‹ L'argot musicalChapitre 27 sur 34 · CABINET DE CONSULTATIONS · texte numérisé non relu

CABINET DE CONSULTATIONS

Mélodies secrètes.

Mélomane. — Aimant la musique avec passion. Argotisme forgé du grec melos, chant et mania, manie.

On dit également musicomane ou musicophile. , Un jour, après avoir entendu la symphonie avec chœurs de Roméo et Juliette, un mélomane dit à Berlioz :

«Vous devriez écrire un opéra sur ce sujet; à la manière dont vous l'avez traité en symphonie et

dont vous comprenez Shakespeare, vous feriez quelque chose d'inouï, de merveilleux.»

— «Hélas! répondit le maestro, où sont les deux artistes capables de chanter et de jouer les deux rôles principaux? Ils n'existent pas; et, existassentils, grâce aux mœurs musicales et aux usages qui régnent à cette heure dans tous les théâtres lyriques, si je mettais à l'étude un pareil opéra, je serais sûr de mourir avant la première représentation. »

— «Eh! bien, mourez! mais faites-le! s'écria le mélomane forcené.»

Mélomanie. — Passion de la musique.

« Un jeune musicien provençal, raconte Berlioz, sous l'empire des sentiments passionnés qu'avait fait naître en lui la Vestale de Spontini, ne put supporter l'idée de rentrer dans notre monde prosaïque, au sortir du ciel de poésie qui venait de lui être ouvert; il prévint par lettres ses amis de son dessein, et, après avoir entendu encore une fois le chef-d'œuvre, objet de son admiration extatique, pensant avec raison qu'il avait atteint le maximum de bonheur réservé à l'homme sur la terre, un soir, à la porte de l'Opéra, il se brûla la cervelle. »

(A travers chants.)

Mélophobe. — Ayant la musique en horreur. (Argot forgé du grec melos, harmonie, phobos, aversion.)

23o l'argot musical

On dit également musicophobe.

L'abbé Galiani détestait la musique française qu'il trouvait trop bruyante.

Après l'incendie de la salle du Palais-Royal, sous Louis XV, FOpéra ayant été transporté aux Tuileries, on se plaignait que la nouvelle salle fut sourde :

— «Qu'elle est heureuse! s'écria le mélophobe.»

Mélophobie. — Horreur de la musique.

(( La poésie et la musique, que l'on croirait sœurs, sont plus antipathiques qu'on ne le pense généralement.

Victor Hugo hait principalement les orgues de Barbarie; Lamartine s'enfuit à toutes jambes quand il voit ouvrir un piano; Alexandre Dumas chante à peu près aussi bien que mademoiselle Mars, ou feu Louis XV, d'harmonieuse mémoire; et moi-même, s'il est permis de parler de l'hysope après avoir parlé du cèdre, je dois avouer que le grincement d'une scie ou celui de la quatrième corde du plus habile violoniste me font exactement le même effet. »

(Théophile Gautier. Les grotesques.)

C'est ce poète mélophobe qui a trouvé cette définition:

« La musique est le plus cher et le plus désagréable de tous les bruits. »

l'argot MUSICAL 23l

Méloplats. — Sobriquet que Ton donnait en 1820 ^ux partisans de la méthode du méloplaste, système d'enseignement musical inventé par le célèbre Galin. (Argot des professeurs.)

Ménétrier. — Musicien ambulant raclant du violon dans les guinguettes. (Argot populaire.)

Les artistes emploient quelquefois ce mot, en terme de mépris, pour désigner un mauvais musicien.

. Ménétrier j autrefois ménestrier , est une corruption de ménestrel. Au XIVe siècle, les musiciens français formaient une association nommée ménestrandie.

Le quartier qu'ils occupaient s'appelait la rue des ménestriers. Cette voie, démolie il y a une quarantaine d'années, occupait l'emplacement actuel de la rue Rambuteau.

Aujourd'hui le moindre ménétrier a le droit de se considérer comme l'égal d'un ministre , puisqu'ils descendent tous les deux en droite ligne du latin minister} serviteur.

Ménure-lyre. — Oiseau chanteur de la Nouvelle- Hollande, dont les plumes de la queue, disposées en éventail, figurent une lyre à seize cordes. (Argot zoologique.)

Mère Gaudichon (Chanter la). — S'amuser, être en goguettes. (Argot populaire.)

Cette fameuse chanson de la mère Gaudichon a bien intrigué les commentateurs.

Kastner se demande si cette brave commère n'est point l'aïeule de la mère Grégoire, chantée par Béranger.

Fr. Michel prétend en avoir retrouvé l'origine dans la chanson de VAmy Baudichon, antérieure au XVe siècle.

N'est-il pas plus probable que cette mère Gaudichon dont le nom commence si joyeusement {Gaudium, joie,) et qui rime si bien à sucer le cruchon, ne soit qu'un mot macaronique forgé par quelque chantre frotté de latin, et que l'expression de chanter la mère Gaudichon ne soit qu'un synonyme à' entonner1!

(Voir Chantre.)

Messes (Chanter des). — Boire fréquemment. (Vieil argot.)

Allusion à la consécration du vin que fait le prêtre pendant la messe.

Méthode Chevé. — « Manière de jouer au billard contraire à l'usage : y jouer avec une cuiller, avec les doigts, avec deux queues, etc. (Argot des bohèmes.)

1 Les chantres affectionnaient autrefois ce langage farci macaronique, comme le prouve le proverbe: «Requiem gagne Pargent, gaudeamus le de'pense.»

S'applique aussi au bilboquet, quand on le prend

par la boule et qu'on veut faire entrer le manche

dedans. »

(Delvau. Dictionnaire de la langue Verte.)

Allusion au système usité dans l'école Galin- Pâris-Chevé, remplaçant la notation musicale usuelle par une écriture chiffrée, dont J.-J. Rousseau proposa l'embryon en 1742, d'après le père Souhaitty.

Mettre un bémol à... — En rabattre, baisser le ton. (Argot musical.)

