I. — Epithètes
Elles désignent les objets d'après des critères , différents de ceux qui frappent l'imagination po- J pulaire. La plupart du temps elles font ressortir la forme (cf. rond, sou), rarement la couleur (cf. brune, nuit) ; ou bien elles s'attachent à une circonstance plus ou moins secondaire (cf. lourde. porte). Les epithètes concernant les animaux tirent leurs noms tantôt de leur voix (cf. bêlant, mouton), tantôt de quelque caractère extérieure {cî. mouillante, morue). Enfin, les epithètes d'ordre moral dérivent comme d'habitude des qualités matérielles (cf. blanc, naïf).
Voici celles qui appartiennent à l'ancien argot :
BVRBOTTE, cauard (Chauffeurs, 1800), et barbot, id. (Vidocq), propr. celui qui fouille avec le bec dans l'eau.
BATOUSE, toile (Jargon, 1628), d'après l'opération qu'on lui faisait subir pour la blanchir (cf. bail/, p. 5o).
BATTANT, cœur (Yidocq) ; cf. ci-desssous, palpitant.
BÊLANT, mouton (Bouchet, III, i3i : un beelant, un mouton), germ. balante, id. ; cf. anc. fr. et dial. belin, mouton.
70 L ARGOT A>CIEN
BiSARD, soufflet de cheminée (Vidoeq), d'après le courant de la bise.
f- BLANC, niais (Coquill., i455 : Un homme simple qui ne se congnoit en leurs sciences, c'est un sire ou une duppe ou un blanc; Villon, 12 : Advisez moy bien lost le blanc) ; germ. blanco, id. (« bobo o nescio »), calao branco, id. (provençal blanc, innocent) ; cf. blanchir {la marine), échapper, propr. tromper la justice (Coquill., i/|55 : Quant ilz sontprinz et interrogez par lajustice et ilz eschappent, ilz disent l'un à l'aultre qu'ilz oni blanchi la marine ; Villon, i53), répondant au fourb. bianchire, couvrir une fourberie (= blanchir).
BLEU, manteau (Vidoeq), d'après la couleur.
BouANT, cochon (Fr. -Michel), propr. qui se vautre dans la boue.
BOUFFARDE, pipc {Jarçon, i836), tiré de bouffer, souffler.
BRUANT, tonnerre {Vie, lôgG), c'est-à-dire bruyant.
BRULE, double liard (Bouchet, III, i3o: ils appellent un double un braslé), d'après son aspect rouillé.
^ BRUNE, nuit (Bouchet, III, i3o : la nuit, c'est la brune), comme dans le fourbesque brunà, nuit (Val Soana briina, id.) ; en fr., brune, c'est le commencement de la nuit (provençal a la bruno,
au crépuscule) ; cf. poitevin faire bran, faire nuit ; lorrain brane dajour, h la chute du jour.
CAFARDE, lune (Vidocq), celle qui se cache der- ^x/ rière un nuage.
CAILLÉ, poisson (Id.) ; cf. fourb. scaglioso, id. (xv" siècle : liscoso, id.).
CAMUSE, carpe {Jargon, 1628), au nez camus.
GARANTE, tablc (Vidocq ; Chauffeurs, 1800 : charante), propr. carrée ; cf. Val Soana carantola, chaise.
CARDINALE, lunc (Vidocq), propr. la rouge : crtrdm«/ désignait jadis les menstrues (les cardinaux étant Aetus de rouge) qui reviennent avec la lune nouvelle.
CASSANTE, noix [Jargon, 1628); cf. germ. sonante et argot vénitien cantarela, id.
GAVÉE, église {Jargon, i836), propr. enfoncée.
CERCLÉ, tonneau (Vidocq), pourvu de cercles; cf. fourb. cerchiosa, tonneau.
CHENU, bon, et chenastre, id. {Jargon, 1628), propr. blanc, blanchâtre, image prise du vin chenu, ou gris, dont l'excellence réside en la vieillesse et en la couleur blanchâtre ; le terme devint familier avec ce sens dans le langage populaire (Leroux, 17 18 : « Chenu, mot fort usité à Paris, en la place de bon, délicat, exquis, de bon goût, délicieux, admirable »), et dans les patois : Picardie du chenu, quelque chose de très beau, de très bon,
72 L ARGOT A>CIEX
de très solide, etc. (« Mot populaire d'un usage très répandu o, Corblet) ; Mayenne ch'na, qui est bon, exquis ; Berry chenu, fort, solide, riche, cossu; Champagne chenu, très bon, et chenâtre, excellent.
CHER, rude et haut, élevé (Vidocq), sens généralisé.
^ CORNANT, bœuf, ç^i cornante, vache (Fie, 1596), à côté de cornière, étable {Jargon, i836), et de cornichon, veau (Vidocq), propr. bête à cornes ; cf. fourb. cornante, bœuf, cornuta, vache, calao cornante, bœuf, et argot roumain cornisor, id. (rotwelsch //ormc/ce/, id.).
COUCHANT, soleil [Vie, 1696 : huré couchant, le soleil ; éd. 1627 : la vaine couchante, la nuit), qui descend et va disparaître à l'horizon.
COULANT, lait (Jargon. 1628), et coulante, laitue {Ibid., i836).
COURBE, jambe (Bouchet, III, i3i : les courbes sont les jambes), et épaule (Vie, 1096), à côté de courbière [Ibid., p. 19 : tirent de leurs bissacs et cour bières un beau petit trépied).
CREUX, maison (VfW Testament, i\ôS : Entonne ce rond au creux ; Jargon, 1628), répondant à la germ. caverna, id. ; cf. normand d'Eure creux, pièce, chambre (terme pris à largot) et argot vannetais croés, maison (= creux; id.).
CUIT, condamné (Vidocq), ei frit, id. ; cf. être
sur le gril, attendre le prononcé de son jugement (Id.J, images tirées des opérations culinaires.
DARDANT, amour, terme inventé par Gran->; val (1725), mais qui a passé dans les éditions ultérieures du Jargon.
DOUCE, soierie, et doacelle, lime f\ idocq) ; le Jargon de i836 a doasse, fièvre (= douce) et doussin, plomb (= doux au touché).
DOUILLETS, crins, et douilles, cheveux (Vidocq), propr. mou, délicat (sens ancien et dialectal de douille).
DUR, fer (Vidocq), et durin, id. {Jargon, i836), à côté de durs, fers d'un condamné (Chauffeurs, 1800) ; cf. fourb. duroso, id.
DURE, terre (Villon, i48 : La dure bien tost n'en * verrez ; SI. Christophe, 1627 : De dormir vestusur lac/are), sens qui pénétra en français (d'iVnthon, Annales de Louis XIL dans Lacurne : A deux ou trois charges que leur firent les Français, plus de i5o furent estendus sur la duré), et dans les patois (provençal duro, terre nue, par ex. : coucha sus la duro).
DURE, pierre [Jargon, 18361; cf. bellau dureite, id.
FONDANT, hQUYve {Jargon, 1628); cf. argot vannetais/«/2(ie/ï, id. (terme pris à l'argot).
FORTIN, poivre {Jargon, i836 ; Vidocq : fretin), propr. un peu fort (au palais).
FRETILLANTE, queue (v. p. 27), à côté de frétillante, assemblée (Jargon, i836).
FRISÉ, juif (Yidocq), ei friser, voler (Larchey, SuppL).
FUMÉ, sans ressources (Vidocq), répondant au synonyme fr. flambé ; cf. ci-dessus cuit.
GOULU, poêle (Vidocq), et puits {Jargon, 1628) ; V. ci-dessous gueulard.
GRATANTF, maiu {Me, 1596 ; éd. 1627 : garante !)
GBATOusE, dentelle {Jargon, 1628) : elle gratte légèrement la peau.
GRENU, blé {Jargon, 1628 ; Vidocq : grelu et grenu), grenue, farine {Jargon, 1628), à côté de grenuche {Jargon, 1690) ; cf. bellau ^ra/ie/, blé.
GRIS S froid {Jargon, 1628), pénétré en français populaire ancien (Oudin, i64o : il fait gris, il fait grand froid) et moderne (Nisard, Parisianismes, p. 128 : gris, vent de la bise, froid) ; en anc. fr., gris signifie sombre {il îaii gris) .
GROHANT, pourceau {Vie, 1096), ei grondin, porc (Bouchet, III, 129 : un porc c'est un grondin); fourb. grugnante, germ. grunente et calao grunhidor, id.
GUEULARD, bcsacc {Jurgou, 1628 : guellard ; 1728 : gueullard ; i836: guelard, bissac), et poêle (Yidocq : cf. goulu), à côté de gueularde, poche
I. La graphie grie (f. grielle), froid, que contient la dernière édition du Jargon (i83G), est erronée.
(Rigaud), d'après l'ouverture ; cf. Berry gueulard, ouverture supérieure d'un haut-fourneau (Pasde-Calais : grand pot à large ouverture), et anc. fr. goulière, poche, bourse.
JUSTE (la), la Cour d'Assises (Yidocq) ; cf. argot vénitien giusta, police (ironiquement ?)
L\i>É, mouton {Ici.); cf. germ. velloso, id.
LiANs, bras [Vie, 1096).
LIGNANTE, la vic {Vk, ioqô), qui dépend de la ligne vitale de la main, suivant la croyance des diseurs de bonne aventure.
LONG, habile (Coquill., i\ôô: Ung long est un homme qui est bien subtil en toutes les sciences ou aulcunesd'icelles ; Villon, 70 : Pour les sires qui sont si longs) ; cf. germ. luengo, riche, puissant.
LONGUE, année (J«r^o/î, 1728), à côté de /oAigre, id. ( Vidocq), forme dialectale (Poitou longe, longue) ; le bellau londzan, année, répond au fourb. Iongano, id.
