M. MÉHUL
La première représentation de UNE FOLIE
Opéra-comique en deux actes, de MM. Bovilly et Méhvl.
Noia, — Dans l'intérêt de la pièce, on a cru devoir supprimer les morceaux de musique qu ralentissaient la marche de l'action.
(Voir Décompositeur f Pastiche^ Pâtissier.)
Artistes-consommateurs. — Dilettantes^* habitués de théâtres lyriques ou de concerts. (Argot
de critiques.)
(Voir Pilier d'opéra.)
Attaque (Être d'). — Se dit d^un musicien attaquant hardiment un morceau sans avoir peur des casse-cou dont la route est semée. (Argot d'orchestre.)
3o l'argot musical
Comme les anciens preux, les chevaliers de la
double-croche sont d^autant plus d^ attaque que leur
armure est moins chargée.
(Voir Chef d'attaque.)
A tour de bras (Musique). — Musiquç bruyante où dominent les instruments de percussion. (Argot populaire.)
(Voir Charivari.)
Attraper le lustre. — Ouvrir démesurément la bouche afin de pouvoir s'extraire une note du gosier. (Argot de coulisses.)
(Voir Accoucher de sa note, cracher sur les quinquets^ la donner, se Vextraire,)
Aubade (Donner T). — Maltraiter quelqu'un, lui donner un charivari.
Certaines gens font une mascarade
Pour vous venir donner une fâcheuse aubade.
Molière.
Allusion ironique au concert donné à l'aube du jour, en plein air, sous les fenêtres de quelqu'un.
Donner Paubade s'emploie également dans un sens libre qu'un émule de Delille traduirait par
« Offrir un matinal sacrifice à C y pris. »
l'argot musical 3i
Les chauves sacrificateurs feront bien de méditer l'antique proverbe :
Les vieilles gens qui font gambades A la mort sonnent des aubades.
Au bout de son rouleau (Être). — N'avoir plus rien à dire ou à faire. (Argot populaire.)
Allusion au joueur d'orgue de barbarie qui, à la fin d'un air piqué sur son cylindre, est forcé d'arrêter la mouture et de changer de cran. Parfois, en ramassant un sou, le rémouleur oublie qu'il est au bout de son rouleau. Alors une note plaintive, une anticipation du second tour, broyée par la manivelle inconsciente, s'échappe mélancoliquement de sa prison mécanique. Et l'artiste, se redressant fièrement sous l'œil des mansardes, ressaisit le moteur abandonné en s'écriant bravement: «Allons jusqu'flM bout de mon rouleau,^
Badigoinces (Accorder ses). — S'apprêter à chanter. Les chanteurs ont emprunté les badigoinces (les lèvres, la bouche), à la langue de Rabelais.
Jouer des badigoinces c'est boire ou manger.
Baguettes de tambour. — Mèches de cheveux longues et rigides, tombant sur le cou comme des baguettes sur la peau de la caisse.
Cette dénomination s'applique quelquefois à d'autres organes dépourvus d'élasticité.
« M°" Godet Sais-tu si M™' Rabouîn va nous faire entendre sa fille?
OCTAVIE
Je ne sais pas.
M"" Godet
Elle aura beau faire des exercices, celle-là, elle aura toujours les doigts comme des baguettes de tambour. V (H. Monnier. Les bourgeois de Paris.)
Baguettes (Avaler ses). — Mourir, (Argot des (Voir Crever son tambour.)
as (Prendre un), — Entendre de la ie mots inspiré par le vieux cliché :
des flots d'harmonie, s
re sa). — Gagner son cachet en morceau dans un concert. (Argot de
t on rasait gratis!
- Au propre, imiter la cane du poète
«Que Ton voit s'humecter de la bourbe de Teau, D'une voix enrouée et d'un battement d'aile, Animer le canard qui languit auprès d'elle. »>
barbotage que le cardinal de Richelieu paya 60 pistoles * .
Au figuré, exécuter un passage de musique d'une façon pitoyable et, toujours comme le palmipède de Colletet :
« D'une voix enrouée, à la note infidèle,
Mettre au monde un canard au lieu de Philomèle.
(Voir Canard.)
Barytoner. — Vieux mot français que nos ancêtres traduisaient par cette métaphore hardie: Avoir un faux-bourdon au fond de ses chausses.
«Rabelais, dit G. Kastner, dans son style gaillard, dit la chose crûment, mais avec gentillesse (voir Gargantua, chap. VII.) et Dante, le sérieux et austère poète, n'y met pas plus de façon. Le son irrévérencieux que laisse échapper le grand diable Barbariccia à la fin du XXI^ chant du poème de l' Enfer , est comparé par l'auteur au son de la trompette. » (Parémiologie musicale de la langue française^
Ajoutons que Voltaire, plus audacieux que ses
* Un distique dédié au cardinal par le poète mis en appétit :
ttArmand, qui pour six vers m'as donné six cents livres, Que ne puis-je à ce prix te vendre tous mes livres ? «
illustres devanciers, a imaginé de doter la Renommée d'une trompette barytonant.
(Voir Sonner de la trompette.)
Dans son histoire de TOpéra-Comique, Des Boulmiers raconte qu'un nommé Léger, domestique de Favart, animé par l'amour des arts, et voulant se consacrer au théâtre, débuta dans la parodie de Thésée y à la foire Saint-Germain, en I745, par la moitié d'un bœuf. Pour faire entendre ceci, il est nécessaire d'expliquer que, dans le triomphe de Thésée, la monture de ce héros était le bœuf gras, figuré par une machine de carton qui se mouvait au moyen de deux hommes renfermés dans l'intérieur, le premier debout, mais un peu incliné; le second, la tête appuyée sur la chute des reins de son camarade. Léger obtint la préférence pour faire le train de devant. Gonflé d'aliments et de gloire, il barytona au point que son collègue en pensa suffoquer. Celui-ci, dans son premier mouvement, pour se venger de l'effet sur la cause, mordit bien serré ce qu*il trouva sous ses dents. Léger fit un mugissement épouvantable; le bœuf gras se sépara en deux; une moitié s'enfuît d'un côté, une moitié de l'autre, et le superbe Thésée se trouva à terre étendu de son long. On eut beaucoup de peine à continuer la pièce.
Bassin, Bassinant. — Bavard ennuyeux. (Argot populaire.)
Est-ce une allusion au mauvais piano que ses victimes qualifient si justement de chaudron?
Est-ce une allusion à l'instrument principal employé dans Forchestre du charivari qui exécutait, en 1834, la musique ministérielle?
Est-ce une métaphore empruntée à î*enveloppe de cuivre des timbales dont les roulements prolongés finissent par agacer le tympan ?
Peut-être bassin doit-il son origine au crieur de la vente à l'encan, nommée autrefois vente au bassin.
Quoi qu'il en soit, cet argotisme ne date pas d'hier et il est curieux d'en constater Tusage chez les Grecs de l'antiquité.
