‹ L'argot musicalChapitre 28 sur 34 · Partie de remplissage. — Boire et manger. (Argot d'orchestre · texte numérisé non relu

Partie de remplissage. — Boire et manger. (Argot d'orchestre

En musique, le remplissage signifie les parties accessoires ajoutées entre la basse et le chant.

A table, le remplissage comprend tout ce qui s'absorbe entre le potage et le dessert.

Suivant Grimod de la Reynière, le potage doit être combiné de manière à donner une idée juste du festin, à peu près comme l'ouverture d'un opéra comique doit annoncer le sujet de l'ouvrage.

Quant au dessert, il sera nécessairement assaisonné de chansons, si la cornemuse est pleine.

Partir. — Commencer l'exécution d'un morceau ou même d'une simple phrase de musique. (Argot musical.)

C'est du geste et du regard que les chefs d'orchestre font partir les chanteurs et les instrumentistes, assimilant ainsi l'exécution d'un morceau de musique à un voyage d'agrément.

Champfleury a décrit d'une façon originale les

impressions de voyage d'un quatuor de symphonistes.

«Il me semble, dit-il, que quatre voyageurs se sont rencontrés à l'auberge, le soir à souper; ils se lèvent de bon matin, boivent un petit coup en marchant gaîment dans la plaine.

Le ciel est bleu, et il souffle un vent frais.

La conversation s'anime; le violon raconte quelque bonne plaisanterie à son ami le second violon ; l'alto l'a entendu et la redit au violoncelle qui, en brave bourgeois, se la répète avec gravité pour la retenir et en faire jouir sa famille.

Par moments, les quatre voyageurs parlent ensemble; mais les deux violons, plus alertes, marchent en avant, se font des confidences et laissent par derrière l'alto et la basse, qui ne restent pas sans bavarder.

De temps en temps on se repose pour mieux marcher. Ne croyez pas que la conversation va tomber. Une exclamation part d'un côté: c'est l'alto; une interrogation part de l'autre: c'est le violon. Et une aimable folie règne parmi les quatre compagnons qui se disent les choses les plus gaies du monde. . /

Mais le rire qui dure trop devient malséant.

Le violon fait trêve à ses plaisanteries en racontant une histoire un peu mélancolique. L'honnête alto comprend bien l'histoire, car il en a été le

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:émoin; et il ajoute même bien des détails que ne connaissait pas le violon.

Il faut voir les sympathies du violoncelle pour ce récit; il pousse des exclamations qui ne sont pas variées, mais qui sont belles, parce qu'elles sont sincères. «Ah! mon Dieu! repète-t-il à tout instant, ah! mon Dieu!»

L'histoire mélancolique est si bien racontée que tous les quatre gémissent sur cet événement si touchant. Tout-à-coup on aperçoit un village dans le lointain ; on oublie tout, les gais propos, la mélancolie, la fatigue du chemin, pour se donner une poignée de main.

La route est finie, les quatre amis se séparent. »

(Voir Sortir.,

Pastiche. — Œuvre musicale composée de morceaux empruntés à plusieurs maîtres ou tirés de divers ouvrages d'un même maestro. (Argot musical.)

Pastiche dérive de l'italien pasticcio, pâté.

Un arrangeur enragé, Castil-Blaze, eut un jour l'idée excentrique de composer une messe avec des motifs empruntés à plusieurs opéras de Rossini. Non seulement le maestro se laissa faire, mais it trouva que ce pastiche était pain bénit. Rossini était de si bonne pâte.

(Voir Pâtissier.

Patapouf. — Personne corpulente. (Argot populaire.)

Onomatopée du bruit de la grosse caisse, anciennement gros bedon.

Patiner (En). — Jouer habilement d'un instrument. (Argot d'orchestre.)

Dans la bouche d'un symphoniste en admiration

devant un virtuose, a II en patiner équivant à «Il est

épatant. »

(Voir En jouer, en mouiller, en pincer.)

Pâtissier. — Faiseur de pastiches en musique. (Argot créé par Castil-Blaze.)

Pastiche dérivant de pasticcioy pâté, l'argotisme pâtissier s'imposait.

Les pâtissiers qui ont exercé cette industrie, un moment très à la mode, n'ont guère produit que des petits-fours,

(Voir Arrangeurs, Décompositeurs)

Pauses (Compter des). — Se taire. (Argot populaire.)

Dormira côté de son pupitre. (Argot d'orchestre.) Au propre, compter des pauses (du grec pausis, cessation, repos), c'est suspendre l'exécution musicale pendant un certain nombre de mesures qu'il faut nécessairement compter si l'on veut opérer sa rentrée en bon ordre.

Le colonel X... assiste un jour à la répétition d'un morceau exécuté par les musiciens de son régiment. Il avise un trombone qui, depuis quelques minutes, reste inactif, et, s'en approchant, il lui demande d'un ton bourru pourquoi il ne joue pas comme les camarades.

— Mon colonel,/* compte des pauses.

— Ah! tu comptes des pauses, fainéant! Et pourquoi ça?

— Dame! mon colonel, faudrait demander ça au chef qui a composé le morceau.

— Chef de musique, avancez à l'ordre.

— Comment voilà un fainéant qui a été cette semaine quatre jours à la salle de police et il est le seul de tous ses camarades qui compte des pauses, les bras croisés!... A l'avenir, je vous ordonne de réserver ces sortes de récompenses, aux seuls musiciens qui auront su les mériter par leur bonne conduite. Allez.

Pauvre homme. — Surnom donné en Lorraine au crapaud dont le chant mélancolique et flûte semble prononcer ces deux mots. (Argot rural.)

Pavillon. — Fou. (Argot populaire.) Un commentateur pourrait avancer, avec quelque apparence de raison, que ce mot fait allusion au bâtiment isolé où l'on renfermait le mortel digne

des petites maisons. Il est si difficile de ne point pavillonner un brin en traitant un pareil sujet.

Le savant Littré dérive pavillon de papillon (à une lettre près !). Pourquoi n'est-il venu à personne Tidée de tirer folie de jolie?

Par malheur, les argotiers ne savent pas le latin. Eussent-ils même jamais songé à emprunter à la marine un drapeau pour en faire l'étendard de la folie, sous le prétexte que ce pavillon, flottant à tous les vents, donne une idée assez juste des divagations d'un toqué?

Le peuple n'est point si raffiné en matière de métaphores. Pour lui, un pavillon c'est quelque chose comme une tente, avant la forme d'un chapeau pointu, d'un pain de sucre, comme la tête d'un idiot.

Pourquoi ne lui aurait-il pas pris un jour la fantaisie d'assimiler l'état d'un cerveau détraqué à cet original instrument de musique qu'on nomme le pavillon chinois, engin bizarre dont la boule de cuivn semble une tête coiffée du bonnet de la folie et faisant, en s'agitant, tinter ses grelots et ses sonnettes

Peut-être notre hypothèse est-elle fausse; alors qu'on nous le prouve; nous sommes prêts à baisser pavillon.

Pavillonner. — Déraisonner. (Argot populaire.) La langue, autrement dit le grelot, est le thermomètre de la folie. Ce qui vient à l'appui de la thèse que nous avons soutenue précédemment, c'est que,

pour les sages, les paroles d'un pavillon ne sont que du chinois.

" Paye tes dettes! — Traduction du chant de la caille. (Argot populaire.)

Cette légende n'a pu naître que dans le cerveau d'un créancier qui, voyant à jamais discrédité le fameux aphorisme «Qui paye ses dettes s'enrichit,» aura imaginé de faire jouer à la caille le rôle d'huissier auprès des malheureux affligés de dettes criardes. Je vous le demande, quelle créance peuton donner aux sommations d'un volatile dont l'idéal social se résume dans le droit au vol?

Beethoven n'a peut-être fait parler la caille dans sa Symphonie Pastorale, que dans le seul but de glacer de terreur les musiciens qui lui auraient fait des emprunts.

N'a-t-on pas vu, au XVe siècle, le célèbre Josquin Desprez utiliser, non pas la caille, mais la messe, pour relancer un de ses plus nobles débiteurs?

Le roi Louis XII lui avait promis un bénéfice et avait oublié sa promesse. Josquin, pour le lui rappeler, composa un motet sur ces paroles: ccMemor esto verbi tui, etc..» (Souvenez-vous, seigneur, de vos promesses, autrement dit: Paye tes dettes!) Le roi, faisant la sourde oreille, Josquin eut recours à un courtisan qui lui promit ses bons offices; mais, aussi oublieux que Sa Majesté, chaque fois que le compositeur lui parlait de l'objet de ses désirs, le

noble protecteur lui répondait: aLasciafare me.y> (Laissez-moi faire.)