LOUCHANT, œil (Fie, 1096 : louschant), à côté de \ louchante, lune [Ibid. : la vaine louschante), et lou-J chettes, étoiles (Ibid.).
LOURDE, porte [Jargon, 1628), lourdaud, portier ^^ (Ibid.) ; cf. Genève lourde, porte d'entrée d'une maison, porte-cochère (terme pris à l'argot).
LUANS, yeux [Vie, 1627), répondant au mod. reluit, œil et jour (Vidocq) ; cf. anc. fr. luance, ^ lueur, lumière.
LUISANT, jour, el luisante, ïenèlve [Jargon, 1628), à côté de luisard, soleil, et luisarde, lune (Jargon, 1O90) ; cf. Chaufleurs, 1800 : éclairante, lune.
MINCE, denier (Boucliet, III, i3o : ils appellent un denier un mince: Rat, 1790, p. i5 : donne-moi du mince).
MONTANT, pantalon (Yidocq), et montante, échelle (Id.).
^ MOUCHARDE, luuc (Vidocq) : elle paraît espionner les voleurs ; cf. mouchard à becs, réverbère (Id.), appelé aussi pendu glacé {Id.).
^ MOUILLANTE, moruc {Jargon, 1628) : elle mouille tout ce qu'elle touche, quand l'atmosphère devient humide (Fr.-Michel), auj. soupe (Yidocq).
MOULUE, farine (V7e, 1096, p. 23 : sur la moulue, ^ c'est la farine) ; cf. Yal Soana moliia, id.
MOUSSU, riche (Po55io/i, i486: Y^^io^é^, moussus, sains, drus...), comparé à un arbre moussu.
MOUSSUE, châtaigne (Jargon, i836); cf. enfr., rose moussue.
NIAIS, dupe (Yillon, 66 : Desbousez les poures nyais), le plus ancien exemple de cette application figurée appartenant à l'argot (de là, chez Guillaume Goquillart : Coquins, nyais, sots).
PALPITANT, cœuT (Jargon, 1728); cf. argot vénitien pa/ptto/i/e, id.
PASSANT, soulier (Bouchet, III, 129 : des souHers sont des passans ; Vie, 1696, et Jargon, 1628;
sJ
1690 : passides, 1728 : passiffes) ; cf. mourmé passanche, jambe.
PELÉ, chemin {Vie, iSqô), ei pelard, foin, pelardier, pré (Ibid. : pelladler; Jargon, 1700 : palladier, 1728 : pcdllardier) ; cf. anc. fr. pelé, fourré, Poitou pelin, pré, et fr. mod. pelouse \ bellau pelvé, foin.
piCANT, pou [Jargon, 1690 : gaux ou picanti), et piquantlne, puce [Jargon, i836) ; cf. germ. picon, pou, et fr. pop. (Oudin, i64o) : « des picards, des pouils, parce qu'ils piquent ».
picouRE, haie épineuse [Jargon, 1628, p. 19 : Dejlorir la picoure, c'est oster le linge de dessus les hayes ; la picoure estflorie, c'est la buée ou linge est estendu sur la baye), à côté de pigouse, id. (Chauffeurs, 1800), propr. piquante [cî. piquante, épingle, Vidocq).
PLATLE, langue [Vie, 1596), et galette [Jargon, i836).
PORTANT, pied {Vie, lôgQ : les porians, ou trotins, pieds).
POUSSANTE, arquebuse (Ihid.\ et repoussant, fusil (Chauffeurs, 1800).
PRIANTE, église (« terme des voleurs des provinces du Nord », Vidocq), et messe [Jargon, i836).
PROFONDE, cave (Vidocq), anciennement parfonde, id. [Jargon, 1628), à côté de parfond, pâté (Ibid.) ; cf. anc. fr. et Bcrry parfond, profond.
RAS, prêtre (Coquill., i455 : ilz appellent un prestre ou un aultre homme d'église... un rcis), et razi, id. (V/e, lôgô), c'est-à-dire rasé, son visage étant ras ; cf. anc. fr. rasure, tonsure, et fourb. raso, abbé; argot vannetais rachebiis, prêtre (= rasibus).
RICHE, nom de dé (Coquill., i455).
1/ ROND, SOU {Vie, lôgô ; Bouchot, 111, i3o : ils appellent une douzaine un rond; Jargon, 1628 : 7'ond, un sol ou douzaine) ; cf. fr. pop. (Oudin, i64o) : un rond, un franc.
RONDELETS, Ics scius [Jargon, 1700 : rondelets, les tétons ou mamelles).
RONDiNE, boule {Jargon, i836), et bague (Halbert). V ROUGE ^ rusé (Villon, 109 : Benards, vous estes rouges gueux), et rousse, roussin, agent de police (Yidocq) : les hommes aux cheveux roux étaient réputés faux et traîtres (cf. l'ancien proverbe : Homme roux et chien lainu Plus tost mort que cogneu) ; de là. rouget, certains filous vestus de rouge (Oudin). vépondaniiiVii.rafJîano.
I. Cf. le premier terme de rallemand rotwelsch, dont le sens primitif paraît être « langage riisé, » sens qu'on rencontre effectivement dans le Passional de l'an laSo, le premier texte où le mot est cité (Kluge, p. i) : « Der kiininginnen rotwalsch was in verborgen unde ir sin. » Du sens de « rouge », rot passa à celui de mendiant (cf. rouge gueux), d'où rotwelsch, langage (étranger) des mendiants, des voleurs.
ruffîen (Vocabulaire xv" siècle : ruffaldino, id., de ruffaldo, feu).
ROUGET, cuivre (Vidocq) : cf. Val Soana rogi, id. (= rouge).
ROuiLLARD, baril (Bouchet, III, i3o : un barril, c'est le rouillard), et rouillarde, bouteille [Vie, 1627, et Jargon, 1628).
ROULANT, fiacre (Vidocq), roulante, charrette {Jargon, i836), et roulotte, voiture (Chauffeurs, 1880 : charrue), tous passés dans le langage populaire.
ROULANT, pois {Jargon, i836) ; cf. rotwelsch, 1750 : Erbsen, Laujlinge (Kluge, p. 216).
SOUFFLANT, plstolct (Vidocq), à côté de soufflard, maréchal ferrant (Vie, 1627 ; 1696 : soustard) ; cf. anc. fr. soufflard, arme à feu (Molinet).
TARDE, nuit (Villon, 68 : Et sur la tarde Desbousez les poures nyais) ; cf. esp. tarde, soir, et fr. sur le tard, id.
TENANTE, uuc chopinc (Jurgou, 1628).
TIRANTE, chausse (Bouchet, III, 129 : ils appellent des chausses des tirantes), à côté de tirande, id. (Passion, i486 : Il n'a tirande ni endosse) ; cf. gcrm. et calao tirantes, caleçons, fourb. tirante, bas (Val Soana tirache, braies) ; en anc. iw, tirande signifie cordon, lacet; cf. bas de tire, bas de chausses, à côté du mod. tirant, bas (Vidocq)
8o l'argot ancien
TORTU, vin (Vidocq), propr. bois tortii, nom populaire de la vigne.
. TOURNANTE, clé (Jcirçon, 1628 : de briser la lourde sans tournante , c'est ouvrir une porte sans clef).
TROTTANT, rat, ct trottantc, souris Vidocq ; cf. fourb. trottante, cheval, et germ. troton, rosse.
TROTTiN, pied {Vie, 1696 ; Comédie des Prov . , iv, 3 : Il faut pousser ses quilles et ses trottains), anc. fr. trotignon, Champagne (Clairvaux) trottignon. argot moderne trotignolle, id. (Richepin) ; cf. fourb. calcioso et calao calcante, pied.
TROTTiN, lièvre (Bouchet, III. i3i : un trotin, un lièvre, levrault ou connil) ; cf. Poitou trotin, ânon.
VERDERET, vcut (Yidocq), propr. vent de campagne.
VOLANT, manteau (Bouchet, III, 129 : ils appellent un manteau un î'o/«/î/ ; Vie, 1096; Comédie des Prov., iv, 3 : Ils ont quitté leurs volans avec leurs habits) ; cf. en fr., volant, bande d'étoffe qui sert de garniture à un mantelet, etc.
VOLANT, volaille (Bouchet, III, i3i : Des volans sont des chappons, des poules et autres oiseaux), mod. pigeon (Vidocq) ; cf. fourb., xv" siècle, volantini, oiseaux.
VOLANTE, ange {Vie, 1096: les franches vo/oaî /es, les anges) ^ .
I. Mentionnons, en outre, dans le vocabulaire des Chauffeurs de 1800 : Branlante, croix (chez Fr.-Michcl : chaîne]; duret, fève ;
ELEMENTS ORIGINAUX 8l
— Appellatifs
Pour mieux faire ressortir les images ou les simples comparaisons que représentent les termes de cette catégorie, nous allons les répartir en appellatifs proprement dits, en métaphores tirées du monde animal ou végétal, et en mots dérivés des noms propres.
A. — Appellatifs proprement dits.
Ce sont des objets concrets qui ont fourni le plus grand nombre de rapprochements. Les termes à sens général, ainsi que ceux qui désignent des personnes, ne servent qu'exceptionnellement comme point de départ des comparaisons argotiques. Voici ces appellatifs :
ABBAYE, four (Vie, i5()6, p. 7: s'il pleuvoitnous logions dans Vabbaye rujfante, c'est dans le four chauld où l'on a tiré le pain naguères), comparé à
durier, mur ; marcheuse, putain ; repoiissée, farine ; tranchant, couteau de chasse ; tremblant, lit.
