II. — Patois Français
Les foires étaient les points de répère des diverses catégories d'argotiers. lisse réunissaient tantôt dans le Poitou et tantôt dans la Normandie. La Vie Généreuse fait mention de la foire de Chataigneraye, près Fontenay, et le Jargon est encore plus explicite à cet égard (p. 7) : a L'Antiquité nous apprend et les docteurs de l'Argot nous enseignent qu'un Roi de France ayant estably les foires de Niort. Fontenay et autres villes du Poictou... »
D'un autre côté, le nom de Jargolle que la Normandie porte en argot, c'est-à-dire le pays du jargon, témoigne également d'une influence linguistique rendue d'ailleurs certaine par la forme des termes patois propres à l'argot.
Ajoutons que chaque province avait son cagou, ou lieutenant du grand Coesre, qui avait la mission d'enseigner le métier aux apprentis voleurs ; et qu'aux assemblées générales tenues en Poitou accouraient tous ces représentants du royaume argotique.
Il est difficile, dans ces conditions, de préciser les sources dialectales de l'argot, dans lequel des formes normanno-picardes côtoient des termes poitevins, manceaux, tourangeais ou angevins ^ Les patois du centre et du nord ont tour à tour alimenté ou renouvelé le vocabulaire argotique.
I. Nos sources sont : Berry (Jaubert, 18G4-69), Bourgogne (La Monnoie ; Mignard, 18G9 ; L. Guillemant, 1902), Champagne (P. Tarbé, i85i ; A. Beaudouin, 1877), Gàtinais (C. Puichard, Bevuc de philologie française, vol. VII, 1893); Genève (J. Humbert, 18^2), -Ille-ct-Vilaine (Ad. Grain, 1891), Lille (L. Vermesse, 1867), Lorraine (L. Adam, 1881), Lyon (N. du Puitspelu, 1889 et 1908, et Ad. Vachet, 1907), Haut-Maine (C. R. Montesson, 1857) et Mayenne (C. Dottin, 1899), Morvan (de Chambure, 1878), Normandie (E. et A. Duméril. 18^9; H. Moisy, ï885), Picardie (Abbé J. Corblet, i85i ; Jouancoux et Devauchelle, 1880 ; Ed. Edmont, 1897), Poitou (L. Favre, 18G7 ; L. Lalanne, 18G8), Savoie (A. Constantin et J. Desormaux, 1903), Yonne (S. Jossier, 1882). Voirpour l'argot moderne, Ad. Hamdorf, Uber die Bestandteile des modernen pariser Argot, Inanguraldissertation, Berlin, 188G.
FONDS INDIGÈNE 2x3
Comme dans le chapitre précédent, nous allons envisager les mots empruntés aux patois suivant la conservation ou l'altération de leurs sens.
A. — Avec le sens conservé.
AB.vTi, tué (Fr. -Michel), propr. abattu, et rebâtir, tuer {Jargon, 1728; Yidocq : rebcdir), c'est-à-dire rabattre {Jargon, 1628 : rahatleiix, larron) ; — cf. Berry rabâter, rebâter, battre.
ABÉQUER, nourrir gratuitement (Vidocq) ; — picard abequer, donner la béquée, nourrir.
ABouLER, apporter {Rat, 1790, p. i5 : aboiilez une rouillarde), et venir (Yidocq) ; — dial. (Berry, Poitou, Normandie) abouler, apporter vite, amener {s'abouler répond à s'amener, venir), d'où fr. pop. abouler, venir et payer non sans regret (Littré, Snppl.), provençal «6o«/«, donner, financer, s'exécuter ; Savoie abouler, apporter, donner promptement {faire abouler, le forcer à payer), s'abouler, venir, arriver. Un autre sens argotique de abouler, accoucher (Fr.-Michel), dérive de la même source : Berry aboulée, accouchée (pour éboulée, affaissée : « Quand une femme est accouchée, on ne dit pas qu'elle est aboulée, mais que le pignon est aboulé, c.-à-d. éboulé, figure analogue à celle que présente l'expression bâtir sur le devant, d'une personne qui prend du ventre », Jaubert).
