‹ L'argot ancien, 1455-1850, ses éléments constitutifs, ses rapports avec les langues secretes de l'Europe méridionale et l'argot moderne. Avec un appendice sur l'argot jugéChapitre 54 sur 81 · Patois · texte numérisé non relu

Patois

La part de l'argot dans le vocabulaire dialectal n'est pas du tout insignifiante. Nous en avons fait le relevé toutes les fois que se présentait un rapprochement de cette nature. Non seulement des vocables isolés, mais des locutions argotiques, telles que battre rantiflc ou battre le job, sont deve^ nues familières aux patois normand et lyonnais.

Cette influence n'est pas d'ailleurs partout la même : tel patois la connaît à peine, tel autre en est pénétré. C'est le cas, par exemple, du bourguignon, et voici un spécimen que nous empruntons au vocabulaire de Mignard (1869), au mot ornie : « Voici un mot, nous dit ce patoisant, dont la signification est un mystère. Lacombe dit que le mot ornie signifie « voisine » ; toutefois, dans la langue romane, oro, venant d'oraeiilum, c'est-àdire oratoire, signifiait aussi église, et ce dernier mot est bien en effet selon le sens des vers bourguignons que je vais citer (Le Mausôlei de Jaieôpin) :

On ne voit que trop de cafard.

Qui pour attraper quelque bazar, Se forre dans lé confrérie, Guriou d'égrailler V ornie.

Et de vivre au dépens du trône, Sans craindre le qu'en diré-t-on. »

Or, le mot en question n'est que l'argot orîiie. poule {Vie, 1096), et égrailler Vomie, est une locution argotique courante du Jargon, depuis l'édition de 1628 jusqu'à celle de i836, au sens de : prendre la poule avec un hameçon, et par suite, voler.

Voici maintenant le relevé systématique d'un patois voisin, celui de la Bresse Louhannaise* : Baluchon (« terme d'argot partout populaire »), bastringue (bruit, tapage), hénéf (« j'ai cent sous de hénéf »), houle (« perdre la houle », la tête, la raison), eau-dfajffe (eau-de-vie), escoffier (tuer), estourhir (tuer), estrangouiller (étrangler), flageolets (jambes), flûtes (id.), frangin, frangine (frère, sœur : « ils ne sont pas frangins, ils sont ennemis »). fouillouse (poche : « mets ça dans la fouillouse ))), frit (perdu), gouape (vagabond, ivrogne), guelin (diable et enfant qui renverse et casse tout : « ce petiot est un vrai guelin »), marlou (sale type, entremetteur des marchés honteux), môme (enfant), pantre (paysan, rustre, injure : « quelpantre ! ))),pioncer (dormir), quilles (jambes : (( il a de mauvaises quilles ))), quinquet (œil), rouscailler (agir en lilbertin), rousti (être rousti, avoir perdu au jeu), tromhine (figure, binette), turhiner

I. D'après L. Guillemant, Dictionnaire patois de la Bresse Louhannaise (Arr. de Louhans, Saône-et-Loire) et une partie de la Bourgogne, Louhans, 1894-1902.

INFLUENCE DE l'aRGOT 265

(travailler), tarne (masure, taudis, se prend toujours en mauvais tour : u quelle tuvne l »), zigue (joyeux drille, bon compagnon : « c'est un bon zigue »).

Le patois normand possède, dans la Muse Normande (1625-1 653) de David Ferrand, un document précieux pour les mœurs et l'esprit du peuple rouennais de la première moitié du xvn*' siècle. Ce livre éminemment populaire est écrit dans le langage puriniqiie, ou gros normand, parlé par les ouvriers drapiers appelés purins^ : c'est le patois de la Haute-Normandie, et spécialement celui du pays de Caux, enrichi d'un certain nombre de mots d'argot, familiers à la population ouvrière de Rouen. C'est à ce titre que nous allons l'examiner-.

David Ferrand a admis, dans son œuvre, les termes argotiques suivants :

ARTOIS, pain (l, 121 : Se fournisset de bechon [boisson] et iVartois).

ATRiMER, prendre (III, 97).

I. Cf. normand d'Eure purm : i. Partie la plus liquide du fumier; 3, Surnom des ouvriers qui travaillent la laine, probablement à cause de la saleté de leur profession ; 3. Langage qu'on parle à Rouen (E. Robin, Le Prévost, etc. Dictionnaire du patois normand, 1879-1883).

■2. D'après l'excellente édition qu'en a donnée M, A. Héron : La Muse Normande de David Ferrand, publiée d'après les livrets originaux 1625-1653, et l'inventaire général de 1655, avec introduction, notes et glossaire, 5 volumes, Rouen, 1891-189/i.

BALLE, dans l'expression argotique frôler^ sur la balle (chez Ferrand •.fouler sur la halle), médire, se moquer (lïl. 96 : Et yoncore pour mieux fouler sur notie balle...).

BAZOLRDV, tué (III, 17^ I Lv CU CUSt UU

bazourdy par un chef de nos guerres).

BiARDANT. fuyaut (I, i56), à côté de s'embiarder, s'enfuir (II, 7 : Pis s'embiarder comme une levrière).

BILLE, argent (lY, 90 : C4ar il n'y passoit pas chrestien Qui ne leur fonça de la bille).

BiLLER, payer (III, 63 : Sen compagnon ossytost bille Et s'encourt...).

BouTANCHE, boutiquc (IV, 279 : Harau su vou et su votte boutanche !)

BROQUE, double liard (II, 22 : Je délaisse o trésor six liars avec deux broques).

BROQUETTE, bijou (II, 85 : Une broquette d'or oprès de la prunelle).

CAGOu, voleur (II, 23 : 0 cagou de Rouen je délaisse neuf double).

CASSELX. filou, c'est-à-dire casseux de hanes (I, 69 : Par un casseux qui sondayst l'escarchelle).

GONiR. tuer (lY, 280 : Tout est cony ; Testât en décadence...)

couRTALx DE BOUTIQUE, commis (II, 8 ', Et les

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