Dans le Jargon de 180G : Commode, cheminée; creuse, gorge; fleurant, bouquet ; goinfre, chantre (cf. lyonnais goinfre, railleur) ; mouchard, tableau ; mouvante, bouillie ; rude, crin ; sale, gris (salin, jaime); siante, chaîne; tranchant, jiayé.
Dans Vidocq : Brandillante, sonnette ; curieux, juge d'instruction ; glissant, savon; mordante, scie; moussante, bière ; muette, conscience (P); oreillard, àne ; pleurant, oignon ; ployant, portefeuille ; réchauffante, perruque ; soutenante, canne ; têtue, épingle ; trouée, dentelle. L'Argot ancien. g
une maison cloîtrée dans laquelle on dort chaudement.
y ABBAYE DE MONTE A REGRET, la potcnCC {Jar-
gon, 1628 ; éd. 1660, p. 48 : craignant qu'il ne me fit épouser la veuve en V abbaye de Monte à regret ; Oudin, i64o : abbaye de Monte à regret, l'eschelle qui sert à pendre), auj. la guillotine ; l'échafaud, comme une abbaye, sépare de ce monde, et c'est à regret qu'on en monte les marches (Larchey). Cf. Berry Monte-à-regret, éminence où existait jadis un gibet et qui avoisinait la route de Saint-Sevère à la Châtre (« Du Guesclin y fit pendre les transfuges de Saint-Sevère », Jaubert), et Mayenne Monte-à- Regret, nom d'une ancienne rue de Laval, ainsi nommée parce qu'elle conduisait dans la prison où se faisaient les exécutions capitales (Dottin).
ABBESSE, vol (Coquill., i455 : Quant ilz parlent de labesse, c'est de desrober), sens qui trouve son pendant dans le moderne nonne {nonneur), compère du filou (Vidocq) : faire nonne, aider les tireurs en entourant- et pressant la personne qui doit être volée (Id.J ; cf. sœur de charité, voleuse (Id.).
AIGUILLE, clé (« terme dont se servent les voleurs de campagne », Vidocq).
^ AILE, bras (Vidocq), comme le fourb. ala, id.
ANGE, oreille (Coquill., i455 : une ance, c'est une oreille ; Villon, 199 : Et desbousé de son
ence OU sa poue ; Bouchet, III, i3o : les oreilles sont les ances), comparée aux anses d'un pot; cf. gerni. asa, id. (= anse)
APOTRES, doigts {Jargon, 1728) ; cf. Oudin, i64o: C'est un bon apôtre, un bon compagnon, par ironie, ou bien un bon frippon (« Les doigts ont la mission de dérober avec zèle », Rigaud).
ARBALÈTE, croix quc les femmes portent au cou (Jargon, i836), semblable à une arbalète détendue.
ARLEQUINS, rcstcs dc rcpas, surtout de viandes (« ce mot est passé dans la langue populaire », Vidocq).
ATOUT, estomac et courage (Vidocq), image tirée du jeu des cartes ; de \k, atouser, encourager (M.).
ATTACHE, boucle (J«rgro/i, 1728).
BALvi, gendarme (« terme des camelots ou marchands ambulants » , Vidocq) : il nettoie la place d'importuns.
BALLE, tête, physionomie (/d.), d'après la rondeur ; et monnaie d'un franc {Mémoires de Vidocq),^ pour la même raison.
BANC, échafaud (Villon, ili : Qu'au mariage ne soiez sur le banc) ; cf. germ. banco, prison (calao abancado, emprisonné).
BARBILLON (dc Varannc), navet {Jargon, 1628), de Varennes, commune du département de l'Aisne
BARBILLON, soutciieur (Vidocq), appelé également poisson {ïd.).
BASANE, amadou (Jargon, i836 : bazène), semblable à une vieille peau de basane.
BAUGE, coffre {Jargon, 1628). auj. ventre (Vidocq), propr. bourbier (Chauffeurs, 1800 : bauge, corps) ; cf. anc. fr. bauge, hutte, et Berry bauge, cabane, chenil (= bourbier).
BÉQUILLE, potence (Jargon, i836), d'où béquUler, pendre, et béqullleur, bourreau (Vidocq). ^ BEURRE, argent monnayé (Vidocq), comme les synonymes graisse (cf. il y a du gras, il y a de l'argent), huile (Jargon, 1728 : attaches d'huile, boucles d'argent) et onguent (Fr.-Michel). n BOBINE (bobino\ montre (« terme des tireurs parisiens », Vidocq), d'après sa forme.
BOGUE, montre (Rat, 1790, p. i5: qudXrQ bogues ; u terme des voleurs parisiens et floueurs ), Vidocq), comparée à une bogue de châtaigne.
BOITE, chambre (Vidocq), terme passé dans la < langue populaire.
BOUCHON, bourse (Jargon, 1690 : hane ou bouchon ; détacher le bouchon, couper la bourse), propr. petite bouche ou ouverture (cf. ci-dessus gueulard, besace).
BOUDIN, verrou (Vidocq), d'après sa rondeur.
BOUGIE, canne (Vidocq) : elle éclaire les aveugles (cf. canne d'aveugles, bougie).
BOULANGER, diable (Vidocq), d'où lyonnais boulanger, surnom du diable, « de ce que l'on compare l'enfer à un four dont le diable serait le boulanger » (Puitspelu) ; cf. plus bas moulin.
BOULE, tête (Chauffeurs, 1880; Yidocq) ; cf. ter- / ratsu et calao bola, id. ; v. balle.
BOUSSOLE, tête (Yidocq), image tirée du langage nautique et familière au parler populaire en même temps que tramontane (v. d'Hautel) : bous- ^ sole de singe, de refroidi, fromage de Hollande (Yidocq), c.-à-d. tête de singe, de mort.
BOUTON, nom de dé (Goquill., i/i55), d'après sa forme parfois arrondie ; et pièce de vingt francs (u terme d'argot usilé parmi les marchands de chevaux», Yidocq).
BRAISE, argent monnayé (Yidocq), avec lequel ^ on peut faire bouillir la marmite : cf. les synonymes//7V0/ et potage (des joueurs). On lit dans le Supplément de Littré : braise, argent, dans l'argot des ateliers. )
BRAS, grand (f. brasse), ci brasset, gros (f. bras^ sette), termes fournis par le Jargon de i836 ; cf. îv. brasse, mesure de i "',62.
BUTE, guillotine, (et buter, tuer, buteur, bourreau, YidoCq), comparée aune petite élévation ou tertre.
CADET, pince de voleur (Yidocq), appelée également enfant (Bruant).
CALÈGE, femme entretenue (Vidocq), propr. calèche (on disait autrefois calège pour calèche), de même pr. calecho, femme ennuyante, importune (= calèche) ; argot de Reims galegère, femme (Tarbé, II, 226).
CAMOUFLET, chandelier (d'où camoufle, chandelle, Yidocq), propr. fumée, à côté de camoufler, déguiser (Id.J. propr. enfumer ou noircir par la fumée ; cf. Mayenne camoufe, chandelle (terme tiré de l'argot), et bas-gâtinais camouffe, id.
CAPORAL, coq (ChaufTeurs, 1800), comme dans la germ. caporal, id. (rotwelsch Corporal, Hahn, 1750, Kluge, p. 216).
CARME, pain blanc {Jargon, 1628 : carme, un choyneouune miche), allusion au vêtement blanc de l'ordre mendiant des carmélites.
CARME, monnaie (Jargon, i836), propr. pain (v. ci-dessous michon).
CERCLE, sceau (Coquill., i455 : ung signet d'or et d'argent, c'est un cercle) ; cf. fourb. anello, cercle, et argot roum. cerc, anneau ; dans l'argot moderne, cercle est une pièce d'argent (Vidocq), abrégé en ce, id. (Rat, 1790, p. 10 : deux bêtes-àcornes de ce; Chauffeurs, 1800: ce, argent), et avec le sens généralisé : bien (Vidocq : marque de ce, femme légitime d'un voleur ; tout de ce, très bien).
CHASSIS, œil (et chassans, yeux, Chauffeurs,
1800 ; Vidocq : chasse), assimilé au cadre ou châssis d'une fenêtre (cf. mod. carreau, œil), comme le fourb. halchi, yeux, propr. balcons.
CHiFFARDE, pipc (Vidocq), propr. vieille pipe, comparée à une chiffe ou à un chiffon.
CHIFFON, langue (Id.), et chiffon rouge, id.
CITADELLE, forêt (GliaufFeurs, 1800), celle-ci servant d'asile aux voleurs.
COFFRE, prison (Villon, ii3 : Et gardez les / coffres massis), et malle, id., d'où enmaller, emprisonner (Villon, 21 1 : Enmallez en coffre, en gros murs), à côté de enclouer, id. (Villon, 207 : Luez au bec que l'on ne vous encloue) ; de là, coffrer, mettre en prison, et encoffrer, emprisonner, termes passés dans la langue populaire (Oudin, iG^o). C'est au même ordre d'idées que se rapportent les synonymes boucle (d'où boucler, enfermer les déte- 1/ nus dans leur cabanon, Vidocq), et clou {être au clou, être en prison, /d.) ; cf. fourb. cavagna, prison (= panier), et germ. banaslo, id. (= grand panier) .
COGNE, cognard, gendarme (Chauffeurs, 1800 ; Vidocq), propr. celui qui cogne ou tape ^ image analogue à celle de ses synonymes^Z/^Me (v. p. 44) (/
1. A. Darmesteler (Création des mots, p. 5i) interprète cognard par « celui qui saisit le voleur et le jette dans le coin, le cogne, ou, connue on dit encore, le rencogne. »
et fapin (v. ci-dessous); Genève cogne, agoni de police.