Dans une étude sur les antiquités récemment découvertes en Épire par M. C. Carapanos, le magasin pittoresque affirme qu'il existait à Dodone une statuette, offrande des Corcyréens, et un bassin d'airain placé entre deux colonnes. « La statuette», dit-il, « tenait à la main une baguette à l'extrémité de laquelle il y avait des osselets suspendus par des chaînettes ou par des courroies. Ces osselets, agités par le vent, allaient frapper le bassin et lui faisaient rendre des sons qui se prolongeaient, paraît-il, fort longtemps, en sorte qu'on appliquait souvent aux grands parleurs l'épithète de bassins
de Dodone. »
{Mag, piti. année 1882.)
Basson (Jouer du). — Crepitare. (Argot populaire.)
Prendre un lièvre pour faire un civet, rien de
plus logique; mais prendre des flageolets pour
jouer du dasson, n'est-ce pas bouleverser de fond
en comble les notions les plus élémentaires de
rinstrumentation ?
Les commentateurs, pour expliquer cette anomalie, nous ont conté un tas de fagots dont un seul a survécu.
Dans un accès de bonne humeur, un grand compositeur viennois imagina une symphonie imitative pour un petit orchestre composé exclusivement d'instruments à vent, parmi lesquels il introduisit des flageolets. Cette symphonie, écrite tout entière en si bémol, fut exécutée pour la première fois, à huis-clos, chez le duc de Crépitoskof, à Moscou.
Le basson qui, dans le final,' faisait la partie principale, joua avec tant d'expression que toutes les dames du noble auditoire portèrent vivement leur mouchoir à leur visage.
On raconte que le titre de cette œuvre fut trouvé à la suite d'un incident qui agrémenta la répétition générale.
Dans un passage du fameux final, sous lequel le compositeur avait écrit quatre P (abréviation du terme Piano), afin qu'il fut joué avec la plus grande douceur^ le basson, ayant à soutenir une pédale en ut, se mit à souffler de toute la force de ses poumons.
— «Piano Tut! lui cria le maestro, piano la pédale! Tâchez donc de faire les P qui sont marqués.» |
Cette admonestation valut à Tceuvre le titre de Symphonie des P.
{Miisicorama.)
Bastringue. — Nom d'une ancienne contredanse, servant aujourd'hui' à qualifier un mauvais musicien ou un mauvais orchestre.
Musique de bastringue se dit d'une musique vulgaire et bruyante.
Dans Targot des voleurs, bastringue y substantif féminin, signifie un étui contenant des scies. « Les malfaiteurs, dit V. Hugo, ayant adopté l'expression jouer du violon pour scier ses fers, ont été conséquents en donnant le nom de bastringue à l'étui qui renfermait leurs instruments. »
{Les Misérables.)
Bâton m.... — Chef de musique grincheux que ses musiciens ne savent jamais par quel bout prendre. (Argot d'orchestre.)
Depuis que l'archet a détrôné le bâton des vieux batteurs de mesure, on ne saurait sans anachronisme appliquer cette épitliète à nos chefs d'orchestre modernes, bien que quelqu'uns n'en fussent pas indignes.
Parmi les vieux bâtons d'épines, on peut citer
en première ligne Lulli, mort victime de ses bru-
db L ARGOT MUSICAL
talités. Le rageur Florentin menait les artistes de
l'opéra comme un troupeau de bœufs. Il lui arriva
plus d'une fois de briser un violon sur le dos de
celui qui n'en jouait pas à son gré.
Hasndel était aussi d'une violence extrême. Il lui
arriva un soir, chez le prince de Galles, de lancer
les timbales de l'orchestre par la tête de ses
musiciens.
(Voir Batlre la mesure, bénisseur.)
Bâtons rompus (A). — Battre à bâtons mêlés, dit Bescherelle dans son Dictionnaire National, c'est battre la caisse en donnant successivement un coup avec une main et deux coups avec l'autre ; mais battre à bâtons rompus, c'est battre la caisse en donnant deux coups de suite avec chacune des deux mains. Il résulte de là un bruit bizarre qui a donné lieu au proverbe agir à bâtons rompits, agir sans suite, sans ordre, en interrompant et en reprenant sans cesse la chose dont on s'occupe.
Suivant une tradition des tambours-maîtres, il faut que le tapin, en battant à bâtons rompus, fasse dire à sa caisse: Papa! maman! papa! maman!...
Battant. — Le cœur. (Argot des voleurs.)
■e de notre orchestre organique ant si justement baptisé du nom :œur qui bat la mesure, en diriie de la vie.
« Cet invisible chef d'orchestre, écrivait l'auteur de la Juive, dont les fonctions commencent à notre naissance pour ne cesser qu'à la mort, nous dirige sans relâche et sait à merveille modifier sa mesure. 11 nous fait passer, dans le cours de notre vie, par trois mouvements différents : dans l'enfance, dans la première jeunesse, il donne au fleuve vivifiant qui nous anime une entraînante impulsion; les battements précipités du pouls marquent une mesure rapide; nous vivons allegro. Bientôt, et peu à peu, ce mouvement accéléré se calme, cette grande vitesse s'apaise, nous arrivons par une transition insensible au moderato de l'âge mûr ; bientôt, trop tôt, hélas! il change encore de mouvement, et, toujours rallentando et smorzando, nous conduit jusqu'à ce que les chants aient cessé.
{Lettre sur la musique. F. Halévy.)
F. N. Marquet publia en 1769 une méthode facile et curieuse pour connaître le pouls par les notes de la musique. "
Hérold, dans son opéra Le Muletier ^ a trouvé un effet d'orchestre très original, en faisant reproduire par les notes saccadées des cors le battement du pouls.
Battant. — La langue. (Argot populaire.) Allusion au rôle que joue le battant attaché à la partie de la cloche que les fondeurs appellent le cerveau.
Bav&rder, /aire aller son ballant, dans la langue colorée des grinches, c'est balancer le chiffon rouge.
a Mon propriétaire, dit Conimerson, compare la femme à une cloche; plus on la frappe, plus elle raisonne, s
(Voir Grelot.)
Battante. — Cloche. (Argot populaire.)
Le bruit assourdissant des battantes a souvent
aiguisé la verve des épigrammatistes. L'un d'eux
s'écrie :
Persécuteurs du genre humain Qui sonnez sans miséricorde, Que n'avez- vous au cou la corde Que vous tenez dans votre main !
Voici maintenant la recette pour conjurer le mal : , «La marquise de Richelieu se plaignait fort du bruit des cloches devant, le comte de Roucy. Le comte, sérieusement et pour la garantir, lui proposa de faire mettre du fumier dans sa cour et devant sa maison. »
(Saint-Simon. Mémoires.)
e de cuisine. — On donne plaisamment let aux instruments de percussion, famille : du triangle, des cymbales, du chapeau-
chinois, du tambour, des timbales et de la grosse caisse. *
Cette extension du mot batterie, par lequel on désigne ce groupe instrumental, a certainement vu le jour autour des gamelles servies par le timbalier du roi de Maroc.
(Voir ce mot, timbales, trots-pieds.)
Battre la breloque. — Déraisonner. (Argot populaire.)
<rLa Breloque, dit F. Génin, est une batterie de tambour dont voici le rhythme:
^E^lEIE^:^
L'irrégularité de ce rhythme brisé à contretemps, comme le pouls d'un fiévreux, suffit à expliquer la métaphore «// bat la breloques pour signifier il délire, il ne sait ce qu'il dit, il tient des propos décousus, bizarres. »
{Récréations philologiques,)
* Ajoutons que cette batterie de tambour annonce les corvées, si multiples au quartier qu'elles font souvent perdre la tête au conscrit.
