‹ L'argot ancien, 1455-1850, ses éléments constitutifs, ses rapports avec les langues secretes de l'Europe méridionale et l'argot moderne. Avec un appendice sur l'argot jugéChapitre 42 sur 81 · I. Cf. bellau liandra, marier (du provençal · texte numérisé non relu

I. Cf. bellau liandra, marier (du provençal

FONDS IINDIGÈXE 167

BACLER, fermer {Jargon, 1628), et débacler, ouvrir (Yidocq) ; — bâcler, fermer huy s , ou fenestrc, avec un baston par dedans (Nicot).

BACON, porc {Jargon, 1628); — bacon, id. \^

BARBEROT, forçat chargé de raser ses camarades (Vidocq) ; — barberot, barbier.

BAUDRIER, bourse {Jargon, 1660) ; — baudrier, id.

BEFFLEUR, cscroc (Coquill., i/i55 : ung befflear c'est un larron qui attrait les simples à jouer ; Villon, 5 : Là sont beffleurs [var. : bleffeurs] au plus haut bout assis) ; — beffleiir, trompeur, terme encore familier à l'argot moderne (Colombey : beffeiir, faiseur de dupes). Le sens primordial de befjleur, à savoir « gourmand » (cf. fripon), était encore vivace dans le normand du temps de David Ferrand {Muse Normande, éd. Héron, I, io3, 161: beffleur ;lll, 297 : ..les bleffreux de bisette [c'està-dire de pain bis]), à côté de beffler, bleffrer, manger avidement {Ibid., lli, 95 : No leu vayet blejfrer leu pain et leu froumagc).

BiGNER, regarder (Villon, l'j'j : Bigner la mathe \y sans targer), et rebigner, id. {Id., i35 : Rebignez bien ou ioncherez), d'un anc. fr. bigner, conservé dans les patois : Mayenne bigner, bignoler, loucher, cligner des yeux, Auvergne bigna, regarder {bigni, yeux) ; cf. bellau bigni, regarder (emprunté au patois jurassien).

BiLou, nature de la femme {Jargon, 1700 ; 1728:

i68 l'argot ancien

hillou ; éd. 1628 : bijou), rapproche de billouart, membre viril {Poésies fr. du xv*" etxM" s.. Y, i52).

BIS, membre viril (Vie, ioqô), terme encore vivace dans le patois picard ; Tanc. fr. ne connaît que le diminutif bistri, dans le composé synonymiquc caillebistri. calibisiris. id. (Rabelais, H, i5, 16), où caille (niod. cailletle) est une appellation euphémique tirée du nom de cet oiseau (v. chouart). Le patois de St.-Pol a bi, bis, bit, sexe et membre viril.

BLOQuni, vendre des objets volés (Vidocq), et abloquir, acheter {Jargon, 1628; Vidocq; acheter à prix d'argent, se dit aussi pour acquérir), à côté de blot, prix, marché (Vidocq) ; — bloc, prix, bloquer, vendre ou acheter (« c'est serrer et arresler un marché », Nicot).

BOUCANT, poison (Vidocq, II, 3 18) ; — cf. anc. fr. boucon, id.

BOUESSER, BOusoLER, tourmentcr, en parlant du vent, propr. produire de la boue {Jargon, 1628, p. 19 : Le gris bouesse ou bouzolle, c'est il gelle, fait froid) ; — bouece, boue, et bousole (dim. de bouse, id.).

BOULER, aller (Vidocq) ; — bouler, marcher (Eutrapel : Les seigneurs et moy boulions par les chemins), provençal boula, patauger.

BOYE, bourreau d'un bagne (Vidocq) ; — boye, bourreau.

BRIFFER, manger {Jargon, 1628, p. 20 : manger, c'étoit 6r(/^e/* ou gousser, à présent c'est morfier), ^y à côté de biffer, manger goulûment (Yidocq) ; — briffer, id.. picard briffer et biffer, manger beaucoup (d'où briffe, biffe, gros morceau de pain) ; cf. argot breton de Vannes brlfe, repas et pain (terme emprunté à l'argot).

BROCANT, haguc {Viel Testament , i458 : S'il a au doys quelque brocant), et braquante, id. (Jargon, 1628) ; — brocant, id. ; picard brocantes, objets que vendent les brocanteurs (Berry : menus meubles, objets de peu de valeur).