COLLE, mensonge (GoqnilL, i/iô5 : Anlcuns d'eulx sentrcineltent d'aulcun mestier ou marchandise, feignant qu'ilz en vivent qui leur vouldroit aucune chose demander et appelle cela leur rôle; Jargon, 1690 : ficher la colle gourdement, c'est être bon trucheur en perfection [i836 : c'est mentir adroitement]) ; le terme se rencontre avec ce sens dans le langage populaire (Oudin. 16^0 : la colle est franche, la mente rie est bonne, ei ficher la colle, persuader, cajoler, en faire accroire, mot de jargon ; Msard. Parisianismes, 67 : ficher la colle, en faire accroire), et dans les patois : Picardie colle, mensonge (Champagne coller, mentir, Poitou co/ear, menteur).
COLLÈGE, prison (Yidocq) : l'argot moderne y ajoute : lycée, pension, séminaire (Bruant) : cf. en vieux cant, collège, id.
coLLETiN. force (Vidocq), propr. collet protecteur de cuir ou de tapisserie que mellent les portefaix de la halle ; de là, coltiner {Rat, 1790. p. i4 ; Vidocq), à côté de coltiger (Id.), arrêter, saisir violemment.
COMBLE, chapeau {St. Christophe, 1527 : Mon comble est à la tatière ; Me, 1096), répond au mod. toiture, chapeau d'homme (Rigaud), et tuile, id. (Id.j; cf. germ. techo, tejado, chapeau (= toit).
coMBLETTE, tête {Vie, 1596 : comblet te ou tronche, la teste).
CONTRE, compagnon (Villon, i3i : vos contres ne soient greffis), aujourd'hui complice (Grisou, 80) ; cf. fourb. contro, contadino (Pulci) et contrario, paysan.
CORVETTE, jeune sodomitc (Yidocq), à l'exemple de frégate, id. (Id.J ; cf. galupe, prostituée (Richepin), propr. chaloupe (fr. pop. chaloupe, femrne de forte tournure).
couRTAux {de boutanche), classe de voleurs qui opéraient dans les boutiques {Jargon, 1628 ; 1728 : ceux qui volent des outils à leurs maîtres) ; en fr.. courtaud, homme à la taille ramassée, trapu.
CRÉPINE, bourse (Vidocq), en fr., frange ou résille (cf. réticule, ridicule, petit sac en filet), à côté dé crespinière, beaucoup (Halbert).
CROCS, dents (Granval, 1725) ; cf. bellau crocs, doigts.
CROSSE, avocat du roi (Yidocq), propr, béquille, répondant au synonyme moderne, pilier, id.
CUISINE, préfecture de police {Id.), et cuisinier, agent de la sûreté, mouchard (= mod. cas-^' serole) : même association d'idées que manger^ dénoncer (v. p. 68).
ÉCUME, étain (Yidocq), c'est-à-dire écume de terre.
EGRUGEOiRE, cliaiic à piêclicr {Id.), assimilée
go L ARGOT ANCIEN
aux petits vaisseaux dans lesquels on égruge du sel, du sucre.
ENCENSOIR, fressure {Jargon, 1628 : encensouer).
ENDOSSE, vêlement [Viel Testament, i458 : Or taillé avons quelque endosse), propr. ce qu'on endosse, qu'on met sur le dos (Bouchet, III, i3o : andosse, l'eschine ; Jargon, 1628 : andosse, l'échiné ou le dos), sens encore populaire (Nisard, p. 99 : endosse, dos) ; de là, endosser, mettre un vêtement (Villon, 44 • Changez et andossez souvent).
ENTONNE, église [Jargon, 1628 : Gwiiïie on entonne , une église ; Vidocq : antonne), propr. action d'entonner des prières (cf. ci-dessus priante], répondant au bellau chantant, église.
ENVOYEUR, assassin (Coquill., i455 : ung envoyeur, c'est un muldrier), c'est-à-dire qui envoie dans l'autre monde ; cf. argot anglais, convey, voler (= ôter), et conveyer, voleur (Shakespeare).
FANAL, estomac (Vidocq) : cf. les appellations modernes boîte à gaz et gazomètre (Bruant).
FILÉE, barbe (Vie, 1596) ; cf. fourb. setosa, barbe (= poilue), et argot roumain cânepa, cheveux (= chanvre).
FiLOTS, cheveux (/6id.), au], fdasse {\idocq).
FLAMBE, épée (V7e, ib^Q; Jargon, 1628), propr. flamme, répondant à la germ. centelta. épée
(= étincelle) ; flambart, poignard [Vie, iSgô ; Jargon, 1628), et flamberge, épée (Bouchet, III, i3i : une flarnberge, c'est une espée), propr. nom de répée de Renaud de Montauban appelée d'abord Floberge et altérée en Flarnberge, sous l'influence àe flambe. Les noms des épées célèbres des vieux romans de chevalerie sont également familiers à la germania : durindana, la justice, propr. l'épée, c'est la Durendal, l'épée de Roland ; fisberta eljoyosa, épée, font allusion à la Floberge de Renaud et à la Joyeuse de Charlemagne ^ .
FLMERON, jambe maigre (Vidocq), semblable au gros brin de fagot appelé fumeron ; cf. cotrel, id.
GET, jonc [Id.], comparé à un jet d'arbre (cf. fr.jet, sonde de jonc pour dégorger un tuyau).
GLACE, verre à boire [Jargon, 1628).
GRAIN, écu [St. Christophe, 1627 : Tous mes grains ont pris la brouée ; Jargon, 1628 : grain, un escu) ; cf. germ. grano (« ducado de once reaies »), calao grâo (u cruzado novo », Bluteau), provençal avé de grenalho, avoir de l'argent. L'argot moderne dit blé, de l'argent (Larchey), à l'exemple du calô trigo {= blé) et du calao milho, id.
GREFFIER, chat {Jargon, i836), propr. griffard (cf. plaisamment, dans l'argot militaire, chat, grefiîer, employé aux écritures, déjà Chauffeurs,
I. Voir à cet égard l'ouvrage cité de Salillas, p. i68 et 198.
1800) ; à côté de griffon id. (Yidocq), d'où griffonner, ^urer (Jargon, i836), c.-à-d. jurer comme le chat.
HVLÊNES, outils dc volcui* (Vidocq), propr. alênes ; cf. clous, id.
HÔPITAL, prison (Yidocq), et malade, prisonnier (Id.), association d'idées très intéressante et antérieure au xix" siècle (v. castu) ; cf. rotwelsch « gefangen iverden, krank sein », dans le glossaire argotique de Baie de lySS (v. Kluge, p. 201).
HORLOGE, coq (Ft>, iSqô : V orologe, le coq).
HuiSTRE (de Varane), fh\e (Jargon, 1628); v. cidessus barbillon.
JÉSUITE, dindon (Vidocq), acclimaté en Europe par les jésuites (terme également familier aux patois du Centre).
JETTARD, prison (Halbert), endroit où l'on jette les coupables (cf. jeter à la boite, emprisonner) : l'argot moderne écrit schtard.
. LAMPION, sergent de ville (Id.), répondant aux synonymes modernes bec de gaz, chandelle, cierge (v. Bruant) : il est planté dans la rue pour guider et protéger le passant.
LAXDiÈiiE, boutique de foire (« terme des marchands forains et des voleurs de campagne », Vidocq), tiré de landit, la plus ancienne des foires parisiennes, d'où également landier, commis de l'octroi (Id.).
ÉLÉMENTS ORIGINALX qS
LIÈGE, gendarme (Yidocq), allusion à la légèreté de sa course.
LOCHE, oreille (/d.), propr. cuiller à potage, d'après sa forme; cf. rotwelscli « Ohren, Lôffel », dans un glossaire argotique de 1733 (Kluge, p. 201).
LOUCHE, main (Goquill., i4v35 : Quant ilz dient que l'ung d'eulx est ferme à la louche, c'est-à-dire qu'il se deffendroit contre justice et aultre qui le vouldroit prendre ; Jargon, 1628), même sens primitif que le mot précédent.
LUSTRE, juge (Halbert) : il éclaire l'afTaire ; le synonyme mod. est allumeur, id. Dans l'ancien '^ fourbesque, lustro désigne le jour (Pulci).
MARIAGE, pendaison (Villon, i4 '• Qu'au mariage ne soiez sur le banc), et corde (Lacurne : Les jurés cordiers appellaient mariage la corde qu'ils devaient fournir au bourreau de Paris), à côté de ij marier, pendre (Bouchet, III, i3o : si aucun de leurs compagnons a esté pendu, ils diront il a esté marié), et marieuœ, bourreau (Villon, 1^9 '- Par la poe du marieux), c'est-à-dire celui qui vous marie avec la potence (v. ci-dessous veuve).
MARINE {la), la justice (CoquilL, i4o5 : Hz appellent la justice de quelque lieu que ce soit la marine), par une association d'idées qui nous échappe : la pelite marine désigne les galères (v. Larchey, Suppl.) ; dans le fourbesque, marina
94 L ARGOT ANCIEX
signifie bruit (cf. en italien, la marina è turhata, la mer est troublée, que l'on applique à une personne en colère).
MARIONNETTE, solclat (Vidocq), et poupée, id. (/d.), d'après ses mouvements automatiques.
MARRON {être), être pris en flagrant délit ou nanti des objets volés (Vidocq), par allusion au nègre marron (fugitif) ou au cocher marron (en contravention) : maronner une affaire, c'est manquer un vol par maladresse (Id.).
MATHLRiNS, dés à joucF (Vidocq), et maihurins plats, dominos {Id.), d'après le costume des moines dits Mathurins.
MÉDAILLON, derrière (Vidocq) : cf. revers de la médaille, id. (Oudin).
MiCHON, argent (Halbert), à côté de michon, pain (Vidocq), même association d'idées que le synonyme carme cité plus haut.
