‹ L'argot ancien, 1455-1850, ses éléments constitutifs, ses rapports avec les langues secretes de l'Europe méridionale et l'argot moderne. Avec un appendice sur l'argot jugéChapitre 47 sur 81 · III. — Patois Provençaux · texte numérisé non relu

III. — Patois Provençaux

Un passage du Jargon nous explique la provenance des mots provençaux dans l'argot (p. 21) : (( Les Estats généraux estoient tenus anciennement juxte la vergue de Fontenay le Comte, et à présent transtolez au Languedoc... »

Nous avons montré plus haut le rôle en quelque

s32 l'argot ancien

sorte international que la Provence a probablement joué entre les divers argots romans et dont certains termes communs font encore foi. Un autre stock de termes de la même origine, et parti- ■culiers à l'argot seul, remonte au xv*-xvi* siècle, tandis que la grande majorité de ces emprunts appartient à l'époque moderne.

Voici tout d'abord la série des emprunts anciens dont quelques-uns ont subi un changement de sens propre à l'argot ^ :

AMADOU, sorte de drogue {Jargon, 1628 : de •Vamadouë, c'est de quoy les Argotiers se frottent pour faire devenir jaunes et paroistre malades ; Ibid., p. 10 : de V amadoue de plusieurs sortes, -l'une avec de l'herbe qu'on nomme Esclaire 2,... j l'autre avec du coulant et du sang), d'où amadouer, frotter avec de l'amadoue {Ibid., p. 27 : Les sahouleux s'amadouent avec du sang et prennent du savon blanc dans la bouche, ce qui les fait

1. Notre source est ici le Trésor du félihrige de Fr. Mistral (1879- 1886).

2. Vherheà l'éclairé, c'est la grande chélidoine. Les mendiants se servaient également des feuilles fraîches de la clématite des haies ou herbe des gueux, pour se faire venir des ulcérations aux bras ou aux jambes, et par là exciter la commisération. Ces ulcères, superficiels et larges à volonté, se guérissaient facilement en les couvrant avec des feuilles de poirée. Les gueux, prétendus estropiés et infirmes, une fois rentrés dans leur quartier, dans la Cour des Miracles, y redevenaient sains et saufs comme par enchantement.

escumer) ; — amadou, aimant, épithètc appliquée par les argotiers à une substance spongieuse, laquelle, tout en leur donnant Tair malade, faisait apitoyer les personnes charitables : Vanmdouë, c'est l'amoureuse des voleurs, la drogue qui les rend sympathiques aux autres, et amadouer, oindre avec cette drogue, a fini par signi-J^ fier « se marier » {Jargon, i836), répondant au synonyme moderne collage, ou mariage à la colle, qui se dit d'une liaison illégitime.

AUZARD, âne {Vie, iSgô) ; — asard, gros âne {ase, âne).

CASTU, hôpital (Jargon, 1628 ; Yidocq : castus) et prison (Yidocq : castux) ; — caslèu, château, forteresse : « Le prisonnier, en argot, est un malade et la détention une maladie ; il devait donc arriver que l'hôpital et la prison fussent désignés par les mêmes expressions » (Bruant s. v. hôpital) ; le terme argotique a pénétré dans le patois de la Mayenne : castu {castor in, castoiiille) , chambre de sûreté, violon.

cosNY*, mort (Fie, lïjgô ; Vidocq : conî), eicosne, la mort {Jargon, 1628 ; i836 : cône), à côté de {y conir, assassiner (Chauffeurs, 1800) ; — cauno, terrier où les animaux se retirent, et cauni, tré-

I. De là, semble-t-il, de'conir, arracher (Chauffeurs, 1800), propr. arracher à la mort. David Ferrand (v, le glossaire de l'édition Héron) a tiré de cône, mort, la locution envoyer à Cône, faire mourir.

passé, c'est-à-dire retiré dans un terrier. Le terme argotique a pénétré dans les parlers spéciaux de la France : bellau coni, mourir ; mourmé coegne, mort, coegnt mourir, counio, la mort ; tcrratsu couna, la mort (et counii, médecin !).

DROGUER, mendier {Jargon, 1728), et drogue, mendicité {Ibid., 1628, p. 49 • As-tu jamais esté en drogue en ce pasquelin de Berry ?), endroguer, chercher à faire fortune (Ibid.), à côté de droguerie (Villon, 102 : Rassurez vos en droguerie), mod. demande (Vidocq) ; — drouga, frauder, trimer, courir, muser ; cf. Mayenne endroguer, emporter ((( l'gyabe m'endrogue ! » juron).

