‹ L'argot ancien, 1455-1850, ses éléments constitutifs, ses rapports avec les langues secretes de l'Europe méridionale et l'argot moderne. Avec un appendice sur l'argot jugéChapitre 31 sur 81 · Ironie, Jeux de mots · texte numérisé non relu

Ironie, Jeux de mots

Quelques appellations ironiques, telles que : ANGLUCHE, olc {Jurgon, 1628), et Anglais {Jargon, 1690; Oudin, i653 : Anglais, un 'occa), tous les deux vivant dans un milieu aquatique ; cf. argot vénitien Ebreo, oie, répondant à piedsplats, juif (Vidocq), et rotwelsch Plattfuss, oie. CARDEuiL, commissaire de police {Rat, 1790,

(i) Cf. en outre, dans le vocabulaire de Vidocq : épicer (railler), ficeler (habiller), gratter (arrêter), isoler (abandonner).

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p. i5 : il fut reconoblé chez le cavdeuil : Chauffeurs, 1800; Yidoeq), c'est-à-dire quart-d'œil : il guigne le voleur (v. Rigaud).

CHARMANTE, galle {Jargoii, i836), et charmant galleux (Ibid.).

CLPiDON, chifTonnier (Vidocq), appelé aussi wnour (ïd.) ; cf. Mayenne Cupidon, enfant malpropre.

LURON, hostie (/d.), propr. joyeux compère, répondant aux synonymes modernes Auvergnat, bourgeois, polichinelle.

MINCE, qui signifie à la fois * peu de chose et beaucoup, ce dernier sens par ironie, comme le berrichon a j'sais beaucoup ! » exclamation pour (( est-ce que je sais ? » (= pas du tout) : Un tel est-il venu ce matin ? — J'sais beaucoup ! (Jaubert).

MUSICIEN, haricot (Fr.-Michel), appelé aussi pétard (Vidocq), par allusion au bruit des vents qu'il forme, terme populaire comme son synonyme y?rtgfeo/e^ ; cf. ^i.-PoY musicien, haricot (burlesque), et Savoie, musicien, se dit de tous les haricots d'une digestion difficile.

NAZARETH, nez (Vidocq), augmentatif burlesque V denaze, (id.. du provençal naz, nez) ; cf. Oudin,

1. J. Richepin : « Les significations de mince sont innombrables •€l il faut pratiquer Targot à fond pour en saisir toutes les nuances souvent intraduisibles. »

i64o : vin de Nazareth, celui qui ressort par le nez, et, dans le patois lyonnais, faire le vin de Nazareth, rejeter par le nez une partie de liqueur qu'on a avalé de travers (Puitspelu).

PAUMER, qui signifie en même temps prendre (cf. repaumer, reprendre, Yidocq, mod. pommer, / ^y pommjaquer, prendre), propr. empoigner, et perdre (/d.), ce dernier sens par antiphrase.

PHILOSOPHE, misérable (et mauvais souliers que les voleurs achètent lorsqu'ils sortent de prison, Vidocq), philosophie, misère (Id.).

RiE\, garde-chiourme, argousin (Id.).

SAUTERELLE, pUCC {M.).

Le vocabulaire des Chauffeurs, de 1800, contient, en outre : Baron, chapon ; bijoutier au clair de lune, voleur ; bracelet de soie, menotte ; graisse d'oignon, poudre à canon ; juge de paix, bâton. Le Jargon de 1690 : Forest moust rubin (1700... mont...), un cloaque de ville, propr. forêt très (= moult) âpre^.

Un curieux rapprochement de ce genre est offert par le terme harpe, qui signifie à la fois instrument de musique, griffe et barreau de fer qui garnit les fenêtres des prisons ; de là, jouer de la

I. Cette tendance ironique est également accusée dans l'argot roumain : lup y signifie mouton (= loup), prieten, procureur (r=: ami), tata, préfet de police (= père), etc.

L'Argot ancien. Q

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harpe, voler, propr. jouer de la griffée et pincer de la harpe, toucher les barreaux, se mettre à la fenêtre de la prison. Dans ce sens, harpe a comme synonymes guitare et violon : de là, également, pincer de la guitare, être prisonnier (par allusion à l'habitude qu'ont les détenus d'étendre les mains sur les barreaux de leur prison), ci jouer du violon -, scier ses fers ou les barreaux de la prison (cf. bastringue, scie à scier les fers).

