‹ L'argot ancien, 1455-1850, ses éléments constitutifs, ses rapports avec les langues secretes de l'Europe méridionale et l'argot moderne. Avec un appendice sur l'argot jugéChapitre 30 sur 81 · Verbes · texte numérisé non relu

Verbes

Cette dernière catégorie embrasse un certain nombre de termes, que leur notion primordiale

1. Cf. Revue celtique, vol. XIV, p. 212, où M. Ernault ajoute : « A la même origine (c'est-à-dire à l'argot tune) se rapportent les mots bretons tun, espièglerie, tour d'adresse, ruse, teiin, faux, frivole, fraude, fausseté, tromperie, teûni, frauder, tromper, cornouaillais tuna, gagner par ruse et subtilité. »

ferait rentrer dans une des classes précédentes. Tels : caner, cavaler, tauper, tirés des noms d'aniifiaMx; pivoiner, dérivé d'un nom de plante, et capahuier, qui remonte à un nom propre. On a pourtant rangé ces termes sous cette rubrique, attendu qu'on ne les rencontre que sous forme verbale.

AFFRANCHui, corromprc, apprendre à quelqu'un les ruses du métier de fripon (Vidocq), propr. le débarrasser de toute entrave ; cf. franche, receleuse (GliaufTeurs, 1800).

ALLUMER, regarder attentivement (Yidocq), comme le fourb. allumare, id. ; cf. argot mod. ardents, yeux, répondant h la germ. quemantes, id.

BABILLER, avoucr (Villou, Ao : Devant la roe à habiller), auj. confesser (Yidocq : babillard, confesseur: Jfl/'(/o/M 628: ministre), et lire (Yidocq : babillard, livre : Jargon, 1728 : babillarde, lettre), à côté de Tanc. babigner, avouer (Yillon, 4i : il babigna pour son salut), ci babinage, bavardage {St. Christophe, 1027 : Pour te pendre hault comme un lart Nonobstant tout ton babinage).

BALANCER, rcmucr [Vocabulaire de 1829) et jeter (Yidocq), à côté de balançoire, fraude [Id.).

BALLADER, aller demander l'aumône (Jargon, 1628, p. 5i : que les frères puissent trucher et bcdlader ; Response au grand Coesre, i63o : il y

eut de ses narquois qui... se prindrent ii trucher, ballade r et faire jouer la mine), propr. mendier en chantant des ballades (anc. fr. ballader, chanter des ballades), répondant au synonyme aller en mw^/^we (Chauffeurs, 1800), demander l'auniône, pUr allusion aux mendiants aveugles, ou contrefaisant les aveugles, qui allaient par les villes jouant de la vielle et chantant des ballades dans les carrefours.

BARBOTER, fouilIcr uu détcnu à son entrée en prison (Yidocq), auj. voler (barbolln, vol), image prise du canard {barbotle, en argot) qui barbote dans l'eau trouble.

BECQUER, regarder (CoquilL, i455 : quant ilz dient qu'ilz ont regardé quelque chose, ilz dient qu'ilz ont becqaey), répondant à la locution laer au bec (Villon, 33 : Luez au bec, que ne soiez greffis), où bec a le sens de nez (cf. calao beque, narine) ; le patois de la Mayenne dit s'abequer, s'abequeter, regarder fixement.

BiGOTTER, prier (Vidocq), c'est-à-dire faire le bigot.

BONiR, dire, assurer (/d.), propr. dire des bonnes (bonne histoire), d'où boniment, long discours adressé à ceux que l'on désire se rendre favorable, annonce d'un charlatan ou d'un banquiste (Vidocq).

BOLLiNER, voler {Jargon, 1728), et trouer la

muraille (Vidocq), d'où boulin, trou fait dans une muraille, et bouline, bourse {Id.,.

BRANCHER, pendre {St. Christophe, 1627 : ... le taulart vous eust branché en la tourtouse ; Yidocq), propr. pendre à un arbre, à une branche.