Outré de tant de vaines promesses, Josquin composa, par moquerie, une messe dont le thème était la, sol, fa, ré, mi, et où cette phrase était répétée si souvent que le courtisan, s' apercevant qu'elle faisait rire la cour à ses dépens, s'empressa de jouer lui-même près du roi le rôle de la caille et obtint enfin que Sa Majesté s'exécutât auprès de son mus;cal créancier.

Peau d'âne. — Tambour. Dans l'argot du peuple à qui l'on ne persuadera jamais que la caisse est garnie d'une peau de veau.

L'Éeole des tambours.

A Paris, près du mur d'enceinte, des tambours S'exercent à frapper en cadence leur caisse. Des badauds, amoureux de ces roulements sourds, Suivent, l'oreille au guet, chaque main qui s'abaisse.

L'instructeur furieux gourmande la faiblesse D'un apprenti tapin, à l'esprit, aux doigts lourds, Qui laisse aller ses bras ballants, comme en détresse, Et semble regretter sa mère et ses labours.

Cependant des clairons, qui sonnent la diane,

Mêlent leur timbre clair aux ra fia rataplan.

— Va, conscrit, bats, rebats ton morceau de peau d'âne.

Avec cette peau-là, que ton poignet vaillant Saura rendre sonore, eh bien! un jour ou l'autre, Tu nous emmèneras faire trouer la nôtre !

A. Barbou.

Pédale. — Ce que les loustics appellent un coup de 33 centimètres, autrement dit un coup de pied, dans l'argot des souffleurs d'orgue habitués à voir les organistes trépigner leur pédalier.

Cette pédale s'emploie, à la barrière, dans l'orchestration de lafrotteska. Si le pied est chaussé d'un large soulier, c'est une pédale de violon; s'il est chaussé à l'étroit, c'est une pédale de cor. Quand elle est exécutée par une jambe maigre, c'est une pédale de flûte.

Remarquons qu'en dépit de la loi sur le système métrique, les facteurs d'orgues persistent à désigner en pieds la longueur de leurs tuyaux.

«Non seulement, dit Forkel, Bach produisait avec la pédale les notes inférieures, celles pour lesquelles les exécutants ordinaires sont accoutumés de se servir de la main gauche, mais il jouait encore une réelle mélodie de basse avec son pied, mélodie qui était souvent d'une nature telle que plus d'un organiste ne l'aurait pu produire avec ses cinq doigts. »

(Vie de J. S. Bach. Trad. Grenier.)

Pendule à plumes. — Coq. Argotisme créé par H. Murger, dans sa Vie de Bohême.

La Fontaine, dans sa fable de La Vieille et les deux Servantes, avait déjà baptisé le coq du sobriquet de réveille-matin.

(Voir Chante-clair.)

Perce-oreille. — Fifre. (Argot d'orchestre.) On a également défini le fifre « la vrille de l'orchestre.»

Le malin docteur Aldo le définit ainsi: «Très petite flûte qui se siffle elle-même, ce qui est bien juste, car elle est horriblement fausse. »

Perruquerie. — Musique ridicule et démodée, datant de l'époque où Ton portait des perruques. (Argot des musicistes.)

Grétry, que Ton traite aujourd'hui de perruque, est peut-être le seul musicien qui ait eu l'idée de mettre les perruques en musique.

ce Je connais une femme, dit-il dans ses Essais, qui a, au moins, huit perruques de toutes les nuances, rangées dans son antichambre; cela est à peine croyable dans un temps de révolution. Dernièrement, en regardant cette collection, je m'amusais à chanter la gamme, en comptant toutes ces perruques; ce qui fit beaucoup rire la citoyenne.»

(Essais sur la musique.)

Un petit théâtre lyrique, dont le but louable était de faire connaître aux jeunes les chefs-d'œuvre des maîtres du temps passé, avait repris un soir un opéra de Dalayrac. Un compositeur à qui cette tentative de restauration musicale déplaisait, peutêtre parce qu'elle mettait le public à même de constater les emprunts forcés qu'il avait faits à ces

partitions vénérables, s'avisa pendant la représentation de jeter une perruque sur la scène.

— Ciel! s'écria un vieil habitué, où allons-nous, si les faux-toupets se moquent des perruques?»

(Voir Rentoilage, Vieux jeu.)

Perruquinisme. — Argotisme forgé par les Rossinistes pour désigner la manière des musiciens classiques Berton, Lesueur, etc.

Cette lutte musicale où les perruques jouèrent un si grand rôle, nous rappelle la guerre à coups d'enseignes que se firent deux figaros. L'un d'eux, perruquier endurci, avait fait peindre sur son enseigne l'épisode d'Absalon, orné de ce quatrain:

Passant, contemple la douleur D'Absalon, pendu par la nuque.

Il eut évité ce malheur S'il eût porté perruque.

Le coiffeur, son concurrent, anti-perruquiniste enragé, avait pris pour devise:

A l'inconvénient des perruques.

Son enseigne représentait un homme qui se noie. Un nageur s'élançait à son secours et le rattrapait par les cheveux... Malheureusement ce n'était qu'une perruque... Elle lui reste dans la main et l'homme se noie. (Voir Rossinismes.)

Persécution (Instruments de). — Plaisante dénomination donnée aux instruments de percussion, tels que le tambour, les cymbales et la grosse caisse, auxquels on a joint les cloches, le piano, l'orgue de Barbarie et toute la batterie de cuisine dont se compose l'orchestre charivarique.

ce Les instruments de persécution, dit M. Oscar Comettant, étaient jadis, dans la garde nationale, le partage à peu près exclusif des poètes et des prosateurs, que la crainte de l'hôtel des haricots forçait à revêtir l'uniforme militaire. Chaque place vacante de triangle, de cymbale ou de chapeauchinois, était sollicitée par dix représentants de la littérature, qui mettaient tout en œuvre pour l'obtenir.»

Perte d'oreille (A). — Argotisme parodiant le A perte de vue, pour exprimer l'au delà de la limite des sons perceptibles.

Petite musique. — Famille des instruments de percussion, tels que triangle, tambour, cymbale, grosse caisse et chapeau-chinois. (Argot de régiment.)

Petit son. — Se dit d'un instrumentiste manquant de souffle ou de poigne. (Argot musical.)

Berlioz raconte, dans ses grotesques de la musique, une oraison funèbre prononcée par un musi-

cien chez lequel la sensibilité le disputait au laconisme.

«Chérubini se promenait dans le foyer de la salle des concerts du conservatoire pendant un entr'acte. Les musiciens autour de lui paraissaient tristes: ils venaient d'apprendre la mort de leur Brod, virtuose remarquable, premier hautbois de TOpéra. L'un d'eux, s'approchant du vieux maître: «Eh bien, M. Chérubini, nous avons donc perdu ce pauvre Brod!... — Eh!... quoi? — (Le musicien élevant la voix:) Brod, notre camarade Bsod... — Eh bien? — Il est mort! — Euh! petit son!»

Pétrin. — Piano. (Argot populaire.)

Image assez juste, à cela près qu'au piano, on pétrit du son au lieu de farine.

Commerson compare bien le piano à un billard sur lequel on ne craint pas de manquer de touche.

Philomèle. — Rossignol. Argot des poètes classiques, forgé du grec philos, ami, melos, chant.

Autrefois Progné l'hirondelle

De sa demeure s'écarta

Et loin des villes s'emporta Dans un bois où chantait la pauvre Philomèle,

{La Fontaine.)

On se demande par quel bizarre caprice les favoris d'Apollon ont changé le sexe du chantre

des forêts. On sait que le rossignol mâle possède seul le don du chant. C'est un ténor et non pas un soprano, ni même un sopraniste.

(Voir Rossignol.)

Philomèle. — Jeu d'orgue imitant le chant du rossignol.

Phone. — Du grec phônê, voix. Malheureuse racine grecque dont les facteurs d'instruments de musique. ont fait une consommation argotique véritablement abusive: Saxophone, sarrusophone, matauphone, xylophone, pyrophone, melophone, harmoniphone, ornithophone, trémolophone, acoucryptophone. . .

Ouf! c'est une cacophonie, un carnaval instrumental où tous les mots sont ornés du traditionnel phônê qu'on prendrait pour une marque de fabrique.

La traduction littérale d'un de ces argotismes, le saxophone par exemple, nous donnant voix de Saxy on serait tenté de croire que le célèbre facteur belge possédait une voix cuivrée et chantait comme une anche.

Piane-piane. — Doucement. Argot des bourgeois qui ont entendu souvent la maîtresse s'écrier, pendant la leçon de tapotage: « Piano, piano, mademoiselle...»

Du temps de Brossard, cet italianisme musical s'écrivait quelquefois en abrégé pian.

C'est sur ce mot qu'a été bâti le proverbe: «Qui va. piano va sano, qui va sano va longtemps. »

Pianiste. — Valet de bourreau. (Argot des prisons.)