1 Dans l'argot des faubouriens, dit Delvau, la batterie de cuisine se compose des dents, de la langue, du palais, du gosier, etc.
En dépit du vieux proverbe <ice qui vient de la flûte retourne au tambour , y> ce n'est point de celleci que le bedon hérita de la breloque, ou, comme dit le peuple, la ber loque.
En battant la breloque ^ le tambour n'a fait qu'imiter le tintement irrégulier et saccadé de la vieille cloche du beffroi dont le marteau battait le bord de la cloque^ (cloche, en patois picard), pour sonner le tocsin (toquer, frapper, sein, cloche) et répandre dans la ville l'alarme et l'effroi.
Les vestiges de cette étymologie se retrouvent dans la langue des voleurs pour lesquels berloque signifie pendule.
Battre la campagne. — Divaguer. (Arg. popul.)
Cet argotisme est certainement une corruption de battre la campane (campana) battre la cloche. En effet, les sonneurs ne s'entendent plus parler quand ils sonnent les cloches à toutes volées.
Cette expression aura passé du propre au figuré pour désigner un homme étourdi, ne sachant plus ce qu*il dit. Peut-être l'expression étourdi n'a-t-elle pas d'autre origine.
« On dit qu'un auteur bat la campagne lorsqu'il perd son motif de vue et qu'il coud des accords ou des chants qu'aucun sens commun n'unit entre eux.» (J. J. Rousseau. Dict, de musique, article motif.)
' On donne encore aujourd'hui le nom de cloque à une petite tumeur, en forme de cloche.
Battre la mesure. — Indiquer par des mouvements de convention les temps de la mesure.
(Argot musical.)
Chez les anciens, le maître de musique, appelé Coryphée, était placé sur une estrade au milieu des musiciens et il battait ta mesure des pieds et des mains. Afin de mieux se faire entendre il chaussait des sandales garnies de plaques de. bois ou de fer, assez semblables aux petits tabourets que Ton met aux pieds-bots. Il frappait en même temps de la main droite dans le creux de la main gauche. Quelquefois il battait la mesure avec des* coquilles ou des écailles d'huître qu'il frappait l'une contre l'autre comme on le fait aujourd'hui des castagnettes.
En France, avant Lulli, le chef de musique battait la mesure avec un rouleau de papier. L'impétueux Florentin remplaça ce modeste rouleau de papier réglé par une canne. Il la frappait avec tant de violence sur le parquet qu'il se fit au pied une blessure dont il mourut.
Les batteurs de mesure qui suc cédèrent à Lulli remplacèrent sa canne par un gros bâton de bois dur dont ils frappaient avec force pour être entendus de loin. «Les oreilles, disait J, J. Rousseau, sont choquées de ce bruit désagréable et continuel, mais c'est un mal inévitable: sans ce bruit, on ne pourrait sentir la mesure. »
Grimm comparait le batteur de mesure de l'Opéra à un bûcheron coupant du bois.
Aujourd'hui, dans tout orchestre qui se respecte, le chef de musique n^a plus besoin de battre la mesure f comme on bat le tambour^ pour faire marcher au pas des recrues. La canne de Lulli est devenue Tapanage de nos tambours-majors et le bruyant gourdin des bûcherons lyriques a fait place au fragile archet dont les mouvements décrivent dans l'air les plus capricieuses arabesques destinées à mimer sans bruit toutes les délicatesses du rythme.
Nos chefs d'orchestre considéreraient comme une injure d'être traités de batteurs de mesure. Pourquoi ont-ils donc conservé dans leur jargon l'expression : Battre la mesure ?
Battre la mesure sur le dos. — Jouer sur les omoplates de son prochain le rôle des anciens batteurs de mesure qui s'escrimaient à coups de bâton sur la carapace du souffleur. (Argot populaire.)
Dans son étude sur le rôle des coups de bâton dans les relations sociales, V. Fournel raconte qu*à la suite d'un concert où il avait déployé tous. les charmes de sa magnifique voix, Caffarelli fut bâtonné à Rome, dans l'antichambre du cardinal Albani, par les estafiers de l'éminence, en retour du sans-façon dédaigneux avec lequel il avait fait attendre les plus illustres personnages de la Ville éternelle, et l'assemblée du salon applaudissait à
ses cris aigus, comme elle venait d'applaudir à son grand air, en répétant: «Bravo, CafFarelli! Bravo, Caffarelli ! »
Bec. — Partie de la clarinette sur laquelle on fixe Tanche et que Ton place entre les lèvres afirf de jouer de cet instrument. (Argot de facteurs.)
L'analogie de forme du bec de la clarinette avec celui d'un noble palmipède, ainsi que la parenté des bruits étranges qui s'échappent parfois de ces deux appendices^ sont les liens qui unissent à tout jamais dans l'esprit du peuple l'enfant de Denner et le canard.
Bécarre. — Vocable qui remplaça pendant quelque temps, dans Targot boulevardier, les termes chic, chodnosof, chouette, rupinskof, à l'oseille, épatant, aux pommes, pchutt, etc.
Bedaine. — Ventre proéminent. (Argot populaire.)
Ce mot doit son origine au bedon, gros tambour, en usage au moyen âge, que l'on battait avec deux baguettes tamponnées. Le bedon, suspendu sur le ventre de l'exécutant, lui donnait, de loin, les allures d'un Saint-Pansard bien entripaillé.
(Voir Femme du régiment.)
Bedon. — Ventre. (Argot populaire.)
Même origine que bedaine.
Il ne serait pas impossible que bedon fût une corruption (Pabdomen, endroit où Texécutant plaçait rinstrument pour bedonner.
Beffroi (Le grand). — Surnom d'un oiseau,» du genre fourmilier, dont la voix est semblable à une cloche qui sonne l'alarme. (Argot zoologique.)
Bénisseur. — Chef d'orchestre compositeur ayant l'air de pontifier devant l'autel où trône sa partition. Cest presque en se signant qu'il tourne les pages de l'œuvre sublime.
Sa dextre agite onctuoso un bâton de mesure qui affecte les allures d'un goupillon, bénissant de-ci, les musiciens qui l'ont compris, exorcisant de là les musicastres qui n'ont pas la foi.
Benzine. — Colophane mythique employée par les exécutants pour détacher les notes d'un passage de musique. (Argot musical.)
Béquet. — Feuille de papier à musique collée sur les parties afin de remplacer un passage changé par le compositeur.
Les musiciens ont emprunté cet argotisme à la langue des braves cordonniers. A leur tour, les tailleurs ont emprunté aux fils d'Orphée le mot
musique pour désigner des morceaux de drap cour sus les uns après les autres. C'est du libre échange.
Les cœurs sont bien près de s'entendre Quand les mots ont fraternisé.
Berliozisme. — Argotisme, désignant la manière musicale d'Hector Berlioz.
Berliozistes. — Partisans de la musique de Berlioz.