FARANDEL, Camarade (Jargon, 1728), à côté de f anandel, id. {Ibid., 1628; 1^00: fanande, ce dernier encore dans Richepin) ; — farandel, écervelé, jeune fou ; cf. Reims rifandel, complice (Tarbé, II, 228).

FAROT, monsieur {Jargon, 1728), à côté de pharo, gouverneur d'une ville {Ibid., 1628) ; — farot, faraud, petit-maître, élégant, coquet.

GOussER, manger {Viel Testament, i46o : Quand nous goussames les harans ; Bouchet, III, i3i : gousser, c'est manger ; Vie, iSgô) ; — goussa, manger de grand appétit, propr. dévorer comme un chien (cf. gousso, appétit, litt. appétit de chienne), répondant aux synonymes argotiques modernes cléber, cléboter (de cleb, clebot, chien).

t^c terme argotique a pénétré dans l'argot breton de Vannes : gousse (housse), nourriture.

MOuscAiLLE, matière fécale {Jargon, 1628 : mous cailler, aller à la selle) ; — mouscalho, ordure, gadoue, propr. grande quantité de mouches.

PALLOT, paysun {Jargon, 1628); — pâlot, rustre.

PECHON, enfant et apprenti voleur {Vie, iBqô, p. 8 : Pechon, c'est quand on a la première balle et du premier voyage), et pechonnerie, apprentissage {Ibid., p. 5 : sortait de pechonnerie) ; — pechoun, petit, enfant.

RIPE, rippe, dame, demoiselle {Vie, lôgô : et franche ripe, reine), ripault, gentilhomme {Ibid., p. 6 : les ripaux, rippes et milles ; franc-ripault, roy), à côté de ripois, prince, et ripaudier, gouverneur {Ibid.) ; — cf. dauphinois ripo, femme méchante, Lyon ripa, vaurien, vagabond.

RUBi {de), éveillé {Vie, 1596, p. 4i '- Pechon de rubi, enfant éveillé ; p. 11 : Pechon de rubi, sur quoy voulez vous marcher ?), rapproché du provençal rubi, portefaix de la dernière classe.

suc, cou (Villon, 43 : Dont l'amboureux lui

rompt le suc) ; — suc, tête, occiput ; le terme,

employé également par Marot (Ballade XI :...

* l'abattit et lui cassa le suc), se retrouve dans le

patois champenois {suque, haut de la tête).

vERDOuzE, une pomme ou une poire {Jargon, 1628, et verdouzier, un jardin ou jardinier) ;

— verdoiiso, verte, verdoyante ; cf. argot vénitien verdoso, jardin.

Voici maintenant la série des emprunts modernes disposés suivant le critère sémantique déjà appliqué, à savoir :

A. — Avec le sens consei'vé.

AGANTER, attraper au vol, et enganter, voler (Vidocq, XVIII : j'engantais sa toquante) ; — aganta, enganta, empoigner, saisir.

AGOLT,eauàboire(Halbert), et/a^oii<(= Cagout), rapproché de aigo, eau.

ARGANEAU, auncau de fer de la chaîne qui joint les forçats suspects (Vidocq) ; — arganel, gros anneau de fer.

ARPiO-v, main {Jargon, 1628 : harpion) ou pied (Vidocq) ; — arpiowi, griffe, patte, doigt (Lyon, Poitou arpion, id.) ; cf. bellau arpiot, pied (du dialectal harpe, patte).

VRTOUPAN, garde-chiourme (Delvau) ; — artoiipan, terme injurieux (dans le Gard) ; Lyon artoupan, vaurien (forme amplifiée et de la même famille qviQartet, rusé, eiartignole, menteur, propr. artificieux).

, BACHASSES, galèrcs, travaux forcés (Rat, 1790, :p. i4 ' trois plombes de bâchasses ; Jargon, x836) ;

— bachasso, bac servant à franchir les torrents débordés.

BARGAYA, coutcau (ChaufFcurs, 1800) ; — bargo, couteau d'un brisoir de chanvre {barga, broyer le chanvre ou le lin).

BARROLx, bois, forêt (Ibid.) ; — barri, rempart, muraille [barro, montagne de forme allongée).

BÈGUE, avoine (Yidocq) : — bego, gesse, vesce.

CADÊNE, chaîne des forçats ; — cadeno, id. (déjà en anc. fr., chez Mcot et Oudin, auj. dans la Mayenne).