Les personnifications ne sont pas rares : Père Frappart, marteau (Rigaud), Mademoiselle Manette, malle (Vidocq), Madame, nom de dé (Coquill., 1 455 : En dez a divers noms, c'est assavoir madame, la vallée...), Petit père noir, broc (Yidocq, II, gS), à côté de moricaud, id., et de négresse {Id.), paquet de marchandise enveloppée d'une toile cirée.

On les obtient parfois à l'aide d'un nom propre : Jean de la Vigne, crucifix (Yidocq, Mémoires, III, 421), anc. fr. Jehan des Vignes, le vin, et fr. pop. Jean-Raisin, vigneron (cf. 60/5 tortu, vigne) ; Jean-VHoussine, bâton (Vidocq), en fr. Jean du

I. Oudin, iG4o, explique autrement la locution : « Jouer de la harpe, desrober, parce qu'en jouant de la harpe on a les mains crochues » ; et Rigaud l'interprète ainsi : « Jouer de la harpe, voler à la tire ; les doigts du voleur se promènent dans la poche d'autrui comme les doigts du virtuose sur les cordes de la harpe. »

a. De là, sentir le violon, être sur le point de devenir misérable (Vidocq), et violoné, misérable (= mis au violon).

ÉLÉMENTS ORIGINAUX l3l

tloax. Cf. anc. h\ faire Jacques Desloges, s'enfuir ((( c'est par allusion de desloger », Oudin, i6/io).

L'épithète saint, précédant le terme proprement dit, produit un effet analogue : le jeu de marelle porte, dans l'ancien argot, tantôt le nom de Saint-Joyeux (i4ô5), et tantôt celui de Saint- Marry, c'est-à-dire marri, triste. L'ancien français connaît des saints tels que : Saint-Pyon, patron des buveurs (Ancien Théâtre français, II, 52), ou Saint-Trotin, patron des coureuses {Ibid., p. 4i5) ; le français populaire moderne, des saints tels que : Saint- Lâche, paresseux, Saint-Longin, nonchalant, et Sainte-Touche, jour de la paye (Delesalle). Dans le patois picard, Saint- Pane hard est le nom donné au mardi-gras, appelé en lorrain Saint-Crevaz, en provençal Sant-Crebassi, car on fait alors des ripailles, des crevailles.

Les noms géographiques se prêtent tout particulièrement à cette catégorie de jeux de mots ou de calembours. Tels sont :

ANGOULÊME. bouclic (Jcirgon, l'j^S : Vangoulême, la bouche); de là. aller en Angoulesme, par allusion à engouler, c'est-à-dire avallé, bcu ou mangé (Oudin, i6/io), ou faire passer par Angoulesme, id. (d'oii le poitevin prangoulême : u l'argent, les vaches, les écus ont passé prangoulême, ont été avalés », Favre), auj. Bcrry faire passer par la voie d'Angoulême, avaler.

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moRT, dans la loculion aller à Niort, nier un fait (Yidocq), ou prendre le chemin de Niort, nier une chose (Oudin. i64o).

POITOU, point, non, rien {Jargon, 1628). encore dans Yidocq (XVIII : n'épargnons le poiVot/) ; cf. fourb. nicolo, non (calao nicles), propr. Nicolas.

ROUE> (aller à), se ruiner (Yidocq).

'-Le fourbesque dit également : andar in Picardia,

être pendu (= aller en Picardie), rè di Granata, blé

(= roi de Grenade, pour grano), et rè di Capa-

docia, chapon (= roi de Cappadoce, pour capone).

On trouve en ancien français : aller à Cachan, se cacher, se desrober aux poursuites de ses créanciers (Oudin, i64o), et envoyer à Mortaigne, tuer (/d.), aller à Saint-Bezet, ne savoir rester en place, errer (Cotgrave), comme les vaches piquées par les mouches (picard hezer, id.).

Dans le patois berrichon : j'ai besoin d'aller à Argenton (ville du département de l'Indre), j'ai besoin d'argent ; alleràCracovie, mentir (cf. craque^, menterie) ; altéra Crevant (petit bourg du pays), se mourir ou être mort ; le via parti à Dormilhn (nom d'un village près d'Arcueil), disent les vignerons quand ils voient quelqu'un se laisser aller au sommeil; aller à Turin (c.-à-d. tue-ren), qui se dit de tout mauvais chasseur (Jaubert).

I. Craquelin, menteur, se trouve cliez Granval (1725), et dans les éditions ultérieures du Jargon.

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