C'est le pianiste qui a l'honneur d'accompagner l'exécuteur des hautes-œuvres sur le théâtre rouge. C'est lui qui boucle sur la touche unique du clavecin sinistre le patient qui va éternuer dans le son, comme disent les surineurs en leur langage cynique.

Si les pourvoyeurs de la veuve n'ont pas craint de profaner les attributs de la musique dans le sang de la guillotine, à leur tour, les disciples d'Apollon n'ont pas dédaigné de glisser le rasoir de Louisette au milieu de leurs doubles croches. C'est du libre échange.

Le pianiste Dussek composa un morceau intitulé « Les malheurs de Marie Antoinette . » Il se terminait par une glissade du pouce, parcourant le piano du haut en bas, pour peindre «la chute du couteau de la guillotine. »

De nos jours, le compositeur Litolff a rendu le même effet, mais d'une façon plus dramatique, à la fin de son ouverture des Girondins. La première fois que cette œuvre remarquable fut jouée, le public était si bruyant que l'orchestre dut s'arrêter.

— Messieurs, dit le maestro en se tournant du côté de la salle, pensez-vous qu'il soit juste d'exécuter les Girondins sans les entendre?

Cette spirituelle boutade rétablit le silence et l'œuvre fut couverte d'applaudissements.

(Voir Accordeur de la camarde.)

Piano. — ((La mitrailleuse de la paix.»

(P. Véron. Carnaval du dictionnaire.)

Corruption de l'argotisme forte-piano, clavecin ainsi baptisé parce qu'il pouvait modifier l'intensité des sons du forte ru piano, du fort au doux, avantage que possèdent d'ailleurs à peu près tous les instruments de musique.

Les pianistes ont rogné la tête du forte-piano pour donner le change au public et l'engager à prendre leurs billets de concerts, en lui faisant accroire que tout s'y passerait en douceur (piano.)

Il était cependant si simple d'imiter les Italiens, les Anglais, les Espagnols et les Allemands, en conservant le mot clavecin, instrument à clavier.

Piano (Jouer du). — Se dit d'un cheval qui trotte d'une manière irrégulière.

Dans l'argot des maquignons, outrés sans doute

d'entendre les musiciens se vanter d'être à cheval

sur la mesure et de les voir promener des crins H

d'archet sur un chevalet.

(Voir Harper.)

Piano de Savoyard. — Sobriquet donné à l'instrument favori des enfants de la Savoie, la vielle.

(Argot populaire.)

(Voir Vielle.)

Piano (Vendre son). — En argot de coulisses, on disait d'un acteur lancé dans une tirade d'un pathétique exagéré: « On va lui vendre son piano. »

Par extension, si l'on en croit Delvau, dans la vie réelle, on dit d'une femme qui pleure hypocritement: « Elle vend son piano. »

Cette expression pittoresque fut mise à la mode après le succès de Pauvre Jacques, vaudeville des frères Cogniard, représenté en i835 au Gymnase dramatique. Dans cette comédie, l'acteur Bouffé, jouant un rôle de vieux musicien, lançait à son impitoyable propriétaire la tirade suivante :

((Vous ferez vendre mon piano... (Il court à l'instrument.) Qu'avez-vous dit là?... Oh! mais, vous ne savez pas tout ce que vous voulez m'enlever?... Vous ne savez donc pas que, depuis dix ans, il m'a fait supporter tout ce que la misère a de plus hideux ?... la faim !... oui, monsieur... la faim !... cela vous étonne, vous qui avez le superflu, qu'un pauvre musicien manque souvent du nécessaire... cela vous étonne... et pourtant je ne vous ai pas demandé d'aumône, moi... parce que je trouvais là, à cette place, l'oubli de mes souffrances... C'est à mon piano peut-être que je dois d'être vivant encore... et vous voulez le faire

vendre!... oh! non, non... vous ne le ferez pas... Au malheureux que l'on dépouille, la loi ordonne qu'on lui laisse au moins son lit... eh bien ! faites vendre mon lit, mais laissez-moi mon piano... car voyez-vous, jamais... on ne pourra m'en priver de mon piano... Qu'ils viennent donc vos gens de justice, qu'ils viennent!... Je suis vieux et faible; mais Dieu me donnera la force de les chasser tous... 01 bien, si je ne le puis... je me placerai entre eux et mon cher piano... et nous verrons, nous verrons!... Je vous en avertis... il faudra qu'ils me tuent, avant de me l'enlever... il faudra qu'ils me tuent !!!... ils me tueront !!!... (Jacques accablé, s'appuie sur son piano... bientôt il se relève, presse sa tête entre ses mains, et sa physionomie prend un air égaré.)

Pianomane. — Aimant follement le piano.

Dans ma maison, à chaque étage, De pianos, Dieu! quel tapage !

Depuis la fille du portier Jusqu'aux artistes du grenier, Chacun asticote un clavier.

E. Grange. Chansons.

Piano-morbus. — Choléra endémique instrumental. (Argot de musiciste pianophobe.)

Pianophobe. — Ayant le piano en horreur.

« La société, disait Fiorentino, me paraît partagée

en deux grandes moitiés: ceux qui jouent du piano, et ceux qui le subissent.»

«Le piano, disait L. Huart, est infatigable et féroce. Une fois ouvert, il ne se ferme plus: c'est comme l'huître.»

«Les plaintes qui s'élèvent contre les pianos, ajoute Al. Karr, en sont arrivées à faire autant de bruit que les pianos eux-mêmes ; de telle sorte qu'il devient aussi urgent de faire cesser les plaintes que de faire taire les pianos.»

Pianopolis. — Paris, la ville des pianos par excellence. (Argot des pianophobes.)

Pianotage. — Le virtuose qui se livre à ce genre d'exercice ne touche que les touches.

Pianoter. — En jouer en se jouant de notre patience. (Argot populaire.)

(Voir Jouer aux dominos, Tapoter.)

Pianoteur-euse. — Qui pianote.

Je n'aime pas le piano, s'écriait l'infortuné mari d'une tapoteuse, mais j'exècre encore cent fois plus le cor de chasse. Je n'aime pas le piano, et j'en suis très content, car si j'aimais le piano, ma femme jouerait constamment du cor de chasse.

Piccinistes. — Nom de guerre des partisans de Piccini dans sa lutte contre Gluck.

Les Gluckistes logeaient Piccini rue des Petits- Champs. En revanche, les Piccinistes campaient Gluck rue du Grand-Hurleur.

Citons, pour édifier nos jeunes compositeurs, l'épigramme qu'un critique osa lancer contre Fauteur d'Iphigénie.

Il arriva, précédé de son nom, Il arriva le jongleur de Bohême :

Sur les débris d'un superbe poème, Il fit beugler Achille, Agamemnon, Il fit hurler la reine Clytemnestre, Il fit ronfler l'infatigable orchestre; Du coin du roi les antiques dormeurs, Se sont émus à ses longues clameurs, Et le parterre, éveillé d'un long somme, Dans un grand bruit crut voir l'art d'un grand homme.

Marmontel.

En sortant de la première représentation d'Alceste de Gluck, un Picciniste s'écrie: c'est une pièce tombée.

— Tombée du ciel, ajoute un Gluckiste.

Pied levé (Jouer au). — Les enfants jouent à cloche-pied, mais les chanteurs jouent au pied levé, en remplaçant, ex abrupto, un artiste manquant. (Argot des coulisses.)

(( On jouait le Barbier de Séville au théâtre de Livourne, et le second acte- venait de commencer lorsqu'on s'aperçut que l'artiste chargé du rôle de Basile n'était pas arrivé. Consternation des autres interprètes et stupeur générale lorsqu'on vit le chef d'orchestre, M. Franciscolo, enjamber le trou du souffleur et prendre sur la scène la place de Basile dont il joua et chanta le rôle à la satisfaction

générale. »

{Le Radical,)

Pif. — En patois normand se dit du nez bourgeonné d'un gourmand qui s'est empiffré, c'est-àdire gorgé de nourriture. — Argotisme tiré du vieux français pifre, fifre *.

Le nez bourgeonné est généralement l'apanage des gens qui ont la passion de flûter.

(Voir Pipe, Trombone, Trompette.)

Piffre. — Homme joufflu, glouton. Argotisme populaire, dérivé de fifre, assimilant les joues du gourmand qui mange à pleine bouche à celles de l'instrumentiste qui souffle dans un piccolo.

L'onomatopée pif exprime à la fois le coup de langue du flûtiste et le soupir qui ponctue le coup de dents du goinfre.

1 En italien, piffero; en allemand, pfeife.

Avez-vous remarqué que, dans presque toutes les musiques de régiment, la partie de fifre est tenue par le plus gros musicien de la bande?

Piffre. — Marteau du batteur d'or. Allusion à l'embonpoint de ce Gargantua des marteaux.

Piffrer (Se). — Manger avec excès. (Vieil argot populaire.)

On disait également se piffer.

« On rit, on se piffe, on se gave. »

Vadé.