2i4 l'argot ancien
AFFUTER, tromper {Jargon, i836), repondant au fr. pop. affûté, rusé (d'Hautel).
ARCASSiEN, celui qui écrit une lettre de Jérusalem (c'est-à-dire de prison) pour escroquer de l'argent (Vidocq) ; — picard arcassier, trompeur, malin, tracassier, terme apparenté au berrichon arcaler, tromper (arca/eiw?, trompeur), et arcander, trimer misérablement, travailler sans profit, d'où arcandier, petit commerçant ambulant, vagabond, vau7 rien, répondant au H. -Maine arcanier, mauvais garnement, et arquanier, arquelier, débauché, libertin (cf. ci-dessus arcaler) ; normand arqueler, marchander à l'excès ^
ARQLEMiNE, maiu (« tcrmc des voleurs flamands », Vidocq, qui transcrii arguemine), propr. main crochue, composé analogue à arquepince, recors (Mayenne : reprise grossière faite à l'aiguille), arquepincer, saisir vivement {Id.) : mine est la forme dialectale et enfantine (cf. mininé) pour main.
ASTic, épée (Jargon, 1728), tiré du normand
I. Le point de départ de ce groupe lexique paraît être arc, voùle ou arcade, et la notion primordiale est encore transparente dans les dérivés provençaux : arcadié, marchand des halles, étalagiste qui suit les marchés ou les foires, et arcandié, brocanteur, contrebandier. Quand à arcavot, mensonge (« dans le jargon des marchands juifs », Rigaud), prov. arcavot, galant, libertin, (cf. anc. fr. arquabot, coquin, i/»Gi, Ducange, du provençal), il appartient à luie autre origine (v. Mistral).
FONDS INDIGENE 310
astiquer, piquer (anc, fr. estiquer, ici. ; provençal estico, épée).
AVALOiRE, gosier (Vidocq) ; — picard avaloire, id.
BEULLE, couverture (kl.) ; — Mayenne berluchc, grosse étoffe, bure.
BiBLOT, outil d'artisan (Yidocq) ; — Mayenne bibelot, outil nécessaire à un ouvrier.
. BIGLER, voir (Chauffeurs, 1800) ; — Genève
^ bicler, loucher.
BiDOGHE, bourse (Fr. -Michel) ; — Mayenne ô/doche, id. (à côté de bidouille, poche : cf. besouille, ceinture, Vidocq).
BOGSON, boxon, bordel (Vidocq, p. xix) ; — normand boxon, cabaret, lieu de débauche (Moisy), de l'anglais populaire boxon, cabinet particulier de taverne (= boîte; v. p. 84). Le synonyme normand bousin, cabaret borgne (pénétré aussi en français), dérive de l'argot anglais bowsing, id., qu'on trouve déjà dans le cant du xvi'' siècle.
BRENiGLE, ricu, iiou (Jcirgon, 1728) ; — dial. Vy brenicle, id. (français : bernique).
CABE, cabot, chien (Vidocq) ; — Yonne cabot,
/ chien de petite taille (Lyon : méchant petit chien) ;
en français, cabot, variété de chien (Littré, SuppL).
GACHEMiTTE, cachot {Jarcjou, 1728) ; — Mayenne cacheniute, cachette, cachotterie {se cacheniutter , se cacher).
2i6 l'argot ancien
CAFARDE, tasse {Jargon, i836) ; — Genève cajfe, casserole.
CAMBRioLLE, chambrc {Rat, 1790, p. i5 : pris dans la camhrioUe ; Vidocq), et cambriolleur, voleur de chambre {ïd.) ; — picard camhrioUe, petite chambre {cambre, chambre).
CARNE, viande gâtée (Vidocq) ; — Berry carne, mauvaise viande (picard : charogne).
DAVÔNE, prune {Jargon, i836 ; Halbert : daronne!)', — normand d'Eure (prune) d'avouène, picard (St.-Pol) dagoine, id. ; anc. fr. davoisne, prune jaune, et davesne ou prune d'Avesne, id. (cf. Roniania, XXX, ^02).