BRIDER, fermer une porte, et débrider, l'ouvrir {Jargon, 1628), à côté de bride, chaîne de forçat {être bridé, être ferré et prêta partir pour le bagne, Vidocq).

CA>iER, agoniser, mourir (Vidocq), propr. faire la cane ou le plongeon, et canage, agonie {Id.) ; Lyon caner, mourir(terme emprunté à l'argot).

CAPAHLTER, assassiucr son complice pour s'approprier sa part de butin (et sauter à la capahut, id., Vidocq), d'après le nom du voleur Capahut

CASSER, couper la bourse {Jargon, 1728 : casser la hane).

CAVALER {se), s'enfuir (Vidocq), propr. fuir rapidement comme une cavale.

CHARRIER, escroquer, duper, d'où charriage, escroquerie, et charrieur, charron, voleur (Vidocq), propr. charretier, répondant à la germ. carretero, tricheur (= charretier).

CHIQUER, battre (Chauffeurs, 1800 : Vidocq), propr. manger, association d'idées familière (cf. fr. pop. bâfre, dariole et tarte pour gifle) ; de là, Genève chique, chiquenaude (pr. chico, id.), syno-

nyme de croquignole, qui signifie à la fois pâtisserie et coup sur le nez ou sur la tête.

CRAMPER, fuir (Vidocq), c'est-à-dire éprouver une crampe.

DÉVIDER, parler longuement (Vidocq), et dévidage, long discours (Id.), propr. dévider le fil du discours, d'oii Jîlin, argot (Bruant).

DORER, mentir (Villon, 27 : Songears ne soiez pour dorer...).

EMBLÈMER, trompcr (Vidocq), et emblème, tromperie {Id.), propr. conte ou faux prétexte, dans le langage populaire (« courte allocution ayant pour objet de conseiller, de protester, de faire des remontrances », Nisard, Parisianismes , p. 97).

EMPRESSER, aboycr (Chauffeurs, 1800), association d'idées dont le terme intermédiaire nous échappe.

ÉPOUSER (la veuve), être pendu (v. plus haut veuve) ; cf. Oudin, i64o : espouser une potence ou une roue, se faire pendre ou rouer.

FILER, aller à la selle {Jargon, 1690 : Jîller du proys ; v. proye).

FILER {quelqu'un), le suivre à son insu sans le perdre de vue (Vidocq) ; cf. germ.Jilar, couper la bourse (u cortar sutilmente »), d'où fdatero, filou ((( ladron que hurta cortando alguna cosa ))).

FOURMILLER, maichcr (Vidocq), et courir {Vocabulaire de 1829).

I'i^ l'argot ancien

FRETiLLER. clanscr {Jargon, i836).

GRAISSER, dérober subtilement (Jargon. i836), représente la même image que poisser, au même sens (v. ci-dessous); de là, graisse, vol (Yidocq).

GRATTER, arrêter (Yidocq). et raser (Jargon, i836) ; cf. les synonymes modernes rafler, rifler, ratisser, arrêter (Bruant).

HAPPER (le taillis), s'enfuir hahilcmeni (Jargon, 1628), répond au fr. gagner le taillis (Molière), anciennement gagner le bois.

JASER, prier (Jargon, i836).

JUDACER. embrasser quelqu'un pour le tromper \J (Vidocq), allusion évangélique ; cf- argot roumain caiafa, agent secret, propr. Caïphe, nom du grandprêtre qui demanda la mort de Jésus.

MAQUILLER, travailler, voler (Jargon, 1628), propr. farder, c'est-à-dire déguiser; ci maquillage, vol (Ibid., p. 3o : quand l'esté est venu, ils disent fy du maquillage) ; cf. fourb. camuffare, voler, propr. déguiser (sens du mot en italien).

MOULINER, bavarder (Vidocq), image facile à saisir.

piCTER, boire (Jargon, 1628), et piqueter, id.