BROUER, marcher (Passion, i486 : la n'y brouray dessus la plaine ; Villon, 9 : S'en broiient du tout à néant), et embrouer, id. (Villon, i36) ; — brouer, s'enfuir (Molinet), propr. bouillir (Oudin), c.-à-d. se mettre en mouvement (évolution de sens analogue à bouger).

CALviNE, vigne (Jargon, 1628), et calvins, raisins (Ibid.) : en anc. fr., le calvanieresi l'ouvrier de moisson chargé d'enlever les gerbes d'un champ (Nicot, Oudin), aujourd'hui, en Normandie, calvinier, id., Mayenne calvegnier, celui qui aide un ouvrier. Le blaisois et lorrain calcine (wallon calvigne) désigne la pomme calville.

CASTROT, chapon (Vie, 1096 : ornioys ou co^/ro/^, chappon ; Jargon, i836 : castion), propr. châtré.

CHiBRE, membre viril (Jargon, 1628, p. 87 :

avoit grand mal à son ch'wre : Chauffeurs, 1800 : chibres, testicules), et gibre, ici. {Jargon, 1628 : gyvre ; 1690 : givre), rapproché de l'ancien fr. gibrelin, pudenda (Gollerye), gibreleiix, gimbreteux, lascif, gimberter, faire l'amour (Evangile des Quenouilles), auj., blaisois, prendre ses ébats (en parlant des bestiaux).

CROLLE, écuelle {Vie, 1096, p. i3 : une escuelle de bois que nous appelions erosle ; 1627 : grosle) ; — grole, vase en forme de flacon à une poignée ; le patois poitevin a erole, vase (Lalanne), et celui de la Mayenne, erole, écuelle de chien, bas-gâtinais croie, vaisseau à contenir du feu.

CRLC, crochet {Passion, i486 : Les dyables demourront en crue), d'où dérive le berrichon et poitevin encrucher, accrocher.

DALLE, écu de six francs (Vidocq) ; — dalle, monnaie flamande d'une valeur environ de cinq francs.

DOUBLER, dérober {Jargon, 1628), à'ohdoubleux, larron, et doublage, larcin {Ibid.)\ — doubler, user de duplicité, tromper {doublerie, duplicité, fausseté) ; cf. germ. doble, id. (« que ayuda a enganar », Hidalgo).

ECAMAXï, mendiant {Jargon, 1628, p. 3o : On nomme les franc-mitoux les ecamens, ils bient appuyez sur un sasbre et bandez par le front faisant les trembleurs), répondant au berrichon et poitevin encamant, privé de l'usage d'un bras ou d'une

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jambe par blessure ou autrement (Yonne : invalide, impotent), à côté de acamander, rendre impotent et fatiguer, exténuer, paralyser (Champagne camander, mendier), picard et lorrain camand, mendiant, de l'anc. fr. caymant, mendiant (attesté dès i393). Cf. pour le sens, les locutions berrichonnes : mendiant de jambes [— eul-de-jatte) et gueux de nez (= camus).

ECORNER, injurier (Yidocq) ; — eseorner, id.

ENTERVER, entendre {Apôtres, i46o : Escoutez comment il enterve ; Yillon, i63 : Entervez tousiours blanc pour bis ; Bouchet, III, i3i : entrever, c'est entendre; Jargon, 1628 : id., 1728 : entraver), et enterveux, qui entend (Yillon, 17 : Rebignez tost ces enterveux) ; — enterver, entrever, entendre, comprendre; cf. argot breton de Y'annes intermein, comprendre, bellau enterver, id., et ménedigne entreveto? (terratsu : entarve-to ?), comprends-tu? termes d'origine argotique.

ESCouTE, oreille (Jargon, i634 : escoutes, 1690: escoules, i836 : escouilles) ; — escoute, action d'écouter (cf. dans la langue moderne, être aux écoutes)

ESGAR, faire Uesgar, dérober à ses camarades une partie du vol qui vient d'être commis (Yi- \/ docq), propr., égarer (cf. Id., II, 98: un individu esgara vingt billets de mille francs) ; — esgarer, égarer.

/ FARDAiNE. \èiemeni {Cfiauffeiirs, 1800): — Jardage, hardes.