DÈciiE, dépense, déficit (Vidocq), perte, misère (Halberl) ; — poitevin dèche, défaut de conformation (« mon bœuf a une dèche à la jambe ») et mauvaise fortune (provençal decho, tare, défectuosité, vice de conformation) ; le mot français tare a subi une évolution inverse : déchet, perte, imperfection physique.
DÉMARGER. s'cu allcr (Fr.-Michcl) ; — Mayenne démarger, id. (provençal demarga, id.).
ESCANNER, fuir (Larclicy, Suppl.), et à Vescanne ! fuyons I (Chauffeurs, 1800), propr. lever le pied, rapproché du lyonnais canne, jambe.
FiGNARD, derrière {Jargon, i836 ; Vidocq : pignard) ; auj. figne (Richepin) ; — Bcvr\ fi g nai^d, id. {anc. fr. fig non).
FO>DS INDIGENE 21 7
FiQUER, plonger (u ne s'entend que de cette manière : plonger un couteau dans le cœur », Vidocq) ; — picard fiquer, ficher, enfoncer.
FLANCHER, jouer franchement (Vidocq), et flanche, le jeu de la roulette et du trente-et-un {Id.) ; — cf. fr. pop. à la Jlanqaette, franchement (d'Hautel).
FouAiLLER, craiiidrc, manquer de résolution au moment de l'exécution d'un crime (Vidocq) ; — Yonne foLialller, faiblir, être sans force, propr. étriller.
FRIME, visage, d'où frimer, envisager (Vidocq), ei frimousser, tricher au jeu (Id.), propr. envisager; — dial. frime, mine (anc. fr., xvi° siècle), {/ fr. pop. frimousse, visage.
GAME, rage {Jargon, i836 : habin engamé, chien enragé) ; — Vendée game, accès de rage (Poitou engamer, crier, enrager), Mayenne game, colère bruyante (normand : écume qui vient à la gueule d'un animal et forte remontrance, soufflet).
GAVÉ, gamolé, ivre (Vidocq), répond au Bas- Maine gavion, ivresse, gavionner, se griser (propr. se gorger, se gaver).
GAULÉ, cidre (Vidocq) ; — normand gaullay (Dav. Ferrand), boisson faite avec les pommes abattues par la gaule (de gauller, abattre les fruits avec la ^aule).
GOLGNOTTE, tribadc (Fr. -Michel) ; — Berry
2i8 l'argot a>cien
gougne, prostituée (Genève gogne, crapule, pri mitivement truie).
GOUPiNER, voler (Vidocq), à côté de gouspin, jeune apprenti voleur, voyou (Id.) ; — Mayenne gouspinev, grappiller, vagabonder, gouspin. petit berger, galopin (Champagne goiipev, duper) ; dans le langage populaire parisien, gouspin, polisson, est déjà attesté en 1649 (Nisard, Parisianismes, p. 125). Le provençal a gouspilha et goupilha, griveler, dérober secrètement, friponner.
HAPPiN, chien {Jargon, 1728), à côté de habin {Vie, 1596 ; Jargon, 1628), tiré du dial., Charente! nf.. happer, aboyer; cf. mourmé nabin, chien (= un habin), et argot breton de Vannes abin, id., termes empruntés à l'argot.
JALO, chaudronnier {Jargon, i836), rapproché du Bas-Maine jalot, cuvier (jale, grand pot de terre) .
jASPi>ER, bavarder {Jargon, 1728), à côté de jaspin, oui {Ibid., 1628), auj. bavardage (Richepin); — picard, normand, berrichon et poitevin Jaspiner, bavarder, propr. japper (cf. Jaspinemenf, aboiement, Vidocq).
LicHER, boire (Fr.-Michel) ; — normanno-picard licher, boire en se délectant (Berry, licher, lécher).
