‹ L'argot musical: curiosités anecdotiques et philologiquesChapitre 18 sur 30 · C. Del A VIGNE · texte numérisé non relu

C. Del A VIGNE

i.'<iir,iiH rctonti^^sant dans sa haute demeure, Si>«s le marteau sacré tour à tour chante et pleure. Lamartine.

himistc critiquait un jour cet argotisme un cU)!isique et lui faisait remarquer que le dos clocbos t?st un alliage de 78 parties de ■I d? ^ (xirties d'étain.

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— Eh! bien, lui répondit le favori d'Apollon, notre airain n'est-il pas conforme à votre alliage? La première syllabe air ne dérive-t-elle pas du latin œs, œris, cuivre et la seconde ain ne contientelle pas un peu d'étain?...

{Musicorama *.)

Alléluia (Entonner T). — Célébrer une personne ou une chose, les prôner à l'excès. Locution empruntée au chant hébraïque dont la signification est louange de Dieu*

Ame. — Petite pièce de sapin cylindrique posée dans l'intérieur des instruments à chevajet et reliant le fond à la table d'harmonie. (Argot des luthiers.)

C'est peut-être de ce néologisme, aussi métaphysique que hi psyché ô&s fabricants de meubles, que dérive l'expression avoir Came chevillée dans le corps.

Amen. (Chanter). — Ponctuer de «Très bien!»

et d' « A merveille ! » les paroles de quelqu'un, de la même façon que les fidèles répondent aux prières liturgiques par le mot hébreu amen, signifiant ainsisoit-il!

* Les anecdotes données sous la rubrique Musicorama sont extraites d'un de nos ouvrages en cours d'exécution.

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Puis ils rêvèrent en silence ; On n'entendit plus que le pas Des chevaux marchant en cadence ; Le brigadier ne parlait pas.

Mais, quand revint la pâle aurore, On entendit un vague son :

« Brigadier, répondit Pandore, Brigadier, vous avez raison. »

G. Nadaud.

Andalouserie. — «Romance mi-sentimentale, mi-càvalière, comme on en chante dans les cafésconcerts, et où il est toujours question du « beau ciel de l'Andalousie », des « beaux yeux des brunes Andalouses » et où le héros s'appelle toujours Pedro et Théroïne Paquita.» (Argot des bourgeois.)

(Delvau. Dictionnaire de la langue Verte.)

Anonner. — « C'est déchiffrer avec peine et en hésitant la musique que Ton a sous les yeux. »

(J. J. Rousseau. Dictionnaire de musique.)

Un élève ânonnatt péniblement un solfège devant son professeur impatienté.

— Ha ça! s'écrie celui-ci, mais vous ne savez plus vos notes?

— Pardon, m'sieur.

— Voyons ça. Répondez: combien y a-t-il de notes dans la musique?

— M'sieur, cela dépend de la longueur du morceau.

{Musicorama,)

Antienne (Chanter Une). — Synonyme de chanter une gamme. (V. ce mot.)

On entend par antienne les paroles qui se chantent au commencement de chaque psaume

Chanter toujours la même antienne^ c'est chanter toujours la même chanson, le même refrain, défaut qu'évitent avec soin les amateurs de l'harmonica bachique. (V. ce mot.)

Entonnons, en buvant.

Une joyeuse antienne.

Mais souffrez que la mienne, Amis, se chante avant.

Désaugiers.

Apollon (Disciple ou favori d*). — Poète ou musicien. (Argot des poètes classiques.)

Par quelle aberration les poètes ont-ils choisi pour patron ce sinistre pinceur de lyre dont la fable étale complaisamment les forfaits ?

L'écorcheur du satyre Marsyas et l'assassin de la fille d'Amphion, coupables tous les deux d'avoir osé douter de son talent de virtuose, eut un digne émule en la personne de Néron qui punissait de mort les Romains, dont les battoirs avaient omis de claquer en son honneur.

Bien que ce mythe soit légèrement démodé, les allégoricîens de la peinture et de la statuaire ne continuent pas moins à glorifier le divin Phœbus

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et son cheval frisé, en étalant sur les murs de nos monuments publics l'apothéose de ce Don-Quichotte lyrique.

Appeler Azor. — Siffler. (Argot de coulisses.)

On disait autrefois appeler Tarquin, Voici Torigine de cette expression :

« Un jeune homme, ayant plus d'avantages extérieurs que de talents, jouait la tragédie, vers 1733 à 1736, au Théâtre-Français; son nom de guerre était comme le mien: Flçury. Le public l'avait pris en grippe. Ce comédien avait un père aubergiste et de plus cent-suisse du roi. Ainsi que tous les pères, il croyait au talent de son fils, attribuant à la cabale le bruit injurieux dont on accueillait celui-ci.