On dit mettre un bémol h ses prétentions, à son langage, à ses passions, etc..

Allusion à la définition fossile découverte par les Cuviers de la double croche: «Le bémol est un signe qui baisse la note d'un demi-ton. — Treize mots pour trois erreurs !

Mettre un dièse à... — Hausser le ton, monter sur des échasses morales.

Cette contre-partie du bémol est basée également sur la définition classique: «Le dièse est un signe qui hausse la note d'un demi-ton. » Trois erreurs en treize mots!

Félicien David signait toujours son nom en mêlant un dièse à son parafe.

Midas. — Faux connaisseur en musique. Cet argotisme, usité par les musicistes qui aiment à combattre à armes courtoises, fait allusion à la paire d'oreilles dont Apollon gratifia le roi de Phrygie pour avoir eu le mauvais goût de préférer à son tétracorde céleste la flûte d'un vulgaire satyre.

(Voir Apollon.)

Ministérielle (Musique). — Nom donné aux charivaris offerts à un certain nombre de députés et de fonctionnaires politiques sous le règne de Louis-Philippe.

Un de ces concerts, demeuré justement célèbre dans les fastes de la musique ministérielle , fut donné par la ville d'Aix à son honorable député.

« En arrivant aux portes de la ville, raconte le biographe des contemporains, M. Thiers est fort surpris de ne pas voir la foule enthousiaste se porter à sa rencontre. Toutes les rues sont désertes; le sous-préfet seul et quelques fonctionnaires se montrent autour de la voiture du petit député. Les cloches de la cathédrale ne sont pas même en branle.

Il descend à l'hôtel, convaincu que la ville est morte ou qu'un démon jaloux de sa gloire en a subitement endormi la population. Cette erreur ne dure pas. Du bruit se fait entendre au dehors; il regarde et voit une masse considérable d'hommes et de femmes qui se rassemblent sous sa fenêtre.

— Bon, se dit-il, voici la sérénade.

En effet, mais quelle sérénade, juste ciel! M.Thiers bondit de surprise et de frayeur au début de cet étrange orchestre.

Les habitants de la ville, armés de pelles et de chaudrons, de casseroles et de pincettes, se mirent à exécuter le plus abominable charivari que jamais oreille humaine puisse entendre. Beaucoup d'entre eux s'étaient munis de cornets à bouquin. D'autres, après avoir roulé devant la porte d'énormes tonneaux vides, frappaient dessus à tour de bras avec des maillets monstrueux. C'était un orage de cris, de hurlements, de sifflements.

Il fallut boire jusqu'à la lie cette coupe amère de l'affront et de l'injure.

Les cris et le vacarme, ajoute la biographie des hommes du jour, ne cessèrent que par l'intervention de la force armée. M. Thiers s'échappa pour se rendre à Marseille; mais le même accueil l'y attendait et les symphonies reprirent de plus belle.»

(Voir Charivari.)

Mirecourt. — Violon. (Argot d'orchestre.) « Mirecourt, dans le département des Vosges, est connu par l'exploitation active et prospère d'une branche d'industrie spéciale; on y fabrique des instruments de musique, des serinettes, des orgues à cylindre, surtout des violons. »

(Fr. Michel. Dictionnaire d'argot.)

Mirliton. — Voix. (Argot populaire.) Jouer du mirliton, c'est parler ou chanter du nez, produire des sons de canard comme il en sort de la flûte à

l'oignon.

LÔ

(Voir Galoubet^

Mirliton. — ((Un curé de village, scandalisé de la chanson du Mirliton, s'éleva fortement dans un prône, contre ceux qui la chantaient. Le lendemain, une de ses paroissiennes lui demanda pourquoi le mirliton avait si fort animé son zèle. — «Ce n'est, lui dit-elle, autre chose que la gaze que je porte sur la tête.

— «Ma foi, dit le curé, je n'en savais rien; dimanche prochain, je réparerai cela. »

En effet, au prône suivant, il dit à ses paroissiens :

((Mes frères, je vous ai beaucoup gourmandes,

dimanche dernier, sur le mirliton; mais depuis que

j'ai vu celui de Mlle Javotte, j'ai trouvé que c'était

si peu de chose qu'en vérité il ne valait pas la peine

d'en parler. »

{Grand dictionnaire du XIXe siècle.)

Mirliton héroïque (Le.) — La colonne Vendôme. (Argot populaire.)

Sobriquet dû au succès exagéré de la chanson d'E. Debraux

Ah ! qu'on est fier d'être Français Quand on regarde la colooone !

Mirliton (Vers de). — Mauvais vers, de la même facture que les distiques dont on entoure les flûtes de la foire de Saint-Cloud.

((Rien n'est plus mal coupé pour la musique que les vers de mirliton donnés pour canevas aux mélodies de Rossini, de Meyerbeer. . . »

(Th. Gautier."

Misère (Chanter). — Étaler sa pauvreté, demander r aumône. (Argot populaire.)

Corruption du chant du psaume Miserere mei, ayez pitié de nous.

On dit, avec prus de justesse, pleurer misère.

Mistanflûte (A la). — ((Les Picards emploient ce mot dans l'acception de « tout de travers, »

(J. Gorblet. Glossaire du patois picard.)

Cette locution confirme notre opinion que: jouer de la flûte de l'allemand, c'est-à-dire de la flûte traversière, signifie boire de travers.

A la mistanflûte, c'est jouer de la flûte par le mitany le milieu, au lieu d'en jouer par le bout, comme on faisait de la flûte à bec.

(Voir Flûter.)

Moitié. — Epouse. (Argot des bourgeois.) Musicalement parlant, cette expression est de la plus rigoureuse justesse.

On sait que la voix de femme est à l'octave supérieure de la voix d'homme.

Sur un instrument à cordes, F octave aiguë d'un son à vide s'obtient en barrant la corde au milieu de sa longueur, de .façon à ne faire vibrer que sa moitié.

