Et non pas : « pièce de monnaie » (Longnon
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bourse, assimilée à un feuillet (l'anc. fr./«e// réunit ces deux sens). Le terme argotique, employé par llabelais ^ , a pénétré dans quelques patois (Picardie foailloiize, trésor, bourse, Normandie : poche de vêtement '^, Poitou : poche, escarcelle, Gâtine : foaillouse, petit sac, bourse [u As-tu la fouilloiise garnie?]) et dans certains parlers spéciaux (mourmé folîeusa, bourse, terra tsu /o/ie/a, id.).
FLOU, rien {Jargon, 1628, p. 89 : le rupin ne lui ficha que le flou ; 1690 :frou), ci Jloutière, id. {Jargon, 1628; 1728 : flous itère el froustière), à côté de floLiqidère, id. {Ane. Théâtre fr. IX, 63 : Qui fera iouiour s flouquière et puis c'est tout), rapproché de l'anc. fr. flux ! interjection pour donner à entendre que l'on n'accorde pas ce qu'un autre dit (Oudin, i64o); cf. fr. pop. flut, flûte! non ! (terme de mépris).
FOGNE, guerre {Vie, 1096 : f oigne), eifognard, soldat {Ibid. : foignard) ; — fogne, {ange,fognard, fangeux : le soldat est celui qui marche dans la boue (cf. en fr. patrouille, et fourb. huraseo, soldat, de burasca, tempête).
I. Gargantua, I, 38 : « Car il arrapoit... l'aullre par la besace, l'aultre par la foiiillouse, l'aullre par l'escharpe » ; Pantagruel, III, 4i : « Plusd'aubert n'estoit en fouillouse pour solliciter et poursuivre. »
3. D'où : Aller àfouillouse, locution très fréquemment employée pour exprimer, soit l'action de tirer de l'argent de sa poche, soit l'obligation où l'on est d'acquitter une dette (Moisy).
198 l'augot a>cie.\
FONCER, payer (Passion, 1/178 : Et d'esioffe pour le dcffray qui en fonce ? Jargon , 1628), même évolution de sens que son synonyme ^ficher (= enfoncer) : cf. Oudin. iG^o : foncer à l'a})pointement, donner de l'argent.
FOURLixEUR, volcuF à la tirc (Vidocq), tiré de l'anc. îv.forUnier, dégénérer, propr. sortir de la ligne droite.
FOLRLOURER, assassiucr (Yidocq), rapproché de Tanc. fr. frelore, frelorier, vaurien (Colgrave). Le sens dofourlour, malade (Vidocq), résulte de Tassociation d'idées argotique : malade — prisonnier (= criminel) ; v. castu.
FRAxc, épilhète ajoutée à diverses dignités ou autres {Vie, iôqô : /ro/îc ripault , Roy ;/r«//c cagou, lieutenant du Roy ; franc foignard, capitaine ; le franc mitou, Dieu ; les franches volantes, les anges), d'après l'analogie de l'anc. fr. franc archer, franc msinant, franc sergent, etc.*. Dans le patois poitevin, /r«//c, au sens de robuste, se dit d'un homme ou d'une bête de somme, et au sens de hardi, résolu, en parlant d'un enfant.
FREMiON, marché {Jargon, 1628; l'joo'.frimion), propr. fourmillement (anc. fr. fourmilion, bruissement, fremion, petite fourmi), de même que fremillante, assemblée {Jargon, i836) et frémion,
I. Cf. Jargon, i836 : franc, bas, franche, basse, franchir, baisser.
FONDS INDIGENE I99
violon (Ihid.) ; cf. picard freinioner, fourmiller (de fremion, fourmi), et argot roum. clocoteala, marché, propr. bouillonnement.