CAMBROUSE, chambrièrc. servante {Jargon. i6î>8; Chauffeurs, 1800: cambreline) ; eicambrou, domestique (Yidocq) ; — cambroiiso, femme de chambre, cambrons, valet de chambre : cf. havrais cambrouse, mauvaise servante (vient de l'argot).

civADE, avoine (Jargon, i836) ; — civado, id.

ESBiGNER (5'). se sauA cr (Fr. Michel) ; — s'esbigna, s'csbina, décamper, prendre la fuite (de bignOy bino, vigne), propr. franchir la vigne, image analogue à dénmrger{\. ce mot) ; de là, également, dans les patois : Bcrry, Picardie, Normandie s'esbl-. gner, s'ébigner, s'esquiver, s'en aller (Mayenne : se ^/ fatiguer, se faire du mauvais sang: en normand, esbigner, tuer) et dans le langage populaire : s'esbigner, s'exbîgner, s'échapper (v. Littré, Suppl.) ; cf. fourb. sbignare, svignare (u correre »).

ESBROUFFE, embarras (\ idocq) ; — esbrouf, id.

(d'où également picard et fr. mod. esbrouffe, id.).

ESGAPER, assassiner (Vidocq), propr. ôter la cape et par suite la tête qui la recouvre (v. le mot suivant).

ESCAPOUCHE, assassin (« terme des voleurs du midi )), Vidocq), escapoucher, assassiner (Id.) ; — escapoucho, chenapan, vaurien, scélérat, tiré de escapoacha, tuer, propr. ôter le capuce ou capuchon, même image que escofJîer{\. ci-dessous); cf. fourh. scapazzador, assassin.

ESGARPER, assassiner pour voler (Chauffeurs, 1800 ; Vidocq), d'où escarpe, assassin [Id. ; Chauffeurs, 1800 : escarpe, monde tué) ; — escarpi, écharper, déchirer.

ESGLOT, sabot (Vidocq) ; — esclot, id.

ESGOFFiER, tucr assassiucr (Chauffeurs, 1800 ; Vidocq), à côté de coffier, id. {Jargon, 1728) ; — escoujîa, tuer, dépouiller, voler (wallon, normand, picard, lorrain, berrichon escoffier, tuer), propr. ôter la coiffe et par suite la tête.

ESGANAGER, rirc {Jcirgon, 1728) ; — esganassa. rire à gorge déployée.

ESQUINTER, fracturcr, briser (Vidocq), el esquinte, abîme {Id.) ; — esquinta, déchirer, briser de fatigue, éreinter (sens du fr. esquinter, Berry : assommer, normanno-picard : tuer).

ESTOURBiR, tuer (Vidocq, XVI) ; — estourbi, étourdir, assommer, tuer (propr. troubler, comme

FONDS INDIGÈNE sSq

le synonyme argotique étourdir, tuer), Lyon estourher, tuer.

ESTRANGOuiLLER, étrangler (Yidocq) ; — estrangoalha, id. ; Lyon et Mayenne estrangouiller, id.

FLAQUE, sac (Jargon, 1728; Midocqijlacul), Jlaqaet, gousset (Fr. -Michel), à côté de enftaquer, faire arrêter (Yidocq, Mémoires), propr. ensacher et être enftaqiié, être condamné (Id.) ; — cf. ftaco, outre, gourde, poire à poudre.

FRALiN, frère (Vidocq) ; — fraie, id.

GOUSSE, fille publique (Rigaud) ; — goasso, id., propr. chienne.

GUIDON, jambe (Jargon, 1728), à côté de guibolle (Fr. -Michel) et de guibe (Yidocq) ; — guibolo, jambe, longue jambe ; cf. normand, Orne, guibolle, id. (ne se dit qu'en mauvaise part), Yonne, Poitou guibe, guibole, id.

JORNE, jour (Yidocq) ; — jorn, id.

LOFFE, imbécile (Fr. -Michel), et loffitude, sottise (Yidocq : coquer la loffitude, donner l'absolution ; V. luron) ; — lofi, nigaud, imbécile et vesse, bêtise ; Val Soana loffi (» cattivo), du provençal 1.

MAGNUCE, putain (Jargon, 1690 : ponisse ou

I . Le dérivé ultérieur loufoque, fou (Rigaud), dérive de la même source (v. p. 47). Le terme lofe, loffe, se rencontre également dans binelle lofe, banqueroute (Jargon, i836), propr. mauvaise faillite, et dans lazi-loffe, mal vénérien (Vidocq), probablement mal de St-Lazare (la prison des vénériennes est appelée en argot St-Laze).