Autant que la vieille Egypte, le Paris artistique aie culte des morts. Vivant, Berlioz est hué, sifflé, traité de fou, de monstre, de réprouvé, de brigand de la musique. Mort, on l'acclame, on le couvre de fleurs, car le cadavre d'un ennemi doit toujours sentir bon, et les crocodiles de l'art s'assemblent pour verser un pleur final autour de la statue du grand homme.
Beuglant. — Café-concert. Argotisme créé par les étudiants du Quartier latin en l'honneur de leur concert favori du café des Folies-Contrescarpe.
Cette épithète bovine s'est appliquée peu à peu à toutes les scènes de café-concert que les puritains de l'art ont qualifiées de ce débits de musique culottée. »
Un certain nombre de compositeurs de talent et de chanteurs d'élite, Michot, Berthelier,
Marnes Ugalde, Sass, Judic, etc. n'ont pas dédaigné cependant de faire leurs premières armes au beuglant
Le café-concert, ja dit M. P. Véron, n'a pas pour but de faire descendre Fart jusqu'au trétçau, mais bien de faire monter le tréteau jusqu'à l'art.
(Voir Diva chopa.)
Beugler. — Chanter à tue-tête. (Argot populaire.)
On pourrait donner le nom d'École de Jupiter à cette race de chanteurs qui imposent à l'Europe par leur aplomb bœuf.
Une jeune anglaise prend une leçon de musique.
— Mademoiselle, dit le professeur, la première note de la gamme se nomme tonique.
— Yes, fit l'élève, je comprends... beefsteak saignant.
Billevesée, Blague, — Sornette, vante rie, mensonge. (Argot populaire.)
G. Kastner dérive billevesée du patois bourguignon vèsey outre de peau dont les cornemuseurs garnissent leur instrument.
Littré donne à blague une origine gaélique: blagh, souffler, se vanter.
Or, qu'est-ce qu'une blague, au sens propre?
Une vessie, un sac de peau destiné à renfermer le tabac du fumeur.
Le peuple, ayant remarqué une analo^ une billevesée, boule en forme d'outre ne c que du vent et une blague à tabac, ne conte de la fumée, n'hésita pas à donner ce i vessies qu'on voulait lui faire prendre i lanternes.
La seconde acception du mot blague, dar de vanterie, ne nous semble qu'un simpi' mots sur les verbes vanter et venter, ( facétie dont nos joyeux ancêtres s'étai égayés avec le verbe entonner.
(Voir Puff, du ven
Blanche. — Figure de note de musiq] deux noires ou la moitié d'une ronde officiel.)
Une couleur, signe de durée! {On est p pas égrire cette note sur papier bleu n noir.) '
Une moitié de ronde, quelque chose ci femme, portant l'attribut du sexe fort, c' le monde renversé!
Une blanche valant deux noires ! O Schi
Blouser les timbales. — En joue d'orchestre.) Mimologisme dont l'origine au jeu de billard qui contenait autrefois d tures, appelées blouses, où les billes a perdre avec bruit. Les blouses du billard
5o l'argot musical
mêmes emprunté leur nom au jeu d'estœuf ou de paume. Dans son dictionnaire étymologique, Roquefort parle de «Jeux, appelés blousés à Orléans, pour le son de Testoeuf heurtant dans le fond de ces lieux caves^ au bout desquels il y a des nattes pour rabattre le coup, afin qu'il ne rejaillist dans le jeu ; ains tombast dans le trou de la blouse, »
Plusieurs artistes distingués ont débuté dans la carrière musicale par l'emploi de timbalier. Tels sont, entre autres, le célèbre ténor Duprez et le compositeur Adolphe Adam. «Le spirituel auteur du Chalet, dit M. Oscar Comettant^ m'a avoué qu'il s'était plus d'une fois ô/om5^ lui-même en blousant ses timbales. »
Citons encore le plus excentrique des timbaliers de l'orchestre de l'Opéra, auteur de la musique de plusieurs ballets remarquables. Le nom baroque de cet artiste faisait son désespoir. On l'appelait au théâtre Chênecerf II voulait qu'on l'appelât Bertrand et il mettait sur ses cartes de visite:
SCHNEITZHŒFFER
(Prononcez Bertrand.)
Il voulut quitter sa place de timbalier qui lui était devenue insupportable, mais Habeneck, tenant à le conserver, refusa d'accepter sa démission. Schneitzhœffer résolut alors de se faire renvoyer.
«Un soir, raconte F. Halévy, pendant la représentation d'un ballet, il exécuta, au moment le plus
l'argot musical 5i
paisible d*un pas de deux gracieux, un formidable roulement de timbales, qu'il soutint avec fougue pendant deux minutes, à la grande stupéfaction d'Habeneck^ des danseuses et du public, jeta à plusieurs reprises ses baguettes en l'air, les reçut comme un jongleur et quitta l'orchestre. »
{Derniers souvenirs. F. Halévy.)
Bois (Les). — Le jargon d'orchestre comprend sous cette dénomination l'ensemble des flûtes, hautbois, clarinettes, bassons, cors anglais et même saxophones.
Remarquez que les flûtes sont en argent et les saxophones en cuivre.
Qu'importe! De par la tradition, ces instruments sont condamnés à être bois à perpétuité.
Qui sait? Peut-être ce vocable était-il, dans l'origine, la devise.de cette classe d'instrumentistes.
Siffler j flûter oni dû nécessairement être inspirés par ce mot magique; bois.
Bois (Faire suer les). — Jouer d'un instrument à vent en bois *.
L'abondante salivation provoquée par le jeu d'un instrument à embouchure finit par en humecter
* Dans l'argot des escarpes, faire suer le chêne ^ c'est assassiner.
le tube au point de faire croire qu'il dégoutte de sueur.
Cette suée n*est donc qu'une illusion; heureux quand il n'en transpire rien dans l'auditoire.
Reicha avait été invité par une société d'amateurs à entendre un de ses septuors pour instruments à vent.
Après l'exécution de Tadagio, pendant laquelle on avait vu plusieurs fois le maestro porter son mouchoir à son visage^ on lui demanda s'il avait pleuré.
— Du tout, répondit-il; j'ai sué.
Boîte à cor. — Argotisme d'orchestre désignant ce qu'on nomme ailleurs soulier j6y c'està-dire très-étroit ou bien encore prison de Saint- Crépin.
La boîte à cor était l'antithèse indispensable de la boîte à violon.
« Paêr reçut un jour cf un bourgeois gentilhomme, enrichi dans les affaires, une iilvitation au bas de laquelle se trouvait ce singulier avis :
« On est prié de ne pas venir en bottes, »
Le compositeur fit cette réponse:
«Monsieur, les souliers du maestro Paêr, fort enchantés de l'invitation particulière dont ils sont l'objet de votre part, auront, ce soir, l'honneur de s'y rendre; malheureusement^ leur maître, pris
d'une attaque de goutte^ se voit privé du plaisir de les accompagner. »
Et, à rheure dite, Paër envoya, par son domestique, sa plus belle paire de vernis chez le Turcaret tout confus. (^Petite revue,)
Boîte à musique. — Salle d'opéra ou de concert, dans l'argot des martyrs de l'orchestre condamnés à remplir l'office d'une mécanique, en soufflant ou en raclant les mêmes airs quelquefois pendant plusieurs années consécutives.