MARGOULIN, marchand peu aisé (Fr.-Michel) ; — normand m«r^OM///î, petit marchand forain (Lyon : colporteur; provençal : ouvrier jeune et petit
FONDS INDIGENE 219
charretier), d'où Mayenne margoiiliner, aller vendre de bourg en bourg (de l'anc. fr. margouler, rouler dans la boue).
MENESSE, prostituée, maîtresse (Halbert, iS/Jq); — poitevin menesse, femme ou fille peu riche qui affecte des airs de grandeur ridicule, d'un primitif irûiie, chatte (provençal meno, id.), répondant au Bas-Maine miiiine, fille fainéante et dévergondée.
MELLARD, vcau (\ idocq), tiré du H. -Maine meiiler, meugler.
MILLE, fille (Bouchet, III, i3o : une garce, c'est une înille) et femme {Vie, 1096), à côté de înillards, mendiants qui portaient des bissacs sur le dos {Jargon, 1628), millogère, chambrière {Vie, 1596), milloget, valet {Ibid.), et millerie, loterie {Jargon, i836), propr. mendicité ; — cf. normand (Mortain) et Mayenne millaud, mendiant, vagabond, et millaiider, vagabonder, dérivant de millev (à Châlons), crier d'une manière perçante, d'où mendier : mille signifie primitivement gueuse. Le terme argotique a passé dans les parlers spéciaux : bellau mille, femme, et mourmé millie, pauvre, indigent {milliache, misérable), à côté de mellie, enfant, garçon {milliacho, petit) ; l'argot breton de Yannes a milhen, fille *.
I. Voir rtevue celtique, vol. XXVI, p. 90, où M, Eruault rapproche le poitevin ineille, pis de vache, et grosse et vilaine femme.
MiTTES, cachot (Chauffeurs, 1800 : mettre aux mittes), à côté du mod. mitard, mite, mitre (ce dernier dans Vidocq) ; — fr. dial. mite, boue, vase (et fr. mitte, vapeur qu'exhalent les fosses d'aisance) : le terme argotique signifie proprement creux d'eau, fosse (cf. Yonne mitoue, mare, ci^ terne rustique), et répond ainsi au synonyme ancien mathe{\. ce mot).
MORGA>ER, mordre (Yidocq). d'où morgane, sel (Id), propr. ce qu'on grignote, rapproché du lorrain mouargola, mordiller, grignoter.
MORNAS, bouche {Jargon, 1628), propr. museau, d'un primitif morne, id. (conserve par le patois créole des Antilles au sens de monticule), d'où. Champagne mornicaut, museau ; le bellau murgna, nez, est emprunté à l'argot.
MORNE, mouton, brebis {Jargon, 1628), tiré du poitevin mourner, mugir (la forme marmier, berger, Yidocq, est, peut-être, une fausse leçon, au lieu de mornier).
PAUTRE, grabat {Jargon, 1728 : pôtre) ; — champenois paiitre, lit, paillasse {se pautrer, se coucher) ; cf. fourb. poltro, lit, Yal Soanapatt/ro, id.
PIF, nez (Yidocq) ; — normand pif, grand et gros nez (identique avec l'anc. fr. pifre, fifre), x/ terme passé dans le langage populaire (savoyard pifard, homme qui a un gros nez).
PIGER, prendre sur le fait {L'Intérieur des prisons ^
FO>DS INDIGENE 221
1846) ; — Berry, Yonne piger, prendre en faute.
piNiCLE, parties naturelles (Chauffeurs, 1800, d'où espenicler, châtrer); — Bresse, etc., pine, membre viril.
PIRE, fressure {Jargon, 1660) ; — poitevin, aunisien pire, estomac, foie.
POGNE, main {Jargon, i836), auj. force; — normand poigne, main (cf. fr. empoigner) ; dans Oranval, pogne a le sens de « voleur », répondant au synonyme moderne main, voleur qui fouille les poches (Delesalle).
POQUE, main (Chauffeurs, 1800) ; — Mayenne poqae, id.
poucHON, bourse {Jargon, 1728); — Mayenne poachon, poche, sac.