FRETILLE. paiUc (Bouchct, III, 125 : de la paille, de \a frétille, et disent, il a couché sur la frétille ; Vie, 1596; Jargon, 1628), rapproché de l'anc. fr. /re/iV, terre en friche (Bresse /r^/i, chaume, terre en chaume, ei frelon, Yonne ferlasse, filasse, mauvaises étoupes). Le terme argotique a pénétré dans plusieurs patois : bourguignon/re/i7/e, paille (La Monnoie), et picard couquer à la frétille, coucher dans les champs, en plein air (Jouancoux). Dans le patois haut-breton (lUe-et-Vilaine), le mot a acquis racception figurée de « rien » : Vous reste-t-il du pain ? — Il ne m'en reste pas une fertille (Orain).
FROLLER, médire de quelqu'un {Jargon, 1628), et frolleux, traître {Ibid.) ; — frollcr, frotter: le sens argotique résulte de la locution froller sur la halle (des colporteurs), litt. frotter le dos de quelqu'un.
FusTiLLER, trichcr au jeu (CoquilL, i/i55 : fustiller, c'est changer les dez), tiré de l'anc. fr. fuster, fouiller, piller, ravager, comme son synonyme picard fustiquer, tricher au jeu, propr. fustiger, battre de verges, par une métaphore analogue aux termes français /w/e et roué.
GAFFRE, sergent (CoquilL, i455 : ilz appellent les sergens les gaffres),^ côté de gaffe, gardien,
sentinelle (Vidocq). même mot que gaffe, perche garnie d'un crochet (Ducang-e. i455 : un baston nommé gaffe ayant un croc de fer au bout), par une image facile à saisir (cf. argot mod. marchand de lacets, gendarme) : provençal gafo, recors (= gaffe), et esp. corchete, sbire (= crochet) ; de même, germ. harpia, agent de police (= crampon).
GAUDiLLE, épée {Jargon, 1728), propr. Joyeuse, (cf. anc. fr. gaudie, joie), nom de l'épée dans les romans de chevalerie (v. p. 91).
GOURD, bon (Villon, 11 : Brouez-moy sur ses gours passans ; Bouchât, III, i3o : quand le vin est bon, il est gourd), gros, riche (Passion, 1486 : Est-il gourd? Jargon, 162S : gourdenient, beaucoup), et métier de voleur (Vie, 1696, p. 5 : il n'estoit coesme, n'ayant parvenu à ce degré, ains estoit simple blesche, et sortoit de pechonnerie, toutefois entervoit le gourt), d'où les composés passeligourd(Ibid., p. 9 : J'atrime au passeligourd du tout, c'est-à-dire je desroberay bien ; i633, Comédie des Proverbes, se. IV, acte 3 : Nous avons attrimé au passeligourt et fait une bonne grivelée) et tripeligourd (Vie, 1696, p. 10 : J'atrime au tripeligourd, je desroberay trois fois très bien), à savoir triple gourt ou truc^. En anc. fr. gourt
I. C'est à tort que Fr.-Michel traduit trepeligour par « vagabond » : le terme désigne le truc et non pas celui qui le met en action.
FONDS INDIGENE 20I
signifie lourd, pompeux ; le terme argotique a passé dans le bellau {gor, gordo, bon, beau) et dans l'argot breton {gourd, bon, Quellien, 56).
COURT, dé à jouer (Coquill., i455), qu'on retrouve dans Shakespeare {Merry Wives, I, 3 : gourds), et argot mod. gour, pot (Yidocq). l'un et l'autre d'après sa grosseur (même mot que le précédent) .
GRiPis, meunier (Jor{/o//, 1690 : grispis), propr. voleur (anc. fr. grippart) ; cf. haut-brelon (Ille-et- Vilaine) grippis, nom donné au diable (terme passé en breton) : le voleur et le diable empoignent également.
GUELiER, diable (Bouchet, III, i3i ; Vie, 1096 : gueliel), et glier, id. {Jargon, 1628) ; — galier, mauvais plaisant {ei galier, se moquer de).