(Voir Coup de marteau.)
Boîte à musique (Chanter comme une). —
Chanter sans âme, aussi inconsciemment qu'une boite de Genève moud l'air piqué sur son cylindre.
Boîte à violon. — Grand soulier. (Argot populaire.)
Le Français, né malin, aime à renverser l'ordre naturel des choses; d'un violon, il fait un sabot ^i de sa boîte, il fait un soulier.
Il est fâcheux que la boîte à violon n'ait pas été connue au XIV« siècle, car le comte Plantagenet n'eût pas manqué de la prendre pour marraine du long soulier dont il cachait son pied difforme. « Les grands souliers (dits à la poulaine, du nom de Poulain, leur inventeur), dit M. Ch. Rozan^ firent une telle fortune qu'ils étaient devenus la mesure
de la distinction : les souliers d'un prince avaient deux pieds et demi ; ceux d'un baron, deux pieds ; d'un chevalier, un pied et demi, et ceux d'un simple bourgeois, un pied. »
Boîte à violon. — Cercueil. (Argot d'orchestre.) Allusion à la forme allongée et à la couleur lugubre dont les luthiers enduisent l'étui de sapin des violons.
Bosse musicale (Avoir la). — Avoir le génie de la musique. (Argot populaire.)
Il serait plus juste de dire (l Avoir les bosses musicales:», car, d'après les phrénologues, les organes de la musique sont au nombre de deux: celui du temps et celui des tons.
Ces deux protubérances cérébrales se trahissent, sur le front des musiciens, par un renflement situé un peu au-dessus de l'angle externe de l'œil.
« A Vienne, raconte le docteur Gall, un ecclésiastique vint me trouver ; et, sans vouloir se nommer, il me pria de lui donner quelques éclaircissements sur l'organologie. Après que je lui en eus exposé les principes généraux^ il demanda à voir quelques organes. Je lui en montrai plusieurs, tant dans les crânes que dans les plâtres. A l'occasion de l'organe des localités, je lui dis qu'il en était doué à un haut degré, et qu'il devait aimer beaucoup les voyages. Il me dit, avec joie, qu'il en était
effectivement ainsi. Lorsque j'affirmai qu'il avait aussi Torgane du sens des nombres et des mathématiques très développé, il s'élança de sa chaise^ et me dit qu'il était professeiir de mathématiques. Cependant, continuai-je, vous vous seriez davantage distingué dans la musique, surtout dans la théorie ; alors il me sauta au cou, et me dit qu'il était l'abbé Vogler. Lui-même a raconté, dans toutes les sociétés, cette anecdote qui a fait de lui un prosélyte zélé de l'organologie. »
(Voir Ouisme.)
Boucan. — Tapage. (Argot populaire.)
S'emploie quelquefois pour qualifier une musique bruyante. ,
Certains étymologistes dérivent ce mot d'une vieille danse, la ôoccane. D'autres le rattachent au ôouc, animal qui jouait un rôle important dans le sabbat des sorciers.
Ajoutons que le sabbat n'était qu'une réminiscence des Bacchanales, fêtes antiques où l'on immolait un doue autour duquel tournait en chantant le chœur tragique (du grec tragos, bouc).
De nos jours encore, faire du bacchanal et faire du boucan sont synonymes.
On voit que le boucan et la tragédie se confondent dans une commune origine.
, (Voir Bousin, Charivari^ Sabbat.)
Bouffe. — Acteur d'opéra bouffon. Argot dramatique dérivé du vieux mot buffet^ soufflet de cuisine.
Avant l'invention de cet ustensile, pos aïeux se contentaient d'allumer leur feu en gonflant les joues et en prononçant fortement les syllabes: « Buff! ou Bouffi PuffI ou Pouffîn De ces onomatopées naquirent buffer, bouffer ^ bouffée^ bouffarde^ bouffe f puff, pouffer, etc.
Quand, plus tard, le buffet fut détrôné par le soufflet, ce mot désigna, non seulement l'accessoire de cuisine, mais encore la giffle, à cause du feu qu'elle allume subitement sur la joue du patient qui la reçoit et du souffle qu'elle chasse violemment de ses lèvres.
L'ancien répertoire de la troupe des bouffons
italiens était parsemé de giroflées à cinq feuilles et,
pour en amortir les coups et en augmenter^ l'éclat,
les acteurs condamnés à les subir gonflaient leurs
joues comme des anges bouffis. D'où les sobriquets
de bouffes et de bouffons,.
(Voir Buffet, Puff.)
Boufifes (Les). — Argotisme traditionnel dont les dilettanti désignaient l'Opéra Italien de Paris, lors même que les pluies de soufflets y étaient remplacés par les coups de poignard.
Ce titre était aussi logique que celui de beaucoup de nos théâtres modernes, tels que le Vaudeville, rOdéon, la Gaité, l'Ambigu comique, etc.
Bouisbouis. — Mauvais théâtre. (Argot de coulisses.)
Bouisbouis est l'onomatopée du son nazillard produit par la pratique de Polichinelle. Appeler bouisbouis un théâtre, c'est donc l'assimiler à un théâtricule de pantins.
Charles Nodier affectionnait ce genre de spectacle.
— Comment parvenez-vous donc, demandait-il un jour à l'imprésario des Champs Élysées, à donner cette voix singulière à votre Polichinelle?
— Rien de plus simple, monsieur, il faut la pratique.
— J'entends, l'habitude. . .
— Non pas, la pratique, la voici, dit l'imprésario en ôtant de sa bouche un petit disque de fer-blanc, percé d'un trou central.
— Permettez- vous que j'en fasse l'essai?
— Volontiers. Placez-la entre les dents et les lèvres. Parlez maintenant.
— Bouis-bouis ! C'est vrai, ça va. Sapristi! Si on l'avalait!
— Bah! on s'y fait. Ainsi, celle que vous avez dans la bouche, je l'ai avalée plus de vingt fois.
Tête de l'académicien ! ,
Botim! du cygne (Pousser le). — Rendre le dernier soupir. Argotisme traduisant plaisamment
le chant suprême de Toiseau d'Apollon par Texcla-
mation favorite du garçon de café.
(Voir Cygne.)
Bousin. — Tapage. (Argot populaire.)
G. Kastner dérive ce mot du verbe bousiner ou
buisinery sonner de l'instrument à vent nommé bui-
sinèt et, en général, en vieux français, sonner de la
trompette.
Dans certaines villes, on donne à bousin la même
acception que bastringue, bal de bas étage où Ton
aime à faire du vacarme.
(Voir Boucan,)
Boyaux de chat. — Cordes à violon. Dans Targot du peuple qui trouve que le miaulement du chat se rapproche davantage du son du violon que le bêlement du mouton.
La première moitié du nom de l'auteur de la Dame Blanche, Boïel-dteu, signifiait autrefois Boyau,
Parmi les fables ridicules imaginées contre le célèbre Paganini, on répandit le bruit qu'après avoir tué sa femme^ il en avait pris les boyaux pour monter son violon.
(Voir Rdcleiir de boyaux^ Tord-boyaux,)
Braillard. — Mauvais chanteur. (Argot populaire.)
