C. Delavigne
U airain retentissant dans sa haute demeure, Sous le marteau sacré tour à tour chante et pleure.
Lamartine.
Un chimiste critiquait un jour cet argotisme devant un classique et lui faisait remarquer que le bronze des cloches est un alliage de 78 parties de cuivre et de 22 parties d'étain.
l'argot musical i5
— Eh! bien, lui répondit le favori d'Apollon, notre airain n'est-il pas conforme à votre alliage? La première syllabe air ne dérive-t-elle pas du latin œs, œris, cuivre et la seconde ain ne contientelle pas un peu d'étain?...
Alléluia (Entonner T). — Célébrer une personne ou une chose, les prôner à l'excès. Locution empruntée au chant hébraïque dont la signification est louange de Dieu*
Ame. — Petite pièce de sapin cylindrique posée dans l'intérieur des instruments à chevalet et reliant le fond à la table d'harmonie. (Argot des luthiers.)
C'est peut-être de ce néologisme, aussi métaphysique que la psyché des fabricants de meubles, que dérive l'expression avoir l'âme chevillée dans le corps.
Amen. (Chanter). — Ponctuer de «Très bien! » et d' «A merveille!» les paroles de quelqu'un, de la même façon que les fidèles répondent aux prières liturgiques par le mot hébreu amen, signifiant ainsisoit-il!
1 Les anecdotes données sous la rubrique Musicorama sont extraites d'un de nos ouvrages en cours d'exécution.
i6 l'argot musical
Puis ils rêvèrent en silence; On n'entendit plus que le pas Des chevaux marchant en cadence ; Le brigadier ne parlait pas.
Mais, quand revint la pâle aurore, On entendit un vague son :
« Brigadier, répondit Pandore, Brigadier, vous avez raison. »
G. Nadaud.
Andalouserie. — «Romance mi-sentimentale, mi-cavalière, comme on en chante dans les cafésconcerts, et où il est toujours question du «beau ciel de l'Andalousie», des «beaux yeux des brunes Andalouses» et où le héros s'appelle toujours Pedro et l'héroïne Paquita.» (Argot des bourgeois.)
(Delvau. Dictionnaire de la langue Verte.)
Anonner. — « C'est déchiffrer avec peine et en hésitant la musique que l'on a sous les yeux. »
(J. J. Rousseau. Dictionnaire de musique.)
Un élève ânonnait péniblement un solfège devant son professeur impatienté.
— Ha ça! s'écrie celui-ci, mais vous ne savez plus vos notes?
— Pardon, m'sieur.
— Voyons ça. Répondez: combien y a-t-il de notes dans la musique?
— M'sieur, cela dépend de la longueur du morceau.
{Musicorama .)
Antienne (Chanter une). — Synonyme de chanter une gamme. (V. ce mot.)
On entend par antienne les paroles qui se chantent au commencement de chaque psaume
Chanter toujours la même antienne, c'est chanter toujours la même chanson, le même refrain, défaut qu'évitent avec soin les amateurs de l'harmonica bachique. (V. ce mot.)
Entonnons, en buvant, Une joyeuse antienne, Mais souffrez que. la mienne, Amis, se chante avant.
Désaugiers.
Apollon (Disciple ou favori d'). — Poète ou musicien. (Argot des poètes classiques.)
Par quelle aberration les poètes ont-ils choisi pour patron ce sinistre pinceur de lyre dont la fable étale complaisamment les forfaits ?
L'écorcheur du satyre Marsyas et l'assassin de la fille d'Amphion, coupables tous les deux d'avoir osé douter de son talent de virtuose, eut un digne émule en la personne de Néron qui punissait de mort les Romains, dont les battoirs avaient omis de claquer en son honneur.
Bien que ce mythe soit légèrement démodé, les allégoriciens de la peinture et de la statuaire ne continuent pas moins à glorifier le divin Phoebus
et son cheval frisé, en étalant sur les murs de nos monuments publics l'apothéose de ce Don-Quichotte lyrique.
Appeler Azor. — Siffler. (Argot de coulisses.)
On disait autrefois appeler Tarqutn. Voici l'origine de cette expression :
ce Un jeune homme, ayant plus d'avantages extérieurs que de talents, jouait la tragédie, vers 1733 à 1736, au Théâtre-Français; son nom de guerre était comme le mien: Fleury. Le public l'avait pris en grippe. Ce comédien avait un père aubergiste et de plus cent-suisse du roi. Ainsi que tous les pères, il croyait au talent de son fils, attribuant à la cabale le bruit injurieux dont on accueillait celui-ci.
Une fois il veut y mettre fin. 11 endosse son uniforme, fourbit son épée et, en compagnie d'un magnifique chien, il se rend dans les coulisses du théâtre. Bien entendu que le superbe Tarquin est tenu en laisse. On craignait cet homme, dont le caractère était indomptable, et on le laissa se placer à sa fantaisie, après s'être assuré de la captivité de son compagnon. On jouait Iphigénie en Aulide. Le roi des rois avait éveillé Arcas, Ulysse venait de parler politique, Achille paraissait. (Achille, c'était mon homonyme.) Le parterre lui fit entendre à sa manière qu'il le reconnaissait. Fleury, en homme accoutumé, n'y fit pas autrement attention; mais
le père se lève furieux. Dans l'action, le chien s'échappe; il court à son jeune maître, flaire les personnages, remue joyeusement la queue et lèche les mains du fils de Thétis. Certes, les chiens pouvaient être de coutume chez les Grecs , et tout le monde connaît l'histoire de celui d'Ulysse; mais les spectateurs, peu touchés des tendres caresses de Tarquin, n'en continuent que de plus belle. Les entrailles paternelles s'émeuvent, le cent-suisse ne peut se contenir; il tire son épée, il va y avoir du sang répandu. . . quand Gaussin s'approche de lui, retient son bras, et avec cet accent qu'on lui connaissait:
— «Eh, Monsieur! on avait aperçu votre chien: ne comprenez- vous pas qu'on appelle Tarquin?»