POUSSIER, poudre {Jargon, i836), et argent monnayé (Vidocq), répondant au synonyme poudre, argent (cf. cant dust, argent, propr. poussière) ; — Berry, etc., poussier, poussière.
RECORDER, prévenir quelqu'un de ce qui doit lui arriver (Vidocq) et iuev {Jargon, i836) ; — dial. et anc. fr. recorder, rappeler, instruire quelqu'un.
RENAUDER, bisqucr (Vidocq) ; — dial. et anc. fr. renauder, murmurer ; Mayenne arnauder, se fâcher, chercher querelle.
ROANT, porc (Vidocq) ; — haut-breton (lUe-et- Vilaine) rohani, id., propr. grognon.
ROUPILLER, dormir {Jargon, 1628); — picard
roupiller, ronfler en dormant ; le fr. roupiller, sommeiller (xvin* siècle), est également d'origine dialectale.
SABREXAUT, savctier (Jargon, 1628; 1700: sabrenolt, 1728 : scihrenot), et salblenaut, id. {Jargon, 1G90; Yidocq) ; — dial. et fr. sabrenaud, id. (à côté de l'anc. fr. sallebrenaud, fat, Rabelais, V, 18, propr. savetier).
TRIMBALLER, conduirc, transporter (Vidocq) ; — poitevin trimbaler, porter un fardeau sur les épaules et traîner à sa suite.
VERVER, pleurer, crier (Jargon, 1690); — normand verver, gronder.
B. — Avec changement de sens.
ACRE î gare! méfiance (llalbert). et crèsl vite! (Jargon, i836), à côté de acres, méfiance (Delesalle), et de cresto ! attention ! (Bruand) ; — picard (St.-Pol) acre ! sacré ! crestil sacristi ! Lille acre l cré l cris ta jurons par aphérèse de sacré! sacristi ^sapristi) !
ARNAGHE, trompcrie (Yidocq), tiré d'une forme dialectale arnacher pour renacher, gronder (Jargon, 1 836), parallèle à re/mMdiT, id. (v. ci-dessus) : la tromperie est conçue comme une criaillerie.
ARNAQUE, agent de sûreté (llalbert), tiré de re~ naqùer, forme dial. et anc. fr. à côté de renâcler.
crier après quelqu'un (Jar^o/i, 1728) : en français, renifler.
ATTRiQUER, acheter des effets volés (Viclocq), rapproclié du dialectal (Mayenne) attriquev, jeter une trique dans un arbre pour abattre les fruits.
BAGOL, bague, nom propre {Rat, 1790, p. i/j : Quel bagou aurait eu pris ? Yidocq ; Jargon, i836 : bagouler, nommer), propr. bavardage, sens de ^y^ bagou (tiré de l'anc. fr. bagouler, bavarder), terme à la fois patois et populaire très répandu.
BiGE, ignorant, et bigeois, imbécile {Jargon, i836), rapproché du berrichon biget, chevreau.
BOCCARD, bordel (Yidocq), propr. bouc (cf. wallon, lorrain, etc. boc, et Yonne boucard, id.), type de la lascivité.
BOMQUE, vieux ((( terme des voleurs normands », Yidocq), à côté de bonique, bonne femme, maîtresse (Chauffeurs, 1800). bonicard, bonhomme, maître de maison {Ibid.)\ — cf. Anjou bonique, vieille, et bonicard, vieux (appellations euphémiques).
BOULOTER, assister (Yidocq) : — cf. Mayenne boulofer, amasser, économiser (Pas-de-Calais : être en bonne santé).
BRiNGEANTS, clicveux {Jurgou, i836. et brin- (jcanle. perruque), propr. semblables à des brins ou liges des plantes (Mayenne bringe, brin, tige).
BROQLE, double liard {Jargon, 1628, p. f\i : il
22i4 l'argot ancien
n'y a ny rond, ny lierplus, ny broqiie en ma felouse), auj. centime (Rigaud), propr. pointe (picard hroque, broche, broquette, dé) ou aiguillon, c'est-à-dire âpre au toucher (cf. ci-dessus herplus, sou, et le synonyme moderne rèche, id., broche, petite valeur commerciale) ; le valsoanin bore, sou, vient de l'argot.