Une fois il veut y mettre fin. Il endosse son uniforme, fourbit son épée et, en compagnie d'un magnifique chien, il se rend dans les coulisses du théâtre. Bien entendu que le superbe Tarquin est tenu en laisse. On craignait cet homme, dont le caractère était indomptable, et on le laissa se placer à sa fantaisie, après s'être assuré de la captivité de son compagnon. On jouait Iphigénie en Aulide, Le roi des rois avait éveillé»Arcas, Ulysse venait de parler politique, Achille paraissait. (Achille, c'était mon homonyme.) Le parterre lui fit entendre à sa manière qu'il le reconnaissait. Fleury, en homme accoutumé, n'y fit pas autrement attention; mais

le père se lève furieux. Dans l'action, le chien s'échappe; il court à son jeune maître, flaire les personnages, remue joyeusement la queue et lèche les mains du fils de Thétis. Certes, les chiens pouvaient être de coutume chez les Grecs , et tout le monde connaît l'histoire de celui d'Ulysse; mais les spectateurs, peu touchés des tendres caresses de Tarquin, n'en continuent que de plus belle. Les entrailles paternelles s'émeuvent, le cent-suisse ne peut se contenir; il tire son épée, il va y avoir du sang répandu. . . quand Gaussin s'approche de lui, retient son bras, et avec cet accent qu'on lui connaissait:

— «Eh, Monsieur! on avait aperçu votre chien: ne comprenez- vous pas qu'on appelle Tarquin?!)

Le pauvre père, désarmé, crut d'autant plus cela que Fleury, embarrassé de la bête, criait du théâtre aussi haut que son rôle :

— « Sifflez donc, mon père, sifflez donc ! »

Et le père de se joindre au chorus général, et, par amour paternel, de siffler de toutes les forces d'un cent-suisse.

Depuis, chaque fois que pareille tempête se déchaîne contre un comédien, on nomme cela, en langage de coulisse : appeler Tarquin,

(Kleury. Mémoires.)

Quand le public appelait Tarquin ou Azor, le compositeur Sacchini continuait de battre la mesure

sur le parquet avec sa canne; Cimarosa maugréait et jurait comme un païen entre ses dents; Saliéri restait calme et impassible; Piccini, pour se donner une contenance, croquait des dragées; Païsiello se bourrait les narines de tabac d'Espagne; Rossinî se levait et saluait profondément, ce qui désarmait le public.

Archet chauve. — Se dit d'un archet 'qui a perdu ses crins dans le feu des batailles harmoniques. (Argot d'orchestre.)

Cet argotisme est la conséquence forcée de crinière pris dans le sens de chevelure.

Le nombre des crins employés dans la confection des archets varie de 175 à 25o, selon la grosseur des crina; le nombre des cheveux plantés sur une tête humaine est d'environ 140,000. Vérifiez.

Archet d'Apollon (L*). — Tourte dont les poètes classiques ont gratifié le dieu de la musique, croyant de bonne foi que l'écorcheur de Marsyas jouait sur un Amati.

Cette boulette poétique rappelle l'anachronisme commis par le peintre Dominiquin faisant exécuter à Sainte-Cécile un concerto de violoncelle.

Arçon. — a^U Arçon est une espèce d'archet d'une grande dimension, qu'on suspend au plancher vers le milieu, afin de pouvoir le placer dans

toutes les directions possibles. Cet archet est situé au-dessus d*une table recouverte d'une claie d'osier fine et assez serrée pour ne laisser passer que les ordures. On place les poils sur cette claie, on fait entrer la corde de l'arçon dans le tas et, sans qu'elle en sorte, on la met en jeu à l'aide d'une 'Coche, sorte de fuseau en bois dur, terminé à chaque extrémité par un bouton en forme de champignon. C'est en accrochant la corde avec ce bouton et en la tirant fortement qu'elle finit par glisser sur Je bouton et qu'elle entre en vibrations d'autant plus accélérées que le mouvement de Yarçonneur a. été plus brusque. »

Manuel du fabricant de chapeaux. Cluz et J. de Fontenelle.)

Ajoutons, pour compléter ces renseignements, que la corde fixée à Varçon est une corde à boyau que les arçonneurs nomment chanterelle.

Au XIII® siècle, l'archet des musiciens portait le même nom que l'outil des chapeliers. Comme l'indique leur commune étymologie latine, arcus, arc, ces deux sortes à'arçon affectaient à l'origine une forme cintrée qui s'est modifiée avec le temps *.