FOURGAT, marchand, receleur chez lequel les voleurs déposent et vendent des objets volés (Yidocq), e{ fourguer, vendre des objets volés (/d.) ; — forgat (Colgrave : Norm.). vente des objets après l'exécution.

GAiLLEUR, trompeur (Villon, 09. : Gailleurs, bien faitzen piperie). ci gayeux, id. (Villon. i3o : Prince des gayeux les saqx^s). de la même origine que l'anc. fr. galtier, un meschant frippon (Oudin), du pi-ovençal gatié, pendard, vaurien, propr. goinfre (même évolution de sens que le fr. fripon). Dans l'argot moderne, engailleur. trompeur (Grison, 80), et dans celui des camelots, engailleur signifie : complice qui attire la foule pendant que son compagnon explore les poches des badauds (Virmaître).

GALiER, cheval (Coquill., i455 : ung cheval, c'est ung galier ; St. Christophe, 1027 : Et le galier pieça vendu), et gallier, id. {Jargon, 1628), à côté de gaye, id. (Yidocq ; cf. Rigaud : gaily gaillet, cheval, terme remis en circulation depuis quelque temps, principalement par les maquignons ; gaillon, id., dans le langage des cochers de fiacres); gailloterie, écurie {Chauffeurs, 1800); — galier, mauvais cheval (Palsgrave. Cotgrave : (( a dull horse »), sens conservé dans les patois (Maine

FONDS INDIGÈNE t'J^

galier, cheval de fatigue, Yonne gaille, gaillofrc, rosse).

GOLiiuER, tromper (Bouchet. III, 129 : pour m'engarder d'estre affiné, qu'ils appellent gourrer...); — gorrer gourrer, id. (bas-lat. gor//î«re, voler, gorinus, escroc, Lyon gorrin. id.) ; normand gourer, id.

GRAFFEii, saisir, empoigner (S^ Christophe, 1527: ... le marieux Qui vient ichy pour nous graffer), à côté de grefjlr, id. (Villon. 1^7 '- de grefjir laissez vos carrieux; Jargon, 1660). et de griffir, déro}3er sublilemenl {Jargon, 1628), propr. saisir avec un croc ou avec la griffe ; — (J^'ffffcr, clouer, cramponner (i3Gi), grejfer, agriffer.

GiiuppER, saisir (P055/0/J, 1486 : Et force d'auber grupperons ; Villon, iG : Si gruppez estes des carieux), d'où grup, saisie (Villon. 188 : Danger de grap en arderie ; St. Christophe, 1027 : S'il est grup?) ; — grupper, attraper (Cotgrave), propr. accrocher (Oudin), verbe qu'on trouve à la fois dans Rabelais * et dans les patois (Champagne, grupper, saisir).

GLixAL, guignai, juif (Vidocq), aujourd'hui marchand de chiffons en gros (appelé encore ogre, Abraham, Juarez, v. Rigaud) et Mont-de-piété, à C0I6 de g uenaud, iiovcicv {Jargon, 1806) ; — guinau,

I. Pantagruel, III, i8 : « Qui desrobe, ne sixgce, mais gruppe, ne avalle, mais emballe, ravit et joue de passe-passe ».

gueux, et guenau, id. (Oudin, i64o : guenaux St. Innocent, des pouïls ou des gueux), auj. Berry (Youiie gninandcr, mendier), et guignaud, rôdeur (Yonne gucugner, mendier) ; dans le patois de Montpellier, giiinelo désigne le bohémien, le gueux par excellence.

HARicoTER, romprc (CliaulTeurs. 1800 : haricoté, rompu : Yidocq : aricoter), d'où haricoteur, bourreau (Id.) ; — haricoter, déchirer (Ducange).

JOBE, niais (Vidocq : battre Job, dissimuler, faire le niais) : — Jobe, id. (auj.. dans les patois, d'où Vo'ilou Jobard, sot); la locution normande battre le job, flâner, ne rien faire, vient de l'argot ; dans le vocabulaire des Chauffeurs (1800), job signifie veau, litt. le sot.

