‹ L'argot ancien, 1455-1850, ses éléments constitutifs, ses rapports avec les langues secretes de l'Europe méridionale et l'argot moderne. Avec un appendice sur l'argot jugéChapitre 37 sur 81 · Le Folrbesqle · texte numérisé non relu

Le Folrbesqle

Deux des termes communs de notre première liste reviennent au fourbesque, à savoir : giialdo, pou, et rujjb, feu. Le premier, tiré de l'espagnol giialdo, jaune de gaude, fait allusion à la couleur jaunâtre du parasite ^ : le deuxième, h la notion « rouge ». la couleur du feu, répondant aux synonymes : bellau roubbio, feu {reiibbia, brûler), mourmé rouble, feu, et terratsu tmôio, id., propr. garance, plante d'un rouge éclatant.

L'argot moderne a tiré du fourbesque les termes suivants :

GONZE (gonce, goncier), homme, et gonzesse, \j femme (« terme des voleurs brabançois » , \ idocq) ;

— fourb. gonzo, bourgeois, rustre (en italien : niais) ; provençal gonzo, coureuse.

1. L'autre sens fourbesque de guoldo, à savoir « juif », peut èlr rapproché du nom provençal de la gaude : erbo-di-judieii (« autrefois les Juifs étaient obligés de porter un chapeau jaune », Mi tral).

MORASSE, alarme, tumulte {battre morasse, crier au voleur, Yidocq), à côté de moresque, danger {Id.) ; — argot milanais batt mora, far chiasso, far romore (Gherubini), terme emprunté au jeu de la mourre ; argot piémontais moresca, danger, et bâté la moresca (« chieder soccorso »).

pivASTE, enfant {Jargon, i836) ; — fourb. mvastro, pivo, id.

RABOiN, diable (Yidocq) ; — fourb. rabuino, id. (vocabulaire du xv*" siècle : rabuini, dadi) ; Lyon, rabouin, diable (emprunt fait à l'argot). Le fourbesque rabuino est tiré de l'esp. rabo, queue, propr. celui qui a une queue (cf. wallon coué, diable).

REDix. bourse (Vidocq) ; — argot milanais redin, id. (de rede, filet).

TARTiR, faire ses besoins (Fr. -Michel), moderne tarter, id. (Richepin) : — fourb. iartlre, id.

Quelques-uns ont été pris directement à l'italien : Casquer, donner aveuglement dans tous les pièges (et encasquer, entrer dans une maison avec ç/ le dessein d'y voler, Vidocq), propr. tomber (it. cascare), et payer, c.-à-d. être attrapé \fassolette. mouchoir de poche (it. fazzoletto) ; lazagne, lettre, dont les traits ont été assimilés à la pâte rubanée du même nom (it lasagna) ; niente, rien, zéro ((( terme des voleurs du midi de la France », Vidocq) ; robe, vêtement de forçat (<( terme des

argousins », Id.), roher, dépouiller quelqu'un de tous ses vêtements après l'avoir volé {Id.), à côté de fourobe, fouille («^terme des forçats et des argousins », Id.), fourober, fouiller les effets des forçats, id. (robba, fuorarobba, id.) ; vingt-deux, couteau (u terme des voleurs flamands et hollandais », Vidocq), de vinti due, id. (suivant Larchey, SuppL)^.

L'argot a fourni, à son tour, au fourbesque :

BiSTi, bistoljï, nature de la femme ; — argot bis,

id. {Vie, 1596 : Bouchet, III, i3o : en bon patois

\/ on dit river le bis à la mille), bisioqueite, membre,

bistouille, testicules; auj. Pas-de-Calais, bis, sexe.

GiRONDA, Notre-Dame, terme fourbesque moderne ; — argot gironde, aimable (v. l'index).

GUiNALDO, juif, à côté dc ginaldo, chien, propr. mendiant (cf. guido, guidone, chien, compagnon, juif), et ghigtw, juif: — argot gainai, juif (anc. fr. guenau, guinau. gueux).

TREPPO, foule, terme fourbesque moderne ; — argot trèpe, affluence de peuple (Yidocq).

Plus importante a été l'action exercée par l'argot sur les jargons de la Haute-Italie, et tout

I. Fr. -Michel enregistre plusieurs autres rapprochements de ce genre, mais qui sont sujets à caution : camoufler, déguiser, du fourb. camuffare (cf. p. 86) ; chérance, ivresse, propr. bombance (=1 bonne chère), du fourb. chiarenza, id. ; coli'ujé, pris, arrêté, propr. pris au collet (v. p. 88), de l'it. colto, etc.

ÉLÉMENTS EMPRUNTÉS l5l

particulièrement sur ceux du Piémont. Nous avons déjà mentionné en partie les termes valsoanins bore, sou (argot broque),brcmcL âne (argot branqué) , brugi, forgeron (argot briige), lingher, couteau (argot lingre), etc. Voici maintenant les mots^ d'argot qu'on rencontre dans le jargon piémontais (d'après les matériaux publiés dans le 8" volume \ de VArchivio dl Psichiatrla, 1887) :

AMBROCAMENT (uii) , guardarc qualche cosa mentre comette un furto ; — argot rembroqiier, reconnaître (Vidocq ; v. p. 120).

CALviNHA, croce ; — argot calvlne, vigne (cf. pour le sens, p. i3o).

ciuRiN, coltello ; — Oirgoi c ho ar in, couteau.

FOURAiÉ, sortire ; — argot (dé}fourailler , s'enfuir (Vidocq).

FRANziN, fratello ; — argoi frangin, frère (Id.). \/

LEGRA, fiera ; — argot lègre, foire (Id.).

ROULANT, carro ; — argot roulant, fiacre (Id.).

RLPix, signore ; — argot rupin, gentilhomme (1628), à côté du piémontais rupinant (« ben. / inesso n) qui répond au moderne rupin, élégant.

TAPIS, osteria ; — argot tapis, auberge (Vidocq).

TiBisLOc , théâtre, rapproché de miseloque,

id. (Id.).

TOL GANTA, moutrc ', — argot toquante, id. {Id.).^ TRAFOuiET, tabac ; — argot treffoin, id. (Id.). VADO, foule ; — argot vade, id. (Id.).

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