GUEUX, mendiant {Passion, v. 3897: Sathan, tu es un gueux propice ; St. Christophe, 1627 : Hé, gueux! advance moy la poue ; Villon, 109 : Benars, vous estes rouges gueux ; Bouchet, III, 129 : j'entendrois ce que disent les mattois... et les gueux de Vhosiièrc; Vie, 1696 ; Jargon, 1628; Response au Grand Coesre, i63o : chef de la gueuseri£ ou gueulerie, général de la milice argotique), masculin tiré de gueuse, gorge (xiii*' s.. St. Bernard), d'oii glouton, goinfre, comme les synonymes provençaux gourgas et grand gousié, et puis mendiant ou voleur (cf. en fr., /ripo/i, gourmand
et filou) : gueuserie et gueulerie disent parfaitement la même chose ^.
HALLEGRUP, potencc (Villon, ^9 : Bien attaché au hallegrup; St. Christophe, 1527: allegruc), composé au sens obscur (cf. halle, haie, et plus haut crue et grup).
HANE, bourse (Jargon, 1628 : hane ; 1728 : ane ; Comédie des Proverbes. II, 5 : casseurs de haïmes ; Jargon, i836: henné); — hane, malle {i^i'j: un coffre, une hane) ; cf. Landes hanic, bonnet de vieille femme, et Poitou hcmac, panier.
HANOis, cheval (lf>, logô), et hanoche, jument (Ibid.), dérivés d'un anc. fr. hane, conservé par les patois : picard Ae/ie, jument, rosse, et Champagne/ta/ie//e, petit cheval.
HAVRE, asile (Villon, 197 : loncverdoiant, /iawre du marieux), propr. havre, port, et iyieu{Jargon, 162S : grand haure. Dieu), c'est-à-dire havre de grâce, dans Rabelais (III, 32 : ^aure de grâce, s'escrie Rondibilis, que me demandez-vous?).
HERPE, liard {Vie, 1596), propr. âpre au toucher, ci herpelu, id. (Bouchet. III, i3o : ils appellent un liard un herpelu; Jargon, 1628 : herplus, 1700 : herplis), d'un vieux mot répondant à l'anc. fr.
I. Les patois de la Haute-Italie présentent une association d'idées tant soit peu différente, celle de gosier-faim : Piémont sgôzia, Lombardie sgheiza (sghizà), à côté de sgûssia (Emilie sghessa, il. sgheschia), termes tirés de goz, gass, gosier.
FONDS INDIGÈNE 2o3
herpe, herse, poitevin herpe, serpe, hevpclii, hérissé ; bellau arpoiié. sou.
HOQUET, hoquette, baluchon de gueux {Vie, i^Q^ : la hoquette c est le paquet que les gueux portent sur leur clos; Ibid., 1627: hocquet) \ — hoquet, grand manteau à capuchon. Du primitif de ce nom {hoc, crochet) dérivent Fane. fr. hoqueter, filouter, et les termes patois (Mayenne) : hoqueUtev, marchand de fil (et trompeur, voleur), hoqueter, porter les pièces de toile de maison en maison.
HLRÉ, gros, grossier, riche {Vie, iSgô : aubert huré, coesmelotier huré, peaux hurés), propr. hérissé, sens du mot en anc. fr. et dans les patois.
JAFFE, potage {Jargon, 1628, p. 20 ; 1660 :Jafle), d'un anc. ïr.jajfe. joue (auj. Bresse jaffes, grosses joues, ci jaffer, manger bruyamment et en faisant de l'écume, Mayenne, Jaffier, rejaillir), d'où peut-être jafuer, bonne chère, gourmandise (Champagne jafflis, galimafrée, Yonne jfiffle, acide) ; de jaffe, potage, dérive jafjler, jardin potager {Jargon, i836).
JARTE, robe (Coquill., i455 : Une robe est une Jarte ; Villon, 47 : Et eschequez tost, en brouant, Qu'en la iarte ne soiez emple) ; — Jart, poil long et dur dans la laine.
JLC, gibet (Villon, i/i4 : N'estant à iucla. rafïle-
3o4 l'argot ancien
rie ; St. Christophe, 1527 : Est-il aujuc?); — Juc, juchoir.