JONCHER, tromper {] iel Testament, i458 : Ne me ionche point quel preudhomme ; Yillon, 94 : Par ioncher et enterver), et joncheur, trompeur, jonchérie, tromperie {Id., i34 : loncheurs, ionchant en ioncherie). Le terme joncheus, au même sens, se trouve dans un registre du parlement de Paris de 1889 (dans Fr.-YIichel : ((appelle l'en tels gens qu'il est ioncheus, c'est à dire cabuseur de gens ») et il est probablement d'origine argotique ^

1. Suivant la conjecture ingénieuse de Fr. -Michel, joncheus, trompeur, dériverait de jonc, paille des prisons (Villon, 2 A : Et aussi d'estre sur les joncs), de sorte que le sens primitif serait « paillard » (Guillaume Coquillart emploie joncheresse au sens de

JLXTE, le long de, auprès de {Jargon, 1628), sens de l'anc. fr. Jiixte, conservé également dans les patois (Normandie Jouste, attenant, Champagne jouxte, à côté, Poitou, jouste, auprès).

LANDREUX, infirme (Yidocq) ; — landreux, faible, malade, en mauvais état (Oudin).

LiGOTS, jarretières (Tïé', iôqô), et ligotante, cordage (GhaufTeurs, 1800), ligotte, corde (Yidocq), à'oixligotter, lier avec des cordes (Id.)\ — ligote, courroie de bouclier (xn'siècle), %o//er(xvi'' siècle, en parlant de la vigne).

LORGNE, borgne (Yidocq), et as d'un jeu de cartes, propr. borgne, sens de l'anc. fr. lorgne.

MALINGRE, maladc (Bouclict, III, i3i : les courbes malingres sont de mescliantes jambes), et malingreux, classe de gueux ayant de fausses plaies {Jargon, 1628, p. 27 : Malingreux sont ceux qui \j ont de maux ou playcs, dont la plupart ne sont qu'en apparence) ; — malingre, infirme.

MANiCLE, anneau que l'on rive au bas de la jambe des forçats et auquel est attaché la chaîne {frère de la manicle, filou, voleur), et métier (Rigaud : manique) ; — manicle, menottes ; cf. d'Hautel : entendre la manicle, être adroit, rusé, comprendre toutes les finesses, sens d'origine argo-

débauchée), le filou étant à la fois rusé et bon vivant (Cf. Champagne joncher, jouer, plaisanter, joncherie, badinage, joncheur, galant).

liquc qu'on retrouve dans les patois: Lyon manicle, métier (a il est de la mcmicle, c'est un enfant de la manlcle, ») et tour, ruse (« je connais la manicle ))), Genève mcmicle, manigance, manœuvre, secret (« être de la mcmicle, voir la manicle )>).

MARCANDiEii, prétcudu marchand qui se disait avoir été volé (Jctrgon, 1628, p. 20 : Marcandiers sont ceux qui bient avec une grande ane à leurs costez, avec un assez chenastre frusquin, et un tabar sur les courbes, feignanz avoir trouvé des sabrieux sur le trimard qui leur ont osté leur michon toutime) ; — mcircandier, id. (Berry : pe tit commerçant), marccmder. ivariquer, mcircandise , négoce ; Yonne marccmdier. marchand-colporteur, et, par extension, coureur, flâneur.

MARQUE, mois (Vidocq), abstrait de l'anc. fr. marquis, menstrues (Gotgrave) ; cf. fourb. marchese, mois (en italien : menstrues).

MYTHE, prison (Villon, i : A Parouart, la grant mcdhe gdiudie ', i54 : Bigncz la mathe sans targer), et mcdte, id. (enfans de la matte, filous, coupeurs de bourse, Gotgrave, Oudin), d'où mattois, matois, voleur (Bouchel, III. 129 : des mattois qui mattent...; Oudin : langue matoise, langage des coupeurs des bourses). Le sens primitif de prison^, démontré par Schone (p. 191-193), permet

I. La définition qu'en donnent Gotgrave, Furetière et le Diclioiniaire de Trévoux (« il y avoit un lieu nommé la Mate où les

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de rapprocher le mot de Tanc. fr. mathe, tombeau (Ducange, s. v. mattare), par l'acception intermédiaire de « fossé )) qui s'applique à la fois au cachot et au tombeau. Cette acception résulte des formes patoises du mot encore vivace : Gironde inatte, terre d'ail uvion, amas de boue, provençal mate, bourbe. V. ci-dessous mitte.

MATOIS, matin (Yidocq); — matois, id. (Guillaume Coquillart, Monol. des Perruques : Ribler, trompersoir et matois).