(Voir S'empiffrer.^

Pilier d'opéra. — Habitué à fréquenter l'opéra par goût, par pose ou par désœuvrement.

Des piliers d'église soutiennent la voûte de l'édifice; que peuvent bien soutenir les piliers d'opéra ?

Pincer de la guitare, de la harpe, etc.— Jouer de ces instruments.

Expressions surannées sur lesquelles n'ont jamais pu se mettre d'accord les pince-sans-rire de la syntaxe. Ceux-ci voulaient pincer la...; ceux-là voulaient pincer de la... afin d"éviter la confusion entre une harpe et une cuisse. G. Kastner conclut, avec raison, que ces locutions doivent aller rejoindre,

dans le vocabulaire comique, l'argotisme pincer un léger cancan.

(Voir Pincer de la Guitare, de la Harpe.)

Pincer (En). — Chaque fois- qu'au milieu d'un concert, les Joachim ou les Bottesini se retirent après leur solo, sous un tonnerre d'applaudissements, les musiciens de l'orchestre ne manquent jamais de se faire de l'œil, en murmurant d'un air connaisseur : hein ! il en pince!...

Quand le soliste est une femme, pianiste ou cantatrice, la formule varie. On dit: hein! elle en pince ! ...

Cette façon de détourner un mot de son sens propre peint mieux, selon ces artistes, l'admiration de connaisseurs un peu blasés.

(Voir En jouer, en mouiller, en patiner.)

Pipe. — Visage, dans l'argot du peuple, qui se laisse piper tous les jours par des physionomies à qui l'on donnerait le bon Dieu sans confession.

(Voir Piper, Trombone, Trompette.)

Piper. — Tromper, séduire, attirer dans un piège par ruse. (Argot populaire.)

Allusion au pipeauf sifflet avec lequel l'oiseleur imite le chant des oiseaux pour les attirer dans ses gluaux.

Autrefois on disait piper pour jouer de l'instru-

ment à vent appelé pipe ou pipeau (du latin pipa} tuyau).

Bag-pipe (sac-tuyau), est le nom de la cornemuse écossaise.

On dit encore piper les dés, les plomber pour

tricher au jeu.

(Voir Tromper.)

Piper. — Fumer la pipe. (Argot populaire.)

Les fumeurs ont emprunté leur pipe aux musiciens. La pipe ou pipeau (de pipa, tuyau), était un instrument champêtre formé d'une simple tige végétale dont les joueurs se servaient au besoin pour boire et peut-être pour fumer, à la façon de nos collégiens dont la première bouffarde est une modeste viorne.

On voit qu'un fumeur ne saurait parler de tuyau de pipe sans commettre un pléonasme.

La pipe que fument les sauvages de l'Amérique

du Nord, le calumet, est proche parente de notre

chalumeau.

(Voir Blague, Chalumer, Siffler,)

Piper (Ne pas). — Ne souffler mot. (Argot populaire.)

Il ne pipe pas, se dit de quelqu'un à qui l'on vient de couper la musette ou le sifflet. (Voir ces mots.)

Piquer une muette. — Faire semblant de chanter, dans l'argot des choristes vexés par les altercations

d'un chef grincheux. Cette locution s'applique également au jeu instrumental, dans le langage des musiciens d'orchestre.

Un amusant souvenir de l'Opéra sous l'Empire, remontant à la direction d'Emile Perrin.

«Les musiciens de l'orchestre, mécontents de je ne sais plus quelle mesure, imaginèrent de jouer pianissimo pendant toute la soirée et, le public parisien, toujours indulgent aux farceurs, s'amusait énormément de ne percevoir qu'un murmure instrumental, malgré les efforts que Georges Hainl faisait pour enlever son orchestre. Et le maréchal Vaillant, alors ministre des beaux-arts, arrivant au théâtre et, tout surpris de ce spectacle, interpellant brusquement le directeur: «Ah çà! ils sont donc tous saouls, ce soir, vos hommes ! »

(Adolphe Jullien. L'Art.)

Piquer une romance. — Dormir. (Argot de régiment.)

Allusion aux ronflements qui retentissent la nuit dans les chambrées.

Les faubouriens disent piquer un chien.

On a prétendu que Meyerbeer, pour se venger des épigrammes de Rossini, entretenait une troupe de dormeurs bénévoles qui, de temps à autre, allaient piquer une romance à Otello et à II Barbier e.

Un soir, Meyerbeer, assistant dans une loge d'avant-scène des Bouffes à la seconde représenta-

tion de Sémiramide, se renverse dans son fauteuil, à la fin du premier acte, ferme les yeux et semble plongé dans le plus délicieux sommeil.-

On le regarde de tous les coins de la salle, on chuchote, on se montre scandalisé.

— Ne faites pas attention, dit Jules Sandeau, c'est Meyerbeer : il s'économise un dormeur.

P dans un violon. — Expression triviale

ayant pour synonyme donner un coup d'epée dans Veau, travailler pour le roi de Prusse.

Piston (Jouer du). — Jouer du cornet à trois pistons. (Argot d'orchestre.)

Métonymie compromettante, car on peut accuser celui qui en use de ne dire que le tiers de sa pensée. • A l'exposition de 1867, quand le Schah de Perse entendit la musique de la garde de Paris, il fut si émerveillé des sons du cornet à piston solo, qu'il le qualifia de rossignol de cuivre.

Mais les Persans sont si barbares !

Planche aux soupirs (La). — La guitare. (Argot allemand.)

Plumer la dinde. — Jouer de la guitare. (Argot espagnol.) .

Poireau. — Hautbois et cor anglais. (Argot d'orchestre.)

Par respect pour la gal'rie, Musiciens, nos camaraux, Fait's moins d'couacs, je vous en prie, En soufflant dans vos poireaux!

Vilmay. Chansons.

Le hautbois et le cor anglais doivent leur sobriquet de poireau au renflement de la partie de leur tube qui avoisine le pavillon, renflement qui leur donne la physionomie de cette plante potagère.

Le poireau complète la famille deslégumophones: flageolet, flûte à l'ail, flûte à l'oignon, etc. '

Ponts-neufs. — On désignait ainsi les vaudevilles, les noëls et les complaintes que la muse lyrique populaire débitait en plein vent, au XVIIe siècle, sur les tréteaux du Pont-Neuf.

Rendez-vous des charlatans, • Des filous, des passe-volants; Pont-Neuf, ordinaire théâtre Des vendeurs d'onguent et d'emplâtre, Séjour des arracheurs de dents, Des fripiers, libraires, pédants, Des chanteurs de chansons nouvelles, D'entremetteurs de demoiselles, De coupe-bourse, d'argotiers, De maîtres de sales métiers.

Bertrand.

Bien que les plus grands compositeurs n'aient point dédaigné d'orner leurs œuvres, des modestes fleurs écloses entre les pavés du Pont-Neuf \ ce mot est aujourd'hui devenu le synonyme d'air trivial et de rengaine musicale.

Les harmonistes sans idées ne manquent jamais de traiter les mélodistes de fabricants ou même de rétameurs de Pont-Neufs.

Halévy présenta un jour à Auber un bambin de4 dix ans qui avait composé une fugue. L'illustre compositeur encouragea l'enfant, puis, malicieusement, lui frappa sur l'épaule : « Bravo ! Je te félicite, maintenant tu me trouveras un pont-neuf pour mettre là-dessus. »

Porte-lyre. — Poète. (Argot littéraire.) Flèche inoffensive décochée aux enfourcheurs du Pégase classique, éprouvant le besoin de galoper au pays de la rime avec un tétracorde en sautoir.

(Voir Lyre, Luth, etc. . .)

Porte-lyre. — Nom d'un poisson de mer sur le dos duquel Lacépède, qui fut musicien avant d'être naturaliste, découvrit deux nageoires dont les rayons sont dans les mêmes proportions que les harmoniques du corps sonore. (Argot zoologique).

1 Voir les variations de Mozart sur l'air kAu clair de la lune;» celles du Toréador d'Adam, sur l'air «Ah! vous dirai-je, maman,» etc.

Posséder son embouchure. — Manier la parole en virtuose consommé. (Argot populaire.)

Les orateurs grecs de l'antiquité se faisaient donner le ton par un esclave, joueur de flûte. Eux seuls pouvaient donc se vanter de posséder leur embouchure.

Posséder son instrument. — En savoir bien jouer. (Argot musical.)

On peut posséder son instrument^ même quand il est de location.

On dit également posséder son clavier, posséder son manche, posséder son embouchure. Beaucoup de musiciens, malheureusement, ne possèdent guère que cela.

« Dans un orchestre de théâtre de province, un vieux clerc de notaire était venu un soir jouer de l'alto pour son agrément, mais non pas pour celui du public. Le chef d'orchestre lui ayant fait remarquer qu'il jouait horriblement faux :

— Monsieur, répondit l'amateur blessé, mon alto est à moi, je l'ai payé de mes deniers, j'ai donc le droit d'en faire ce que je veux.

