‹ L'argot ancien, 1455-1850, ses éléments constitutifs, ses rapports avec les langues secretes de l'Europe méridionale et l'argot moderne. Avec un appendice sur l'argot jugéChapitre 44 sur 81 · Et non pas : « le soleil » (Longnon · texte numérisé non relu

Et non pas : « le soleil » (Longnon

2. Le livre de Marco Polo, éd. Pauthier, p. 4G5 : « Ils (les Tartares) ont ydres (c.-à-d. idoles) et font ardoir les corps morts, et sont au grant Kaan. »

3. Cf. Vig. de Charles VII (dans Lacurne) : « Car c'estoit le grand cacin et maistre » (il s'agit du comte Salisbury tué au siège d'Orléans). Philippe ^JLousquet écrit ; Kaan.

carrer, entrer (M.) ; à côté de carriiche, prison {Jargon, 1690 : et charruche; 1700^ : caniche \

— care, carre, coin (v. ci-dessus canton) ; cf. Mayenne, Ambrière, caniche, maison, et picard décarrer, se sauver, détaler, répondant au fourb. scoscar. décamper (de cosco, maison).

CHOPER, voler de menus objets (Yidocq), et chopin, vol, propr. coup ; — choper, heurter du pied, chopin, coup violent.

coESME, gros mercier (Vie, 1596, p. 8 : Pechon est quand on a la première balle..., en après blesche, mercelot, et puis coesme, c'est mercier), d'où coesmelot, coesmelotier, id. (Vie, 1596; Jargon, 1628), et coesmeloterie, marchandise (Ihid.) ;

— coisne (Gotgrave), à côté de coënne, couenne, conservé dans les patois au sens de sot, niais (Berry couème et couanne, id., Mayenne, couèine, poltron), sens qu'il a dû avoir également en ancien français -. Le terme argotique représente ainsi une association d'idées parallèle à son synonyme blesche (v. ci-dessus) ; cf. bellau coiian, maître

I. L'c'dition du Jargon de 1728 porte cartiiche, dérivant de carte, cartre, prison (cf. Genève charte, chartre, prison).

a. Un autre sens de coenne, coesme, à savoir, bouc, crotte (cf. Roy Modus, dans Littré : la couenne de l'herbe), s'est également conservé dans les patois : wallon couanne, gazon, Mayenne couème et couenne, crottin de cheval (et personne très grosse, sotte ou mal habillée). Cf. Haut-Maine camelotte, mélange d'aliments ou d'engrais (Vidocq : camelotte, sperme) : c'est le diminutif de couème, crotte.

igo l'argot ancien

de maison, sens correspondant au terme de la germania coyme, l'un et l'autre empruntés à l'argot.

coEsiiE, chef du royaume de l'Argot {Vie, lôgô, p. 12 : le chef appelé le grand Coesre ; Jargon, 1628 : Coesre, le maistre des gueux ; i836 : le grand Coëre), rapproché de l'anc. fr. coiraii, bœuf engraissé, association d'idées qui n'a rien de surprenant pour le tour d'esprit argotique (cf. bellau toire, maître, propr. taureau). Coesre, graphie archaïsante pour coëre (cf. coesme = coème), serait ainsi abstrait de coirau ; le terme argotique s'est conservé en provençal : couero, couaro, gueux, rustre {lou coiiaro, le maître, le bourgeois, le chef, dans le patois rouergat).

COMTE, geôlier {Jargon, 1690 : comte de la caruche, geôlier de la prison), et comtois, niais {battre comtois, servir de compère à un marchand ambulant, Yidocq, locution analogue à battre Job, faire le niais, Id.), propr. comte (cf. Oudin, i64o : bourgeois, c'est-à-dire sot ou niais) ; v. cidessous sire.

coQUART, maréchal ferrant {Vie, 1696) ; — coquart, sot (Ducange, iSgi : ledit Bernart estoit bien coquart, bernart et tous sos) : le sens intermédiaire est rustre, rustaud.

coQuiLLARD, gucux, mendiant, propr. pèlerin porteur de coquilles (Goquill., i455 : et appellent

iceux galans les Coquillars qui est à entendre les Compaignons de le Coquille ; Villon, 88 : Et pour ce, benards, Coquillars, Rebecquez vous de la montioye ; Jargon, 1628 : Coquillards sont les pèlerins de Saint Jacques, la plus grande part sont véritables et en viennent ; mais il y en a aussi qui truchent sur le coquillard, et qui n'y furent jamais...). De là : forezien coquillard, mendiant ; cf. béarnais coascoulhan, coquillard, faux pèlerin (de couscoulho, coquille), gascon cascoulhé, porteur de coquilles, pèlerin (de cascoulho, coquillage) ; provençal eoco, gueux (= coquille, rouergal cofzcrt/'o, id.), queco, voleur, jeune filou, lazzaronc marseillais, répondant aux frères de la cuque^, filous, voleurs, coupeurs de bourse (Oudin, i6/io). De même, germ. marlsco, coquille et vol, mariscar, voler, propr. ramasser des coquilles, comme en anc. fr. : dresser une coquille, pi^ojeter une fourberie (Cotgrave), et bailleur de coquilles, menteur (/d.).

