‹ L'argot ancien, 1455-1850, ses éléments constitutifs, ses rapports avec les langues secretes de l'Europe méridionale et l'argot moderne. Avec un appendice sur l'argot jugéChapitre 36 sur 81 · I. — La Germama · texte numérisé non relu

I. — La Germama

Le premier terme de notre tableau — anee, eau — en dérive certainement : ansia. eau, propr. torture (l'eau étant un instrument de torture fort

employé autrefois), et ansias, galère, primitivement terme de procédure criminelle ^

Un autre terme — boule, foire — en dérive également : bola, propr. boule, appliquée familièrement soit à la terre entière, au globe terrestre, soit à une de ses portions, foire ou marclié.

Un troisième — marque, femme — parait avoir la même origine : marca est fréqueut dans les Jaearas ou romances argotiques du x\f siècle ; la présence pourtant du mot déjà dans les ballades de Villon indiquerait plutôt une origine française, une forme abstraite de marquise (en français, dès le xnr siècle).

C'est de la même source que Tancien ai-got a tiré les termes suivants :

GODiN, riche (Coquill., i455 : ung godin, c'est ung riche homme), et godîz -, id. (Ibid. : ung godiz est un homme qui a argent et est riche) ; — germ. godo, godizo, id. (u rico. principal », Hidalgo), à côté de godeiio, id., de l'esp. godo, Goth et nom donné au moyen âge. en Espagne, aux membres de la noblesse issus du mélange des Goths et des Ibères (5e/- (/odo, être d'ancienne noblesse). On rencontre fréquemment, dans lesjacaras ou romances

1. Cf. Salillas, p. 2G8 : « La reprcsentacion os de origcn escncialmentc proccsaL.. Lapeiia de galera, por coinplirsc iiavcgando, équivale a un segundo tormento de agua. »

2. Salillas (p. /io) voit, dans ijodizo (dérivé de godo, de même que godeno), un composé de godo et de i:a, prostituée.

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argotiques recueillies par Hidalgo, godo, godeno, godlzo, comme épithètes données à la prostituée, au souteneur et à d'autres personnes et choses*.

LUDiE, coquin, dans la locution gavion de ludie, dupe, propr. pâture de coquin (Ancien Théâtre, III, 438 : Si trouvez me puis sus le banc Et quelque gavion de ludie) ; — germ. ludio, coquin, luda, femme (= ribaude), de l'esp. liidir, frotter (cf. fourb. lodo, laid, da lodi, méchant).

LUQUE, faux certificat (J«r^o/i, 1628, p. 20 : avec un certificat qu'ils nomment lucque ; 1728 : luquet, i836 : luque, image, et luquet, faux certificat) ; — germ. lucas, cartes à jouer, c'est-àdire images, probablement d'après le nom de la ville de Lucques-, célèbre jadis par ses soieries et autres produits (cf. provençal or de Luco, similior).

TAQUiNADE, cartcs dc même couleur qui se suivent, dans le jeu de piquet (Coquill., i455 : ilz appellent les cartes la taquinade), auj. taquiner la dame de pique, jouer aux cartes ; — germ. taquin, tricheur au jeu (Aragon taquinera, joueur aux osselets).

Voici maintenant les termes que la gcrmania, à son tour, a empruntés à l'argot :

1. Id., p. i65 (citations d'après les jacaras) : «Marca la mAz goda Y fresca ; las dos marquisas godenas ; la nias godiza ambladora ; — entre los godos mas maco ; el rufo corne es godizo, » etc., etc.

2. Coelho (p. 157) rapproche le calao lucas, cartes à jouer (terme pris à la germania), du bohémien lias, id.

ÉLÉMENTS EMPRUNTÉS ifi'J

coiME, gueux, maître (« seîior de casa », Hidalgo, coime del Alto, Dios, Hidalgo), et maître d'un tripot (en espagnol), à côté de coima, gueuse (« mujer del mundo », H.) ; en esp. : droit prélevé par le maître d'un tripot : — anc. argot coesme, gros mercier (v. l'index).

DLPA, dupe (« ignorante o bobo o al que enganan » , Hidalgo) ; — argot dupe, id. (v. p. io6).

E>TREVAR, comprendre (a entender », H., déjà dans Cervantes) ; — argot entrever.

piAR, boire, etc. ; — argot pier, id. (v. p. io8).

Et les suivants qu'elle a tirés du français :

ALAR (et calao), alarse, s'en aller, et alon, id. ; — fr. aller, allons^.

BELITRE, voleur ((( picaro » H. : mot passé dans le Dictionnaire de l'Académie espagnole), et belitrero ; id. ((( rufian que estafa alospicaros ») ; — fr. bélitre (xy" siècle), terme passé également dans le calao (hilontra, à côté du portugais biltre et de l'italien belllrone).

BORNE, gibet ((( horca »), et bornido, pendu ((( ahorcado »), termes passés dans le parler populaire ; — fr. borne ; cf. pour le sens, le synonyme finibusterre, potence, propr. borne du monde.

GRULLAS, guêtres (« calzas de polaina »,

I. Salillas (p. 3G7) dérive alar de ala, aile, ou du terme nautique halar, haler (cf. Aragon et Andalousie ala ! avance ! port. alon ! id.).

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Hidalgo) ; — anc. fr. et dial. grolles. provençal groulhos, savates, vieux souliers ; cf. bellau cjrouiey soulier.

PARLAR, parler (« hablar ». H.) : — fr. parler.

SAGE, entendu, rusé (u astuto, avisado », H.);

— fr. sage.

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