2aO L ARGOT ANCIEN

magnuce), rapproché de magno, minauderie, ma- (jnac, gentil.

M.VNQLE {à la), à gauche (Yidocq), auj. mauvais, / laid {tronche à la manque, mauvaise mine) ; — fnanc, manco, gauche (bras, main).

MÈCHE, moitié {Jargon, i836 ; être de mèche, I être de moitié, partager, Yidocq) ; — mech, demi, moyen .

MiRADOu, miroir (Vidocq) ; — miradou^ belvé-, dère, vedette.

MOuzL, mamelle {Jargon, 1690 : moazu, teston ; 1700: mounzu), tiré de mouse, mounze, traire.

PAGNE, assistance que les voleurs reçoivent de leurs camarades lorsqu'ils sont prisonniers (Vidocq) ; — pagn, pain.

PALETTE, main (u terme usité parmi les voleurs italiens et provençaux », Vidocq) ; — paleto, main, petite fourche (terme de marine), propr petite pelle.

PALLAS {faire), faire le grand seigneur, de l'embarras avec peu de chose ((( terme des camelots et des saltimbanques », Vidocq), rapproché de faire palalan, faire montre ou parade de quelque chose (de là, dans 0\ià\n, faire le palalan, faire le grand) ; cf. germ. hacer pala (u ponerse un ladron delante de uno a quien se quiere robar ])ara ocuparlc la vista»), et argot milanais/a /)«/« ((( far comparsa o parata ») ; dans l'argot mo-

derne ^,pallas, c'est le forain chargé de Fannonce dans les parades (d'où /aire le pallas, faire le boniment).

PANTRE, pante, homme simple, facile à tromper, paysan (Yidocq) ; — panto, peintre, rustre, pataud (Poitou peintre, avare).

PANTURNE, catin {Jeirgon, i836) ; — pantarlo, id.

PÈGRE, voleur (Vidocq : d'où pègrenne, faim) ; - — pego, larron des quais, voleur des marchandises à Marseille, propr. poix (cf. béarnais qu'ha pegiie eiux eioigtz, il a de la poix aux doigts, c'est-à-dire il est enclin au vol), évolution de sens analogue à poisse, poisseird (v. ce mot) ; dans le patois champenois, pègre signifie espiègle, polisson (= voleur, terme emprunté à l'argot).

PESsiGUER, tirailler (Larchey, SuppL), et pessigner, arracher, prendre avec violence (Yidocq, XY), à côté de peseiller, id. (ïei.) ; — pessigei, pessigna, pincer, attraper, escroquer, prendre ; cf. fourb. pizziceire, id. (= pincer).

PEzouiLLE, paysan (Chauffeurs 1800), rapproché de pesoulh, pou (cf. gueneiux, p. 174).

PEZOUL, pois vert (Ibid.) ; — pesou, petit pois.

picoRAGE, butin provenant d'un vol de grand chemin (« terme des voleurs du midi de la France», Yidocq), à côté de pécore ar, voleur de

I. L'homonyme moderne pains, beau (Richepin), est le provençal pa/as, très pâle.

L'Argot ancien. ao

grande route (/d.) ; — picoura, picorer, aller à la picorée (en fr., picorée, dès le xvi" siècle) .

ROBiGNOLLE, petite boule de liège (Vidocq) dont se servent certains voleurs pour faire des dupes (d'où robignol, très amusant, et roubignoleur, floueur, malin, Rigaud), et testicules (Delesalle) ; — roubignoU, les testicules.

ROUSTIR, tromper (Yidocq), à côté de roustl, ruiné (« c'est-à-dire rôti, variante de cuit, Jlambé, fricassé, famé », Rigaud), roustissear, parasite éhonté (Larchey, SuppL), et roustissure, volerie (Ici.) ; — rousti, rôtir, griller, mettre un joueur à sac, décaver, duper escroquer, voler ; cf. calao rustir (« corner »), et Mayenne ça sent le rousti, ça sent le brûlé, et perdre ses ressources.

SABLER, assommer les voyageurs avec une peau d'anguille remplie de sable (u ce terme n'est employé que par les assassins du midi de la France », Yidocq) ; — sabla, assassiner quelqu'un en le frappant avec un sachet de sable.

SAPIN, soldat (Yidocq) ; — sapin, id. (v. p. 28).