covE, maison {Vie, iSgô), propr. tanière ; cf. bcllau eue, maison, fourb. cobi, lit (argot sicilien cuba, maison).

DABE, dabuche, roi {Jargon, 1628 ; Yidocq), et dabot, préfet de police (Yidocq) ; — dabo, maître, originairement terme de jeu (Oudin, i64o) :

i. Clique est à coque (« coquille ») ce que crue est à croc ; cf. picard queuqucr (nu cuquer), tromper, attraper.

(( Celui qui donne, il est toujours le dabo *, façon de parler pour dire, il paye d'ordinaire pour toute la compagnie ; de là, ce mot s'est employé pour signifier le maistre du logis », Le terme persiste dans certains patois : Mayenne dabe, (labier, paysan, lorrain dabau, stupide, et dabo, souffre-douleurs (H. -Maine : enfant plus aimé que les autres).

DEFFARDEUR, larrou {Jargon, 1690), auj. voleur de paquets et de liardes (Colombey). propr. qui décharge les boutiques ; — deffardeler, déballer.

DESBOCHiLLELR, trichcur (Coquill. , 1455 : ung desbochilleur. celluy qui gaigne aux dez, aux quartes ou aux marelles tout ce que a un simple homme sans Iny rien laissier) ; — desbochier, ébrancher (1420 : comme le suppliant eust desbochiez et deffouis deux grans freins), puis dépouiller, image tirée de l'horticulture.

DESBOLSER, dépouillcr (Villon, 29 : Des sires pour les desbouser), propr. débarrasser d'ordure, retirer de la bouse.

DESROCHEUR, trichcur (Coquill., i455 : ung desrocheur, c'est celluy qui ne laisse rien à celluy qu'il desrobe) ; — desrocher, démolir.

DESSARQUEUR, cspècc dc filou (Coquill., 1455 :

1. Larivey, Le Morfondu (1579), acte III, se. 5 : « Je heurteray tout bellement à la porte, que il ne m'oseroit refuser, pour ce qu'il sçait que je suis le dabo. »

FONDS INDIGÈNE igS

ung dessarqueiir, celluy qui viei^it le premier où l'en veult mettre un plant et enquiert s'il est nouvel) ; — dessarter, extirper.

DESTicoTTER, parler (1661, ap. Fr. -Michel : Qu'on desticotte le narquois. En pictant du pivoy chenâtre) ; — dasticotter, parler allemand (Oudin, i64o : « Ce mot tire son origine de dass dich Gott..., qui est une façon de jurer »), et tastigoter, parler baragouin, parler vite (Le Roux). Le verbe a acquis un sens plus général dans les patois : Picardie testicoter, discuter, contester (Champagne : taquiner, Genève : tracasser), Lyon testicoto, contester aigrement et à propos de vétilles.

DRILLE, soldat mendiant (Jargon, 1628, p. 33 : Drilles ou narquois sont les soldats qui truchent la flambe sous le bras), nom tiré de driller, courir, vagabonder (xvi*" siècle), aujourd'hui, dans le patois bourguignon, au même sens (suisse driller, courir très vite, provençal drllha, aller vite et légèrement).

EGRAiLLER, prcndrc la poule avec un hameçon {Jargon, 1628 : égrailler Uornie, prendre la poule avec un haim), propr. lui faire écarquiller les yeux, sens de l'anc. fr. esgrailler (v. plus bas érailler).

EMRANDER, prendre de force, saisir {Jargon, 1 728), propr. entourer de bandes. Le terme argotique a

L'Argot ancien, jO

passé avec le même sens dans le canut lyonnais ((( Emhandant son épouse, i s'escanne sans bruit », Ad. Yachet).

EMBOURELX, cunboiireux, bourreau (Villon, /^S Dont Y amboureux lui rompt le suc), propr. celu qui embourre* le cou du patient (Rabelais emboiirreurs debasts).

EMPAVE, drap de lit (Jargon, 1628), comparé à un pavé (cf. revêtir de dalles) ; — empaver, paver.

ÉRAiLLER, tuer (Jargon, 1728) ; — csrailler, faire rouler les yeux (cf. des yeux éraillés).

