Cf. bellau gou, pou (tiré de l'argot
2. Cf. bellau lemieux, drap (lemieuse, blouse), et mourmé lemarda, chemise (termes pris à l'argot). De lime, l'argot a tiré limogere, chambrière {Vie, lôgO), avec une finale analogique d'après lingere.
ÉLÉiMEXTS EMPRLNTÉS iSq
RLFLE^ ruffle, feu (CoquilL, i^'')^ : rafle, c'est le feu de Saint-Antoine ; Villon, lok : Ou vous aurez le rafjle en la joue), à côté de rufe^, ruffe {Vie, 1096 : riife, le feu ; éd. 1627 : ruffe), riffe (Bouchet, III, i3o : riffe, c'est du feu) et rif/le, rifle {Vie, 1627, et Jargon, 1628); — fourb. ruffuldo, feu (xv" siècle), ruffo (Val Soana riif), calao riifo, id., et germ. rafon, briquet pourallumer l'amadou.
Ce tableau nous servira de point de départ pour préciser, autant que possible, les sources où ont puisé les divers argots romans et pour établir le bilan de leurs actions et réactions mutuelles.
Ce qui frappe tout d'abord, dans la liste cidessus, c'est la présence de quelques termes grecs, tels que artoih pain (apToç), et crie, viande (xpsac), auxquels il faut ajouter or/i/e, poule (opvs.;), ce dernier particulier à l'argot {Vie, i^gô : ornie, et oriùon, ornichon ; Jargon, 1628 : ornye et ornyon),
I. Cf. argot breton rufan, feu, et mourmé roufia, brûler (roujîé, chaud) ; le lexique des ChaulTeurs a erifjler, chauffer.
3. Dérivés : ruffe:, riffaiidez, gueux {Jargon, 1(328, p. a5 : Des ruffez ou riffaudez... Ruffez ou bruslez sont ceux qui triment avec un certificat qu'ils nomment luque, comme leurs biens sont ruffez toutime menans avec sezailles leurs marquises et mions, feignans avoir eu de la peine pour sauver leur mion du rifle qui riffoit leur creux), riffauder, se chauffer (Bouchet, III, i3o), et brûler, chauffer (Vidocq), à côté de /'(/bdcr, cuire ou brûler (Jargfon, 1O28). Le nom de riffaudeurs s'applique également aux brigands Chauffeurs (v. Vidocq, I, 6A, io4 s.). Cf. fourb. arrufare, brûler, cuire.
i4o l'argot ancien
à côté de onde de baie, poule cV Inde {Jargon, 1628: Chauffeurs. iSoo '.arnibale, oie), c'cst-à-dirc poule qui cherche sa nouiTituie dans la balle d'avoine.
Le fait a déjà été relevé par Henri Estienne, lequel, suivant ses préoccupations linguistiques, était disposé à lui accorder une portée plus générale {Conformité, p. i36) : u Quelcun aussi pourroit dire quej'aurois eu tort de laisser les beaux mots du jergon. dont la plus grande partie est évidemment prise du grec : et pourtant leur feray cest honneur de leur laisser ici place. Toutesfois, je diray les trois desquels il me souvient, qui sont .4/7/, d'àoTo;; Cri, c/e xpiac : Piot, de ttÔto;. » On a vu plus haut (p. 108) que nous attribuons une origine indigène au dernier des mots cités, lequel a passé de l'argot dans la germania (il manque au fourbesque).
Quel a été le foyer d'expansion de ces termes ? Il est difficile de le dire. Pourtant, plusieurs indices renvoient à la Provence. Ce pays, de par sa position géographique, était tout indiqué pour servir de centre de ralliement aux argotiers de France, d'Italie et d'Espagne. C'est à Marseille qu'on embarquait les criminels condaninés à ramer sur les galères du Roi (peine instituée sous François F*^), et c'est encore Marseille qui posséda, après la suppression des galères, en 17^8: un des premiers bagnes. Malheureusement, le manque
ÉLÉMENTS EMPRUNTÉS l4l
de toul travail spécial sur le patois marseillais, et notamment sur Targot local, est une lacune des plus fâcheuses dans cet ordre de recherches ; et force nous sera de faire état, à cet égard, exclusivement des indications éparses qu'on trouve dans le Trésor de Mistral.