SERPE, couteau (u terme des roulottiers du midi de la France », Yidocq) ; — serpo, serpe.

SOUQUER, rudoyer, battre (Fr. -Michel) ; — souca, heurter, frapper.

TAFFE, peur (Yidocq) ; — tafo, id. {tifotafo, tiftaf, tic-tac, palpitation; Oudin, i6/i3 : le cul luy fait tif-taf, il a grand'peur) ; cf. argot milanais

tajf, derrière, et argot breton de Vannes daf, peur (ce dernier, tiré de l'argot).

TAULE, maison (Vidoeq) ; — taale, compartiment d'une saline (dans les patois du Nord, taule signifie u table ))). De là : entôler, entrer dans une maison avec le dessein d'y voler (M.), et entôleiise, terme passé dans la langue courante.

TRUC, une des diverses manières de voler, profession d'un voleur (Vidoeq), d'où truquer, tromper, ruser, et truqueur, habile, malin, (Rigaud) ; — truc, heurt, choc, coup, habitude, secret, facilité de faire {avé lou truc, avoir l'art ; counèis bon truc, il connaît la manière de s'en servir) ; cf. fourb. trucco, bâton et excuse pour attraper de l'argent. Le terme est familier aux patois : berrichon, truc, habileté de faire, adresse ; picard donner le truc, ne rien donner, savoir le truc, savoir comment il faut s'y prendre, avoir le truc, être habile, ingénieux, fin, adroit; normand truc, finesse, fraude. Le fourbesque a, en outre, truccante, mendiant, voleur, truccare, mendier, voler.

TURNE, maison (Chauffeurs, 1800), et enturner, entrer dans une maison {Ibld.) ; — turno, taverne (v. p. iSg) ; de là, normand turne (tune), masure, St.-Pol turne, taudis, Champagne (Clairvaux) turne, maison sale, Mayenne teurne, et français populaire turne, échoppe, cabane.

B. — Avec changement de sens.

ABADis, foule, multitude, rassemblement (Vidocq), propr. abbaye (provençal abadié), répondant au fourbesque badkdita, lieu où beaucoup de personnes s'assemblent.

BiGARD, trou {Jargon, i836, et bigarder, percer), rapproché de bigord, fosse au fond d'une cave. , BLASÉ, enflé (\ idocq), rapproché de blasi, blesl, rneurtri.

BLAviN, mouchoir de poche {Rat, 1790, p. 10 : douze blavins ; Chauffeurs, 1800: blave, blavin ; Yidocq) ; -:- blaven, bleuâtre ; cf. argot bleu, manteau (Yidocq).

BOUCANADE, corruptiou {Id.); — boucanado, gronderie, c'est-à-dire causerie bruyante pour corrompre (v. ci-dessus arnache).

BOuscAiLLE, bouc (Yidocq) ; — bouscalho, menu bois, broutille (cf. anc. fr. gloe^ bûche et boue).

BRANQLE^ âuc {Jargon, i836) ; — branco, traînard; cf. Val Soana branci, id. (terme tiré de Targot).

BRISER, escroquer (Yidocq), d'où briseur, escroc, et brisure, escroquerie {Id. : « termes des escrocs

I. Cf. branque, ministre (« dans le jargon des voleurs, » Rigaud) avec le français dialectal ministre, âne (par ex. St.-Pol minisse, baudet, terme burlesque).

auvergnats ») ; — brisa, briser, drousser la laine brisawe, briseur, drousseur).

CA3iBROLSE, province (\ idocq), à côté de cambrousse, campagne {Id. ; Jargon, i836 : campeloiise), et combrousier , paysan (« terme des forains ou marchands qui suivent les foires », Fr. -Michel); — cambrousso, combrousso, bouge, cambuse : le terme argotique a d'abord désigné la baraque foraine et puis l'endroit où elle se trouvait. Cf. Yonne, cambrouche, homme très grand, très fort (= paysan).

CARCAGNO, usurier (Vidocq), rapproché de carcagiio, décrépite, vieille grondeuse.

cosTEAL , musclé, fort, et costel, souteneur (Halbert, 1849) ' — costo, côte.

DRAGUE, chirurgien (J«rgfo/i, 1 83 6), et dro^aettr, escamoteur, charlatan, banquiste (Yidocq) ; — drago, lutin femelle, fée (cf. fa loii drac, faire le diable, faire merveille).