LALUE, bordel (Vidocq, II, 272), propr. couvent (bas-latin laiira), répondant aux synonymes modernes abbaye de s'offre à tous et couvent.
LETTRE DE COURONNE, taSSC (Bouchet, 111, l3o I
une tasse est une saliverne ou lettre de couronne), dont les mendiants lépreux étaient porteurs et qui témoignait qu'on leur avait donné la couronne ou la tonsure comme aux moines (v. lettre de couronne, dans iSicot).
MARMOusE. barbe {Jargon, i836), tiré de marmouset, singe, propr. barbe de singe.
MARMOUSET, marmite {Jargon, 1628 : marmozet, le pot au potage; p. 19 : le marmozet rifode, c'est la pottée bouilt), propr. singe (anc. fr. marmouset, XHi" siècle), ce pot étant muni de pieds et d'oreilles.
MARMYON, bourgeois, dupe {Passion, i486 : Il n'a tirande ne endosse... Le marmyon est à sec), propr. singe (anc. fr. marmion), répondant au synonyme moderne singe, bourgeois, patron.
MARPAUT, voleur (Ja/'^o/i, 1628, p. 21 : Qu'aucun marpaut ne soit admis pour cstre grand Coesre; p. 2^ : les plus liabiles marpaux de toutime l'Argot) ; — marpaut, goinfre, voleur (auj. Mayenne, Champagne; Berry : lourd, pataud, vaurien), Picardie marpaille, canaille.
FONDS I>DIGE>E 20i>
MARON, sel {Jargon, 1628, p. 22 : une poignée de marron), propr. sel marin (anc. fr. marois, de mer, et maronnier, marin) ; cf. le grand salé qï pré salé, noms argotiques de la mer.
MAUHE, bouche (Coquill., i455 : Ferme en la niauhe, c'est celluy qui se garde bien de confesser rien à la justice), propr. moue (cf. pour 17i, Coquill., i^bô : qu'il jouhe aux dez).
MINOIS, nez (67. Christophe, 1627 : On lui raseroit le my/?o?> ; Vie, i^qQ; Jargon, 1628), suppose le primitif m//je, visage, qui est attesté ultérieure- ^ ment.
MioN, garçon (Jargon, 1628), propr. miette, sens / de l'anc. fr. jnion, comme du synonyme moderne mioche (anc. fr., miette).
Mrrou, franc mitou, Dieu (T/>. iôqG : le franc mitoii. Dieu; p. 17 : bier sur le franc milou, c'est d'estrc malade à bon escient), iVoùfrcmcs-mitoux, mendiants qui contrefaisaient les malades [Jargon, 1628, p. 3o : Lqh francs-mitoux sont ceux qui sont malades ou qui font semblant de Testre) ; en anc. fr. mitoii signifie matou, chat mâle, d'où patron (Sicile, gaiiu, id., propr. chat) et gros bonnet (port, bichaço, id.. propr. gros chat). Pour le sens de u malade », comparer d'un côté, l'anc. fr. faire la cate catie, imiter les plaintes d'une chatte malade qui est tapie sur son ventre (Eust. Deschamps, IX, 123), et d'autre côté, jambe de Dieu,
2o6 l'argot ancien
jambe préparée de manière à ce qu'elle paraisse couverte d'ulcères (Vidocq).
MITRE, galle (Fr. -Michel), tiré de mithrldate, onguent dont se frottaient les galleux.
MOE {faire la), être pendu (Villon, 177 : Faites aux beroars faire la moe), propr. faire la moue : a Le patient, après avoir eu les quatre membres brisés, agonisait sur une roue de chariot horizontalement placée, la face tournée vers le soleil » (U (Schone, p. 3oo) ; cf. faire le singe, être exposé au pilori (Vidocq).
MOME, garçon (Vidocq), propr. masque ou épouvantail (anc. fr. moine), répondant au fourbesque faniasima, enfant (= fantôme) : le genevois morne, sot, nigaud, et le provençal moumot, id., dérivent de l'argot (= niais comme un enfant) ; cf. Genève momière, panier terminé par deux anses (propr. fillette). Le terme argotique a passé dans la langue populaire : môme, gamin, petit enfant (Littré. SiippL).