MINUIT, nègre (Vidocq), par allusion à la couleur.
MOULIN, enfer (Bouchet, III, i3i : enfer, c'est le moulin), v. ci-dessus boulanger; auj. moulin est la maison du meunier ou receleur qui achète le plomb volé sur le toit (Vidocq).
MOULOiRE, bouche (Chauffeurs, 1800; Jargon, i836 : mouloir), propr. mâchoire, les molaires broyant les aliments comme la meule le grain.
MOUSSE, excrément {Jargon, 1628) ; cf. l'ancien
ÉLÉMENTS ORIGINAUX qS
proverbe : Mousse pour le guet et bran pour les sergens (cité par Fr. -Michel) ; de là, mousser, aller à la selle (Fie, 1627).
OGRE, agent de remplacement, usurier (Yidocq), et ogresse, revendeuse à des filles publiques (Id.), h cause de leur voracité.
OIGNON, grosse montre (Yidocq), d'après la forme.
ONCLE, concierge de prison (Chauffeurs, 1800; Yidocq), et tante, la femme des prisons d'hommes cy (Id.), appellations euphémiques.
^ ORPHELINS, classe de gueux qui allaient de compagnie {Jargon, 1628, p. 25 : les orphelins sont ces grands mions qui triment trois ou quatre de compagnie... ; i836 : orphelins, gens sans aveux).
pANTiÊRE (à miettes), la bouche {Vie, lôgô), c*està-dire panetière.
PASSE {la), guillotine (« terme des Aoleurs des campagnes et des Normands », Yidocq), par allusion à la passe de la fatale lunette.
PATURON, pied {Jargon, 1628 : pasturon, un pied).
PAVILLON, fou (Yidocq), semblable à un pavillon qui tourne à tous vents.
PEAU, lit {Vie, 1596, p. II : il nous coustoit pour les peaux hurés deux herpès, c'est-à-dire deux liards pour coucher), et piau, id. {Jargon, 1628 ; 1690 : piot, Yidocq : pieu), formes dialectales (cf.
NJ
96 l'argot xVNCIEN
picard piau, pieu, peau) ; de là, les verbes peausser, se coucher (Vie, iSgô, p. 6 : quand il faisoit froid, nous peaussions dans Tabbaye ruffanle), ou piausser, id. (Jargon, i(j 28), cl pioncer (Yidocq) ; cf. bellau piou, lit (= peau) et peya, se coucher, argot breton de Vannes pionchen, sommeil, normand pioncer, dormir (Moisy), tous termes empruntés à l'argot.
PEIGNE, clé (Rat, 1790 : avec six peignes dans la profonde ; Yidocq).
PELOTTE, bourse (Jargon, 1728 : plot te).
PELOUSE, paille (Jargon, i83G : plouse).
PÊZE, argent monnayé (Yidocq), propr. poids.
PIED, denier (T 7e, lôgC), auj. retenue faite par les tireurs (Yidocq), ci pied de nez, pièce d'un sou (Rigaud) ; cf. bellau pied, sou, et argot vénitien piede, id.
PILIER, maître (Jargon, 1628 : pillier de creux, le maître du logis) ; ci pilier de boutanehe, commis de magasin (Ibid.).
piLOCHE, dent (Vie, 1596), propr. petite pile : cf. argot mod. meale, dent.
PLATRE, argent (Yidocq), d'après sa blancheur.
PILON, doigt (Id.).
PLOMB, mal vénérien (Yidocq), allusion au plomb des chasseurs (Fr. -Michel), et plomber, puer, allusion aux plombs des maisons (Id.).
PLOMBE, heure, année {Rat, 1790, p. i4 ; Yidoeq), allusion au poids des horloges. v
POIVRE, poison (Yidoeq; auj. syphilis), et eaude-vie (d'où po/mer. ivrogne, Yidoeq), à côté de poivrer, payer (/d.), propr. vendre trop cher (cf. en fr., saler).
POSTICHE, forain chargé de l'annonce dans les parades (faire une postiehe, rassembler la foule sur la voie publique, Yidoeq), et postige, posiijafeur, id., répondant au fourb. po5/egr^iV//ore, charlatan, propr. celui qui se poste devant le public.
POUSSE, corps des archers {Jargon, 1728). la maréchaussée {Jargon, i836), auj. gendarme ; cf. poiisse-eiils, nom des archers lorsqu'ils conduisent en prison (v. Fr. -Michel).
POUSSETTE, poucette, tricherie (Delesalle), d'où empoiisteur, c'est-à-dire empoiieeteur, escroc, etc. (v. Yidoeq) ; cf. donner le eoiip de pouee, voler, et avoir le pouce rond, être habile à voler.
PROYE, derrière {Jargon, 1628; Vie, 1696 : proais), propr. proue de a aisseau, les latrines des matelots sur les navires à voiles étant à la proue ; de \ii, Jî 1er du proye, aller à la selle (on dit vulgairement faire des cordes, locution qu'on ren-, contre également dans Aristophane, v. Fr.- Michel) ; le lexique des Chauffeurs (1800) apro^e, anus (= anc. proaise), dont on a fait plaisamment prussien,
L'Argot ancien. H
y y QUILLE, jambc (Coquin. , i4ô5 : les jambes, ce sont les quilles; Villon, i38 : Pousser de la quille et brouez), d'où enquiller, entrer {anquilleuse ^ , femme qui porte un tablier pour cacher ce qu'elle vole chez les marchands, Granval), et renquillei\ rentrer, ce dernier également dans le patois lyonnais au sens de remettre ^ns sa poche (« j'ai reuquillé mon argent »), c'est-à-dire faire rentrer, terme emprunté à l'argot ; de même, en normand, quilles, jambes maigres et longues ; Jouer des quilles, tirer ses quilles, If^ousser ses quilles, déguerpir au plus vite. (« Quille est un terme populaire qu'on rencontre un peu partout dans le sens précité », Moisy).
QuiNQUETS, yeux (Yidocq), répondant aux synonymes modernes lampion et lanterne ; cf. fourb. lanterna, id., germ. fanal et lanterna, id. En lyonnais, chelu, lampe, s'applique également à l'œil.
RAFFALE, misèrc, abaissement (Yidocq), allusion au coup de vent violent qui abaisse les arbres ; et raffalé, misérable {Id.), ce dernier passé dans les patois : normand raffalé. déguenillé, gueux (St.-Pol . qui porte des vêtements râpés, qui ne sont pas de saison), Lyon raffalé, ruiné, amaigri, d'aspect misérable (et en français).
RAILLE, agent de police (Yidocq : et railleux,
I. L)e là, anquileuse, filouteuse (Leroux, Dictionnaire comique).
ELEMENTS ORIGINAUX QQi
déjà Rat, 1790), propr. raeloir ou râteau u longmanche dont on se sert dans les salines ; cf. les synonymes modernes raclette, râteau, riflard (Bruand). Dans le vocabulaire des Chauffeurs (1800). raille désigne le paysan, le villageois : raille de la vergue, habitants du pays.
RAISINÉ {da), du sang (Yidocq), propr. jus du raisin, par analogie de couleur entre le sang et le vin.
RAME, plume {Jargon, i836) ; cf. inversement, germ. pluma, rame.
RAïiCHON, prêtre (Jargon, 1628 : rastichon) et ^ peigne {Jargon, i836), propr. petit râteau, d'où ratissé = prêtre (v. ci-dessus ras) ; cf. argot breton raton, prêtre (Quellien, p. 27).
REBIFFE, vengeance (Yidocq), tiré de se rebiffer, regimber.
REGOUï {faire du), manquer de précaution (Yidocq), propr. /aire du ragoût, faire soupçonner (Delesalle) ; v. manger, dénoncer (p. 68).
ROCHET, évêque (Yidocq) ; cf. grand bonnet, id. {Jargon, i836).
SACRISTAIN, mari d'une maquerelle (Yidocq), appelée abbesse, dans le langage populaire (cf. couvent, bordel).
SERPENTIN, matelas de forçat (/d.), semblable au canon allongé qui portait jadis ce nom.
SERRE, main (CoquilL, 1455 : la main, c'est la-
lOO L ARGOT ANCIEN
serré) ; cf. germ. zerra, id. (d'où foiirb. zerra) et garro, id. (= serre).
SIGNE, louis (Chauffeurs, 1800), et signe, pièce d'or (Yidocq, à côté de sigle, cigne et cigale), propr. signe de métal (en anc. fr., argent, et signale, pièce d'or).
SGELRS, cuisses {Vie, iSgô) ; dans l'argot moderïie, sœurs blanches, dents, k côté de dominos, id. (Yidocq).
TAMBOUR, chien de garde, appelé aussi alarmiste (Yidocq) ; cf. roulement de tambour, aboiement (Id.), et battre du tambour, aboyer (Rigaud).
TAPiN, gendarme (Chauffeurs, 1800), enfr., celui qui bat le tambour, même image que cogne (v. cidessus).
TAPIS, auberge, cabaret (Yidocq), et tapis franc, auberge où se réunissent les voleurs, répondant au fr. tapis l'crt. lieu où s'assemblaient des administrateurs (prop. table de jeu) ; de là, tapissier. aubergiste (Id.).
TAPPE, la fleur de lys qu'on appliquait avant i83o sur l'épaule des condamnés aux travaux forcés (Jargon 1628 : trappe; 1690, etc. : tappe), prop. tape ; ci. faire le tap, être attaché au poteau, et tapette, faux poinçon servant à marquer les objets d'or ou d'argent (Yidocq).
TINETTE, têle (Yidocq, II, 332), répondant au s^nontme moderne caisson, \à.