MENÉE, douzaine {Jargon, 1G28 : menée d'avergos, une douzaine d'oeufs, menée de l'onds, douze sols) ; — menée, poignée.

MENESTRE, potagc {Javgon, 1628 : du potage s'appelloit la jaffe, à présent c'est de la menés tre) ; — menestre, id., terme pénétré en français, au xvi" siècle, de l'italien minestra, soupe (pr. menés tro, id.).

MicHAUD,tête (Fr.-Michel); — michaad, id. (1602); cf. germ. mechosa {calao mie hosa), id.

MiTOUFLET, gaut {Me, 1Ô96) ; — mitouftet, id.

MORFiER, manger {Jargon, 1628, p. 20: Manger c'estoit briffer ou gousser, à présent c'est morfier), d'où mor/e, repas {Vie, 1096; Jargon, 1628), morfiante, assiette (/6/d.) ; — morfiailler, manger (Rabelais), auj. Hainaut morfalier, manger avidement

filous s'assembloient autrefois pour faire leurs complots, » dit le dernier) est sujette à caution.

L'Argot ancien. An

en ouvrant fort la bouche et en appuyant fortement les dents les unes contre les autres, Champagne morfiller, mâcher, à côté du berrichon morfier, manger avec avidité (Genève morfer), id. L'anc. fr. morfudller suppose morfier et morfer, conservés par les patois (c'est à tort que Oudin, 16^10, attribue ces formes verbales à l'argot), provençal morfi, grande tranche de pain, morfio, goinfrerie, et moiirfia, bâfrer. Les termes fourbesques corrrespondants {morfa, faim, morfia, sj bouche, morfire et murfezzare, manger) dérivent de rilalien morfire, manger, et morfia, bouche (cf. smorfia, moue), répondant au bellau morfi, bouche, propr. celle qui mange. Tous ces termes sont d'origine onomatopéique (comme le roum. molfiiL grignoter, et l'esp. - germ. mujlir, manger), exprimant le mouvement des joues lorsqu'on mâche lentement, surtout chez les personnes qui n'ont pas de dents.

MOLScmER, dénoncer (Coquin. . i4ô5 : mouschier à la marine, c'est encuser l'ung l'autre à la justice), d'où mod. mouche, agent de police, mouchard, à côté de mouchailler, regarder {Jargon, 1628), auj. regarder à la dérobée, c'est-àdire espionner, sens de l'anc. fr. moue hle r : ci remoucher, regarder (Yidocq).

PELiuE, redingote (Yidocq) ; — pelëure, fourrure.

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PIAF, orgueil, amour-propre (Id.) ; — pi^^iffe, faste (Mayenne : luxe vulgaire et vaniteux).

PIÈTRE, faux (Bouchet, III, i3o : la fausse monnoie, c'est de la piètre bille), à côté de piètres, faux estropiés qui marchaient avec des potences (Jargon, 1628, p. 27 : Les piettres sont ceux qui ont les jambes et bras rompus, ou qui ont mal aux pasturons qui bient avec des potences) ; — piètre, chétif(Oudin : mauvais, en mauvais estât), auj. en champenois {d'où piètre rie, misère).

POMMARD, bière (Jargon, i836) ; — pomat, cidre.

PUNAISE, prostituée (Ibid.) ; — piisnaise, id.

RABAT, manteau (Jargon, 1690) ; — rabat, rotonde (Monet).

REBONNETER, flatter (Vidocq) ; — bonne ter, saluer à coups de bonnet ; cf. argot bonneteur, celui qui tient dans les campagnes des jeux de caries auxquels on ne gagne jamais (Id.).

REFAITE, repas (Yidocq), propr. restauration, réconfort, sens du terme en ancien français.

RiOLE, bonne chère (Jargon, 1728 : riolle ; Yidocq : riole, joie, divertissement) ; — riole, partie de plaisir, débauche.

SABOULER, tourmenter, incommoder (Jargon, 1628. p. 3o : l'hyver quand le gris saboule), courir (Ghaufteurs, 1800) et se secouer comme des épileptiques (Jargon, iG 28, p. 27 : aux lourdes des entifles où ils se saboident gourdement), d'où sabouleux

i8o l'argot ancien

gueux contrefaisant les épilcptiques(/6/d., p. 27 : Les sahouleux sont ceux que vulgairement on appelle malades de Saint Jean, dont il y en a plus de faux que de véritablement malades) ; — saboiilei\ secouer, fouler aux pieds, auj. Berry (Morvan : maltraiter, wallon : houspiller, lorrain : culbuter), Forez saboiiler, rouler dans la boue (cf. Yidocq : sahouler, décrotter) et sahouillat. bourbier.