MORMFLE, monnaie (Vidocq), propr. soufflet (Oudin, i64o : donner momifie, c'est-à-dire un / soufflet), rapproché de l'ancienne locution bailler un souflei au roy, faire de la fausse monnaie.
xivET, chanvre {Jargon, i836), propr. blanc comme la neige (anc. fr. nive, neige) ; cf. rotwelsch « Sehnee, Leinwand », 1700 (Kluge, p. 21 4).
FONDS INDIGENE 207
NOUANT, poisson ( Bouche t, III, i3i : des noiians sont des poissons ; Jargon, i836 : noujon), propr. nageant, et répondant aux synonymes modernes flottant, nageoir.
PACCANT, passant (Jargon, 1728), et paysan {Jargon, i836) ; — pacant, rustre (auj. dialectal et français populaire).
PACQUELiN, pays {Jargon, 1628, p. 38 : en ce pasquelin de Berry ; p. 36 : le cagou du pasguellln (sic!) d'Anjou, et pasgiiellin (sic!), le pays), et enfer, propr. pays du diable {Ihid. p. 19 : le glier t'entrolle en son paqaelin, c'est le diable t'emporte en son enfer) ; — patelin, baragouin, ensuite pays où l'on parle patelin (cf. patelinois, dans Rabelais) ; de là, dans le langage populaire, pays natal et compatriote.
PARON, palier d'étage (Vidocq), rapproché de l'anc. fr. paronne, palonnier.
PENNE, clé (Vidocq) ; — penne, pointe, répondant au synonyme aiguille.
piNOs, deniers {Jargon, 1628), rapproché de l'anc. fr. pinard, très petite pièce de monnaie et richard ; cf. Lyon pignolles, argent (avoir des pignolles, être riche), provençal pi^/io, pomme de pin (qui est le sens primitif).
pivois, vin (Bouchet, III, i3o : du vin, c'est du pivois ; Vie, iSgô : pihouais ; 1627 : pivouais ; Jargon, 1628 : pivois, i836 : pive, pivre), suppose un
2o8 l'argot axciex
primitif anc. fr. pive, qui est aujourd'hui le nom patois de la pomme de pin, semblable à son raisin (cf. vin pineau). Le terme argotique a passé en anc. fr. (v. Littré) et en provençal (piboiies, pivoues, id.).
PLUG, butin {Passion, i486 : Puisqu'il n'y a ne gaing ne plue; Villon, 6i : Et n'eussiez vous denier ni plue), propr. pelure ; cf. normand plue, ce que l'on peut éplucher (anc. fr. pelue, ce qui reste du grain après qu'il a été vanné).
pomfleS prostituée (Jargon, i634), auj. ponife (Richepin), à côté de ponisse {Jargon, 1690) et de ponante, fille publique du dernier étage (Yidocq), termes tirés de l'anc. fr. ponant, derrière (cf. pour l'alternance des finales, argot passant, passifle, soulier, v. p. 76).
RENGRACiER, ccsscr d'ôtrc voleur et devenir honnête homme (Yidocq, et rengracié, converti), rapproché de l'anc. fr. rengraeier, rendre grâce à.
ROE, roue, la justice, envisagée comme un supplice, l'interrogatoire étant assimilé à une roue qui tourne (Villon, 167 : Et vous gardez bien de la roe ; 191 : Car escornez vous estes à la roue), auj. juge d'instruction (Vidocq), à côté de
I. L'édition du Jargon de 1G28 a pontijle. qui répond probablement au synonyme moderne pontonniere, fille publique qui exerce sur les ponts (Vidocq) ; celle de 1728 a coniffe, déformation facile à comprendre.