ELEMENTS ORIGINAUX lOI
TIRASSE, chaîne fausse (CoquilL, i '^55 : une chainne faulse c'est une trainne ou une tirasse) ; en fr., sorte de filet que le chasseur traîne derrière lui.
TIREUR, voleur à la tire, qui lire, dans une foule, ce que contiennent les poches des voisins (v. Vidocq), anciennement tireur de laine, voleur de ^ manteaux (cf. tiretaigne, tireur de campagne, Id.).
TiROu, chemin (Jargon, 1728), à côté de tire, route (Vidocq), propr. bande d'étoffe, répondant au synonyme moderne ruban (abrégé en rub, chemin, Delesalle) ; cf. germ. tira, chemin (= bande), et Lyon, Savoie, Genève tirée, route.
TORTURE, jour (Coquill., i455 : le jour, c'est la torture), en opposition avec la nuit, favorable aux voleurs.
TOLPiE, prostituée {Jargon^ 1806); cf. normand, picard toupie, id., et argot mod. ronfle, prostituée (Richepin).
TRAINE, fausse clé (Coquill., i/i55 : v. tirasse).
TRAVERSE, baguc, galèi'C (\ idocq) : cLfaire la traverse, aller au bagne, avec ses synonymes passer le grand ruisseau et traverser le pré salé.
TROTTOIR, bavardage (Bouchet, III, i3i :1e babil, ujA^ c'est le Irotoaër ; un andre qui va sur le trotouër, c'est une femme qui va babiller), terme qu'on trouve dans Gotgrave expliqué comme argotique ;
le trottoir est, comme le carrefour, le lieu où l'on se réunit pour bavarder.
VELVE, potence {Jargon, 1628 : espouscr la veavc, estre pendu eu une potence) ; cf. germ. viuda, id. ^
Ajoutons les noms composés :
ACCROCHE-coELus, favoris (Vidocq). auj. mèche de cheveux que les souteneurs de barrière portent j)laquée sur la tempe et qu'ils appellent aussi roujlaquettes, propr. petites rides (du dial. voujle, provençal raflo, riflo, ride).
BÈTE-A-coRNES, fourchctte {Rai, 1790, p. i5 ; Vidocq).
CORNET d'épices, Ics bous Pèrcs {Jargon, i634). les capucins {Jargon, i836).
CROTTES d'hermite, polrcs cuites {Jargon, i634).
GRAS-DOUBLE, fcuillc dc plomb (Vidocq), comparée à la membrane de l'estomac du bœuf.
I. Cf. en outre, dans le vocabulaire des Chauffeurs de 1800 : Croissant (gilet), parrain (témoin).
Dans le Jargon de i83G : Coton (dommage), embarras (carrefour), yorge (étui), landier (blanc?), mouche (mousseline), occasion (chandelier), olivet (oignon), organe (faim), pente (poire), prônier (père), quille (feuille ?), rondache (musette), sable (estomac), trique (dent).
Dans Vidocq : Aboyeur (celui qui dans une prison est chargé d'appeler les prisonniers demandés au parloir), banquette (menton), barbichon (capucin), barre (aiguille), batterie (mensonge), blanquette (argenterie), bonhomme (saint), cabestan (officier de paix ou de police), centre (nom propre), chanoine (rentier), croix (écu de six francs), frotin (billard), masseur (ouvrier), mousseline (pain blanc;, pivot (plume), pot (cabriolet), purée (cidre), réduit (bourse), roupie (punaise), tourmente (colique).
ÉLÉMENTS ORIGINAUX Io3
GRIPPE-JÉSUS, gendarme (« terme des voleurs du Nord de la France », Yidocq), propr. qui saisit les innocents {\. Jésus) ; cf. provençal gripo-jesas, id., rouchi grippe-jésus, id. (et hypocrite, dévot) et argot breton de la Roche Jîrib-jezuz, gendarme (tous d'origine argotique).
GRIS-BLEU, gendarme (Chauffeurs, 1800).
LÈVE-PIEDS, escalier, échelle (Vidocq).
MARCHAND DE LACETS, gciidarmc (/d.), allusion aux lacets dont il garrotte les prisonniers.
PIED DÉ COCHON, pistolct ((( terme employé par Cartouche et Mandrin », Yidocq), répondant au provençal ped-de-porc , pied plat et pince de fer ; cf. argot roumain p/c/o«/'e de porc, pistolets.
piouE-EN-TERRE, diudc (Cliauffcurs, 1800) et volaille (Vidocq) : « cette expression est devenue populaire, au moins parmi les canuts de Lyon » (Fr.-Michel).
PRUNE DE MONSIEUR, archcvêquc (Vidocq), d'après la couleur violette de leurs habits ; cf. violet, évêque(/c?., II, 290).
QUATRE COINS, mouchoir de poche (« terme des voleurs lyonnais », Vidocq).
ROUE DE DERRIÈRE, piècc dc ciuq fraucs (Vidocq), et roue de devant, pièce de deux francs (Id.), d'après le diamètre respectif de ces roues ; cf. cant hind-coach-wheel, pièce de cinq shillings, eifore-coach-wheel, pièce de deux shillings et demi.
io4 l'argot ancien
TAS DE PIERRES, prisoii (M.), rcpondaiit RU synonyme français boite aux cailloux (Oudin). VOL AU VENT, plumc (Yklocq) ^ .
B. — Appellatifs tirés des nojns cf animaux.
Les termes suivants appartiennent à cette catégorie :
ANGUILLE, ceinture (Vidocq) ; la germania rend la même notion par culebra, couleuvre.
ASPIC, calomniateur (Vidocq), dont la langue est venimeuse comme celle de l'aspic : cf. Mayenne aspiquer, piquer par des paroles, calomnier.
BIDET, moyen de correspondance dans une prison d'une fenêtre à l'autre (/d.), allusion au bidet qui porte les courriers.
BOUC, cocu (/d.), répondant à cornard: et hoccard, bordel (M.), nom patois du bouc, emblème de la débauche.
BREMES, cartes ii jouer {Jargon, i836), d'après la brème, poisson plat et court.
CANARD [sans plumes), nerf de bœuf avec lequel les argousins frappent les forçats qui sont en route pour le bagne Vidocq).
I. Cf. en outre, dans Vidocq : Boulet à queue (melon), bûche plombante (allumette), coste de bœuf (sabre), couenne de lard (brosse), crucifix à ressorts (pistolet), étron de mouche (cire), peau-d\ine (tambour), plume de Beauce (paille), tape-dur (serrurier).
ELEMENTS ORIGINAUX lOO
CANICHE, ballot carré à oreilles (M.).
CAPON, filou [Jargon, 1628, p. 3o : Capons sont les eschevins de la triperie, dont la plupart sont casseurs de liane et doubleux), nom dialectal du chapon : cf. provençal cf/pow/*, gueux, vaurien.
CAPRE, un carolus (Jargon, 1G28), et capelou (Ibid., 1728), noms patois de la chèvre et du chevreau, effigies du carolus.
CARLiNE, la mort (Yidocq), propr. femelle du carlin au nez camus, appelée également la camarde (Granval), terme populaire qu'on retrouve dans Scarron et dans Voltaire : ce qui frappe tout d'abord à la vue d'un squelette, tel que la mort a été personnifiée, est l'absence du nez, qui donne à la face un aspect si hideux (Fr. -Michel).
CERF- VOLANT, fcmmc qui dépouille les petitsenfants dans un lieu écarté (Yidocq).
CHAT, concierge de prison (Yidocq), celle-ci envisagée comme une chatière ; et chatte, pièce de six francs (« les filles publiques sont à peu près les seules qui se servent de ce terme », Id.).
CHEVAL DE RETOLR, cclui qui cst couduit au bagne pour la deuxième fois {Id. ) .
CHOUART, membre viril [Vie, 1096), propr. ^ mâle de la chouette, répondant au fourb. daco, dago, id. (= duc, hibou), terme euphémique ; cf. dans Rabelais, MaistreJean Chouart, et le provençal dugonel, derrière (= hibou) ; par contre, la femelle,
io6 l'argot ancien
la chouette a, dans l'argot, le sens de excellent (Vidocq), bon, beau (Larchey), ce qui rappelle le passage connu de Rabelais (III, i4) : « Ma femme sera coincte et jolie comme une belle et petite chouette », certains de ces oiseaux étant en effet d'une beauté remarquable ; dans le fourbesque, civetta signifie servante, ménagère (la chouette étant sobre et économe).
GIGOGNE, préfecture de police (Vidocq) : « Par une coïncidence des plus singulières, les bandits et boulangers de Zagori, en Albanie, appellent, dans leur argot, la maison du juge \zXvaiol, cigogne » (Fr. -Michel).
CRAPAUD, cadenas (Vidocq), sens ancien français du mot (14Ô9 : la clé du crapauld d'icelle porte) ; cf. allem. Frosch (= grenouille) et anglais pad/oc/c (= loquet-crapaud).
DUPPE, niais qu'on trompe facilement (Ducange, i4'26 : V. p. 16 ; GoquilL, i455 : v. ci-dessus btanc ; Passion, i486 : Nous allons donner sur la corne à quelque duppe ; Villon, 71 : Les duppes sont privez de caire), propr. huppe (Rabelais, II, 12 : aussi huppés que dupes de marais), oiseau à apparence ^tupide (encore auj. dans le Poitou).
ÉCREVissE, cardinal (Vidocq), par allusion à la couleur.
ESCARGOT, vagabond (/d.), pareil au mollusque qui porte sa maison sur son dos.
FuiQLET, mouchard (« terme des voleurs de Paris», Id.), d'après le nom de ce moineau qui frétille sans cesse lorsqu'il est perché.
