I. Ch. Nisard, ouvr. cité, p
6o l'argot ancien
lence ^ ; il n'est en réalité que cela, la métaphore lui offrant la meilleure ressource pour atteindre son but immédiat : ne pas être compris par les profanes. Sous ce rapport, la meilleure définition qu'on ait jamais donnée de l'argot est celle de Monet {Parallèle^ Rouen, i632) : « Narquois — c'était le nom de l'argot au xvn" siècle — langage composé de mots communs, mais tous pris allegoriquement, enigmatiquement. » C'est ce que le patois sarde rend à peu près par un seul mot : cobertanza, argot, c'est-à-dire couverture, ce qui sert à cacher le sens des mots.
?sous avons déjà fait allusion à la mentalité particulière des auteurs de Targot, mentalité foncièrement différente de celle qui a présidé à la formation des langues vulgaires. Le processus initial peut être le même, mais ses résultats diff*èrent essentiellement. Les parlers populaires, comme les langues conventionnelles ou secrètes, ont également recours à des épithètes ou à des appellatifs pour caractériser les êtres et les choses. Mais là s'arrête toute analogie, tandis qu'un abîme sépare les images employées par les uns et par les autres. Des métaphores argotiques courantes telles que : aile pour bras, comble pour chapeau, dur pour fromage, grain pour monnaie,
I. (( Aucun idiome n'est plus métaphorique que l'argot », Victor Hugo, Les Misérables, V, 220. Voir l'Appendice.
ÉLÉMENTS ORIGINAUX 6l
etc., sont absolument étrangères aux patois. En revanche, elles répondent si bien à la mentalité argotique qu'on les retrouve dans deux ou plusieurs argots d'origine différente.
Voici les analogies sémantiques communes à l'argot, au fourbesque, à la germania et au calao : aife (bras), chanter (épauler), cornant (bœuf), graûi (monnaie), grognant (porc), lanterne (œil), ras (prêtre), tirantes (chausses), venteuse (fenêtre).
Les suivantes sont propres à l'argot et au fourbesque : allanier (regarder), blanchir (couvrir), brune (nuit), dur {îromage), épouvantait (enfant), longue (année), tortue (corde).
Ou bien, à l'argot et à la germania ou au calao : ance (oreille), 6e/a/i/ (mouton), blanc (niais), comble (chapeau), creux (maison), serre (main), travailler (voler).
Certaines de ces analogies, par ex. bêlant, pour mouton, ou grognant, pour porc, peuvent tirer leur origine du langage populaire ou enfantin ; mais, en général, la source d'où dérivent les métaphores argotiques est plus ou moins trouble, en raison même du but que poursuit un langage spécial comme l'argot.
« La langue de l'argot est pauvre d'idées et riche de synonymes. Les files de mots sont, pour ainsi dire, parallèles et procèdent d'une dérivation
synony inique. La méthode de recherche, en argot, au point de vue sémantique, sera donc la filiation synonymique ^ . »
La remarque est juste, à condition d'en restreindre la portée et d'y voir simplement un des procédés familiers à l'argot moderne, le phénomène étant de beaucoup plus rare dans l'ancien argot. Voici quelques exemples.
La notion de « nettoyer », qui avait déjà au xvn" siècle le sens familier de « voler » (La Fontaine, VII, 7 : C'est un passe-temps de leur voir nettoyer un monceau de pistoles), sert également de base aux termes argotiques suivants :
FOURBE, voleur (xv" s.), répondant au fourbesque Jurbo, voleur [furbesco, argot). Voici deux témoignages contemporains :
i455. Procès des Coquillards : « Un fourbe c'est celluy qui baille les faulx lingots ou aultres faulses marchandises, et feint estre un pouvre serviteur marchant ou aultre. »
1489. Villon, 192 : Fourbe, ioncheur, chaucun de vous se saulve.
C'est un dérivé de l'anc. fr. Jourbir, nettoyer, qu'on rencontre déjà dans la Chanson de Roland (v. 1925 : Des espeesfurbles).
POLISSE, vol [Jargon, 1628, p. 38 : la polisse y est-elle chenastre ?), et polisson, voleur, spécia-