SALVERiNE, tassc (Bouchct, III, i3o : une tasse, c'est une salverne ; Jargon. 1628 : saliverne, écuelle): — salverne, id. (Rabelais, lY, 3i ; Y, 34), auj . jNîmes saliberno, vin (terme burlesque), propr. tasse de vin (cf. Yidocq isaliverne, salade, propr. saladière).

SATOU, bois (Yidocq), et satte, id. {Id, : dossièrc de satte, chaise)/, — satou, gros bâton (xiv° s.), aux sens figurés dans les patois : Berry satou, verte réprimande (« je lui ai donné un satou »), et satter, battre (u la pluie a satté les garets »), Auvergne satou, coup violent, gourmade, et sati, fouler, presser, battre {Kixsatouna, frapper fort).

SERGOLLE, ceinturc à argent (Yidocq) ; — serregolle (cf. golle, gorle, ceinture où on portait son argent).

SERPILLIÈRE, Tobc {Jurgon, 1628 : serpillière de rastichon, robe de prestre) ; — serpillière, id.

SERRARD, notaire {Vie, 1096) ; — serrer, tenir clos, enfermer.

FONDS INDIGÈNE l8l

soLiii, sollir, vendre {Jargon, 1628), d'où solliceur, marchand (Yidocq) ; — ; sollir, vendre (1261).

TABAU, tabarin, manteau {Jargon, 1628) ; — tabart, id. (xii" siècle).

TALDE, maison {Vie, 1627; Chauffeurs, 1800 : tote), à côté de taudis, id. (Bouchet, III, i3o : j'ambie au taudis, c'est-à-dire à la maison) ; — taude, abri, taudeis, id. (xv" siècle).

TOLLE, tollart, hourresLU {Jargon, 1628 ; *S^. Christophe, 1027 : tekirt et taulart ; Chauffeurs, 1800 : tôle, bourreau, et tôloire, guillotine) ; — tollart, id. (xv" siècle; Nicot : tollart ou bourreau).

TROLLER, porter çà et là {Jargon, 1628, p. 26 : ceux qui trollent sur leur endosse de gros guellards), auj. promener un objet pour le vendre et entroller, antroller, emporter {Ibid., p. Sg) ; — trotter, courir çà et là (terme de vénerie, xvi" siècle), auj. Picardie trauler, marcher dans la boue (Morvan : aller de côté et d'autre) ; Mayenne trotter, vagabonder (Bourgogne : aller partout colporter des nouvelles) ; provençal traula, aller et venir, rôder, se traîner, s'enfuir {s'entraula, s'enfuir).

B. — Avec changement de sens.

ACCOLER, pendre (Villon, 187 : Où accolez sont vos ainsnez), propr. embrasser, jeter les bras autour du cou (auj .^ en picard) .

AFFLRER, tiomper (Vie, ibg6, p. 12 : savisant de vciajfarer, c'est à dire de me tromper ; ajfarard, sergent), propr. tromper en achetant (Vidocq : affarer, gagner, ajfurage, bénéfice, profit) ; — ajfarer, mettre à prix, taxer, acheter (Champagne ajforer, acheter et fixer le prix d'un drap) ; le normand de Vire affarer, voler (Du Méril), vient de l'argot.

AXGEL, sergent (Villon, 3 : Et par angels... Sont greffis et prins cinq ou six), à côté de ange, valet de bourreau (St. Christophe, 1527 : Se le rouastre et ses anges Nous trouvoit à la gourde pie) ; — cf. ange de grève, sergent de police, à Strasbourg (Lacurne), crocheteur, à Paris (Oudin) ; le sens argotique a persisté à Dijon : envier un ainge, c'est envoyer un sergent (La Monnoie, Glossaire des Noëls bourguignons).

