‹ L'argot ancien, 1455-1850, ses éléments constitutifs, ses rapports avec les langues secretes de l'Europe méridionale et l'argot moderne. Avec un appendice sur l'argot jugéChapitre 6 sur 81 · IV. — Coup d'œil comparatif · texte numérisé non relu

IV. — Coup d'œil comparatif

Aucun argot européen ne remonte au-delà du xv*' siècle. Le Liber Vagatorum ( « Der Betler Orden » ) , le plus ancien document du rotwelsch, date de i5ioS et le premier ouvrage sur le cant, ou argot anglais, est de i566 2. Gomme notre argot n'a aucune attache avec ces deux langages, ni avec les argots slaves^, nous passons immédiatement aux argots romans de l'Europe méridionale qui

1. Voir sa rédaction, en haut-allemand et en bas-allemand, dans Fr. Rluge, Rotwelsch, Quellen iind Wortschatz der Gaunersprachen und der verwandten Geheimsprachen. I. Rotwelsches Quellenbuch (Strasbourg, 1901). Cf. l'édition qu'en a donnée Ristelhuber (Strasbourg, 1862) et la traduction de Rœsch (dans la Revue d'Alsace de 1880). La rédaction bas-rhénane du Liber Vagatorum (i5io) contient un terme français : barlen, sprechen (== parler; v. Kluge, p. 79).

2. Thomas Harman, Caveat or Warening for common Cursetors vulgarly called Vagabones, Londres, i50G (réimprimé en 1869). Le cant contient une demi-douzaine de termes pris au français (et non pas à l'argot), tels que : bean, argent (= bien), vile, ville, etc.

3. Voir svir ces derniers, l'étude de Jagic (« Die Geheimsprachen bei den Slaven ») dans les Sitzungsberichte der Wiener Akademie der Wissenschaften, vol. CXXXIII (1895), p. i à 80.

sont tout autrement intéressants i3ar leurs relations mutuelles.

La plus ancienne trace du fourbesque sfe trouve dans une lettre que Luigi Pulci, l'auteur de // Morgante Maggiore, avait adressée en 1^72 à Laurent le Magnifique ; cette lettre est accompagnée d'une courte liste de mots argotiques*. Le premier document linguistique est un petit vocabulaire fourbesque du xv*' siècle, récemment publié (d'après une copie du Codex Màgliabecchi) par Gugl. Volpi '-. En i549 parut à Venise // Modo i\ovo da intendere la lingua zerga cioè parlai' furbesco ^, qui fut plus tard entièrement fondu dans le vocabulaire de la langue littéraire ; et en 1627, Raf. Frianoro (pseudonyme du Père romain Giacinto de' Nobili) publia son ouvrage // Vagabondo, overo Sferza de birbanti e vagabondi, qui fut traduit en français en i644. Ces deux publications sont les pendants italiens de la Vie généreuse (logô) et du Jargon (1628).

Ajoutons les argots provinciaux, à savoir : celui du Piémont ou de Val Soana, étudié par

1. La lettre a été reproduite dans VArchivio dclle tradizioni popolare, vol. I (1882), p. ayô-ayO, et tout récemment dans les Lettere di Luigi Pulci, éd. Bongi, Lucques, 1886, p. 58 et 170.

2. Dans les Miscellanea Auziale Rossi-Teiss, Trcnto, 1897, P- ^9 à G3.

3. Editions ultérieures : 1082, i584, 1O28, 1700, etc. Y. G. Pitre, Bibliografia délie tradizioni popolare d'Italia, Torino, 189/i, p. 172-178.

NigraS les jargons milanais, vénitien, abruzzois et sicilien -, ce dernier décrit par Giuseppe Pitre 3.

La germania est représentée par le recueil que Juan Hidalgo fit imprimer, en 1609, à Barcelone : Romances de germania de varios autores, con el vocabulario por la orden del a. h. c. para declaracion de sus términos y lengua. On y trouve, outre le vocabulaire argotique, diverses romances jargonesques, la germania, en opposition avec le fourbesque, ayant servi de bonne heure à des compositions poétiques. Les romans, à commencer par Z)o/i Quichotte, et surtout les nouvelles picaresques, contiennent souvent de l'argot *, à rinstar des œuvres analogues de Victor Hugo [Les Misérables), de Balzac (La dernière incarnation de Vautrin) et d'Eugène Sue [Les Mystères de

1. Archivio glottologico italiano, vol. III (1878), p. 53-Go : « Il Gergo dci Valsoanini. »

2. Fr. Chcrubini, Vocabolario milanese-iialiano, Milan, i83()-i8^3,. au mot zerga (lingua), t. IV, p. 5/|5-5/|8 ; Archivio di psichiatria, vol. II, 1881, p. 30/1-2 1 5 (argot vénitien), vol. III, /|/|8-/|5o (argot sicilien) et vol. VIII, laS-iSo (argot piémontais) ; G. Finamorc,. Vocabolario delV iiso ahruzzese, Citta di Castello, 1893 (passim).

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