GRIVE, guerre (Jargon, 1628, p. 42 : les drilles ou les narquois en revenant de la grive), et soldat (Yidocq), d'après le nom de l'oiseau qui maraude y dans les vignes (cf. en fr. , grivcler, voler, c'est-àdire grappiller comme la grive).
HIRONDELLE DE GREVE, gciidarmc (Yidocq, Mémoires, III, l'.î^)\ cf. germ. golondrino, soldat, propr. mâle de l'hirondelle (« porque van en companias o bandadas », Salillas).
LAPIN FERRÉ, gendarme, (u terme des Aoleurs normands », Yidocq) ; cf. anc. fr. lévrier du bourreau, archer (Oudin).
LÉZARD, mauvais camarade (Yidocq), semblable au reptile qui se cache dans les trous.
MANDOLET, pistolct {Jurgoii, i836), propr. petite mendole, par allusion à la forme de ce poisson.
MOLCHE, laid, vilain (Halbert), à côté de mouchique (Yidocq), propr. ennuyeux comme une 1/ mouche ; mod. moustique, id.
MOUTON, espion placé par la police près d'un prisonnier dont il doit chercher à acquérir la confiance, afin d'en obtenir des révélations (Yidocq), répondant au calao cabra (= chèvre) et au calô chivo, chota, propr. chevreau, chevrette.
MULET, diable (Bouchet, III, i3i : mulet, c'est le
io8 l'ar6ot ancien
diable, et ainsi interpretent-ils, quand le nieusnier dit le diable m'emporte en son enfer), propr. mulet des meuniers ; cf. ïabourot, Bigarrures (dans Fr.-Michel) : « Les meusniers aussi ont une mesme façon de parler que les cousturiers, appellant leurasne le grand Diable... »
PAPILLON, blanchisseur (Vidocq) et linge, étendu sur les haies au soleil.
PIE, boisson (Viel Testament, i4ô8 : Si irons croquer cesle pie * ; Vie, 1596 : pie santoche, cidre), d'après le nom de la pie - à laquelle on attribue l'habitude de se griser ; piard, id. (St. Christophe, 1627 : Je m'en brouay au gourd piard), eipiarde, id. (Villon, 67 : gourde piarde), propr. petit, petite de la pie, à côté de pier, boire (Bouchet, lll, i3o : pier, c'est boire), piolle, taverne {Jargon, 1628), auj. piolle, piaule, logement, chambre (« terme des camelots et voleurs de campagne », Vidocq). Le terme a passé en anc. fr. dès le xv** siècle {Test, de Pathelin, éd. Jacob, p. 187 : Je vous
1. Dans Rabelais (IV, prol.) : « Boire d'autant et à grans traitz estre pour vray croquer la pie. »
2. Charles d'Orléans (v. Littré) appelle desduit de la pie, un repas où l'on boit « du vieil et du nouveau », et, dans les Contes d'Eutrapel (ch. \XX111\ il est question d'une enseigne de la Pie qui boit ; la locution juchier la pie, vider les pots, se trouve dans Villon et dans un Mystère du xv' siècle (v. Bijvanck, Essai critique sur les œuvres de Villon, i883, p. G3). Cf. Berry l'agace a emporté le dou:il, le tonneau est vide ; provençal prene l'agasso, se griser (= prendre la pie); Parme gazza, pie et ivresse.
Ijry que j'aye k pyer Un coup de quelque bon vin vieulx ; Farce du Meunier, 1496, p. 286, Ibid. : Baillez- moy... La gourde pie ; La Condamnation du Banquet, i5o7, p. 299, Ibid. : Gallans, allons croquer la pie ; Je n'en puis plus si je ne pie Quelque pianche bonne et fresche). Dans la germania : piar, ho'ivc, pio, boisson (ci pie la, ici., d'où pie larse, se ^ griser), piarcon, buveur, piorno, ivre (termes j
empruntés à l'ancien argot). L'argot breton de Vannes a également pien, cidre, piart, ivre, etc. (V. Reime celtique, XXVI, 87), qui dérivent de la même source.
PIGEON, dupe (Vidocq), forme moderne de l'ancien coulon, niais simulé (GoquilL, i455 : Ung blanc coulon, celluy qui se couche avec le marchant ou aultre et lui desrobe son argent, ses robes et tout ce qu'il a, et les gette par unefenestre à un compaignon qui l'attent hors de la chambre) : c'est l'anc. fr. et dial. (Picardie, Champagne) coulon. pigeon, répondant à la germ. palonio (« simple o nescio ») ; v. plus haut blanc.
PIVERT, ressort avec lequel on coupe les barreaux et les fers des forçats (Id.), allusion à l'oiseau qui perce l'arbre de son bec.
RAGOT, un quart d'écu (Jargon, 1628), répondant au cant hog, shilling (= pourceau) et pig, six pence (= porc)
RAT, type du voleur : prendre un rat par la
IIO L ARGOT ANCIEN
queue, c'est couper une bourse (Bouchet, III, i3o : Entrant en prison le mattois dira : il a pris un rat par la queue), et courir le rat, voler la nuit dans l'intérieur d'une auberge ou maison garnie (Yidocq) : raton, petit voleur de dix à douze ans (Id.), répondant à la germ. raton, voleur de bourses.
ROSSIGNOL, haut-bois, et rossig notante, flûte (Jargon, i836) ; en fr., rossignol, petite flûte d'enfant.
SACRE, sergent (Jargon, 1628), semblable à l'oiseau de proie, hardi et vaillant, auquel rien n'échappe.
SANGLIER, prêtre (Yidocq). par allusion à sa robe noire : cf. les synonymes modernes : marcassin et sac à cliarbons, curé (radis noir, prêtre, dans le jargon de l'ouvrier, Rigaud), corbeau ou coincoin, frère de la Doctrine chrétienne.
G. — Appellatifs tirés des noms de plantes.
Ces termes, moins nombreux que les précédents, sont représentés par :
CHÊNE, homme : abattre un chêne, tuer un homme (Bouchet, III, i3i : s'il a tué un homme, on ne fera que dire // a abbatu un chesne), comparaison naturelle qu'on rencontre sous forme de proverbe en ancien français (« Petit homme abbat
bien un grand chesne, et douce paioUe grand ire )), Gabriel Meurier) et avec son acception spécialement argotique dans Oudin, i6/io : « Petit homme abbat grand chesne, un petit homme en tue un grand... » ; auj. faire suer un chêne ; cf. germ. arbol, corps, et calao tronco, homme.
COLOQUINTE, têtc (Yidocq), répondant aux synonymes modernes : citrouille, potiron, tomate, etc.
GIROFLE, homme ou femme aimable (Vidocq : Jargon, i836 : giroble), mignon comme l'œillet.
JONC, or (Vidocq), par alhision à la couleur.
PLANT, faux lingot (Coquill., i/i55), propr. ce qu'on cache, planteur, celui qui baille les faux lingots (Ibid.), et planter, cacher (Villon, io8 : Allez ailleurs planter vos marques), à côté de la forme moderne planquer, id. (Vidocq), propr. enfoncer dans le sol, sens du fourb. piantare et de la germ. plantar, enterrer (cf. aussi cant to plant, cacher). La forme secondaire plan {= plant), signifie prison (Vidocq, XXXV), auj. mont de piété, propr. cachot, cachette, et le sens de chapeau que plant a également dans l'ancien argot (Jargon, 1628, p. 20 : un chapeau on le nommoit plant) se rapporte à celui d'enfoncer^.
PRUNE, balle, d'où empruner, fusiller (Chauffeurs, 1800).
I. Voir aur planter les notes de Bijvanck (Essai, p. 187 et 176), qui l'interprète par « tromper ».
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TREFFLE, labac (Yidocq), le trèfle sec étant de couleur brune, à côté de triffois, id. (Jargon, i836) et triffoin, id. (Yidocq), d'où triffonière, tabatière (fd.).
TRONCHE, tête (Bouchct, III, 1.3 1 : la tronche, c'est la teste ; raser la tronche, c'est couper la teste; Vie, 1096, comblette ou /roAîcAe ; Jargon, 1628 : tronche de înorne, teste de mouton), propr. trône d'arbre, sens ancien français et dialectal (Picardie, Vosges) du mot, analogue au calô troncho (« pescuezo ))) ; cf. normand de Vire et canut tronche, tête (terme emprunté à l'argot). Tronche désigne, en argot, la tête en général, et non pas la tête tranchée (cf. Larchey, Introd. : u La tronche montre la tête tombant sous le couteau de la guillotine ))); cette appellation, comme le remarque Delesalle, se trouve antérieurement à la peine générale de la décapitation, et il cite, à cette occasion, ce passage de la Vie Généreuse (iSgô) : (t Les sujets du Grand Goesre s'approchèrent de leur souverain tronche nue » (v. ci-dessous sorbonne).
YERGNE, ville (Villon, 212 :Va.r la verg ne : }ie, 1596, el Jargon, 1628), propr. lieu planté de vergnes, le nom français et dialectal de l'aune ou osier, rouergat vergne, marécage, c'est-à-dire mare plantée d'aunes : .« Il y a près de Valloires (en Picardie) un terroir qu*on nomme el Vergne, parce
ÉLÉMENTS ORIGINAUX I l3
qu'il a été autrefois planté d'osier » (Gorblet) ; et les noms de lieux La Verne, La Vergue, Lavergne, Les Vergues, Les Vernes, etc. Le bellau vergna, ville, est emprunté à l'argot.
D. — Appellatifs tirés des noms propres.
Ces noms personnels ou géographiques, au sens généralisé, désignent surtout des objets (outils, habits, monnaies, etc.), plus rarement des agents et tout particulièrement diverses catégories de voleurs. Tels sont :
BOURGUIGNON. Ic solcll ^ d'après la situation orientale du département de la Gôte-d'Or, répondant au Val-Soana /omèard ((( sole, giorno»), la Lombardie se trouvant à l'orient de Val Soana ; ou simplement par allusion au vin bourguignon (cf. le beau blond, autre nom argotique du soleil).