C'est ainsi que artoiin désigne encore aujourd'hui, en proAcnçal, le pain, et spécialement le pain grossier, comme le lyonnais arton, pain ((( on le rencontre encore à Lyon », Puitspelu). Sans le faire remonter à la fondation de Marseille, dont arloun serait contemporain (suivant J.-J. Ampère), on peut croire qu'il a été importé au xiv*" siècle du byzantin, mais il est plus probable que le terme lyonnais et provençal vient simplement de l'argot. En eflet, l'ancien provençal l'ignore et en bas-latin, artona a exclusivement le sens religieux de (( pain béni », comme d'ailleurs dans le grec moderne ('^wjj^'-, pain, et àoTo;, hostie).
Les expressions arton et crie ^, ainsi que ornie, appartiennent en propre à l'argot et leur origine paraît être purement livresque. Les auteurs de^
I . On rencontre également ce terme dans la rédaction bas-allemande du Liber Vagatornm (i5io : crew, fleisch, Rluge, p. 76) ; mais, comme le montrent quelques autres traces de ce vocabulaire (sur lesquelles nous reviendrons), il paraît remonter à l'argot français.
cette nomenclature seraient, dans cette hypothèse, les escoliers de l'Argot, ces fameux Archisuppôts auxquels on est redevable des transformations successives du vocabulaire argotique * .
Le bas-latin possède, en revanclie, limas, au sens de vêtement : « Une manière de Acstemens qui est dez le ventre jusqu'aux pies, comme de vantier à cuisiniers ou à femmes » (Glossaire latin-français) ; et l'argot marseillais connaît limaço, chemise (Mistral).
Ce qui donne un certain poids à la conjecture que nous avons présentée sur le rôle de la Provence comme facteur intermédiaire entre les divers argots romans, c'est le stock de mots que le provençal a fournis à la fois h l'argot, au fourbesque et à la germania, à commencer par le nom que le langage des malfaiteurs porte dans ces deux derniers {gergo, xerga, v. p. 3o). Voici cette seconde série d'éléments communs à l'argot et à ses équivalents du sud de l'Europe :
BAzm, tuer (Coquin.. i4ô5 : bazir ung homme, c'est tuer), et bazisseur, meurtrier {Ibid. : ung bazisseur est aussi un muldrier), à côté de bezarder, mourir (Bouchet, III, i3i : bezarder, c'est mou-
1. Dans Targot slovène {plintovska spraha, propr. langage des aveugles), figure aussi arton, pain (v. Jagic, i-tude citée, p. 33), mais on en ignore la chronologie et les intermédiaires : Jagic le fait venir directement du grec moderne.
rir, il est bezardé, c'est-à-dire il est mort), basourdir, tuer {Jargon, 1628), et eshcisir, assassiner (Yidocq) ; fourb. basire, tuer, mourir, et germ. vasir, id. ((( morir », vasido, muerto, Hidalgo) ; — provençal basir, basi, mourir (en parlant des animaux), défaillir (en parlant des hommes) : basi de fam, mourir de faim, périr d'inanition, basi de rire, crever de rire, l'argent basis entre si man, l'argent fond entre ses mains ; basi, basido, défaillant, défait, mort ; abasourdi, esbasourdi, étourdir.
BiRBE *, vieillard (Vidocq), propr. vieux birbe ou mendiant (et puis birbe tout seul au sens de vieux), même mot que bribe, pain mendié {Vie, 1696, p. 35 : Quand toutes leurs bribes sont assemblées, ils ont de quoy faire un chenastre banquet), d'où briber, mendier ; fourb. birba, aumône (Val Soana barbir, manger = birbar), et germ. bribia (« arte y modo de enganar halagando con buenas razones »), bribion (« ladron que halaga con buenas palabras para enganar », Hidalgo) ; — provençal birbe, birbo, bribo, pain mendié, gueux, coquin, canaille ; birba, briba, mendier, gueuser ; birbant, bribant, mendiant; birbandeja, bribandeja, mendier {embirba, duper).
soRNE^, nuit {Apôtres, i46o : Ou brouent ilz à
I. Le lyonnais bibon, vieillard, est l'argot bibon (Fr.-Michel), pour birbon, id.
a. Cf. bellau seiigni, nuit (= argot sorgne, id.).
i44 l'argot ancien
présent sur la sorne?). à côté de sorgne (Jargon, 1700) et de sorgue {Jargon, 1628, d'où sorgueux, voleur de nuit, p. 48 : jamais je ne fus ni sorgueux ni doubleux) ; germ. sorna, nuit (calô : sommeil, calao : berceau), et sornar, dormir ; — provençal sorn, obscure, sombre, et sourno. id. {es sourno, il fait noir).
Passons maintenant aux autres sources des termes du fonds commun, en tâchant de discerner les éléments indigènes de ceux qui ont été simplement importés.