* La pièce de bois cintrée qui soutient la selle du cheval est le seul arçon qui n*ait point renié son étymologie.

Dans l'argot des voleurs, dit Vidocq, faire rarçon, c'est faire le signal de reconnaissance qui est le bruit d*un crachement et le dessin d'un c {arcus, arc) sur la joue avec le pouce.

On voit que Varçon des chapeliers est un véritable monocorde dont les vibrations, destinées à séparer les matières laineuses des substances étrangères, sont provoquées par un plectre en bois. Le nom de coche, donné à ce plectre, semble indiquer qu'il ne se composait primitivement que d'un simple morceau de bois dans lequel on avait pratiqué une entaille.

Que le lecteur nous pardonne ces détails, mais il nous a semblé piquant de constater dans l^atelier des fabricants de chapeaux du XIX^ siècle les derniers vestiges de la lyre d'Apollon.

(Voir Violon.)

Aria. — Situation embarrassante et ennuyeuse. (Argot populaire.)

Dans son Glossaire du centre de la France, le comte Jaubert remarque (\\x'arria, embarras, attirail, ressemble au vieux mot français arroi, train, équipage.

Aria serait plutôt proche parent de désarroi, à moins qu'il ne soit une maligne allusion à l'embarras et à l'ennui qu'éprouve un chanteur inexpérimenté en présence d'un aria (air), qu'il doit déchiffrer à première vue.

Armer la clef. — «C'est y mettre le nombre de dièses ou de bémols convenables au ton ou au mode dans lequel on veut écrire de la musique. » (J. J. Rousseau. Dictionnaire de musique,)

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Les dièses et les bémols que Ton rencontre dans le cours d'un morceau ont été baptisés du sobriquet d'czccidents, sans doute à cause de ceux qu'ils provoquaient autrefois pendant Texécution.

M"® Latifol, maîtresse de piano.

Fa dièse.

OCTAVIE

Je ne vois pas de dièse.

M"- Latifol Il en faut un, c'est une faute.

M"*® Godet

Ton père a la malheureuse habitude de toujours acheter sans regarder; si l'on n'y fait pas attention, les marchands ne demandent qu'à vendre leurs musiques sans dièses ; c'est tout profit pour eux.

(H. Mon nier. Les bourgeois de Paris.)

Armoire (Raboter T). — Jouer de la contrebasse. (Argot d'orchestre.)

Le Hongrois Kœmpfer avait baptisé du nom de Goliath Y armoire géante sur laquelle il rabotait des concertos de violon. Ce meuble se démontait et servait de valise au célèbre artiste, dans ses voyages.

Le due Maurice de Saxe avait une telle passion

pour ces sortes ^armoires qu'il ep avait placardé les quatre murs de la grande salle de son château de Mersebourg. Au centre de cette pièce, trônait une armoire monstre qu'on ne pouvait raboter qu'en grimpant sur une échelle.

La plus gigantesque armoire qui ait été varlopée par une main humaine est l'octo-basse de Vuillaume. Elle est exposée, comme un objet de curiosité, au musée du Conservatoire de Paris. Puisqu'on n'en joue pas, ne pourrait-on, en s'inspirant du Goliath de Kœmpfer, lui donner le sobriquet biblique de Sansonl

Armoire (Remporter son). — Variante de remporter sa veste, créée en i865, après l'insuccès remporté par les frères Davenport avec leur armoire à musique.

Arpège. — Accord brisé dont les notes s'exécutent successivement. (Argot officiel.)

Castil-Blaze a vainement bataillé pour que ce mot soit armé d'une h comme la harpe dont il dérive, parce qu'il en est le trait favori.

G. Kastner a repoussé Yh aspirée par Castil- Blaze, prétendant qu'elle changerait en hiatus le plus mélodieux... harpège.

D'autres musicographes ont proposé d'adopter F h muette, qui n'aurait pas cet inconvénient, mais qui obligerait logiquement à prononcer des z harpes.

Le peuple a tranché la question d'une façon piquante.

«Octavie est au piano, étudiant sa sonate sous l'œil paternel.

La bonne (entrant). — Mam'selle, madame dit comme ça que vous veniez déjeuner.

Le père. — Un moment^ qu^elle finisse ses arpèges,

La mère (entrant), — Eh bien ! Sera-ce pour aujourd'hui?

La bonne. — Elle dit qu'il faut qu'elle finisse ses asperges, »

(H. Mon nier. Les bourgeois de Paris,)

Arracher les oreilles. — C'est, après les avoir écorchées, leur donner le coup de grâce. (Argot des dilettantes.)