Le pauvre père, désarmé, crut d'autant plus cela que Fleury, embarrassé de la bête, criait du théâtre aussi haut que son rôle:
— « Sifflez donc, mon père, sifflez donc ! »
Et le père de se joindre au chorus général, et, par amour paternel, de siffler de toutes les forces d'un cent-suisse.
Depuis, chaque fois que pareille tempête se déchaîne contre un comédien, on nomme cela, en langage de coulisse : appeler Tarquin,
(Kleury. Mémoires.)
Quand le public appelait Tarquin ou Azor, le compositeur Sacchini continuait de battre la mesure
sur le parquet avec sa canne; Cimarosa maugréait et jurait comme un païen entre ses dents; Saliéri restait calme et impassible; Piccini, pour se donner une contenance, croquait des dragées; Païsiello se bourrait les narines de tabac d'Espagne; Rossini se levait et saluait profondément, ce qui désarmait le public.
Archet chauve. — Se dit d'un archet "qui a perdu ses crins dans le feu des batailles harmoniques. (Argot d'orchestre.)
Cet argotisme est la conséquence forcée de crinière pris dans le sens de chevelure.
Le nombre des crins employés dans la confection des archets varie de 175 à 260, selon la grosseur des crins ; le nombre des cheveux plantés sur une tête humaine est d'environ 140,000. Vérifiez.
Archet d'Apollon (L'). — Tourte dont les poètes classiques ont gratifié le dieu de la musique, croyant de bonne foi que l'écorcheur de Marsyas jouait sur un Amati.
Cette boulette poétique rappelle l'anachronisme commis par le peintre Dominiquin faisant exécuter à Sainte-Cécile un concerto de violoncelle.
Arçon. — a U Arçon est une espèce d'archet d'une grande dimension, qu'on suspend au plancher vers le milieu, afin de pouvoir le placer dans
toutes les directions possibles. Cet archet est situé au-dessus d'une table recouverte d'une claie d'osier fine et assez serrée pour ne laisser passer que les ordures. On place les poils sur cette claie, on fait entrer la corde de l'arçon dans le tas et, sans qu'elle en sorte, on la met en jeu à l'aide d'une coche } sorte de fuseau en bois dur, terminé à chaque extrémité par un bouton en forme de champignon. C'est en accrochant la corde avec ce bouton et en la tirant fortement qu'elle finit par glisser sur le bouton et qu'elle entre en vibrations d'autant plus accélérées que le mouvement de Yarçonneur a été plus brusque. »
Manuel du fabricant de chapeaux. Cluz et J. de Fontenelle.)
Ajoutons, pour compléter ces renseignements, que la corde fixée à Y arçon est une corde à boyau que les arçonneurs nomment chanterelle.
Au XIIIe siècle, l'archet des musiciens portait le même nom que l'outil des chapeliers. Comme l'indique leur commune étymologie latine, arcus, arc y ces deux sortes à! arçon affectaient à l'origine une forme cintrée qui s'est modifiée avec le temps *.
1 La pièce de bois cintrée qui soutient la selle du cheval est le seul arçon qui n'ait point renié son étymologie.
Dans l'argot des voleurs, dit Vidocq, faire Varçon, c'est faire le signal de reconnaissance qui est le bruit d'un crachement et le dessin d'un c {arcus, arc) sur la joue avec le pouce.
On voit que Y arçon des chapeliers est un véritable monocorde dont les vibrations, destinées à séparer les matières laineuses des substances étrangères, sont provoquées par un plectre en bois. Le nom de coche, donné à ce plectre, semble indiquer qu'il ne se composait primitivement que d'un simple morceau de bois dans lequel on avait pratiqué une entaille.
Que le lecteur nous pardonne ces détails, mais il nous a semblé piquant de constater dans l'atelier des fabricants de chapeaux du XIXe siècle les derniers vestiges de la lyre d'Apollon.
(Voir Violon.)
Aria. — Situation embarrassante et ennuyeuse. (Argot populaire.)
Dans son Glossaire du centre de la France , le comte Jaubert remarque qu'arria, embarras, attirail, ressemble au vieux mot français arroi, train, équipage.
Aria serait plutôt proche parent de désarroi, à moins qu'il ne soit une maligne allusion à l'embarras et à l'ennui qu'éprouve un chanteur inexpérimenté en présence d'un aria (air), qu'il doit déchiffrer à première vue.
Armer la clef. — «C'est y mettre le nombre de dièses ou de bémols convenables au ton ou au mode dans lequel on veut écrire de la musique.» (J. J. Rousseau. Dictionnaire de musique.)
Les dièses et les bémols que Ton rencontre dans le cours d'un morceau ont été baptisés du sobriquet $ accidents, sans doute à cause de ceux qu'ils provoquaient autrefois pendant l'exécution.
Mlle Latifol, maîtresse de piano.
Fa dièse.