— Ce n'est pas une raison pour en abuser.

— Pardon, monsieur, c'est ma propriété. Or, qu'est-ce que la propriété? Lisez le droit romain : Jus utandi et abutandi, le droit d'user et d'abuser Donc.

Et il continua à cacophoniser sur son alto.

(Mùsieoramà.)

Pot-pourri. — Arlequin musical. S'emploie, au figuré, pour qualifier une page de musique ou de littérature composée d'idées incohérentes.

. Au propre, le pot-pourri était une suite d'airs pris dans les œuvres de divers maîtres ou parmi les refrains populaires et cousus les uns aux autres.

L'abbé Tuet, dans ses Proverbes français, dérive ce mot d'un rata composé de bœuf, de mouton, de veau, de lard, etc., que l'on faisait pourrir à force de le cuire et de le recuire.

Le pot-pourri a été très à la mode pendant la Restauration. Les chansonniers ont employé ce genre avec succès. On se souvient encore de la spirituelle parodie de la Vestale de Spontini par Desaugier.

Aujourd'hui les virtuoses ont remplacé le potpourri par la fantaisie, composition musicale faite de pièces et de morceaux empruntés à quelque opéra en vogue et cousus ensemble à l'instar de l'habit bariolé d'Arlequin.

Préludeur. — Musicien qui a la manie d'exécuter des traits ayant plus ou moins de rapport avec le caractère du morceau qu'il va jouer ou chanter. (Argot d'orchestre.)

Généralement les préludeurs d'orchestre sont de pitoyables exécutants. Ces messieurs ne jouent que pendant les entr'actes, repassant les motifs du concerto qu'ils rabâchent depuis six mois dans leur

mansarde, afin d'épater leurs camarades de pupitre.

«Avez-vous entendu jamais quelque chose de plus mistigorieux que les préludes de ces malencontreux solistes qui vous forcent dJécouter un petit tas de farfouilleries encornifistibulantes dans lesquelles ils semblent devoir demeurer corîime crapauds dans une grenouillère? Puis, quand ils ont escarbouillé leurs yeux, d'un air gabeleur, ils dodelinent leur corps frétillardement pour attraper quelque petit bruissement flatteur: st! st! il commence! st! Vous les voyez gobelotant l'adulation par tous les pores, se héroïfier avant même d'être assis d'aplomb! D'autres font moins de façon, ils jouent en guise de prélude une gamme ascendante et descendante, puis, si l'on s'esclafe de rire, ils rient aussi. Quelques-uns, dès leur début, s'enfournent dans des tons si . extraordinaires qu'il serait impossible de préciser si le prélude est dans un ton quelconque; on en voit aussi imaginant les difficultés les plus grotesques, dont ils restent piloboufis et lorsqu'arrive leur vrai morceau, ils n'y a plus d'admiration possible.

(Dictionnaire burlesque, Clédeçol, i836.)

Prima donna de Tégout. — Chanteuse ordurière de café-concert. (Argot populaire.)

« C'est le sublime des sublimes qui fait la réputation des prima donna de Fe'gout. Ils sont là, atta-

3oo l'argot musical

blés dans les cafés chantants: la célébrité paraît, une salve bien appuyée lui fait sentir qu'elle a des admirateurs; après le premier couplet, des bravos frénétiques le mettent en bonne humeur, à la fin il trépigne, il se démène comme un forcené. Le lendemain, il vous fredonne : Rien nJest sacre pour un sapeur ou Cest dans le nez quça m' chatouille. Si vous l'appelez protecteur des arts, d'un ton moqueur, l'apostrophe en avant: «Est-ce que vous comprenez ça, vous ? Il vous faut du plain-chant, de la musique sacrée ; allez donc au lutrin, vous êtes un croque-mort de plaisir.»

{Le Sublime. Denis Poulot.)

Prima gueula. — Variante de la précédente. (Argot populaire.)

«Elle sait chanter. Quant à son chant, il est indescriptible, comme ce qu'elle chante. Il faut être Parisien pour en saisir l'attrait, Français raffiné pour en savourer la profonde et parfaite ineptie. Cela n'est d'aucune langue, d'aucun art, d'aucune vérité. Cela se ramasse dans le ruisseau; mais il y a le goût du ruisseau, et il faut trouver dans le ruisseau le produit qui a bien le goût du ruisseau. Les Parisiens eux-mêmes ne sont pas tous pourvus du flair qui mène à cette truffe. Lorsqu'elle est assaisonnée, ils la goûtent. Notre chanteuse a ses trouvères attitrés qui lui proposent l'objet, et elle y met supérieurement la sauce.

l'argot musical 3oi

«Elle joue sa chanson autant qu'elle la chante. !lle joue des yeux, des bras, des épaules, des tanches, hardiment. Rien de gracieux; elle s'exerce plutôt à perdre la grâce féminine; mais c'estlà peutêtre le piquant, la pointe suprême du ragoût. Des frémissements couraient dans l'auditoire, des murmures d'admiration crépitaient dans la fumée des pipes, à certains endroits dont l'effet, cependant assuré, défie toute analyse. Dites pourquoi l'Alsacien s'épanouit à l'odeur de la choucroute?

« La grande chanteuse est entourée de satellites très inférieurs. Son morceau est précédé d'une avant-garde de romances nigaudes, l'on place au plus près tout ce qu'il y a de plus douceâtre: Faites un nid! Et, après ce fromage blanc, tout de suite, l'ail et l'eau-de-vie surpoivrée, le tord-boyaux tout pur de la demoiselle. Le heurt est violent, et comme on dit dans la langue du lieu : Ça emporte la gueule. )) [Les odeurs de Paris. Louis Veuillot.)

(Voir Beuglant.)

Pris de rhum. — Jeu de mots, plus spiritueux que spirituel, qu'on applique improprement à l'exécutant qui a trop flûte. (Argot d'orchestre.)

On sait qu'avant de partir au pays du soleil, les prix de Rome doivent être jugés dignes des loges. Cette qualification ne saurait donc s'appliquer aux prix de rhum, qui ont déjà reçu leur coup de soleil avant de partir pour la gloire.

3o2 l'argot musical

Prix marqué et prix net. — Chiffres fantastiques, marqués sur tous les morceaux de musique, indiquant en francs et centimes, le double, le triple, le quadruple et jusqu'au décuple de leur prix réel. (Argot des éditeurs de musique.)

Psaltérion (Mettre au). — Mettre au carcan. (Vieil argot judiciaire.)

Bien que cet argotisme ne soit plus usité, nous devons le mentionner, car on Fa fait le précurseur de mettre au violon, emprisonner.

Le psaltérion était un instrument à cordes très répandu au moyen âge. Ses cordes, que Ton pinçait des deux mains, étaient fixées sur une caisse sonore de forme triangulaire, mais le plus souvent trapézoïdale, que l'exécutant suspendait à son cou.

Le psaltérion, comme l'indique son nom, servait à accompagner le chant des psaumes.

G. Kastner, dans une savante étude du mot, a démontré que, dans l'argot judiciaire, le psaltérion n'était autre chose que le cep, sorte de carcan en bois dont on entravait les criminels.

Mettre au psaltérion devint le synonyme de mettre au cep, à cause de l'analogie de forme de ces deux instruments et surtout à cause de l'attitude de virtuoses que le cep donnait aux criminels qui y étaient condamnés, et de l'aspect de suppliciés que le psaltérion faisait prendre aux musiciens qui en pinçaient. (Voir Harpe, Tap, Violon.)

l'argot musical 3o3

Puff. — Réclame charlatanesque. (Argotisme tiré de l'anglais puff (souffle, bouffée), onomatopée du bruit que font les lèvres du fumeur et du cornemuseur, le premier, en lâchant une bouffée de sa pipe, le second, en soufflant dans son bag-pipe, (sac à tuyau.)

On voit que du puff, il ne sort que du vent ou de la fumée. Un des plus célèbres puffistes fut l'américain Barnum, l'entrepreneur des succès de Jenny Lind, le rossignol suédois.

(Voir Blague, Buffa, Du Vent.)

Quadrumanes. — • Se dit de deux pianistes, attelés au même clavier pour y jouer un morceau à quatre mains. (Argot musical.)

Allusion aux contorsions et aux singeries auxquelles se livre habituellement la gent tapoteuse.

Quatre (Se mettre en). — Exécuter un quatuor. (Argot musical).

Expression plaisante, parodiant l'argotisme se mettre en quatre, faire du zèle pour quelqu'un ou quelque chose, employée par les amateurs de mu-

sique de chambre ou par les choristes dont les compositions sont généralement écrites à quatre parties.

Quatuor. — Quatre d'un jeu de dominos. (Argot des joueurs.

Revanche des joueurs sur les pianistes qui leur ont emprunté l'expression jouer aux dominos.