ESCHEG, gare, gardez- vous (Villon, 10 : Eschec, eschec pour le fardis), terme tiré du jeu d'échecs, d'où eschecquer, éviter (/d., 7 : Eschecquez-moy tost ces coffres massis ; St. Christophe, 1527 : Teschaquay) ; — eschequier, jouer aux échecs et faire éprouver un échec.

ESSORER, pendre (Villon, 26 : Que le grand Can ne vous face essorer), propr. exposer à l'air-, répondant au synonyme anc. fr. mettre à la bise, pendre (Roman de Renart).

ESTABLE, chapon (Jargon, 1690), à côté de

I. Sens également inhérent à l'anc. fr. bourrel, qui signifie à la fois bourrelet (xiii* siècle) et bourreau (xiv* siècle), synonyme de tyrant, propr. tiran, mais interprété vulgairement comme celui qui tire le condamné à la potence (cf. Perceforest, dans Littré : Adonc marcha avant le tyran, qui print la royne par la main, si la mena jusqu'à rcstachc). L'anc. fr. bourrelier, hourrcau, répond exactement au synonyme argotique emboureiix.

a. Et non pas : « sécher » (Longnoii).

FONDS INDIGENE IQt)

estaffon (Ibid. : castroz ou estaffon, un chappon) ; — eslable, étable, c'est-à-dire oiseau de basse-cour.

ESTEVE, fraude {Apôtres, i/i6o : de plusieurs piperies et de plusieurs esteves), d'où estever, escroquer (Coquill., i455 : Et d'illec s'en allèrent en Lorraine pour cuidier faire un bon coup de tresgeter qu'ils appellent en leur jargon eslever), et esteveur, escroc {IbicL). En anc. fr., esteve signifie manche de la charrue, comme en provençal, estevo (cf. teni Uestevo drecho, tenir le manche droit, conduire sagement une maison, une entreprise, une personne, marcher droit), image tirée du travail agricole ^

ESïOFFE, bulin (Coquill., 1^55 : Quand l'ung d'eulx dit : estoffe ! c'est à dire qu'il demande son bulin de quelque gaing qui est fait en quelque manière par la science de la coquille), d'où estoffé, riche {Passion, i48G : Estqffés, mous sus) ; l'argot moderne connaît étoffes, de l'argent (Delcsalle) ; — estoffe, étoffe {estoffer, garnir, pourvoir, approvisionner).

ESTREiGNANTE, ceiiiturc {Vie, 1096), propr. ce qui serre (anc. fr. estreindre, serrer).

I. L'anc. argot estcvc, escroquerie, n'a rien de commun avec l'csp. estafa, id. (Oudin, iG'i3 : estaffe, estafjier, coupeur de bourse,) qui répond au prov. estafo, pourboire, rétribution que retirent les souteneurs des mauvais lieux : tira l'cstafo, recevoir un pourboire, comme les valets qui tiennent rétrier(it. staffà), d"où estajîc, valet de pied et mauvais sujet, complice.

FERLAMPiER, volcur du dcriiiei* étage (u terme des argousins » , Vidocq) ; le Dictionnaire d'argot de 1829 enregistre : feriainpier, condamné habile à couper ses fers ; — ferlampier, mauvais sujet.

FEUILLE, bourse * {Viel Testament, 1^08 : Dont ma feullc sera gaudie ; Villon, 166 : Ruez des feuilles cinq ou six ; 2i5 : Jehan mon ami qui les feuilles desnoue), ci fouille {Passion, i486 : Les gros fonceront klafoulle; Vie, 1096 : fouille ou Ibuillouzc), à côté de feullouze (Coquill.. i4ô5 : une bourse est une feullouze), et de fouillouze (Bouchet, III, i3i : la/oMÎ/ZoMC^, c'est lagibbecière). C'est le primitif de l'anc. fr. fueillette, fût de vin, répondant au fourb. foglia, bourse, en rapport avec l'italien /o{///e//rt, fût, de la même origine. Feuille ou fouille représente ainsi un type/o/w, ci feuillouse ou fouillouse, son dérivé foliosa (cf. h\ feuillette, fût, en rapport avec l'anc. fr. foille, tonneau), termes métaphoriques tirés de la noiïon feuille et dont le patois savoyard a gardé le sens intermédiaire : folye, feuillée, tonnelle ou petite construction temporaire faite avec des branches garnies de leurs feuilles. C'est ainsi que le fût (feuille ou feuillette) a d'abord été une tonnelle en feuillage ; et la bourse (feuille ou feuillouse) a d'abord désigné la doublure intérieure d'une

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