AXTiFFE, entifle, église (Jargon, 1628, 1700; Chauffeurs, 1800 : s'entifter, se marier; Vidocq : antijler, id.), propr. la maison antique (anc. fr. antif, entif, ancien), à côté de anticle, messe (Vie, 1596). La locution argotique battre Vantiffe (Jargon, 1728), battre l'estrade, marcher, signifie primitivement battre le pavé des églises ^ les fréquenter

I. Cf. Mayenne courir la calistrade, vagabonder, propr. courir l'aumône, de calistrade, pour caristad, aumône (litt. charité) ; Vidocq, I, 102 : « Un mendiant ouvre la porte du magasin et demande la caristade d'une voix lamentable ». Cf. Yonne caristade, aumône, mauvaise farce, danse malséante.

FONDS INDIGÈNE l83

assidûment (de là, battre entifte, dissimuler, Vidocq), ensuite vagabonder, sens conservé dans le lyonnais battre l'antiffa, rôder (u s'emploie souvent à propos des enfants » , Puitspelu) et dans le provençal batre Vantifo, battre la campagne, courir les champs, être misérable, grelotter (Mistral), l'une et l'autre locution d'origine argotique ; ajoutons le Bas-Maine entijler, enticher, enjôler, et le A'erbe argotique moderne rentlffer, rentrer (Richepin), propr. rentrer à l'église.

ARQUE, dé à jouer (CoquilL, i455 : Dcz à jouer ilz l'appellent acques (sic !) ; Villon, i32 : Pour double de frouer aux arques ; — arque, arche, par une assimilation qui nous échappe.

ARQuiN, soldat voleur, drille {St. Christophe, 1027 : Où est Arquiti (nom propre de voleur) ? — U fait la moue à la lune), et narquin, id. {Ibid. : Es tu narquin? — Ouy, compain), à côté de narquois, id. (Jargon, 1628 : narquoys^, un soldat), tous dérivés de arc et désignant primitivement l'archer (cf. bellau arqui, soldat, et provençal arquié, agent de police), d'où soldat viveur, pillard (provençal arquin, soldat libertin, terme argotique), répondant à l'italien arcadore, trompeur, propr. archer.

I. Sauvai, Antiquitez de Paris, l, 525 : « Ces misérables qui, répée au côté, contrefont les soldats estropiez, sont les Narquois, ou gens de la petite flambe. »

iSfi l'argot ancien

ALBER. aubert, argent (CoquilL, i455 : ilz appellent argent aubert : Passion, i486 : Et force d'auber grupperons), propr. blanc (sens de l'anc. fr. auber, appliqué spécialement au peuplier blanc, à l'aubier), répondant au fourbesque albume, argent (= blanc d'œuf) ; cf. argot plâtre, id., mourmé abia, argent (emprunté à l'argot), et Berry blanc, petite monnaie d'argent ; argot roumain albisor. franc (= petit blanc). Le terme aubert se trouve dans Rabelais (v. ci-dessous /oM///ow5e).

AUTAN, grenier (Vidocq), rapproché de l'anc. fr. autan, vent du midi.

BARBALDiER. gardicii de Thôpital (Jargon, 1628); — barbaudier, mégissier, brasseur de bière et apprêteur de laines.

BALCHER, se moquer (Vie, 1096 ; Jargon, 1690), rapproché de l'anc. fr. baucher, établir le poutrage de (1496 ; Berry baucheron, bûcheron), de bauche, poutre, comme plancher, mentir (Chauffeurs. 1800), se moquer, plaisanter (Vidocq), est tiré de planche ^ .

BALDE, le mal de Naples {Jargon, 1628), propr. chienne en chaleur (sens anc. fr. et dial. du mot : femelle du chien baud).

BAUGE, coffre {Jargon, 1628), auj. ventre (Vidocq), assimilé im. bauge du sanglier (xvi" siècle).

i. Terme d'ailleurs d'origine populaire (\. d'Hautel s. \. plancher) qu'on retrouve dans le normand de Bayeux : pianche, pianchon, fille, enfant (à Mortain : malin, espiègle).

FONDS INDIGÈNE l85

BENAiiD, voleur (Villon, 109 : Benardz, vous estes rouges gueux), propr. niais ou qui se montre tel pour mieux attraper les autres ; — bernard, sot, et Mayenne benard, id. ; cf. anc. fr. (clé) benarde, ouvrant à la fois plusieurs ser- [^ rures, avec (serrure) bernardine (i^/V), appellations tirées peut-être du nom propre Bernard ou Benard (cf. David, p. ii4)-

BEROLART, sobriquct du voleur (Villon, 177 : Fait aux beroars faire la moe ; St. Crlstophe, 1527 : He, povre berouart !). propr. loup-garou ; — berou, loup-garou et terme injurieux (cf. picard leuérou, loup-garou et mauvais sujet).