Queue. — Toutes les notes de musique, excepté la ronde, sont munies d'un appendice appelé queue.

S'il arrive qu'à la fin de l'exécution d'un morceau d'ensemble, un choriste ou un instrumentiste maladroit fait entendre une note ou un accord après tout le monde, le chef d'orchestre se tourne vers l'auteur du solo intempestif et le frappe, d'une amende pour avoir fait une queue. C'est le terme consacré.

On jouait un soir Robert le Diable dans un théâtre de province et plusieurs artistes amateurs de l'orchestre, peu familiers avec les difficultés de l'œuvre de Meyerbeer, se livraient à une orgie de queues qui donnaient le frisson.

Au premier entr'acte, le chef d'orchestre descend au foyer des artistes et interpelle vertement les coupables. — Monsieur l'alto, sJécrie-t-il, pourquoi avez-vous fait une queue ? Prenez-vous Meyerbeer pour une perruque?

— Loin de là, monsieur, mais c'est le diable, sa musique,

l'argot musical , 3o5

— Et vous, la contrebasse, pourquoi avez-vous fait une queue ?

— Monsieur, la queue au théâtre ne prouve-t-elle pas le succès de l'ouvrage?

Cette réponse inattendue désarma le vétilleux chef d'orchestre. (Musicorama.)

Queue de poisson. — Coda écourtée d'un morceau de musique qui «.desinit in piscemi) et ne plonge pas précisément le public dans la même extase que les infortunés matelots séduits par le chant de la sirène.

Libre aux auditeurs dJéviter le naufrage eh employant l'expédient d'Ulysse et de ses compagnons : se boucher les oreilles.

Quinte. — Violent accès de toux. (Argot populaire.)

Le docteur Colombat de l'Isère, dans son Mécanisme des cris, a noté ainsi la terrible quinte de la coqueluche.

J=f=:tF^=S=J*==K=^=FJJ

Que-ot que-ot que-ot que-ot que - ot ftp ; LJ. r *■ - #• - J*J

3o6 -% l'argot musical

Quintette. — Cinq d'un jeu de dominos. (Argot des joueurs.)

Peine du talion infligée aux musiciens qui ont donné le nom de Dominante à la quinte de la tonique.

Le jeu de dominos lyriques ne comprend jusqu'à ce jour que quatre pièces : le Domino rouge de Lobe, Il Domino nero de Rossi, le Domino bleu d'Arietta et le Domino noir d'Auber.

Quinze-vingts (Musique de). — Musique médiocre comme en exécutent les aveugles nomades. (Argot populaire.)

En 1260, Saint-Louis fonda l'hospice des Quinze- Vingts, pour 3oo (i5 fois 20) aveugles.

Les malheureux qui n'avaient pu trouver un refuge dans cet asile, apprirent comme ils purent à dire quelques chansons ou à jouer de quelque instrument de musique et se répandirent dans les rues pour implorer la charité des passants. De ce nombre fut le poète et ménestrel Colin Muzet dont il nous reste plusieurs productions. L'instrument favori des aveugles du XIVe siècle était la vielle ou chifonie.

La chronique manuscrite de Bertrand Du Guesclin l'anathématise en ces termes :

Dist Mathieu de Gournay, ne vous irai celant, Ens ou pays de France et ou pays normant,

Ne vont tels instrumens, fors aveugles portant,

Ainsi vont li aveugles et li poores truant,

De si fais instrumens li bourgeois esbattant,

Et l'appela depuis un instrument truant:

Car ils vont d'huis en huis leur instrument portant

Et demandent leur pain...

Jusqu'au XVIIe siècle, les aveugles continuèrent à moudre de la chifonie. L'orgue de Barberi et l'accordéon étaient encore à naître. Bientôt le gagne-pain des pauvres, la vielle eut ses entrées dans les palais, et, grâce à La Roze et à Janot, la terreur des cours devint la joie de la cour.

Le violon étant tombé en discrédit parmi les gens du bel air, les aveugles s'en emparèrent.

Au XVIIIe siècle, on organisa des concerts d'aveugles, mais l'exécution charivarique de ces orchestres et les costumes burlesques dont on revêtait les pauvres symphonistes étaient plutôt du domaine de la parade et faisaient la risée de l'auditoire.

Une curieuse estampe du temps, reproduite par le magasin pittoresque de 1878, représente un « grand concert extraordinaire exécuté par un détachement des Quinze-vingts au cafifé des aveugles (sic) à la foire Saint-Ovide, au mois de septembre 1771. » L'orchestre de ce concert est composé de neuf exécutants jouant des instruments à cordes et à archet. Ils sont affublés de bonnets pointus et, comme pour railler de leur infirmité, quelques-

3o8 l'argot musical

uns des violons portent des lunettes et d'autres s'efforcent en grimaçant de déchiffrer leur musique posée à l'envers devant leurs yeux monts.

La composition de cet orchestre rappelle un peu celle du café des aveugles qui tenait ses séances, en i858, dans un sous-sol du Palais-Royal.

Le chef d'orchestre, devançant l'excentrique sauvage du café des aveugles, est coiffé des oreilles de Midas ; il est à cheval sur un paon dont la queue étale ses yeux nombreux, comme pour narguer ceux qui manquent aux exécutants. Un lustre éteint est suspendu au-dessus de cette scène navrante.

Cest en assistant à un de ces tristes concerts que Valentin Haûy conçut pour la première fois l'idée de prendre la musique comme point de départ de l'éducation des aveugles.

Quarante ans après, en 1822, les aveugles, élèves de Haûy, exécutèrent dans l'église Saint-Médard, au convoi de leur maître, un requiem de la composition de l'un d'eux. ,Voir cligne-Musette.)

Raboter le sifflet (Se). — Boire. (Argot populaire.)

(Voir Siffle, Couper le sifflet.)

l/ ARGOT MUSICAL 3o9

Raccord. — Répétition partielle d'un ouvrage, rendue nécessaire pour une distribution nouvelle des rôles ou pour un changement dans la mise en scène, par la présence d'un acteur nouveau, par des coupures, ou enfin destinée uniquement à rétablir la bonne exécution de quelques endroits diffi-

Clles- (Fr. Halévy.)

L'auteur de la Juive raconte, dans ses Souvenirs, l'histoire du raccord de Guillaume Tell qui eut lieu à l'Opéra la veille de la révolution de i83o.

«J'étais présent à cette répétition, dit-il, seul dans la salle obscure, où pénétraient par moments des rumeurs lointaines. Lorsqu'on arriva au trio célèbre, lorsque Guillaume s'écria: a Ou l'indépendance ou la mort .h) un frémissement parcourut le théâtre, et les hommes qui se tenaient au fond de la scène ou qui remplissaient les coulisses, acteurs, musiciens, machinistes, comparses, soldats de garde, frappés d'une étincelle soudaine, accoururent et répétèrent le cri de Guillaume. Jamais mouvement réglé par un habile metteur en scène ne fut exécuté avec autant de chaleur et d'ensemble. Trente ans écoulés n'ont pu effacer de ma mémoire le souvenir de cette commotion rapide et l'effet de ce chœur étrange, de cette mélopée bizarre où se trouvaient confondus le chant et le rythme musical avec la libre expansion de la parole, et d'où s'échappait, comme un rayon de feu du milieu des ténèbres, le

3io l'argot musical

cri de guerre fortement accentué. Ce fut la fin de la répétition. Beaucoup de ces hommes, cachant sous leurs vêtements une arme improvisée, partirent et allèrent grossir les groupes qui agitaient le boulevard. Peu d'instants après, on reçut Tordre de cesser la répétition, prévoyance tardive que l'émeute avait devancée.»

Racler le boyau. — Jouer du violon ou de la basse. (Argot populaire.)

Les Italiens disent «scier le violon» et les Allemands «gratter le violon.»

Moi. — Aimez-vous votre enfant ?

Lui. — Si je l'aime, le petit sauvage! J'en suis fou!

Moi. — Et vous en ferez un musicien, afin qu'il ressemble en tout à son père?

Lui. — Un musicien ! un musicien ! Quelquefois je le regarde en grinçant les dents, et je dis: «Si tu devais jamais savoir une note, je crois que je te tordrais le cou.»

Moi. — Et pourquoi cela, s'il vous plaît?

Lui. — Cela ne mène à rien.

Moi. — Cela mène à tout.

Lui. — Oui, quand on excelle; mais qu'est-ce qui peut se promettre de son enfant qu'il excellera? Il y a dix mille à parier contre un qu'il ne sera qu'un misérable râcleur de cordes comme moi. Savez-vous qu'il serait peut-être plus aisé de trouver un enfant

l'argot musical 3ii

propre à gouverner un royaume, à faire un grand roi, qu'un grand violon?

(Diderot. Le neveu de Rameau.)