BROQuiLLE, bague (./rt/'r/o/j, 1 836), propr. épingle, d'oii broquilleur ou cjrinchisseiir à la broquille, voleurde bijoux (v. Yidocq, I, 218-220).
BUQUER, voler dans une boutique en demandant de la monnaie (Yidocq), propr. frapper, heurter (picard baqiier), c'est-à-dire faire un coup.
CADiCHON, montre (Vidocq), rapproché du berrichon cadichon, cadet : la montre est assimilée à une fdlette.
GAGNE, cheval (Vidocq), propr. rosse (normand d'Yères cagne, id., primitivement chienne, en fr., mauvais chien), à côté de cagne, gendarme (Fr.- Micliel). même image que le synonyme moderne cabot ferré, c'est-à-dire chien ferré (cf. fourb. bracco, sbire, propr. chien braque, et germ. mastin, officier de justice, propr. mâtin).
CALOT, dé à coudre, et, au pluriel, coquilles de noix (Yidocq) ; — Poitou calot, coquille de noix.
CARGE, balle {Jargon, i836), propr. charge.
CASCARET, écu dc trois francs (Yidocq), propr.
FONDS INDIGENE 2 20[
misérable (dans le langage populaire et dialectal :, picard cascaret, homme ou animal de chétive taille) ; bas-gâtinais cascaret, fou, toqué : le sens argotique paraît avoir été influencé par casquer, payer (v. p. 149).
CHAHUTER, faire tapage pour s'amuser (Vidocq) ; -;— Vendôme chahuter, crier comme un chat-huant (français populaire : danser en imitant le cri du chat-huant et faire du vacarme, d'où chahut, tapage et sorte de cancan).
cHAUMui, perdre (Vidocq), rapproché du Bas- Maine chaumir, briser, pâlir, flageoler {chaumi, pris de boisson).
GHiPETTE, tribade (/d.), diminutif de chipe, anc. fr. et dial. chiffon, répondant aux synonymes modernes chiffonnée, guenippe, torchon.
CHOLETTE, dcmilitrc (Id.), rapproché du picard cholette, balle de bois.
CONGE {de cas tus), celui qui porte les saletés de l'hôpital à la rivière {Jargon, 1G28) ; — cf. Genève conche, bassin de fontaine (Lyon : pierre creusée sous l'évier pour évacuer les eaux).
coQLER, dénoncer (Vidocq) ; — lyonnais coquer, baiser, par allusion à l'action de Judas Iscariote (v. judacer).
CROssEii, sonner {Dictionnaire de 1829), propr. glousser, sens dialectal du mot (cf. poitevin croasser, glousser et blaisois crosser, râler) ; de la,
L Argol ancien. j^^
crosse, heure. Dans le vocabulaire des Chaufleurs (1800), crosse r a le sens de u jaser n.
BARON, maître, père {Jargon, 1728; Chauffeurs, 1800), daronne, mère (Ibid.), rapproché du Bas- Maine darin, ventru, anc. fr. et normand daru, id., de dare, gros ventre, bedaine ; dans Le Roux, daron a le sens de » vieillard fin et rusé » (cf. dariolet, entremetteur, dans Régnier) ; le lillois daron, maître de la maison, mari, est emprunté à l'argot. C'est ainsi que, dans le jargon de Yal Soana, dtirhi, vieux, père (diirhki, vieille, mère), signifie propr. ventru (du provençal durbo, bedaine).
DÉFOURAiLLER, s'cnfuir, s'évadcr (Yidocq), et être enfouraillé, être arrêté {Id. , XXVI) ; — Mayenne défourailler, tirer peu à peu d'une cachette.
DÉMURGER, s'cu aller {Jargon, 1728), auj. sortir de prison (Rigaud), propr. franchir un obstacle (Berry murgée, tas de pierres dans les vignes), Mayenne demeurger, faire sortir d'un lieu, forcer à remuer.