On voit qu'en matière conjugale, l'unisson est impossible, à moins que le mari ne hausse fortement la voix ou que sa moitiériQ renonce à prendre le dessus.

Monniaux. (Ce qui fait chanter les). — «Ils sont tous comme ça, disait un jour le concierge de la maison d'arrêt de Bourges, en parlant de ses prisonniers; ils veulent tous les premiers avocats, et ils n'ont pas ce qui fait chanter lès monniaux. »

(Comte Jaubert. Glossaire du centre de la France.)

Le lecteur a déjà deviné ce que le berrichon entend par ce qui fait chanter les monniaux , autrement dit les moineaux, c'est-à-dire l'argent

C'est de la même façon qu'on fait chanter les rossignols de nos scènes lyriques.

Monstre. — Paroles incohérentes qu'un maestro ajuste à un motif de sa composition pour qu'elles servent de canevas métrique au librettiste. (Argot musical.)

Voici, d'après M. O. Comettant, le monstre sur

l'argot MUSICAL 23ç

lequel un musicien pria un jour Scribe, son collaborateur, d'ajuster des paroles pleines de regrets et d'amour.

Ah ! te voilà, crapaud d'enfant, Tout barbouillé de confiture :

Tu l'aimes donc la confiture ?

Oh! oui, ça se voit, je le jure.

Chinois ! magot de paravent !

C'est dégoûtant.

Crapaud d'enfant!

Monter. — Aller du grave à Paigu. (Argot musical.)

Et pourtant, en montant une gamme, la main d'un pianiste reste horizontale, la main d'un violoncelliste descend!, . .

«Chantant sur le théâtre de Bordeaux, un acteur attaquait au-dessus du ton et s'y maintenait avec un aplomb désespérant. Après avoir vainement tenté de le faire descendre à l'unisson des instruments, le chef d'orchestre Beck, joignant la pantomime aux appels énergiques de son archet, commence par élever les bras afin de rapprocher son violon de l'oreille rétive du héros d'opéra. Peine perdue, le virtuose ne changeait pas de gamme. Beck monte alors sur sa chaise et racle à tour de bras; le public trouve la plaisanterie à son goût, il applaudit, et le chef d'orchestre, poursuivant son ascension arrive sur le théâtre et dit à l'acteur opiniâtre:

— « Puisque tu ne veux pas descendre, il faut bien que je monte; un chef d'orchestre doit suivre ses chanteurs.»

(Castil-Blaze. Acad. Imp. de musique.) (Voir Bas, Descendre, Haut.)

Motif. — « Idée principale et primitive sur laquelle le compositeur détermine son sujet et arrange son dessein ; c'est le motif qui, pour ainsi dire, lui met la plume à la main pour jeter sur le papier telle chose et non pas telle autre. »

(J. J. Rousseau. Dictionnaire de musique.)

(( Le maestro qui composa la Juive avait sans doute ses raisons, car on ne compose jamais un opéra sans motifs. »

(Gommerson. Pensées d'un déballeur.)

« Le marquis de Bièvre, rencontrant un jour Vernet au salon, lui dit d'un air mystérieux: « Je parie, monsieur, que ce n'est pas sans dessein que l'on vous trouve ici.»

(L. Loire. Anecdotes de la vie littéraire.)

Mouche. — Bourdon de vielle, corde servant

de pédale.

(Voir Bourdon.)

Moudre un air. — Jouer de l'orgue de Barbarie. (Argot populaire.)

Un matin, raconte E. de Mirecourt, Rossini entend un orgue de Barbarie moudre la romance de Guido et Ginevra :

«Hélas! Elle a fui comme une ombre.»

Le maestro fait monter le joueur d'orgue et le prend au collet: «Malheureux, dit-il, on t'a payé pour venir me donner ce charivari sous ma fenêtre... Oh! ne mens pas! Tu as reçu de l'argent pour m'écorcher les oreilles. Voici deux louis, va faire noter sur ton orgue l'air de la Gazza ladra et jouele quarante fois de suite, sous la fenêtre d'Halévy. Tu entends? Quarante fois ! Il apprendra peut-être

à faire de la musique. »

(Voir Buffet, Rémouleur).

Mouiller (En). — Expression usitée chez les musiciens d'orchestre pour témoigner de leur admiration du jeu d'un virtuose. A la vue de ces doigters fantastiques qui font perler les gouttes de sueur sur les mains de l'exécutant, on se prend involontairement à penser au joueur d'harmonica que le destin condamne à jouer au doigt mouillé et l'on s'écrie, tout saisi de vertige: lien mouille /...

Moulin à café. — Orgue de Barbarie. (Argot populaire.)

« Il ne faut pas avoir un grain de bon sens,

s'écriait un joueur d'orgue chassé d'une cour, pour

trouver que mon moulin à café ne donne pas assez

de chic aux ré ! »

Moulin à son. — Voix chantante.

C'est le frère siamois du moulin à paroles. Seulement le propriétaire du moulin à son se réserve la farine, abandonnant le son au public.

(Voir Galoubet, Mirliton.)

Musard. - Badaud, flâneur. (Argot populaire.)

L'infatigable chef d'orchestre Musard n'est pour

rien dans la création de cet argotisme, dérivé de

musard, joueur de musette, c'est-à-dire au figuré,

ne produisant que du vent.

Musarder. — Demeurer oisif. De nos jours, ce vieux verbe a été remis à. la mode avec une nouvelle acception. Musarder voulait dire fréquenter les concerts et les bals dirigés par le célèbre Musard. Les belles petites et les horizontales de cette époque s'appelaient musardines.

Musarderie. — Traduction argotique du far niente italien.

Muser. — Bayer aux corneilles, ne produire que du vent comme le joueur de musette, ou, peut-être,

bâiller, tendre le museau (musus) en l'air, ainsi qu'on regarde les tableaux d'un musée.

Museur. — Use-heures.

Museau de Chien. — Musicien. (Argot poissard datant du grand siècle.)