Rafistoler. — - Raccommoder. (Argot populaire.) Du latin fistula, flûte, dit le dictionnaire de patois

normand, le vieil argot français avait fait afistoler,

tromper, comme piper de pipeau.

Or, n'est-ce pas une tromperie que rafistoler un

objet en mauvais état pour le revendre comme

neuf?

Rafistoler (Se). — Se parer, s'endimancher. (Argot populaire.)

On disait autrefois s* afistoler.

N'est-ce pas une tromperie que ces parures, ces fausses nattes, ces fausses dents, ce maquillage?

Râler. — On dit qu'un tuyau d'anche râle lorsqu'il ne parle pas net, qu'il a un son enroué, désagréable. (Argot des organistes.)

La même raison a fait donner à un oiseau le nom de Râle.

Ramage. — Chant. (Argot populaire.) Est-ce que le proverbe musulman « Chaque oiseau aime son ramage» ne s'applique pas également aux étoiles de la rampe et aux divas de la ramée?

3l2 l'argot musical

Ramistes. — Nom des partisans de Rameau dans sa lutte contre les Lullistes. (Argot musical.)

Au service solennel que l'Opéra fit célébrer, en 1764, à la mort de ce compositeur, plusieurs de ses œuvres furent adaptées aux prières qu'il est d'usage de chanter en cette cérémonie. Sophie Arnould, rappelant le nom et les talents de l'homme que la France venait de perdre, s'écria : « Nos lauriers ont perdu leur plus beau Rameau. »

(Voir Lullistes.)

Raquette. — Violon. (Argot musical.) On peut expliquer de plusieurs manières l'origine de ce sobriquet donné au roi des instruments. La raquette et le violon semblent d'abord avoir été taillés sur le même patron. Ensuite, depuis que les parties de violon sont vouées aux démanchers les plus fantastiques, les violonistes sont forcés de s'escrimer de la paume. Il semble enfin, en entendant les traits des violons s'élancer, se croiser, s'imiter d'une partie à l'autre, que les symphonistes se lancent la balle.

(Voir Charivarius, Mirecourt, Sabot, Racler le boyau. Scier du bois.)

Rasibus. — Sobriquet donné par les missionnaires français aux chanteurs castrats de la Chine qui avaient subi l'amputation totale.

(Barrow. Voyage en Chine, I, page 385.) (Voir Chanteur de la chapelle Sixtine.)

L' ARGOT MUSICAL 3l3

Rataplan. — Onomatopée du bruit du tambour employée comme refrain dans les compositions vocales. Le plus célèbre est le rataplan des Huguenots.

(Voir Colin Tampon, Papa, Maman.)

Registres de la voix — Argotisme 'servant à classer les divisions de l'étendue de la voix. On distingue trois registres: celui de poitrine, celui de médium et celui de tête ou de fausset (que l'on devrait écrire faucet, comme le voulait J. J. Rousseau, ce mot venant du latin faux}faucisj la gorge).

Les musiciens aiment à pratiquer entre eux le libre échange. Les organistes ont emprunté aux chanteurs la voix humaine pour en composer un jeu d'anches qui a la prétention d'imiter avec des tuyaux l'effet produit par les cordes vocales. La voix humaine ne suffisant pas aux organistes insatiables, ils ont emprunté au choral céleste la vox angelica} jeu d'orgue que certains facteurs qualifient d' a assassin des soufflets. »

A leur tour, les chanteurs ont emprunté aux organistes le nom des règles de bois dont la fonction est d'ouvrir ou de fermer l'entrée du vent dans les tuyaux d'orgue, pour diviser leur voix en trois registres.

Au point de vue commercial, la voix de poitrine est le grand livre du chanteur, sa voix de médium

est son registre de caisse et sa voix de tête peutêtre considérée comme son brouillard.

(Voir Voix blanche.)

Rémouleur de buffet. — Joueur d'orgue de Barberi ou de Barbarie. (Argot populaire.)

On peut classer les rémouleurs de buffet en quatre catégories».

Les endormeursy dont la manivelle moud avec une lenteur et un acharnement désespérants le miserere du Trouvère, afin de provoquer les bâillements de tous les habitants d'une cour et de s'en faire chasser à coups de gros sous.

Les epateurs, dont le truc le plus original consiste à jouer gravement la sérénade des Deux aveugles, en tournant avec un sérieux imperturbable les pages d'un cahier de musique posé sur leur orgue.

Les étouffeurs, appostés par les escarpes devant la maison de leur victime, afin d'empêcher ses cris d'être entendus. Tout le monde se souvient du fameux remouleur célébré par la complainte de Fualdès :

Afin d'étouffer ses cris,

Il jouait dTorgu' de Barbarie!.

Les agaceurs, dont les sons faux et criards peuvent être de quelque utilité, comme le prouve ce couplet, chanté sur l'air du Noël d'Adam :

l'argot musical 3i5

Qu'un créancier chez vous, un jour, pénètre, Ou qu'un raseur vous débite des vers, Quel sort heureux quand, sous votre fenêtre, Un orgue vient soudain moudre ses airs! Pour agacer des gêneurs pleins de morgue, Du trémolo je suis grand amateur.

Qui les fait fuir? C'est notre joueur d'orgue: Noël! Noël! Voilà le Rédempteur.

Montariol. Chansons.

Remplir le battant (Se). — Manger, se remplir la bedaine, le bedon, le tambour, dans l'argot des faubouriens dont le ventre bat souvent la breloque.

(Voir Battant, S'empiffrer, etc.)

Rentoilage. — Argotisme emprunté à la peinture pour exprimer l'opération que Ton fait subir quelquefois aux opéras de Pancien répertoire que l'on remet à la scène.

« Comme à certains tableaux, noircis par le temps, dit Thurner, on leur fait subir des repeints; on rentoile des opéras comiques. Une orchestration nouvelle remplace Pancienne, on arrange une romance en choeur, on intervertit Pordre des morceaux, et cela à la plus grande gloire de Pillustre défunt.»

Mozart a rentoilé les oratorios d'Haendel et, juste châtiment, Mozart a été rentoilé à. son tour; on a bourré Figaro et Don Juan d'ophicléides et de grosse caisse.

3i6 l'argot musical

C'est indigne! c'est affreux! disait un jour à Berlioz l'auteur de La Vestale; mais on me corrigera donc aussi, moi, quand je serai mort?

Dame! mon cher Spontini, vous avez bien corrigé Gluck.

(Voir Arrangeur, Décompositeur.)

Répétition. — Argotisme prouvant qu'il n'est rien d'impossible aux musiciens, puisqu'ils prétendent répéter un morceau qu'ils exécutent pour la première fois.

Les Italiens et les Allemands, plus logiques que nous, appellent la répétition l'épreuve (prova, probe).

Un directeur de théâtre vçnait d'infliger une amende à un ténor qui avait manqué, la veille, la répétition d'un opéra.

— ((Je proteste, s'écria le chanteur, c'est aujourd'hui la véritable répétition; hier, vous avez dit, aujourd'hui vous répétez,,, on ne peut répéter que ce qu'on a déjà dit.»

Le même directeur reprochait à son étoile de faire manquer la répétition par ses continuels retards.

— ((Vous n'avez qu'à me donner une montre à répétitiony répondit la diva.»

Reprise. — C'est le a. bis repetita placent» des doubles croches. (Argot musical.)

«Que penserions-nous d'un homme qui, coupant son discours en deux, répéterait deux fois chaque moitié ? »

«J'ai été chez vous ce matin; oui, j'ai été chez vous ce matin, pour vous parler d'une affaire, pour vous parler d'une affaire.»

Voilà à peu près l'effet que me font les reprises

en musique.

(Grétry. Essais sur la musique.)

(Voir Da Capo.)

Reprise perdue. — Remise en scène d'un opéra usé. (Argot musical.)

Allusion au raccommodage que les ménagères font subir aux vieilles vestes de leurs époux.

Requin. — Sobriquet populaire donné par les matelots normands au squale ou chien de mer.

Requin est une corruption de requiem, le chant de la messe des morts.

Ricochet (Chanson du). — Jeux de mots sans suite rebondissant de bouche en bouche. (Vieil argot.)

Synonyme de la scie que les typographes nomment queues et dont Delvau cite l'exemple suivant :

«Quelqu'un dit, à propos de quelque chose: «Je la trouve bonne.» Aussitôt, un loustic ajoute d'enfants, puis un autre ticide, puis d'autres de Nor-

3i8 l'argot musical

mandie, etc., etc. Lesquelles coquesigruités, prises

isolément, donnent: Bonne d'enfant — infanticide

— cidre de Normandie, etc.»

Autrefois, faire des ricochets en chantant , c'était

chanter faux.

(Voir Jouer en si.)

Rincer les oreilles (Se). — Entendre de bonne

musique après en avoir subi de la mauvaise. (Argot

des dilettantes.)

(Voir É cor cher, Cure-oreilles.)