ESTOC ^ esprit, finesse, malice (Vidocq) ; — lyonnais et genevois estoc, esprit, capacité, propr. souche (sens du mot en anc. fr.) ; cf. Oudin, i6/13 : (( de son estoc, de son propre, de soy mesme »
I. La variante estio, qu'on lit dans la dernière édition du Jargon, i83G, représente la prononciation esto(c).
(auj., dans la Mayenne, faire quelque chose de son estoc, de son initiative).
FiLOCHE, bourse (Yidocq), propr. filet, sens du bressan /f/oc/ie (provençal JZ/ocAo, filet de soie).
FRIPOUILLE, misérable (Yidocq), propr. fripe, guenille ; cf. Champagne frapouille, guenille, et frapouillat, gueux ; normand fripouille^ canaille ^y (terme également passé dans la langue populaire).
GALiNE, jeune pédéraste (« terme de bagne », Vidocq), propr. truie, sens du morvandeau ^a/t/îe (v. ci-dessus gougnotié).
GAMBiLLER, dauscr (Yidocq) ; — picard gambil- 1er, jouer des jambes (en fr., agiter les jambes pendantes), danser, analogue à gigoter.
GARGUE, bouche (Yidocq), et gargoine, bouche sale (M.), propr. gosier, gorge, sens du picard gargouenne ; à côté de gourgane, gosier (Chauffeurs, 1800), forme également dialectale.
GODELAY, cidre (Chauffeurs, 1800) ; — cf. Pas-de- Calais godale, mauvaise bière (ailleurs : boisson).
GOSSELiN, veau mort-né (Yidocq), et enfant qui vient de naître {Id.) ; — fr. pop. gosse, garçon, terme d'origine dialectale.
GOUALER, chanter {Id.) ; — genevois goualer, a^B!)^
crier d'une voix aigre, forme parallèle 'dgouailler, 0 . \ grogner (cf. les synonymes coiialer et couailter) ; ( ^/^ Mayenne oiialer, chanter à tue-tête.
GRiNCHE, voleur adroit (Chauffeurs, 1800), et
•ri 8 L.VRCOT ANCIEN
grincher, voler (Ibid.), à côté de grinchisseur, voleur (Vidoeq), et de grinchiv, voler (/d.), propr. griffer ou accrocher ; — picard agrincher, accrocher (provençal grincher, petit crochet, et griucho, voleur, ce dernier pris à rargot) : de la même origine : grinche, amoureux (Cliauiîeurs, 1800. et grincher, aimer), propr. crampon : le mourmé grinche, garde, surveillant, répond, sous le rapport du sens, à l'argot gaffe (v. ce mol).
GUEXETTE, pcur {Jctrgon, i836), propr. foire, sens du dialectal, Vienne, (7«è^îe (cf. chiasse, peur).
jACTEii. parler (Fr. -Michel), c'est-à-dire jaquefer, anc. fr.. jacasser, du nom dialectal du geai, Jacques ou Jacquet, d'où également rejaquer, crier (/d,), propr. crier comme le geai.
LARBi>, mendiant (sens donné par le glossaire des Mémoires d'un forçat de 1858) et domestique (Vidoeq) : c'est le même mot que habin, chien (v. ci-dessus), avec l'article agglutiné, latin (d'où larbin), comme le synonyme lubi/), domestique (Fr. -Michel), pour l'hubin. aulre noiTi argotique du chien (v. p. ii5).
MARAiLLE. pcuplc (Jurgon, 1628, p. 19 : Que de beaux, la maraille enterve, c'est prenez garde, on entend ce que vous dites), forme parallèle à maraudaille, tas de gueux.
MARLOL . malin (Vidoeq, d'où marlouserie. malice) et souteneur (Fr.-Michel) : — normand de
Bessin marloii, malin (Berry : maquereau, Lorraine : souteneur), propr. matou (clans la Haute- Marne), type à la fois du rusé et du rôdeur nocturne.