« Il faudrait faire à MM. les chanteurs braillards
le tour que joua Manassès à un quinze-vingt. Manassès avait acheté un superbe fromage mou et le tenait à la main; il s'approcha d'un vieux quinzevingt qu'il pria de dire un petit salve à son intention; pour ce faire, il lui mit un beau jeton au creux de la main. Le pauvre, ayant accordé ses badigoinces, griguenotait ce salve avec une voix horrifique à laquelle Manassès s'accordait. Comme on fut venu au verset qu'il se faut égueuler de crier et qu'il eut ouvert amplement la gorge et desserré . la gueule assez grande pour y enfourner un demialoyau, les babines étant disjointes d'un demi-pied et demeurant ouvertes en cette belle extase de chant royal, Manassès lui va flanquer ce fromage mou dans le bagoulier si proprement, qu'il entra tout, et rien n'en sortit que ce que le triste et malheureux criard fit choir, estimant avoir la bouche pleine d'une autre mixtion de plus haut goût.^
{Dictionnaire burlesque, Clédeçol.)
Braillardocratie. — Nébuleuse de braillards.
(Argot de critiques.)
«Leur donne-t-on le fouet dans la coulisse?
Tous ces acteurs entrent en scène en criant.» Telle fut la question d'un anglais assistant à une bruyante représentation de Castor et Pollux de Rameau.
Le docteur Aldo, dans son dictionnaire musicohumoristique, a dressé le bordereau des valeurs
échangées par un des membres de la braillardocratie contre 100.000 francs d'appointements.
Cris. , . n,387,;3
Fausses noies 8,229,4^
Faules de mesure g,4ï8,g5
Contre-sens io,8î5,5o
Contorsions et grimacei '. . . J,îi7,3i
Rhythme î,i5
Accent 1,85
Expression gS
Justesse 2.25
Talent i,5o
Prëtenlions pour solda ... - - 54,902,35
Somme égale pour balance . . 100,000,00 fr.
Brailler. — Chanter. (Argot populaire.)
«Un chanteur, dpnt la voix excentrique et formidable échappait à toutes les classifications, voulant savoir à quoi s'en tenir sur la qualité de son timbre, alla frapper à la porte de Chérubin!. Par miracle, ce jour-là, le maestro était de bonne humeur. U reçut le visiteur à merveille.
■— Mettez-vous au piano et chantez, lui dît le célèbre bourru.
Ravi de cet accueil inespéré, le chanteur s'en donne à pleins poumons, de façon à ébranler les fondements du Conservatoire,
^'~-is m'avez entendu, demanda-t-il à Cheruqu'il eût fini de chanter.
tainement.
l'argot musical 6i
— Eh bien, illustre maestro, tirez-moi d'embarras. A quel emploi dois-je me destiner?
— A l'emploi de commissaîre-priseur. »
{Le Tintamarre *.)
Bran de scie. — Couche de colophane que le frottement de l'archet dépose à la longue sur la table d'harmonie d^un instf ument à cordes. (Argot d^orchestre.) *
Le mot bran, d'origine celtique, signifie en gaélique, son.
Le bran de scie des scieurs de bois de l'orchestre,
c'est du son transformé en farine.
(Voir Colophane.)
Brandillante. — Clochette ou sonnette, dans l'argot distingué des gens qui appellent leur montre une branlante.
Bravoure (Air de). — Air à roulades destiné à solliciter les bravos. (Argot de dilettantes.)
— Papa, c'est le ténor qui va chanter. Pourquoi appelle-t-on ça un air de bravoure F'
- Ma fille, c'est à cause du courage qu'il faut avoir pour l'entendre jusqu'au bout.
* L'auteur de cette anecdote n*a pas songé sans doute au rapport qui existe entre l*art du chant et l'opération de vendre à Vencan (du latin, in cantus^) vendre en chantant, parce que le crieur élève la voix comme un chanteur.
62 lVrgot musical
Brioche (Faire une). — Commettre une faute, une maladresse. (Argot des bourgeois.)
C -est à l'orchestre de TOpéra que cette locution prit naissance.
Au temps où cet orchestre he se composait que de symphonistes médiocres, ces musiciens, pour s'obliger mutuellement à une attention soutenue, frappaient d'une amende de six sous tout artiste commettant une faute en public. Au bout de chaque mois, le produit de ces amendes était employé à l'achat d'une immense brioche que les musiciens mangeaient en commun. A cette collation, les amendés portaient à la boutonnière une petite brioche en carton.
Le public connut ce détail et, chaque fois qu'un musicien se trompait, un spectateur ne manquait jamais de s'écrier: Bon! Encore une brioche! et l'expression fut consacrée.
De nos jours, les musiciens font encore des brioches, mais c'est le public seul qui les avale.
Broderies. — Fioritures, notes d'agrément, ornements, suivant le docteur Aldo, qui enlaidissent presque toujours l'étoffe du compositeur. (Argot musical.)
Les musiciens ayant emprunté ce :niot à T industrie, celle-ci, en revanche, leur, eimprunta le tambour dont elle fit un métier à broder.
Brodeur, brodeuse. — Exécutant atteint de la manie d'enjoliver la musique en y ajoutant des notes étrangères.
En argot populaire, broder c'est mentir.
Dans une des soirées de Rossîni, une chanteuse venait de défigurer un des plus beaux airs du Barbier de Séville, en le brodant à sa façon.
— Brava! lui dit le maestro, de qui donc est ce morceau?
Brutal (Le). — Le canon. (Argot populaire.) Cet instrument exécute la partie principale dans les orchestres du Concert européen.
« Je devins artilleur sans passer de concours. L'artillerie ou l'art musical c'est toujours Du train, n'est-il pas vrai? D'ailleurs Sainte-Cécile Est sœur de Sainte-Barbe. Il est plus difficile De jouer du canon que du cor, voilà tout.
Pour l'instrument rayé je n'avais pas grand goût; Sa musique infernale était trop mal doigtée.
Quand je sus couramment déchiffrer la portée, On me fit répéter pendant près de deux ans La pièce qu'on allait monter. Ouf! nieâ enfants! Ça coûte cher la note. »
{Rémi le timbalier, Paris-orchestre. E. Gouget.)
Malgré son caractère peu musical, k brutal a été employé par plusieurs compositeurs.
«Ce fut, dit Lichtenthal, un Italien, le célèbre
Sarti, maître de chapelle, qui tenta, le premier, cette innovation. En 1788, lors de la fête célébrée à Saint-Pétersbourg pour la prise d'Okzakow, il composa un grand Te Deum qui fut exécuté dans le château impérial par une nombreuse réunion de chanteurs et d'instrumentistes, auxquels se joignit un orchestre de cors russes. Pour augmenter l'effet de cette musique grandiose, Sarti fit placer dans la cour du château des canons de différents calibres, dont les coups, tirés en mesure à des intervalles donnés, formaient la basse de certains morceaux. » {Dictionnaire de musique^
En 1792, la France donnait à ses frontières un grand concert vocal et instrumental. On y exécuta la Marseillaise avec accompagnement obligé de clarinettes de cinq pieds. Le canon faisait la basse continue.
