‹ L'argot musicalChapitre 18 sur 34 · XXIV PRELUDE · texte numérisé non relu

XXIV PRELUDE

un quatuor, un quintette, un charivari ou un grand opéra.

Partisans du libre échange, les peintres et les musiciens troquent leur gamme des couleurs et leur palette des sons. Les virtuoses jouent d'un instrument comme les joueurs musiquent leurs cartes; les pianistes jouent aux dominos ; les contrebassistes rabotent l'armoire comme de simples ébénistes.

Pénétrez dans les cuisines musicales ; quels bruits, quel tohu-bohu ! Les cordons bleus de l'art du chant apprêtent leur filet de vinaigre et leurs citrons; r organiste , assis devant le buffet, travaille à son pétrin ; le timbalier nourrit ses trémolos en blousant ses chaudrons ; le triangle fait vibrer son troispieds, et les croque-notes prennent le la de la fourchette harmonique pour accorder la flûte à l'oignon si chère à /'école du civet sans lièvre.

Non contents de faire subir des emprunts forcés à tous les corps d'état, les musiciens mettent en coupe réglée le glossaire de la musique des bêtes. Les chanteurs chevrotent, beuglent, roucoulent, ânonnent la musique enragée qu'on leur a serinée et font une concurrence déloyale aux sirènes de moulin et aux rossignols à glands. Et pour accompagner cette ménagerie vocale, les pianistes barbotent en taquinant les dents d'éléphant, les flûtistes soufflent dans leur os à moelle, les fifres agacent leur perceoreille, les clarinettes canardent, les violons s' es-

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