BILLE, pièce de monnaie (Bouchet III, i3o : de la monnoie, c'est de la bille ; Vie, 1596 : la bille, c'est l'argent), d'où biller, payer, et biancher, id. / {V intérieur des prisons, iS/jG) ; — bille, pièce de bois (cf. argent en bille et le moderne billon) ; normand bille, argent, petite monnaie, et H. -Maine, argent dû à un ouvrier (termes empruntés de l'argot), et fr. pop. des billes, pour dire de l'argent monnayé, des espèces sonnantes : on n'a rien sans billes^ c'est-à-dire qu'on ne peut rien se procurer sans argent (d'Hautel) ; cf. Oudin : bille pareille, la pareille, chose égale (= monnaie pareille). Le terme argotique se trouve dans le ttinodo rochois : billeoz. argent.

BLEscHE, petit mercier (Bouchet, III, 106 : un

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gentilhommc acheta à ce hlesche 4 ou 5 sols de marchandise ; Vie, iSgô, p. 5 : il n'estoit coesme..., ains estoit simple hlesche), et voleur (Oudin, i653 : hlesche, furbo, furbesco) ; — hlesche, sot ^ niais (v. ci-dessus henavd) ; cf. hellau hlesse marchand (terme pris à l'argot), Mayenne byèche, blêche, qui biaise, qui use de finesse, qui agit en sournois (sens dérivé de celui de « mercier ») ; hautbreton (Ille-et-Yilaine) hlèche, méchant, sournois, qui frappe ou commet une mauvaise action en se cachant (hlècher, faire du mal en se cachant). Le terme argotique figurait également dans l'ancien langage populaire, au sens d'hypocrite (Gherardi, Théâtre italien, III, i6i : Je ne sais ce que c'est que de faire le blêche). Le sens du mot dans l'argot moderne u laid, désagréable » (Rigaud) en est une autre induction.

BouYs, fouet {Jargon, 1628), propr. fouet de buis (anc. fr. et dial. houis), et houée, le fouet infligé jadis aux petits voleurs (Vidocq), même sens primordial (Poitou houée, buis), à côté de hrouée, id. (Jargon, 1728), propr. bruine de coups.

I. Iluet et Fr. -Michel rattachent hlesche, voleur, à blachois, valaque (Villehardouin), le premier arguant la mauvaise réputation de ce peuple, et le deuxième supposant que les voleurs, pour la plupart bohémiens, venaient le plus souvent de la Valachie. Voir plus haut, à propos de zigue, un autre rapprochement fantaisiste de ce genre.

BRiMART, bourreau {Vie, iSgô ; Jargon, 1728; Comédie des Proverbes, i633, acte IV, se. 3 : De peur que le brimart ne nous chasse les mouches de dessus les espaules), d'un primitif 6rime, petite branche (cf. Oudin : brimart, balai), qui survit dans le patois de la Mayenne : brime, mèche de fouet et petite branche, et brimer, battre, tourmenter, punir (d'où fr. brimer, vexer pour éprouver, terme d'origine dialectale). Le brimart est littéralement celui qui punit avec la brime, qui inflige les peines corporelles, répondant à l'espa gnol verdugo, bourreau et verge.

CAGOu, lieutenant des gueux {Vie, 1096, p. i3 : les Cagous, lieutenans du grand Goesre par les provinces ; Jargon, 1628 ; Ibid. 1728 : cagou, voleur solitaire), qui enseignait l'argot, c'est-àdire le métier de voleur (auj. voleur qui instruit les autres) ; — cagou, mendiant {Chronique Paris, s. a. i436 : un gros vilain comme un cagou), proprement ladre, ces gueux portant des cliquets comme s'ils étaient des lépreux ^ ; cf. blaisois cagou, homme qui vit seul (= ladre), et lorrain caqueux, mendiant, propr. lépreux.

GALLE, tête {Jargon, 1628, p. 20), et teigne, d'où callot, teigneux {Ibid., p. 28 : Callots sont ceux qui sont teigneux véritables ou contrefaits) ;

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