(( Dans le siècle suivant, dit G. Kastner, cet impertinent à peu près aurait pu passer pour un petit nom d'amitié, pour une gentillesse, puisque Mme de Pompadour, écrivant à l'un de ses plus fidèles sujets et admirateurs, l'appelait tendrement mon gros cochon.»

Musette. — Voix. — (Argot populaire.) Variante de galoubet, mirliton, moulin à son, sifflet, tube, etc.

Musette. — Sac à avoine que l'on attache au museau des chevaux et où les pauvres bêtes ne trouvent souvent que du vent, comme dans une outre de cornemuse. (Argot des cochers.)

Musette. — Bal d'Auvergnats où l'on danse au son de cet instrument.

C'est le séjour où la folie Assemble son joyeux parti; Les murs y sont tachés de lie Et les bancs de jus de rôti.

Musard, l'artiste que tu loues S'épuise le tempérament, Quand le nôtre se fait des joues Grosses comme son instrument.

Quand la recette est assurée, Le gargotier, drôle de corps, Termine gaîment la soirée En jetant son monde dehors.

Ch. Colmance. Chansons.

Musette. — Nom donné dans la Sologne à l'alouette lulu ou cujelier, à cause de son chant flûte.

Musette (Couper la). — Au propre, couper la

gorge. Au figuré, couper la parole.

Quand la poche de la musette est coupée, elle ne

sonne plus.

(Voir Couper le sifflet.)

Musette (Jouer de la). — Boire. (Vieil argot populaire.)

Sans doute parce qu'autrefois, le vin étant conservé dans des outres, ceux qui buvaient à même semblaient jouer de la cornemuse.

(Voir Entonner, Flûter.)

Musicastre. — Musicien médiocre, autrement dit castrat musical. (Argotisme créé par Castil-Blaze.)

Musicien. — Délateur. (Argot des voleurs.) Autrefois on mettait cette sorte de musiciens à la torture pour les obliger à chanter les exploits de leurs complices. Les instruments d'accompagnement usités étaient les flûtes et le psaltérion. (Voir ces mots.)

Aujourd'hui, nos mœurs judiciaires s'étant adoucies, le chant des musiciens est simplement précédé d'une ritournelle de harpe, accompagnée au besoin par un chœur de cigales. (Voir ces mots.)

Musicien. — Joueur qui se plaint. (Langue

verte.)

(Voir Déchanter.)

Musicien. — Dictionnaire. (Argot des voleurs.)

Il n'est pas probable que ce soit au dictionnaire académique que MM. les grinches aient songé à faire allusion.

Nous croyons plutôt qu'ils ont voulu désigner le dictionnaire de la rousse, non la populaire encyclopédie du XIXe siècle, mais le répertoire alphabétique où la préfecture de police inscrit, à côté des numéros de leurs dossiers, les garnis et les repaires où logent les malfaiteurs libérés, afin de pouvoir leur mettre le grappin au collet, à la première occasion.

C'est ce dictionnaire de la rousse qui est, pour

les pègres, le musicien redouté dont la musique retentit à leurs oreilles comme une menace perpétuelle.

Musiciens. — Haricots. (Argot populaire.)

Un philosophe tintamarresque prétend que Dieu,

en créant le haricot, lui dit : Sois son !

Rien ne pourra mieux donner une idée du genre

de musique produit par ce légumophone, que

l'énigme employée par Boursault, dans son Esope

à la cour.

Je suis un invisible corps Qui de bas lieu tire mon être; Et je n'ose faire connaître Ni qui je suis ni d'où je sors.

Quand on m'ôte la liberté, Pour m'échapper j'use d'adresse, Et deviens femelle traîtresse De mâle que j'aurais été.

(Voir Barytoner, Flageolets, Jouer du Basson.)

Musique. — Lot de bric-à-brac. (Argot des brocanteurs.)

Allusion maligne à ces compositions musicales qui ne sont qu'un assemblage d'idées disparates tombées dans le domaine et que certains auteurs, après les avoir soigneusement époussetées et dérouillées, vendent au public comme du neuf.

Musique. — Plaintes entrecoupées de pleurs, de sanglots et de soupirs. (Argot populaire.)

Musique. — Dénonciation. (Argot des voleurs.)

(Voir Musicien.)

Musique. — Dans la langue des compositeurs d'imprimerie: «Grande quantité de corrections indiquées sur la marge des pages, de telle sorte que l'épreuve a quelque analogie d'aspect avec une page de musique. »

(E. Boutmy. Dictionnaire de Vargot du typographe.)

Musique. — Petit pain à café. (Argot des boulangers.)

(Voir Flûte.)

Musique. — Le plâtre qui reste au fond de l'auge. (Argot des maçons.)

Musique. — Morceaux de drap cousus les uns après les autres. (Argot des tailleurs.)

Allusion à beaucoup de compositions musicales dont le tissu mélodique et harmonique rappelle Fhabit d'Arlequin.

Musique de l'avenir. — Musique wagnérienne. (Argot musical.)

Allusion à un écrit de Richard Wagner, paru en

i85o, intitulé L'œuvre d'art de l'avenir, dans lequel le maestro développait un idéal artistique qu'il déclarait irréalisable dans la société actuelle.

Peu d'artistes sont appelés à jouir de leur génie, ce gros lot gagné à la loterie de la nature, selon l'expression de Rossini.

Le génie, a-t-on dit, c'est' le talent d'un mort.,

«Enfin! s'écriait amèrement Berlioz avant d'expirer, on va donc me jouer!...»

Quant aux satellites de Tastre disparu, leur musique de l'avenir nous fait vaguement songer au mot de Voltaire sur l'ode à la Postérité de J. B. Rousseau.

— ((J'ai bien peur, disait-il, que cette lettre n'arrive jamais à son adresse.»'

(Voir Wagnêrisme.)

Musique des Saints Innocents. — Mauvaise musique. (Vieil Argot.)

Autrefois on disait proverbialement:

Musique de Saint-Innocent Fait pitié à qui l'entend.