FONDS INDIGENE 209
rohe, roiihe (Coquill. , i455 : ilz appellent la justice de quelque lieu que ce soit... la rohe, rouhe) ; de là, roiiastre, bourreau {Si. Christophe, 1527 : Le rouastre et ses subjetz) ; roiiiu, le prévôt des maréchaux {Jargon, 1628), et roiiault, pi. rotiaux, les archers (/6id., 1728 : roveaux). En anc. fr. on trouve roe, roue, pilori, roart {rohart), roiiart {roaharl), bourreau, prévôt des maréchaux qui condamnait à la roue (cf. Rabelais, III, 5i : il ne fut onques roiiarl).
SAUPIQUET, subtil (Villon, 107 : Saiipicqiiez frouant des gours arques), propr. assaisonné avec du sel ; — saupiquet, sauce piquante.
SIRE, dupe (Coquill., i455 ; Villon, 29 : Des sires pour les desbouser), propr. seigneur, à côté de syrois, id. {St. Christophe, 1027 : Embuschons nous soubz la feullée, Pour attendre quelque syrois) ; cf. dans l'argot moderne, messière, dupe, bourgeois (Rigaud).
souuDu, pendu (T7e, i5g6), propr. soulevé (anc. fr. sourdre), à côté de sourdolle, potence, et sourdante, justice {Ibid.).
TAUOQUE, marque (Vidocq), propr. marque de carte ; — taroc, tarot.
TAiiTE. mauvais, faux {Id.), propr. crotte, bourbe ; — tarte {bourbonnoise), bourbier, fondrière.
TEMPLE, manteau {Pas.sion, i\86 : Aubert,
L'A''got ancien. j^4
2IO L ARGOÏ ANCIEN
temple, ne pain, ne poulce), auj. vêtement ; — cf. templette, bandeau que les femmes se mettaient sur la tête pour retenir leurs cheveux, avec rabat, manteau, propr. pièce de toile fine qui tombait sur la poitrine (dans Cotgrave, rabat des manteaux).
ïORTERiE, potence {Viel Testament, i458 : Aller fault à la torterie, c'est-à-dire au joUy gibet ; Villon. !•]'>. : furterle), propr. torlis ou corde pour étrangler, à côté de tourtouse^, corde (St. Christophe, 1627 : Que pleust aux dieux que le taulart Vous eust branché en la tourtouse ; Jargon, 1690), d'où se tortouser, se pendre (Chauffeurs, 1800), répondant à se eorder, id. (Ibid.) ; cf. anc. lyonnais tortossière, corde (1/172), auj. provençal tourtousso, tortis, et retorto, corde, en fourbesque torta. tort osa, id.
TiuMER, marcher {Jargon, 1628), triniard, chemin {Ibid., p. 20 : Un chemin on Tappelloit pelle, à présent c'est un trimard ; cf. Moyen de parvenir, éd. Royer, I, 128 : Les gueux qui bient sur le grand trimard), d'où trimarder, cheminer; le composé attrimer signifie prendre, c.-à-d. dérober {Jargon, 1G28), d'où atrimeur, larron (V/e, iôqG), et atrimois, voleur {Ibid.). propr. voleur de grande route, évolution de sens analogue aux synonymes
I. Cf. Richclet, lOSo, s. v. hard : « Ce mot signifie les cordes dont on étrangle une personne,.., mais le bourreau de Paris les nomme aujourd'hui tourtouse, et les cordiers les appellent mar/fl^e. »
FONDS INDIGENE 211
populaires chemineau et voyou. L'anc. fr. tramer, courir (Eust. Deschamps), qui se rattache à un primitif trame, jambe (cf. tramel, id., xii^ siècle), répond au synonyme argotique moderne joaer des gaiholles {Jargon, i836 : trimoire, jambe). Cf. mourmé trimma, porter, et argot moderne trimard, ^ventaire, balle de marchand ambulant, boutique de marchand forain (Rigaud).
VACQUER, voler {L'Intérieur des prisons. i846), et aller en vaquerie, sortir pour aller voler (Yidocq), propr. aller à son occupation ; — vaquer, employer, s'occuper à ; cf. être dans le vaque, être en quête de vol, et être en vaque, en aller commettre un (Larchey, SuppL).