‹ L'argot ancien, 1455-1850, ses éléments constitutifs, ses rapports avec les langues secretes de l'Europe méridionale et l'argot moderne. Avec un appendice sur l'argot jugéChapitre 41 sur 81 · I. — Ancien Français · texte numérisé non relu

I. — Ancien Français

L'argot était déjà définitivement constitué au ^ xv" siècle et des témoignages isolés le font remonter au xm'\ J

On cite généralement le miracle du poète artésien Jean Bodel, le Jeu de saint Nicolas (vers 1200), comme farci d'argot S principalement les scènes de taverne dans lesquelles « les trois ribauds Cliques, Pincedès et Rasoirs usent d'un argot particulier aux voleurs maintenant incompréhensible-. )^ On y relève les quatre vers suivants {Théâtre français au moyen âge, p. 18:2) :

1. L. J. N. Monmcrqiié et Fr. -Michel, Théâtre français au moyen âge, Paris, 1889 (cf. p. lOo : a Les mots d'argot qui se trouvent en assez grand nombre dans le Jeu de saint Nicolas... »).

3. Kr. Nyrop, Grammaire historique de la langue française, 2' cd., vol. I, p. ';3.

iG4 l'argot ancien

Clikks. — Santissics pour le marc don cois Et pour son gcugon qui la semc.

PiNCEDi:s. — Voire et qui maint bignon il teme Quand il traict le bai sans le marc.

C'est probablement de rartésicn populaire du xiV siècle (cf. p. i83: il fait le velouset... Purs est, en nevoire me vaque), et non pas de l'argot proprement dit. La pièce n'en contient pas de trace, et c'est le contraire qui nous aurait surpris. Dans l'état actuel de nos connaissances, on peut hardiment affirmer qu'il n'y a aucun vestige linguistique de l'argot antérieur au Procès des y^^ Coq ailla rs de i/i55.

L'ancien français en constitue la base. et. malj gré les transformations rapides de l'argot, celui- -ci agardéjusqu'ànosjours nombre de mots anciens. Il a conservé également des formes, primitives ou secondaires, inconnues aux dictionnaires de l'ancienne langue ; telles sont : anticle (à côté de antif), aubioH (à côté de aube), bilou (à côté de billouart), chibre ou gibre (à côté de cjibrelin), coesme (à côté de eoënne, Cotgrave connaît coisne), variante conservée par les patois, crosle (à côté de grosle, Godefr.). frétille (à côté de fret il), fusliller (à côté de f aster), gripis (à côté de gripard), jajfe (à côté de jafuer), mornas (à côté de mornifle). Certains termes même ne nous sont connus que par les documents argotiques, tels bigner, gailleur.

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mathe, tous familiers à Villon et (à l'exception du dernier) aux patois modernes.

Le stock ancien français de l'argot embrasse deux catégories verbales distinctes, suivant la conservation plus ou moins fidèle du sens primitif. Nous avons déjà constaté à plusieurs reprises que l'argot, comme toute langue secrète, tend à masquer, pour ainsi dire, les termes de son vocabulaire afin d'en soustraire l'intelligence aux non-initiés. Pour atteindre ce but essentiel, l'argot ancien ne disposait que d'une seule ressource : le changement du sens des mots, <; \. tandis que l'argot moderne la complique encore ■ ])ar laltération de la forme. Il y aura donc lieu de discerner, dans la recherche des diverses sources qui ont alimenté le fonds indigène de l'argot, une double série lexique : d'un côté, les termes qui ont gardé le sens de la langue générale ou des parlers populaires, et d'autre côté, ceux / qui l'ont altéré plus ou moins profondément*.

A. — Avec le sens conservé.

AMBiER, aller (Bouchct, III, i3i : anibier, c'est aller; 17e, 1096 : ambier, embier, fuir ; Jargon,

1 . Nos sources sont : les dictionnaires ancien-français de Nicot (160G), de Cotgrave (lOii), de Ducange (éd. Favre, i883), de Lacurne de Sainte-Palaye (éd. Favre, 1875-1882) et principalement celui de Fr. Godefroy (1880- 1902).

iG6 l'argot a>cie>-

1628, id.), Il côté de hier, oWer {Vie, ib^Q; Jargon, 1628), d'où biard, côté {Jargon, i836), et norm. s*embiarder, s'enfuir, qu'on rencontre dans la Muse Normande de David Ferrand (éd. Héron, II, 7), à côté de débiarder, se sauver, du patois de la Mayenne; — ambier (Cotgrave : embier), aller à l'entour, sens conservé par le picard ambier, aller de côté et d'autre, tourner autour de.

ANDRE, femme (Bouchet, III, i3o : andre, c'est une femme) ; — andre, id. (xiv*" s.), du provençal andra, landra, id. (d'où se landri, se marier ^ s'alandri, devenir coureur), fourbesque landra, femme, primitivement prostituée ; cf. lorrain landroie, femme ou fdle qui se néglige. A côté de andre, on trouve isolément la forme amplifiée andrimelle, id. (1097, dans le sonnet soudardant du capitaine Lasphrise), ou andrumelle (dans une facétie du commencement du xvn^ siècle, v. Fr.- Michel, XI\ ), au suffixe analogique (= andre 4- [fejmelle) et répondant au fourbesque andrimola, mère (dans le vocabulaire du xv^ siècle). Dans le patois de l'Yonne, drumelle (de l'argot andrumelle) est le synonyme méprisant de fumelle.

AUBiox, bonnet {Vie, 1096), diminutif de l'anc. fr. aube, vêtement blanc ; à côté de loubion, bonnet (Chauffeurs, 1800 ; Vidocq).

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