M"« Levasseur, jouant le rôle d'Alceste de Gluck, chantait le bel air qui finit par ce vers :

II me déchire et m'arrache le cœur. »

Un Picciniste s'écria: «Ah! Mademoiselle, vous m'arrachez les oreilles, :i>

— « Quelle fortune, si c'est pour vous en donner d'autres ! répliqua son voisin. »

Arranger. — «C'est réduire la partition d'un opéra, d'une ouverture, d'un air, ou de tout autre

morceau de musique pour un petit nombre d'instruments ou pour un seul, ou seulement en changer la nature, comme lorsqu'on arrange un concerto de violon pour piano, et vice versa.

«Il serait plus exact de dire déranger qu'arranger, car on ne change guère la disposition primitive d'un bon morceau de musique sans en altérer le caractère et l'efiFet. »

(F. J. Fétis. Dictionnaire de musique,)

On voit que le verbe arranger, pris par antiphrase pour déranger^ entre de plein droit dans notre vocabulaire d'argot musical.

iM. Fétis eut le tort d'arranger beaucoup des anciennes pièces qu'il fit entendre à ses concerts historiques. On devait en donner à l'exposition universelle de Paris; je faisais partie de la commission instituée dans ce but et j'ai conservé religieusement un madrigal d'Orlando de Lassus, envoyé par notre président M. Fétis: cette pièce n'est autre chose qu'une imitation composée par M. Fétis lui-même, et l'imitation est de telle nature qu'elle ne pourrait tromper que des ignorants en archéologie musicale. ^ (Weckerlin. Musiciana:)

Ne frémit-on pas de songer que ce fut Fétis qui,

après la mort de Meyerbeer, fut chargé de monter

V Africaine à l'Opéra? Il est vrai que, de son vivant,

'auteur des Huguenots prenait gaîment son parti

des mutilations que Ton faisait subir à ses œuvres. — «Que voulez-vous? s'écriait-il, mieux vaut vivre avec un bras de moins que de ne pas vivre du tout.»

Arrangeurs. — Compositeurs, chefs d'orchestre, directeurs, éditeurs, amateurs, chanteurs, instrumentistes ou même chefs de claque accommodant la musique des autres à des sauces variées. (Argot musical.)

Mozart a instrumenté les oratorios de Haendel et, juste châtiment, Mozart a été réinstrumenté à son tour. On a bourré Figaro et Don Juan d'ophicléides et de grosse caisse.

—'«C'est indigne! c'est affreux! disait un jour à Berlioz l'auteur de la Vestale; mais on me corrigera donc aussi, moi, quand je serai mort?

— «Dame! mon cher Spontini, vous avez bien corrigé Gluck. »

Habeneck aimait à promener son crayon rouge sur les partitions qu'il devait conduire.

G // arrangeait j arrangeait, arrangeait, »

L'entrée des contrebasses du fameux scherzo de la symphonie en ut mineur de Beethoven n'étant pas de son goût, il biffa Tentrée des contrebasses.

Il eut, un jour, à ce sujet une chaude discussion avec Berlioz que celui-ci termina en s'écriant: «Si

Beethoven revenait au monde et si, en entendant sa symphonie comme vous l'avez arrangée y il demandait qui s'est avisé de lui donner là une leçon d'instrumentation, vous feriez en sa présence une singulière figure. Oseriez-vous lui répondre; c'est moi? Lulli cassa un jour un violon sur la tête d'un musicien de l'Opéra qui lui manquait de respect; ce n'est pas un violon, mais une contrebasse que Beethoven casserait sur la vôtre. »

Berlioz, qui lança tant de foudres contre les arrangeurs, ne put lui-même échapper à la contagion. De même que Castil-Blaze, dont il avait anathématisé le Robin des Bois, l'auteur des Troyens se rendit coupable du crime de lèse-Weber, en soudant par des récitatifs les pages inspirées du Freyschutz,

Rossini raillait en entendant parler des changements, des broderies et des platitudes que ses interprètes introduisaient dans ses opéras.

— «Ma musique n'est pas encore faite, disait-il, on y travaille. Mais ce n'est que le jour où il n'y restera plus rien de moi qu'elle aura acquis toute sa valeur. »

Pendant longtemps on joua la moitié du quatrième acte de Moïse, pour servir de lever de rideau avant un ballet. Le directeur de TOpéra, rencontrant un jour Rossini, Taborde avec ces mots : « Eh bien, cher maître, nous jouons demain le quatrième acte de votre Moïse.-»

— Bah! tout entier? réplique le maestro.

Tirons le bouquet des artifices employés par les arrangeurs, en reproduisant cette affiche de 1808, citée dans les souvenirs d'A. Adam :

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