MARONER, bisquer, se fâcher (Vidocq) ; — wallon maroner, miauler en grondant (d'où également fr. maronner, gronder).
MiRETTE, œil (Yidocq), tiré du Acrbe dialectal mirer, regarder (d'où également fr. mire, visée).
MisTiCK, voleur étranger (glossaire des Mémoires dan forçat, 1838), à côté de mistringue, id. {Rai, 1790, p. 17 : les mistringues aboulent), rapprochés du normand mis tin, mistringue (Caen), chat, type de voleur {ci. faire miau, voler, locution fréquente dans \di Mase Normande de David Ferrand).
NÈPE, espèce de voleur (Yidocq, I, 383), rapproché du morvandeau nièpe, guêpe, et nipien, vaurien (cf. anc. fr. niepesseries, grimaces, dans Tallemant des Réaux : v. la citation dans Fr. -Michel).
PANOUFLE, perruque (Vidocq), rapproché du berrichon p«//owyZ^. fourrure qui retombe sur le devant d'un sabot (anc. fr. /xmi(/7e, guenille).
PÉGOCE pou (Fr. -Michel) ; — \onnepégosse,id., propr. qui pique (Poitou pi^oce/', piquer), répondant au synonyme picanti (v. p. 77).
PELOUET loup {Jargon. i836), propr. le petit pelou ou bête fourrée (H. -Maine pe/oM, pelu, velu).
23o l'argot ancien
PIGE, année (Yidocq), tiré du berrichon pige, mesure de longueur, et répondant au synonyme argotique longue ; cf. argot roumain cot, année (= aune).
PINGRE, pauvre (Jrt/'(70/*, i836), malheureux, misérable (Yidocq), voleur (Fr. -Michel) ; — dial. pingre, pauvre (provençal : piètre, mesquin), d'oiî également fr. pop. pingre, usurier, avare.
PLACARDE, place publique (Yidocq), propr. rue boueuse ; — berrichon placard, petite mare (plaque, flaque).
RAPiAT, Auvergnat, Savoyard (Yidocq), propr. crasseux ; — suisse rapial, galeux (aux pieds des chevaux) ; cf. rapioter, visiter les condamnés en route pour le bagne {Rat, 1790, p. 17 : on me rapiote ; Yidocq) ; le fr. pop. rapiat, grippe-sou (Littré, SuppL), et le normand rapiat, vagabond, dérivent de la même source.
REBOuisER, regarder (Yidocq) ; — fr. pop. rehouiser, id. (v. Fr. -Michel), propr. donner le bouis ou faire reluire quelque chose (sens vulgaire du verbe français), répondant h reluit, œil.
sixvE, sinvre, niais (Yidocq, Mémoires, lY, 822 : boivent aux dépens de sinve, c'est le nom qu'ils donnent à la dupe) ; — Yosges sinvre, sinve, sénevé sauvage, moutarde sauvage (normanno-picard sinfe, id.) ; cf. pour le sens, l'anc. fr. amoustarder , •tromper, duper. Le sens du mot argotique est
FONDS INDIGÈNE ^Sl
niais simulé (cf. L'Intérieur des prisons, i846 : sinfe, volé qui tient le voleur) pour mieux attraper les autres, répondant à peu près à l'ancien saupiquet, subtil (v. ce mot).
suBRER, attraper (Vie, 1096, p. 21 : de l'autre costé Ton subre, c'est-à-dire attrape), rapproché du poitevin soubrer, manger avidement, tirailler, tracasser {MsLjenne subrer, têter avidement).
TIQUER, voler à la carre (Yidocq) ; — champenois tiquer, frapper : le sens argotique répond exactement au synonyme buquer (v. ci-dessus). . TRÈPE, affluence de peuple (« terme des saltimbanques et des voleurs parisiens », Yidocq), propr. troupeau (sens du mot en savoyard).
VANNE, peur (Chauffeurs, 1800), propr. vesse ; — berrichon vêne (anc. fr. vesne, id.), d'où vanner, s'enfuir (Fr. -Mie bel).