G. Kastner présume que cette locution fait allusion aux ménétriers qui se faisaient entendre au XVe siècle sous les arceaux des charniers du cimetière des Saints-Innocents.

Voici un exemple de ce genre de musique.

«Porpora, passant un jour dans une abbaye d'Allemagne, les religieux le prièrent d'assister à l'office pour entendre leur organiste dont ils exaltaient singulièrement le talent. L'office terminé :' — Eh bien, comment trouvez-vous notre organiste? dit le prieur.

— Mais, répondit Porpora, mais. . .

— C'est un habile homme, continua le prieur, et même un homme de bien, plein de charité, et d'une simplicité vraiment évangélique.

— Oh! pour la simplicité, je m'en suis aperçu, reprit Porpora, car sa main gauche ne se doute pas de ce que fait sa main droite. »

(Choron et Fayolle. Dictionnaire des musiciens.)

Musique (Faire de la). — Se gratter la peau jusqu'au sang. (Argot des hôpitaux.)

Métaphore pleine de justesse, car les cinq lignes de la portée musicale sont tracées sur la peau par les cinq ongles de la main et les notes y sont représentées par les gouttes de sang. .

Musique (Faire de la). — «Se dit des clous qui tiennent un fer à cheval, lorsque, plantés irrégulièrement, ils sortent de la corne à des hauteurs inégales. » (Argot des Vétérinaires.)

25o l'argot musical

Musique (Faire de la). — «Se livrer à des conversations intempestives sur les coups.» (Argot des joueups.)

(Delveau. Dictionnaire de la langue Verte.)

Musique (Faire de la). — « Sonder ou dégrader les murs d'une prison pour s'évader.» (Glossaire d'argot. Vidocq.) (Voir Jouer du violon.)

Musique (Passer à la). Être confronté avec un délateur. (Argot des voleurs.)

Musiquer. — Faire de la musique.

«Nous musicâmes tout le jour au clavecin du prince.)) (J. J; Rousseau. Confessions.)

Musiquer. — Mettre en musique.

(( Il n'y a pas six vers de suite, dans tous leurs charmants poèmes, qu'on puisse musiquer. »

(Diderot. Le neveu de Rameau.)

Musiquer. — Marquer avec l'ongle une carte à jouer d'un signe imperceptible. (Argot des grecs.)

Musiquette. — Petite musique.

Musique est à musiquette Ce qu'un vin Divin ;

Est à la piquette.

Musiqueur. — Mauvais musicien. (Arg. démodé.)

Naturel (Ton ou son). — Qui n'est modifié par aucun signe, dièse ou bémol. (Argot musical.)

Vestige du système hexacordal en usage au moyen âge et procédant par hexacordes dur, naturel et mol.

Chanter par nature, c'était reproduire les intonations de l'hexacorde naturel, ainsi figuré:

ut, ré, mi, fa, sol, la.

Un mauvais musicien était alors traité de sot par nature, par bécarre et par bémol.

Quelques théoriciens modernes ont vainement tenté de justifier l'emploi de cet argotisme, en prétendant que les sons naturels sont les produits de la nature, donnés par les harmoniques d'un son fondamental. On sait qu'il n'en est rien et que dans la série des harmoniques de l'ut fondamental, non seulement il manque les sons naturels fa, la et si, mais qu'il s'y trouve encore des sons, la dièse, fa dièse, qu'on pourrait qualifier de surnaturels.

252 i/ ARGOT MUSICAL

Noire. — « Figure de note qui représente la durée du son égale au quart de la ronde et à la moitié de la blanche.»

Une couleur représentant le quart d'une forme, tout cela pour indiquer une durée!...

(( On proposait à un jeune musicien d'épouser une négresse fort riche dont la sœur était aussi à marier.

— Je les prends toutes les deux, répondit-il.

— Comment! Deux femmes?

— Sans doute: deux noires ou unp blanche,

n'est-ce pas la même valeur?»

(Voir Blanche.)

Note (Avoir la). — On dit qu'un air a la note quand sa contexture mélodique le fait retenir facilement du public. (Argot musical.)

Tel air, dit Berlioz, pour beaucoup de gens, demeure entaché d'un défaut grave; il n'a pas de petite phrase qu'on puisse aisément retenir. Ces amateurs, insensibles aux nombreuses et éclatantes beautés du morceau, attendent leur phrase de quatre mesures, comme les enfants attendent la fève dans un gâteau des rois, comme les provinciaux attendent le si naturel, la note d'un ténor qui fait son premier début. Le gâteau fût-il exquis, le ténor fût-il le plus délicieux du monde, ni l'un ni l'autre n'auront de succès sans les précieux accessoires ! Il n'a pas la fève! Il n'a pas la note!

{A travers chants.)

l'argot musical m 253

Note (Être dans la). — Être dans le mouvement, être au courant d'une chose. (Argot artistique.)

Note (Faire la). — Exécuter un morceau de musique correctement, mais sans expression. (Argot musical.)

Note (Ne savoir qu'une). — Au propre, ne savoir qu'une chanson; au figuré, n'avoir qu'une manière de dire ou de faire.

On disait autrefois d'un mauvais ménétrier : « // ne sait qu'une notey il n'aura qu'un double. »

Nourrir les sons. — Leur donner l'ampleur nécessaire., (Argot musical.)

Un chef d'orchestre à ses cordes: « Messieurs, vos accompagnements sont trop maigres; il faut me nourrir ça davantage. Souvenez-vous que la table d'hôte des sons est la table d'harmonie. »

{Musicorama.)

Œil (Jouer à T). — Accompagner d'instinct, sans avoir la musique sous les yeux. Argotisme des musiciens d'orchestre, forcés quelquefois de

faire crédit de leurs doubles croches dans les établissements qui n'ont pas les moyens de se payer le luxe d'un répertoire.

Je ne connais, disait Raklowsky, qu'une seule catégorie de musiciens capables de jouer à Vœil} c< sont ceux qui ont la vue basse.

(Voir Jouer à livre ouvert.)

