, soufflet).

Quelques autres sont formées d'onomatopées populaires, telles que :

FANFOuiNER, priscr (Yidocq), et fonfe, Jonfière, tabatière (/d.) ; cf. argot milanais fanjîrla, tabatière (Gherubini).

PROUTE, plainte (Yidocq, de prout, pet), et prouter, gronder, se fâcher, se plaindre (= péter, se plaindre à la justice) ; cf. par ex. St.-Pol proiite, pet, et prouter, péter (« familier mais peu usité », Edmont).

TOCCANTE, montre (Jargon, 1728 ; l'édition de i836 a toquante, heure, ei toque, montre) ; cf. provençal ioucanto, montre en or, montre à répétition (terme tiré de l'argot), et haut-breton (lUe-et- Yilaine) tocante, montre (« dans tout le département », Orain).

Un certain nombre est emprunté aux patois (comme dinguer, tomber, Yidocq ; cf. Yosges dinguer, rebondir avec un bruit sonore) et d'au-

très n'ont rien de commun avec l'onomatopée. (( Humble et doux, dit Larchey dans son Introduction, est le bruit de la larme qui dégouline le long de la joue ; dégouline... on croit presque l'entendre tomber ». Ce verbe est également pris aux patois (Berry dégouliner, couler lentement, goutte à goutte, le long de quelque chose, par ex. dans le dos) : c'est un fréquentatif de l'ancien fr. dégouler au même sens (Mayenne dégouliner, descendre doucement^ couler goutte à goutte, glisser sur une pente).

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