ESCANER, ôter {Jargon. i836), rapproché de escana, étrangler, égorger,

ESTUQLE, part du vol (Vidocq: Jargon, 1728 : s tac, i836 : stuque) ; — estuc, réservoir, cachette, propr. étui ; cf. Champagne stuquer, frauder l'octroi (terme emprunté à l'argot).

FADE, part dans un vol (Vidocq) , et fader, partager les objets volés (Id.) ; — fado, fée et don de fée (fada, donner).

FARGUE, charge (Vidocq, d'où /arguer, charger, eifarguement, chargement « se dit aussi pour rougir de honte )),défargueur, témoin à décharge), rapproché defargo, forge, enclume (et ce qu'on forge).

GANGE, bande, clique {Jargon, 1728); — ganço, ganse, propr. crampon ; de là, fr. pop. gance, id. : se ficher la gance, se battre, un luron de la gance, un querelleur (v. Msard, Parisianismes , p. 118).

GIRONDE*, aimable (Fr.-Michel), et jolie femme (Rigaud) ; — girondo, hirondelle (= fluette comme une hirondelle).

GODILLER, éprouver un accès de priapisme, rapproché de goudilha, plaisanter.

GOUAPE, vagabondage, vaurien, vagabond (d'où gouapeur, id., Rigaud; gouèpeur'^, id., Vidocq); — gouapo, viveur, libertin, gourmand ; cf. Mayenne gouèpe, mavais sujet, gouépeux, qui mène une vie déréglée ; Yonne gouape, ivrogne, débauché, et larcin, maraude (« aller à la gouape »), Savoie gouapo, buveur.

HOSTEAU, prison (Rigaud), et osto, chambre, maison {L'Intérieur des prisons, i846); — ostau, oustau, maison {lou grand ousiaou, l'hospice,

1 , Le terme manque dans le vocabulaire de Vidocq, mais on le rencontre dans ses Mémoires (III, i85 : je ne suis pas si gironde).

2. La forme gouepe pourrait être rapprochée du champenois gouèpe, guêpe, à l'exemple du morvandeau nipien, vaurien, de nicpe, guêpe.

l'hôpital), Yonne, osteau, oustau, housteaii, domicile, Poitou hosteaa, logis (et à U housteaii ii la maison, Lalanne), anc. fr. hostel, id. ; bellau hos~ tau, maison. Cf. Mayenne ostau (ostrau), dans la locution : aller à r ostau, aller en prison, et se perdre, se détériorer, à côté du picard (St.-Pol) à U osteau, en prison, en violon (locutions d'origine argotique) .

LÈGRE, foire (Vidocq : et legrier, marchand forain), rapproché de alegre, gai, dispos ; cf. germ. alegria, cabaret, et argot roumain veselle, assemblée publique (= gaieté).

MANCHE, quête (Vidocq : faire la manche, implorer, au coin des rues, la commisération publique);

— mancho, id., propr. manche (faire la mancho, faire la quête dans le public).

MEC, maître (Vidocq : mec des mecs, Dieu ; grand mec, roi ; mec de la rousse, préfet de police, ciméquer, commander), auj. souteneur (Richepin);

— mec, niais et poseur, meco, le meilleur (terme d'argot marseillais : lou grand meco d'adaut, le Très-Haut).

MisTON, vol, dans la locution allumer le mis ton, préparer un vol (litt. regarder le bambin), répondant au synonime nourrir un môme ou un poupon ;

— mistoun, bambin, mioche.

MOUISE, soupe économique (Vidocq) ; — mouisse, humide.

piTRE, paillasse d'escamoteur ou de saltimbanque (Vidocq), propr. plastron (cf. servir de pitre, amuser les autres en faisant rire de soi), terme devenu populaire: — pitre, poitrine.

piTuor. pistolet (Id.) : — pitrou. solive, chevron, répondant aux synonymes modernes bâton ereax, et tringle, fusil.

SOULASSE, la gronde soûlasse, l'assassinat (Vidocq), à côté de soldasse, trompeur (« se lier avec une personne pour la tromper ensuite d'une manière quelconque », Id. ; Mémoires, lY, 876 : les grèces ou soûlasses sont presque tous des gens de province) ; — soûlas, soulaci, soulagement, contentement, divertissement (faire soûlas, tenir compagnie dans une circonstance difficile) et guide qu'on donne à quelqu'un pour le rassurer (v. soulager, p. 126).

VALLADE, poche dc derrière d'un habit (Vidocq) ; — valade, bas-fond, vallée.

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