Au mois d'août 1794, la Marseillaise fut chantée officiellement dans le Jardin des Tuileries, pour célébrer la victoire de Fleurus. L'hymne de Rouget de risle y fut exécuté par quinze cents musiciens, avec accompagnement de sonneries de cloches et de coups de canon. Après le festival, Gossec qui l'avait dirigé, s'écria: «C'est dommage, mes artilleurs ne sont pas partis en mesure; une autre fois, je ferai faire leur partie par la grosse caisse.»
Pendant l'exposition de 1867, l'État commanda à Rossini un hymne à la paix. L'immortel railleur, prévoyant les orages futurs qui allaient fondre sur
Tempire, agrémenta cet hymne pacifique^ en l'accompagnant de sonneries de cloches et de coups de canon. <( Excusez du peu ! ... »
Enfin, en 1870, pendant le siège de Paris, on donna un concert dont le produit fut destiné à fondre un bridai que Ton baptisa du nom de canon Beethoven.
«Sous l'invocation du grand dieu de l'art, du Jupiter tonnant de la musique, s'écriait A. de Lasalle en rendant compte de ce concert, il va donc être lancé sur les Allemands des choses de fer ayant la forme de ce qu'à la classe de solfège, on appelle des rondes. »
(Voir Clarinette de cinq pieds, coup de pistolet.)
Bruyant. — Tambour. (Argot populaire.) Chassé de la rue, à cause de sa bruyance, le tambour se réfugia au théâtre. Il y débuta, en 1706, en imitant modestement les sourds grondements du tonnerre, dans la tempête de l'opéra d'Alcyone. Peu à peu, ses baguettes s'enhardirent, ses fia et ses ra s'imposèrent. Vainement un fanatique tenta d'assassiner Rossini, coupable d'avoir commencé son ouverture de la Gazza ladra par un roulement de tambour. Rien i^e put intimider le bruyant, habitué à braver les orages. Il obtint qu^Auber lui confiât un rôle principal dans son ouverture de Fra Diavolo. Enfin Meyerbeer, dans son Étoile du Nord, lui fit rouler le: Quô non ascendam?
f" 66 l'argot musical
Aujourd'hui, il n*est pas rare de voir défiler sur la scène un bataillon de tapins dont les batteries font danser les flammes de gaz du lustre et tressauter allègrement le tympan tanné de l'auditoire. Le bruyant est à l'apogée de sa gloire.
Buffet. — Orgue de barbarie. (Argot populaire.)
On connaît la définition classique du buffet: un endroit où l'on vend aux gens qui passent des aliments qui ne passent pas.
Des étymologîstes fantaisistes ont cherché à établir une parenté entre les deux buffets^ en se basant sur l'habitude qu'ont les joueurs d'orgue de se servir de leur instrument comme d'un gardemanger, en y fourrant, après la mouture, les provisions de bouche qu'ils ont récoltées dans leur tournée. ,
Cet argotisme dérive simplement du vieux mot buffety désignant un soufflet, accessoire, comme on le sait, indispensable au joueur d'orgue pour fricoter sa cuisine barbaresque. •
Malheureusement, comme l'accordéon, \t,. buffet ^ di^t M. P. Véron, est un soufflet .dont on n'a pas le droit de demander raison
Cacaphonie. — Corruption de Cacophonie^ usitée par des personnes peu hellénistes, pour qualifier un assemblage de sons discordants.
Cacophonie (Kakos, mauvais, phôné, son), c'est le (( la garde meurt et ne se rend pas » du charivari. Cacaphonie en est la version primitive.
Cadence de cigale. — Trille vocal frelaté, fait en répétant la même note.
Cet argotisme, forgé par Stéphen de la Madeleine, fait allusion au chant solinote de la cigale.
Les chanteurs dissimulent cette ficelle vocale en terminant leur trille par une fusée de notes et le public en voit trente-six chandelles.
Cadence ou Trille du diable. — En Italien, cadenza del diavolo. Cadence inventée par le violoniste Tartini, consistant à triller de deux doigts sur une corde, pendant que les autres doigts exécutent un chant sur la corde voisine.
L'origine diabolique de ce trille fut racontée en ce^ termes à l'astronome Lalande, par Tartini lui même.
«Une nuit (en lyiS), je rêvais que j'avais fait un pacte et que le diable était à mon service, J'imagi-
nai de lui donner mon violon pour voir s'il parviendrait à me jouer quelques beaux airs; mais quel fut mon étonnement^ lorsque j'entendis une sonate si singulière et si belle, exécutée avec tant de supériorité et d'intelligence, que je n'avais même jamais rien conçu qui dût entrer en parallèle.
J'éprouvai tant de surprise, de ravissement, de plaisir, que j'en perdais la respiration. Je fus réveillé par cette violente sensation. Je pris à l'instant mon violon, dans l'espoir de retrouver une partie de ce que je venais d'entendre; ce fut en vain. La pièce que je composai alors est, à la vérité, la meilleure que j'aie faite et je l'appelle encore la soHate du diable, mais elle est tellement au-dessous de celle qui m'avait si fortement ému, que j'eusse brisé mon violon et abandonné la musique, s'il m'eût été possible de me priver des jouissances qu'elle me procurait. » (Lalande. Voyage en Italie^ (Voir Musique du diable,)
C. a. ï. d. — Facétie d'orchestre qui ne manque jamais de se reproduire chaque fois qu'on interprête l'Opéra d'Haydée, d'Auber.
— Prenez l'ouverture d'Haydée, s'écrie le chef d'orchestre.
— L'ouverture du Caïd? répondent invariablement les musiciens.
— Du tout, Haydée.
— Eh bien, oui, le Caïd.
— Ah! ça, vous moquez-vous?
— Nullement. Le Caïd, c, a, i\ d, (c'est Haydée.)
Caisse (Bander la). — Filer Belgique en emportant la caisse. (Argot de banque.)
Allusion aux tambours de régiment qui tendent les cordes de leur caisse pour battre la retraite ou donner le signal de lever le camp, (Le peuple dit ficher le camp pour s'en aller.) '• (Voir Fugue.)
Caisse (Battre la). — Aller chercher de l'argent. (Argot des tambours de la garde nationale.) (Del veau. Dictionnaire de la langue Verte.)
Caisse (Sauver la). — Synonyme de bander la caisse.
Argotisme inspiré par le « Sauvons la caisse 1 » du fameux Bilboquet de la pièce des Saltimbanques.
(Nota, — La caisse de ces derniers n'était qu'un modeste tambour.)
Campane. — Chaudière des savonniers. (Dictionnaire analogique. Boissière.)
Argotisme de métier fondé sur une analogie de forme avec la cloche (Campana).
(Voir Battre la campagne.)
Campane. — Tumeur en forme de cloche sous la pointe du jarret des chevaux. (Arg. d. vétérinaires.)
(Voir Cloque.)
Canard. — Fausse note échappée d'un instrument à vent, pendant l'exécution d'un morceau. (Argot d'orchestre.)
Quand les lèvres du clarinettiste ou du hautboïste ne serrent pas suffisamment Tanche de leur instrument, ils produisent un son analogue au coincoin du canard.
Les Grecs prenaient l'oie (Kên) comme terme de comparaison et us disaient Kênidzô pour tirer de la flûte des sons nasillards semblables au cri de Toie.