Offenbachique. — Qualification donnée quelquefois à une fantaisie folle et échevelée.

Allusion au genre charentonesque de certaines opérettes d'Ofifenbach.

Oignon (Flûte à !')• — Mirliton.

Allusion à la pelure d'oignon qui garnissait autrefois les deux extrémités de cet instrument, pelure que l'on remplace aujourd'hui par une pellicule de boyau de bœuf, appelée baudruche.

La flûte à l'oignon remonte peut-être aux premiers Égyptiens qui, comme on le sait, adoraient

la flûte autant que les oignons.

(Voir Mirliton.)

, Oiseau-cloche. — Oiseau de la Guyane, du genre Cotinga, que les Espagnols ont surnommé campanerOy à cause de sa voix éclatante et claire, tintant comme une cloche.

Oiseau-trompette. — Surnom donné à l'Agami, échassier de la Guyane, à cause du timbre sonore

de son chant. Les Espagnols l'appelaient trompetero.

On a noté ainsi le chant grave que cet oiseau fait entendre en signe d'allégresse.

feEaÈ3E£ag33g|jj=g3|gg

Tou ou OU OU OU OU OU

OU OU ou ou ou.

Cette notation nous semble d'une fantaisie chromatique un peu trop moderne.

OUa podrida. — «Représentation à bénéfice, où l'on fait entrer de tout, du chant et de la danse, du drame et du vaudeville, de l'opéra-comique et de la tragédie.» (Argot de coulisses.)

(Delvau. Dictionnaire de la langue Verte.)

Opéra. — Argotisme, tiré de l'italien opéra, œuvre, affaire, désignant un drame lyrique, un mélodrame, une simple page de musique ou un théâtre lyrique. Comme on le voit, opéra signifie trop de choses pour signifier quelque chose.

On comprend encore: opéra-comique; bien que

les deux nationalités de ce mot composé le fassent soupçonner l'œuvre de quelque facétieux cosmopolite.

Mais que peut bien vouloir signifier, en tête d'un livret, cet argotisme : grand opéra, grand œuvre ? A moins peut-être que Fauteur n'ait eu, en l'y inscrivant, l'alchimique espoir de voir ses doubles croches se transformer un jour en pierre philosophale; cela s'est vu.

Notre grand théâtre lyrique a donc bien fait d'exclure le grand opéra de sa splendide façade, pour y substituer la dénomination d'académie de musique.

Voltaire, jouant plaisamment sur l'étymologie

d'opéra, donnait aux demoiselles "de Y Opéra le nom

de filles d'affaires.

(Voir Académie de musique.)

Opéra-Franconi. — Opéra dans lequel la mise en scène est tout.

Argotisme créé par Castil-Blaze, à propos de l'opéra de Fernand Cortez de Spontini, joué en 1809, à grand renfort de costumes, de décors et de chevaux, empruntés au cirque Franconi.

Un journaliste proposa d'écrire* sur la porte de l'académie impériale de musique:

« Ici on chante à pied et à cheval. »

Orchestre. — Encore un hellénisme pris à rebrousse-poils par les musiciens.

Chez les Grecs Y orchestre (d'orche'omaï, danser), désignait la partie inférieure du théâtre où s'exécutaient les danses.

Chez nous, Y orchestre est le lieu où se tiennent les musiciens instrumentistes.

Orchestre-monstre. — Le paroxysme de la symphonie moderne. (Argot musical.)

Voici la curieuse composition de Y orchestremonstre rêvé par H. Berlioz, telle qu'il Ta exposée dans son traité d'instrumentation :

120 violons, divisés en 2, 3 ou 4 parties; 40 alto divisés; 45 violoncelles, id.; 33 contrebasses; 6 grandes flûtes ; 4 flûtes tierces; 4 petites flûtes ; 6 hautbois; 6 cors anglais; 16 bassons; 4 petites clarinettes; 8 clarinettes, en ut, en si b ou en la; 3 clarinettes basses; 16 cors; 8 trompettes; 6 cornets à pistons; 12 trombones; 3 ophicléides; 2 bass-tuba; 3o harpes; 3o pianos; 1 buffet d'orgue; 8 paires de timbales; 6 tambours; 3 grosses caisses; 4 paires de cymbales; 6 triangles; 6 jeux de timbres; 12 paires de cymbales antiques, en divers tons; 2 cloches graves; 2 tam-tam; 4 pavillons chinois. Total 458 instrumentistes, auquel il ajoute un chœur 36o choristes, composé de 40 soprani enfants, 100 soprani femmes, 100 ténors et 100 basses ; ce qui forme un total de 818 exécutants.

— « C'est vous, monsieur Berlioz, disait un jour le prince de Metternich, qui faites des morceaux pour cinq cents musiciens?

— Monseigneur, répondit le maestro, cela ne m* arrive pas tous les jours. Le plus souvent, je n'en fais que pour quatre cent cinquante.»

Orchestre (Jouer de T). — Le bâton de chef d'orchestre est devenu la marotte de tous nos compositeurs modernes.

Berlioz, dans ses Mémoires, décrit éloquemment les impressions de l'auteur dirigeant son œuvre. « C'est alors, dit-il, qu'il vit d'une vie aux virtuoses inconnue! Avec quelle joie furieuse il s'abandonne au bonheur de jouer de l'orchestre! Comme il presse, comme il embrasse, comme il étreint cet immense et fougueux instrument! Il a l'œil partout; il indique d'un regard les entrées vocales et instrumentales, en haut, en bas, à droite, à gauche; il jette avec son bras droit de terribles accords qui semblent éclater au loin comme d'harmonieux projectiles: puis il arrête, dans les points d'orgue, tout ce mouvement qu'il a communiqué, il enchaîne toutes les attentions; il suspend tous les bras, tous les souffles, écoute un instant le silence... et redonne plus ardente carrière au tourbillon qu'il a dompté.