(Chauffeurs, 1800), propr. boire de la piquette,

iVoù piéton, vin (Ibid. ; Yidocq), c'est-à-dire pi^we-

J ton; cf. Mayenne piéton, piquette, et normand

pictrie (être de la), être ivre.

PINCER, voler (Jargon, 1728), même image

que les synonymes modernes crocher, griller, grincher.

pivoiNER, rougir ((( terme des voleurs bretons», Vidocq), comme la pivoine.

POISSER, voler (Yidocq), propr. avoir de la poix aux doigts (c'est-à-dire voler, Oudin), d'où poisse, voleur ((( terme des camelots et des voleurs de province », Yidocq), répondant à l'anc. fr. poissard, larron (Golgrave), au xvii" siècle poissarde, sobriquet injurieux des harengères (Oudin, i64o : poissarde, une vendeuse de marée, par mespris) ; cf. bellau poinçar, voler, et argot breton de la Roche poi/isa, id.. poiiis, vol, poinser, voleur), termes tirés de l'argot.

RAPLiQUER, revenir (Vidocq), propr. répliquer. «^

REBECïER, répéter (Id.), c'est-à-dire rehequeter, frapper de nouveau avec le bec.

REFROIDIR, tuer (Vidocq). '-'

REMBROQUER, reconnaître {Id.), propr. regarder, verbe tiré de broc, au sens supposé d'œil (cf. argot moderne godet, œil).

RETAPPER {se), se présenter, et être à la retappe, guetter sur le chemin (Chauffeurs, 1800) ; faire la retappe, aller se promener sur place (« terme des filles publiques », Vidocq).

RINCER, voler (Id.), c'est-à-dire laisser nu comme une bouteille qu'on rince, même image que nettoyer et ratisser, id.

lUYER, coïter {Vie, 1096), r/vard, paillarde (Ibid.), rlvette, sodomite et fille publique (Vidocq).

SAUTER, faire le saut, tromper (ChaufFeurs, 1800), et cacher à ses camarades une partie du vol qui vient d'être commis (Vidocq) ; image analogue aux synonymes modernes évaporer, filer, soulever; cf. anc. h\ faire saulter un homme, le tuer, le maltraiter (Oudin).

SENTIR, aimer (Vidocq), c'est-à-dire souffrir quelqu'un (cf. je ne puis le sentir).

siAGER, couper (Chauffeurs, 1800), propr. couper avec la scie.

SOULAGER, tuer (Reims : Tarbé, II, 228), répondant au synonyme mod. apaiser : l'assassinat est conçu d'un côté comme un soulagement, et de l'autre, comme un apaisement.

SUER (faille), se faire donner la part du vol {Jargon, 1728) et assassiner (Vidocq ; v. chêne), propr. faire suer du sang.

TAUPER, travailler (Vidocq), image prise de la taupe qui creuse sous terre.

TRAVAILLER, assassiiicr (Chauffeurs, 1800), et voler (Fr. -Michel), de même que les termes correspondants de la germ. trabajar et du calao trahalhar, voler ; la même association d'idées se trouve dans affaire et ouvrage, vol, ouvrier, voleur (Vidocq) ; cf. rotwelsch, 1700 : « Diebstahl, Mase-

matte, so eigentlich eine Handelschaft bedeutet » (Kluge, p. 216).

TURBINER, traAailler un ouvrage (Chauffeurs, 1800), travailler honnêtement (Vidocq), propr. / tourner comme une toupie (sens propre du verbe en provençal).

VENDANGER, YolcT {PassioR, i486 : Nous y allons luer au bec Vouv le vendanger h.Veffvixy),d'o\i vendangeur, filou (GoquilL, i455 : Ung vendangeur, c'est ung coppeur de bourses ; Villon, 216 : Le vendangeur, beffleur comme une choue), et vendange, larcin {St. Christophe, 1627 : Nous en aurons asés vendange), images tirées de la vigne (cf. en français, grappiller). En anc. h\,vendangier signifie gaspiller (Oudin, i64o : Gela est vendangé, perdu, dissipé) ; cf. calao vindimiar, tuer^.

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