Vaucanson a fait un canard mécanique qui mangeait, digérait, nageait, plongeait, possédant en un mot toutes les qualités d'un véritable palmipède, sauf qu'il ne pouvait s'accommoder aux navets. L'illustre mécanicien a manqué de logique. A la place de son fameux flûteur, il aurait dû construire un joueur de clarinette: son canard eût été une conséquence de sa première invention.
Canarder. — Faire éclore un canard. (Arg. d'orch.)
Le nid de Canetons.
Barbotant, la cane légère Plonge et picore au fond des eaux.
Elle a caché sous les roseaux Ses œufs dans un nid de fougère.
Soudain, ô bonheur éphémère!
Un coup de feu lui rompt les os.
Le soir, aux navets, des bourreaux Accommodent la pauvre mère...
JL' ARGOT MUSICAL 7I
Orphelins, qui vous couvera ?
De votre nid vert on fera Des anches pour les clarinettes.
Vous éclorez, ô canetons,
Dans quelque bouibouis à saynètes
En canardant sur tous les tons.
Paris- Orchestre, E. Gouget.
(Voir Clarinette de cinq piedSy Conac.)
Canari. — Imbécile, dans l'argot des bourgeois que le mot serin effarouche. (Voir Serinage.)
Cancan. — Danse populaire qui, selon F. Michel, est ainsi nommée, soit parce que les exécutants imitaient la démarche et le cri de l'otCf soit par suite du bruit qu'ils Caisaient.
Quelques étymologistes prétendent que ce mot serait éclos au milieu des disputes qui agitaient les savants du XVP siècle, au sujet de la prononciation du latin. Ram us voulait que le mot quamquant fût prononcé quouam-quouam, tandis que la Sorbonne opinait pour dire kankan.
On dit encore aujourd'hui faire un grand cancan dequelqtie chose, c'est-à-dire faire beaucoup de bruit pour rien, et cancaner, c'est-à-dire faire comme les portières qui, sous prétexte de sauver encore une fois le capitole dont elles ont la garde, se livrent à une foule de cancans qui mettent souvent les locataires en fuite.
Canon. — «Pièce de musique dans laquelle la
mélodie s'accompagne par elle-même, étant prise
successivement par deux, trois ou un plus grand
nombre de voix ou d'instruments, à la distance d'un
certain nombre de temps ou de mesures. »
(F. J. Féiis. Dictionnaire de musique.)
Tout le monde connaît le canon de «Frère Jacques, dormez-vous?»
Les commentateurs ne sont pas d'accord sur l'origine du canon, J. J. Rousseau et les musicologues qui l'ont copié, tout en le maltraitant, affirment qu'on mettait en tête de ces sortes de fugues certains avertissements qui marquaient comment on devait les exécuter; et ces avertissements, étant proprement les règles de ces fugues, s'intitulaient canom) règles, canons. De là, prenant le titre pour la, chose, on a, par métonymie, nommé canon cette espèce de fugue.
Ajoutons qu'en 1474, J. Tinctor, dans son « Termtnorum musicœ diffinitorium » désigne sous le nom de canon la formule obscure qui servait de clef pour déchiffrer les canons énigmatiques. Cette formule se composait d'une devise, d'un vers latin.
D'un autre côté, F. Génin, prétend qu'on n'a pu donner le nom solennel de canoni, règles, à ces deux ou trois croix ou lettres qui indiquent, dans un canon ordinaire les entrées successives des parties. Il préfère tirer de l'artillerie l'étymologie de canon, où les voix, partant l'une après l'autre, ont une certaine analogie avec la canonnade.
Cette opinion n'est point en désaccord avec l'histoire, carie chant du coucouy cité par M. H. Lavoix, dans son histoire de la musique, comme le plus ancien canon, n'est pas antérieur à l'invention de l''artillerie. (1346.)
Dans l^argot populaire, un canon c'est un verre de vin. Ici, rien de l'artillerie. Impossible de comparer un verre de vin à un Krupp dont le boulet rouge se lance à la force du poignet au fond de l'estomac.
Ici canon veut dire règle, règlement et quelquefois dérèglement.
(Voir Brutaîf Écrevisse.)
Cantonnade (Chanter à la). — Chanter dans la coulisse avant d'entrer en scène, ou remonter la scène pour s'adresser à un. personnage dans la coulisse.
Carillonner (Se). — Se battre. (Argot populaire.) Généralement on se carillonne après s'être agonisé d'injures, et les quatre poings des carillonneurs font l'office des quatre battants auxquels le carillon doit son nom. {Quadrilio, quaternaire.)
Carotte dans le plomb (Avoir une). — Etre enroué, ne pas pouvoir chanter.
Synonyme aggravant de avoir wi chat dans la gouttière, (Voir ce mot.)
Carreau (Le). — Lieu de réunion adopté par les musiciens d'orchestre de la banlieue de Paris pour se faire engager. Ce lieu de rendez-vous est la rue du Petit- Carreau. Le dimanche matin, les trottoirs de cette nouvelle rue des Ménestriers sont pavés de musiciens, accourus au carreau pour se faire embaucher par les chefs -d'orchestre et, quelquefois aussi, se faire carotter par les entrepreneurs de soirées chorégraphiques.
Cascades. — Charges fantasques auxquelles se livrent parfois les chanteurs d'opérette, (Argot dé coulisses.)
Le mot cascade, dit M, A. Bouchard dans sa Langue théâtrale, est parfait d'applicatiçn ; la cascade tombe de haut en bas; nous croyons que, de ce côté, l'art dramatique et l'art musical font de même.
Les cascades, ajoute l'impitoyable docteur Aldo, devraient valoir à ceux qui les font des chutes aussi profondes que celles du Niagara.
Casse-cou. — Passage dangereux d'un morceau de musique, souvent fatal aux meilleurs exécutants. (Argot musical.)
oitrine ou casse-g... — Morceau écrit lour la voix. (Argot musical.) ipositeurs qui écrivent de pareille mu-
sique peuvent être comparés à des cantonniers lyriques (de cantus, chant) dont le rôle est de casser des diamants sur la route de Tart.
Pour se soustraire à leurs atteintes, le chanteur n'a d'autre ressource que de changer de registre, ce qui transforme les casse-poitrine en casse-tête.
Castagnettes (Agiter ses). — Se dit d'un danseur maigre, par allusion au claquement des os qui s'entrechoquent.
Tout le monde sait que castagnette vient de l'espagnol castanea, châtaigne. En effet, les écales d'un marron sont creuses et arrondies comme une paire de castagnettes.
Cette expression s'emploie également comme synonyme de battre la générale avec ses dents,
«Il prit le verre en tremblant et but à petites gorgées, pendant que ses dents jouaient des castagnettes sur le cristal. » (Ad. Paul.)
(Voir Astiquer ses flûtes.)
Caveau. — Société de chansonniers qui auraient dû pousser la logique jusqu au bout en remplaçant la chanson par la Cavatine,
Le vieux caveau fut fondé, Fondé vers mil sept cent trente, Par Piron, Collé, Vadé, Et leur cohorte chantante.
A Vadé, Collé, Piron, Succèdent au rang suprême Désaugiers, Brazier, Laujon, Enfin Déranger lui-même.