Et dans les grands adagio, est-il heureux de se bercer mollement sur son beau lac d'harmonie!

l'argot musical 25g

prêtant l'oreille aux cent voix enlacées qui chantent ses hymnes d'amour ou semblent confier ses plaintes du présent, ses regrets du passé, à la solitude et à la nuit. Alors souvent, mais seulement alors, l'auteur-chef oublie complètement le public; il s'écoute, il se juge; et si l'émotion lui arrive, partagée par les artistes qui l'entourent, il ne tient plus compte des impressions de l'auditoire, trop éloigné de lui. Si son cœur a frissonné au contact de la poétique mélodie, s'il a senti cette ardeur intime qui annonce l'incandescence de l'âme, le but est atteint, le ciel de l'art lui est ouvert, qu'importe la terre!...»

Oreille (Avoir de f.) — «Avoir l'ouïe sensible, fine et juste, en sorte que, soit pour l'intonation, soit pour la mesure, on soit choqué du moindre défaut, et qu'aussi l'on soit frappé des beautés de l'art quand on les entend. ))

(J. J. Rousseau. Dictionnaire de musique.)

Lors de son duel musical avec Marsyas, le divin Apollon, outré de voir le chant de son adversaire applaudi par le roi Midas, reprocha vertement à ce monarque de n'avoir point d'oreille et, pour y remédier, le dota d'une paire d'oreilles d'âne.

En 1778, Grétry fit jouer un vaudeville bâti sur ce sujet. Le Jugement de Midas n'eut pas de succès. L'académie française ayant malmené la pièce dans

26o l'argot musical

une de ses séances, l'auteur à' Hèle, la lui dédia par moquerie. C'est à l'occasion de cette comédie que Voltaire adressa à Grétry le quatrain suivant.

La cour a dénigré tes chants Dont Paris a dit des merveilles ; Grétry, les oreilles des grands Sont souvent de grandes oreilles.

(Voir Arracher et écorcher les oreilles.]

Oreille (N'avoir pas d\) — Ne point distinguer les intonations fausses des intonations justes, chanter ou jouer faux et battre la mesure à contretemps. (Argot musical.)

— «Eh bien, que dit-on du nouvel opéra?

— Atroce, mon cher.

— Sapristi! ma femme qui vient de me faire retenir une loge pour ce soir.

— Veux-tu que je te donne un moyen de ne pas l'entendre?

— Aller au cercle.

— Non. Va-t-en au théâtre... sans dîner: ventre affamé n'a pas d'oreilles.

(Musicorama.)

Organiste (£/): — Surnom donné à un oiseau plus connu sous le nom de Musicien de Saint- Domingue. (Argot zoologique.)

l'argot musical 26 r

Orgue. — Mot hermaphrodite dont on a baptisé le plus beau de tous les instruments de musique. L'argot officiel exige op? orgue soit masculin au singulier et féminin au pluriel. De sorte qu'en se conformant à cette burlesque décision, les musiciens, dit Castil-Blaze, sont obligés d'ajuster des phrases comme celle-ci: aU orgue nouveau de Saint-Denis, le vieux orgue de Notre-Dame de Paris, sont très puissantes et très harmonieuses; celui de Saint Maximin (Var) est un des plus anciennes, peut-être le meilleur de toutes celles de l'Europe. »

Castil-Blaze a tort de railler. Peut-être cette décision fut-elle due à un système compensateur. N'était-il pas juste, en effet, de rendre bissexuel l'instrument qui mariait sa voix puissante aux accents efféminés des sopranistes de la chapelle

Sixtine?

(Voir Hymne.)

Orgue. — Homme. (Argot des voleurs.)

Pauvre orgue, quelle triste destinée!

La grammaire le transforme en hermaphrodite et la pègre s'en fait un pronom personnel. Car dans la langue bigorne de ces messieurs, mon orgue lignifie moi, ton orgue, toi, son orgue, lui, etc.

G. Kastner fait ingénieusement remarquer que 'ascal s'est rencontré avec l'argot dans le passage ;uivant:

((On croit toucher des orgues ordinaires en

touchant l'homme ; ce sont des orgues à la vérité, mais bizarres, changeantes, variables; dont les tuyaux ne se suivent pas par degrés conjoints. Ceux qui ne savent toucher que les ordinaires ne feraient pas d'accord sur celles-là; il faut savoir où sont les tuyaux.»

Ajoutons que Y organisme humain est composé, comme X orgue } d'une série de tuyaux (larynx, veines, artères, œsophage, intestins), et d'une paire de soufflets (les poumons), avec lesquels on est condamné à jouer, des pieds et des mains, le même air jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Orgue. — Espèce de machine infernale pour défendre une brèche. (Argot militaire.)

Orgue. — Nom vulgaire du canard siffleur.

Orgue (Jaspiner sur f). — En langue bigorne, parler sur l'homme, c'est-à-dire s'entretenir, entre voleurs, de celui qu'on doit dévaliser.

Orgue (Jouer de T). — Ronfler. (Argot populaire.)

Par contre, les organistes se servent d'un jeu de mutation, appelé nasard, qu'ils font ronfler chaque dimanche, à l'entonne.

(Voir Trompette, Tuyau d'orgue.)

Orgue (Manger sur T). — Dénoncer un complice. (Argot des voleurs.)

Les escarpes disent d'un confrère qui les trahit par une dénonciation «il a mangé le morceau; il a mangé sur l 'orgue» , c'est-à-dire, il s'est fait régaler par celui que nous devions détrousser de concert.

Orgue de Barbarie. — «Petit meuble à musique qui démontre que ce qui est commode n'est pas toujours agréable.»

(P. Véron. Carnaval, du dictionnaire.)

On devrait dire orgue de Barberi, comme l'avait baptisé son inventeur, mais le peuple a malicieusement substitué au nom du facteur italien une épithète qui peint mieux le rôle implacable et féroce que joue cette boîte à musique au milieu de notre civilisation.

(Voir Buffet ', moudre, moulin à café.)

Orgue de mer. — Nom vulgaire du tubipore musical.

Orgues (Jeux d'). — Cristallisations du basalte, affectant la forme régulière de tuyaux d'orgues. (Argot des géologues.)