BRETON, voleur (Coquin. , i455 : un breton est un larron).
CARLE, argent monnayé (Vidocq), c'est-à-dire Caroliis, ancienne monnaie frappée sous Charles Mil, et répondant au fourb. carlo, denier'; cf. philippe, écu de trois et de six livres (Id.).
CHARLES, voleur (Chauffeurs, 1800), répondant aux synonymes modernes Bertrand et Macalre ; chariot, voleur (Vidocq, vol. 1, p. xxxiii).
. 1. Le mot se trouve dans les Mémoires de Vidocq (III, i33) : « \ 'là le Bourguignon qvii baisse. »
L'Argot ancien. Q
ii4 l'argot ancien
CHARLOT, bourreau (\ idocq), nom qui date du temps de la Révolution.
DA\iD, crochet à ouvrir serrures (Coquill., i455: le roy David, c'est ouvrir une serrure, un huiz ou un coffre et le refermer ; Villon, 2i4 : Vive David!), et Davyot. id. (Coquill., i455 : le roy Davyot, c'est simple crochet à ouvrir, serrures), appellations analogues aux synonymes dauphin (ou dauffe) et monseigneur, à côté de modernes Jacques, Charlotte, pince d'effraction ; cf. cant Bess, Betty, id., elKate, rossignol (= Catherine); dans le rotwelsch, Rehhemausche, barre à briser les serrures, signifie propr. Rabbi Moïse.
DiJONMER, moutardier (Vidocq), de Dijon, ville renommée pour sa moutarde.
GASCON, voleur, et gascâfre, jeune voleur (Coquill., i455 : ung gascatre est un apprentiz qui n'est pas encore bien subtil en la science de la coquille); cf. Oudin, i64o : gascon, qui desrobe volontiers, gasconner, prendre, desrober ; en fourbesque Guasco ou Vasco, c'est-à-dire Gascon, a, au contraire, le sens de gentilhomme.
GEORGET, pourpoint {] ie, 1096 ; Jargon, 1628), propr. petit Georges (=jfac^Me/, jacquette, litt. petit Jacques), répondant au fourb. piero, manteau, germ. pedro (« capote o tudesquillo »), propr. Pierre ; cf. cant Joseph, manteau.
GREC, filou, tricheur (Vidocq), d'où grèce, tri-
ÉLÉMENTS ORIGINAUX Il5
chérie (Rigaud) ; cf. cant Greeks, id., et anc. fr. à la griesche, à la manière des Grecs, locution employée par Eust. Deschamps à propos de filouterie au jeu des dés (suivant Lacurne) : Lui fist jeter à la griesche, XV poins *.
HUBiNS, mendiants soi-disant mordus par un loup ou chien enragé et prétendant avoir fait le pèlerinage à Saint Hubert {Jargon, 1628, p. 29), patron des chasseurs qu'on représente toujours suivi d'une meute : de là, hubin, chien {Jargon, 1728), c'est-à-dire chien de Saint Hubert, mod. lubin (= V hubin), domestique (Rigaud), propr. chien.
JABOTER, parler (Chauffeurs, 1800), et interroger (Larchey, SuppL), propr. bavarder (v. ci-dessous babiller) .
JEAN {faire le saint), se décoiffer pour avertir ses compères de prendre les devans et de se rendre au lieu convenu (u signal des emporteurs », Vidocq).
JÉRUSALEM {lettre de), c'est-à-dire écrite de prison (pour escroquer de l'argent) : cf. la petite Judée, la préfecture de police (Fr. -Michel), située rue de Jérusalem 2.
JÉSUS, innocent et jeune voleur (Vidocq).
1. Voir l'article griesche (jeu) dans Godefro} et dans Lacurne.
2. A Avignon, la rue, habitée autrefois par les Juifs, s'appelait carriero de Jerusalen.
ii6 l'argot ancien
LÉON, président de la Cour d'assises (Id.), appelé aujourd'hui aussi Anatole.
LILLOIS, fil (Id.), propr. de Lille.
LIMOUSINE, plomb des couvertures {Id. ; cf. limousin, maçon).
LiNGRE, couteau (Jargon, 1628 : lingres, 1728 : laingres ; 17e, 1696 : ingre = lingre), mod. lingue, propr. couteau de Langres, ville célèbre par sa coutellerie, d'où provençal lingre, dague, stylet, et Val Soana lingher, couteau. L'argot moderne dit eus tache, couteau de poche (terme familier au patois champenois), répondant aux synonymes de l'argot milanais martin (« coltello »), niartolfa (« spada ))) et de l'argot roumain busuioc, couteau (nom d'un heïduque célèbre), à côté de hismarc, poignard (= Bismarck).
LISETTE, veste (Chauffeurs, 1800); v. ci-dessus georget.
LYONNAISE, soicric (Yidocq), c'est-à-dire de Lyon.
MALTAISE, écu d'or (Chauffcuis, 1800; Vidocq), qui aurait eu cours sur les galères de Malte (Rigaud).
MICHE, michet (diminutif michelon), homme payant les filles (Fr. -Michel), de Miche, Michel, propr. niais, dupe, à côté de mikel id. (Vidocq) ; cf. Lyon miche, apprenti canut, Champagne miche, galant, amoureux, et michaud, michclct, galant (anc. fr. michaud, libertin, ai faire le saut
michelet, se livrer à la galanterie), auj. faire le michelet {michelin), c'est palper les femmes dans une foule (Rigaud) ; fourb. miccheggiare, s'amouracher.
ORLÉANS, vinaigre (Yidocq) : celui d'Orléans était célèbre.
PANTIN, Paris (M.), d'après le village de la banlieue qui porte ce nom, modifié en Pantruche à côté de Pampelache, id. (Yidocq), nom de fantaisie analogue au provençal Pampaligosso, pays imaginaire, lointain (Rabelais mentionne un viceroy de Papeligosse) ; l'argot ancien connaît Parouart (Villon, i).
ROLLAND [soye ou saye), locution d'un sens peu clair (GoquilL, i455 : La soye Rolland, c'est ouvrir quelque chose à force... Aulcune fois quand ilz parlent de la saye Rolland, c'est à dire qu'ilz ont batu la justice ou la batroyent qui les vouldroicnt prendre) et qui contient une allusion qui nous échappe.
SAVOYARDE, mallc (Vidocq).
soissoNÉ, haricot [Id.], propr. de Soissons.
soRRONNE, tête : « La sorbonne est la tête qui pense, qui médite ; la tronche est la tête lorsque le bourreau l'a séparée du tronc. Je crois qu'il serait difficile d'expliquer d'une manière à la fois plus concise et plus énergique deux idées plus dissemblables ». Cette explication de Yidocq
ii8 l'argot ancien
(II, 179), qu'on retrouve chez Rigaud ^ est de pure fantaisie : Tronche, le seul terme historique de l'argot, désignait et désigne encore la tête en général, sans aucune restriction, humaine ou animale, vivante ou inanimée ; sorbonne ne figure dans aucune édition du Jargon du xin*" siècle (Halbert a sorbonner, méditer, verbe de l'invention de cet éditeur peu scrupuleux), et, aujourd'hui, il est également inconnu. Il est possible que le terme soit imaginaire (de même, par ex., que arche de A^oe, Académie, ou fièvre cérébrale, condamnation capitale 2; Yidocq), ou plutôt qu'il ait eu une existence passagère (un exemple unique se trouve dans Vidocq, p. xi).
THUNE, aumonG {Jargon, 1628. p. 22 : demander la thune dans les antifles ; éd. i836 : trune), auj. tune, pièce d'argent, d'après le nom du j'oy de Thunes, c'est-à-dire roi de Thunis, que portait le
1. « Sorbonne, tète. Autrefois, c'était la tète sur les épaules, la tète qui pense. L'autre, la tète coupée, était la tronche. Messieurs les assassins qui ne sont jamais sûrs de conserver cette partie si essentielle de leur individu, avaient créé deux mots pour exprimer les deux manières d'être de la tète. Aujourd'hui sorbonne n'est guère plus usitée. » Cf. Delvau : « Sorbonne, la tète, parce qu'elle médite, raisonne et conseille le crime. » Cette explication, d'ailleurs, remonte à Balzac (Vautrin : « La sorbonne est la tète de l'homme vivant, son conseil, sa pensée »), qui l'a puisée dans Vidocq.
2. Cf. également, dans l'édition du Jargon de i836, les termes : homicide, hiver, honnête, printemps, impôt, automne, et jaune, été — tous d'un caractère artificiel prononcé et qui n'ont certainement jamais appartenu au langage des voleurs.
chef des gueux, le grand Coesre {Jargon, 1628, p. 9), à l'exemple du général des Bohémiens appelé duc d'Egypte ; de là, taner, mendier, et tuneur, mendiant (Vidocq), à côté de Tune, Tunebée, Bicetre, prison et maison de mendicité dans le département de la Seine, tuneçon, maison d'arrêt (Vidocq). Tune a pénétré dans l'argot breton de la Roche, appelé tunodo, d'où lunodi, parler argot (de tunaud, pour tuneur, mendiant). Le terme a également passé en espagnol et en portugais (tout en manquant à la germania et au calao) : tuna, vie fainéante, vagabonde (corer la tuna, quémander), tunante, gueux, et tuneav, mener une vie débauchée. La pénétration se fît par l'intermédiaire d'un patois méridional : baslimousin tuna, boire abondamment, Lyon tune, bamboche, partie de plaisir, Vaud tune, ribotte, débauche de table, Suisse tuner, boire abondamment et faire la débauche.