Les plus célèbres jeux d'orgues basaltiques sont ceux de la grotte de Fingal, dans l'île de Staffa, en Ecosse. Le nom celtique de cette grotte vest An-Na-

Viney c'est-à-dire la grotte harmonieuse. En effet, le fracas de la mer et les murmures du vent, qui vont se perdre en tourbillonnant au fond de la grotte à travers les colonnes de basalte disposées en buffet d'orgue, produisent des sons d'une mystérieuse harmonie. Les Gaëls prétendent que ce concert est produit par les sons des harpes éoliennes des ombres d'Ossian et de Fingal, son père.

Dans son ouverture de la Grotte de Fingal, F. Mendelssohn a cherché à reproduire ces harmonies étranges.

Orphée. — Se dit d'un poète ou d'un musicien sentimental. (Argot des gens de lettres.)

Lorsque le chantre de la Thrace Dans les sombres lieux descendit, On punit d'abord son audace Par sa femme qu'on lui rendil'.

Mais bientôt, par une justice Qui fit honneur au dieu des morts, Ce dieu lui reprit Eurydice Pour prix de ses divins accords.

Panard.

Orphée de carrefour. — Musicien ambulant. (Argot populaire.)

Pauvre diable pour qui la vie est un enfer. Après avoir vainement appelé, sur tous les tons et à tous les échos, l'Eurydice de son rêve qu'il nomme fa-

milièrement une roue de derrière ou même une simple balle, il rentre un soir, harassé, dans son taudis où il meurt déchiré par ces bacchantes, la misère et la faim.

Orphie. — Oiseau chanteur. (Argot des voleurs.)

Os à moelle. — Petite flûte. (Argot d'orchestre).

Les musiciens instrumentistes disent du piccoloïste qu'il suce son os à moelle. Cette plaisante métaphore rappelle le tibia, flûte que les anciens fabriquaient avec l'os des pattes, \e tibia, de la grue.

Ouïsme (L'). — Passion sensitive du sens de l'ouïe. (Argot des phrénologistes.)

Les crâniologues rattachent à F ouïsme deux facultés, le temps et les tons, dont ils localisent les organes cérébraux dans les parties latérales de la région moyenne du front.

Ces organes sont très développés sur les têtes des grands musiciens.

«Ils ont des fronts de bœuf», s'écriait le dessinateur Tischbein.

C'est l'organe des tons qui acheva la conversion du docteur Broussais à la science phrénologique. «Avant d'y avoir pris goût, dit-il, j'étais un jour en consultation chez un marchand de musique. J'étais placé dans une salle au milieu de quarante portraits de musiciens; dans toutes les têtes, l'organe

était prononcé. Cela me fit une impression si forte que j'y rêvai toute la journée. Je me dis: Gall n'est pas un fou! » (Voir Bosses musicales.)

Ours. — Mauvais opéra, enfermé dans les cartons d'un théâtre, comme l'ours Martin dans sa fosse. (Argot des coulisses.)

Ours (Danse d'). — Se dit, au figuré, d'une musique grotesque écrite en style louré.

Au propre, la danse d'ours est une composition où Ton a cherché à imiter les sons de la cornemuse, jouée par ceux qui font danser les ours.

Le finale de la seizième symphonie d'Haydn, en ré mineur, est une danse d'ours.

, Outil. — Instrument de musique. (Argot d'orchestre.)

Palette. — Guitare. (Argot des musiciens ambulants.) ; Le pendant de la raquette des violonistes.

Palette des sons. , — Gamme chromatique (chroma, couleur), dans l'argot des musicistes

jaloux de rendre aux peintres la monnaie de leur gamme des couleurs.

Palinodie (Chanter la). — Chanter le pour et le contre, brûler ce qu'on a adoré, retourner sa veste, en un mot, faire comme le Paillasse de la chanson :

Sauter pour tout le monde.

Ce pléonasme argotique est tiré du grec paltn, de nouveau, et aeidô, chanter.

— De qui donc cet air assommant?

— De moi, monsieur. — Il est charmant.

(Musicorama.)

Papa, maman. — Formule consacrée que les élèves tapins doivent faire dire à leur tambour, en maniant leurs baguettes à tour de rôle. (Argot des tambours.)

Papier à musique (Réglé comme un). —

Ponctuel et méthodique dans ses habitudes. (Argot des bourgeois.)

Cette métaphore, reposant sur le double sens du mot régler y pourrait, jusqu'à un certain point, justifier la réputation d'intempérance que l'on a faite aux chantres d'église. Peuvent-ils être réglés comme

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des ténors d'Opéra? Leur plain-chant n'a qu'une; portée de quatre lignes et point de barres de mesure!...

Par cœur (Chanter ou jouer). — Chanter 01 jouer de mémoire.

Argotisme musical qui peut aller de compagni» avec lire à livre ouvert et jouer à l'œil.

On s'extasiait sur la mémoire d'un chanteur ambulant. — Comment, mon brave, pouvez-vous chanter tant de chansons par cœur? lui demandait-on.

— Bah! répondit le pauvre diable, quelquefois

aussi, je dîne par cœur^

(Musicorama.)

Paroles et musique. — Variante de l'argotisme «En avoir l'air et la chanson. »

— Ne trouves-tu pas que ce ténor a l'air bête?

— Oh! Mieux que cela: paroles et musique,

(Musicorama.)

Parolier. — Néologisme créé par Castil-Blaze, désignant un auteur de paroles destinées à être mises en musique, opéra, oratorio, scène lyrique, etc., etc.

Cet argotisme est plus correct que le double sobriquet dont on baptisait naguère les auteurs d'un poème ou d'un livret d'opéra.

Scribe et Jouy n'ont jamais été considérés comme des poètes.

Une romance de deux pages ne constitue pas un livret (petit livre), à moins que l'heureux librettiste, en échange de ses droits d'auteur, ne s'en fasse délivrer un à la caisse d'épargne.

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