Rince-voix. — Exercices de vocalises auxquels se livrent les chanteurs avant de paraître devant le public. (Argotisme forgé par M. P. Véron.)

(Voir Gargarisme.)

Ring-zing-guing ! — Onomatopée qui désigne, dans le patois normand, le bruit du tambour de ville de Falaise.

Dans son blason populaire de la Normandie, M. A. Canel nous a transmis une plaisante légende que les Normands conservent religieusement depuis le XVIe siècle.

Le Qui-vive Falaisien.

« Ring-zing-guing ! Ring-zing-guing ! Ring-zingguing ! — De la part de M. de la Fresnaye, autint

i/ARGOT MUSICAL 3ig

que le roi, si plus n'est, on fait assavoir que tout habitînt de Falaise ne pourra sortir sans lînterne, passé neuf heures du soir, sous les peines portées par les réglemînts de police. »

— ce Qui vive ! — Bourgeois de Falaise ! — Et où qu'est vot' lînterne? — Lavéchin! — Et il n'y a pas de chîndelle dedans. — On n' l'a pînt dit ! »

« Ring-zing-guing / Ring-zing-guing ! Ring-zingguing ! — De la part de M. de la Fresnaye, autînt que le roi, si plus n'est, on fait assavoir que tout habitînt de Falaise ne pourra sortir sans lînterne, avec une chîndelle dedîns, passé neuf heures du soir, sous les peines portées par les réglemînts de police. »

— « Qui vive ! — Bourgeois de Falaise ! — Et où qu'est vot' lînterne ? — La véchin. — Et la chîndelle ? — La véchin. — Mais n'y a poînt de feu au bout ? — On n' l'a pînt dit. »

— (( Ring-zing-guing ! Ring-zing-guing ! Ringzing-guing ! — De la part de M. de la Fresnaye, autînt que le roi, si plus n'est, on fait assavoir que tout habitînt de Falaise ne pourra sortir sans lînterne, avec une chîndelle dedîns et du feu au bout, passé neuf heures du soir, sous les peines portées par les réglemînts de police. »

Ripiène. — Partie de remplissage destinée à renforcer l'exécution d'un passage de musique. Argotisme tiré de l'italien ripieno, remplissage.

Un père vient faire inscrire son petit garçon au concours d'admission au Conservatoire.

— Quel instrument jouez-vous, mon enfant ? demande le secrétaire.

— Il n'ose pas répondre, dit le père, mais je puis

vous affirmer qu'il est de première force sur le

ripiène.

(Musicorama.)

Ritournelle. — Répétition fastidieuse d'une chose. (Argot des bourgeois.)

Allusion à la ritournelle (de l'italien ritornello, retour), prélude instrumental qui se répète à chaque couplet d'une chanson.

« C'est toujours la même ritournelles a pour

synonymes «c'est toujours la même chanson, le

même refrain.»

(Voir Kyrielle ', Litanie.)

Romancier. — Chanteur qui a la spécialité des romances et autres «choses du cœur » — dans l'argot des cafés-concerts.

Fort-romancier. — Premier chanteur de caféconcert.

Forte-romancière. — Grosse femme qui chante avec efforts, et très mal, de petites choses sentimentales, très faciles à chanter.»

(A. Delvau. Dictionnaire de la langue Verte.)

Ronde. — Note blanche et ronde, sans queue, laquelle vaut deux blanches ou quatre noires.

(J. J. Rousseau. Dictionnaire de musique.)

Argotisme géométrique qui pouvait autrefois avoir sa raison d'être, lorsque la ronde, "ou semibrève, était opposée à la brève, ou carrée.

Est-ce que la blanche, la noire et la croche simple, double, triple ou quadruple n'ont pas toutes la tête ronde ? (Voir Blanche, Croche, Noire.)

Rosalie. — Répétition fastidieuse d'un motif musical, modulant successivement à un degré supérieur. (Argot musical).

Il est impossible que nos galants ancêtres aient voulu par ce mot faire allusion à la reine des fleurs, en insinuant que l'auteur d'une rosalie avait l'air d'en effeuiller les pétales parfumés. .

Il est plutôt probable que cet argotisme a été inspiré par la récitation monotone d'un écolier déclinant :

Ro - sa, la ro - se; Rosae, de la ro - se;

Rosae, à la ro - se; etc.

Rossignol. — Chanteuse légère dont les roulades rappellent les vocalises du chantre des forêts.

La critique hésite souvent à appliquer à nos divas cet argotisme, à cause de ses différentes acceptions qui pourraient prêter à une équivoque.

On sait que la cantatrice Alboni était d'une corpulence peu ordinaire. Mme de Girardin la comparaît à un éléphant qui a avalé un rossignol.

On a quelquefois appliqué cette dénomination à des imitateurs de chant d'oiseaux. Le comte de Lamberg en cite un qu'on nommait II signor Rossignol. Je l'avais prié, dit-il, de se faire entendre, sur le tard, dans un jardin où il y avait une compagnie qui ignorait son talent; tout le monde crut entendre

le rossignol même.

(Voir Fauvette.)

Rossignol. — Jeu d'orgue imitant les accents de la douce Philomèle. (Argot des facteurs d'orgues.) « A la messe de minuit de Noël, Daquin imita si parfaitement sur l'orgue le chant du rossignol, sans que le couplet dans lequel il le faisait entrer parut gêné en rien de cette addition, que l'extrême surprise fut universelle. Le trésorier de la paroisse envoya le suisse et les bedeaux à la découverte dans les voûtes et sur le faîte de l'église; point de rossignol : c'était Daquin qui l'était.»

(Mercier. Tableau de Paris.) (Voir Philomèle, Roucouler.)

i/ ARGOT MUSICAL 323

Rossignol. — Sifflet que les enfants fabriquent avec un tube d'écorce dans lequel ils font glisser la tige de bois vert à laquelle il adhérait, afin de modifier à volonté les intonations destinées à imiter le chant des oiseaux. Ce jouet offre une grande analogie avec les anciens diapasons en bois.

Rossignol. — Marchandise invendable, condamnée à rester en boutique à perpétuité comme un rossignol dans sa cage.

En musique, disait Raklowsky, les rossignols ne voient la scène que des quais.

Rossignol. — Crochet pour ouvrir les serrures. (Argot des voleurs.)

Serait-ce une invention du trop fameux crocheteur Rossignol? Ou bien le parrain anonyme de cet argotisme a-t-il voulu poétiquement indiquer que son rossignol travaille, seulement la nuit, dans nos serrures, comme Philomèle au coin d'un bois ?

Rossignol. — Sifflet que Ton pose à Panus des chevaux poussifs. (Argot des vétérinaires.)

Pourquoi pas? En Chine, n'attache-t-on pas des sifflets sur le dos des pigeons voyageurs, afin que cette musique, effrayant les oiseaux de proie, les empêche de désorganiser le service des postes aériennes ?

324 l'argot musjcal

Rossignol... à glands (Chanter comme un).

Se dit d'un mauvais chanteur. (Argot populaire.)

Quelle est l'origine de cette métaphore ? Peutêtre l'espèce de grognement que font entendre certains chanteurs, en abusant des port de voix, a-t-il donné l'idée de caractériser leur voix en renversant malicieusement les termes de cet artifice musical.

Plus tard, on aura galamment supplanté la voix de p... par celle de rossignol.., à glands.

Les instrumentistes, moins bien partagés que les chanteurs, ont dû se contenter du cervelas et du jambonneau.

On va voir que si nos ancêtres n'ont pas, comme nous, trouvé le phonographe ni l'orgue électrique, ils ont eu la gloire d'inventer les concerts de rossignols... à glands.

« Louis XI commanda un jour à l'abbé de Bagne, homme de grand esprit et inventeur de choses nouvelles quant aux instruments musicaux, qu'il lui fit quelque harmonie de pourceaux, pensant qu'on ne le saurait faire. L'abbé de Bagne ne s'ébahit, mais lui demanda de l'argent pour ce faire, lequel fut incontinent délivré, et fit la chose aussi singulière qu'on n'avait jamais vue. Car d'une grande partie de pourceaux de différents âges qu'il assembla sous une tente ou pavillon couvert de velours (au devant duquel pavillon y avait une table en bois toute peinte, avec un certain

nombre de marches), il en fit un instrument organique, et ainsi qu'il touchait lesdites marches avec petits aiguillons qui piquaient les pourceaux, les faisaient crier en tel ordre et consonnance, que le roi et ceux qui étaient a\*ec lui y prenaient grand plaisir. » (Jean Bouchet. Annales d'Aquitaine,)

Le siècle dernier, si fertile en métaphores de toutes sortes, ignorait celle de rossignol... à glands, comme le prouve cette anecdote, citée dans Arnoldiana.

(( Mlle C... des Italiens chantait ordinairement fort bien dans la Fausse magie l'ariette qui commence par ces mots :

« Comme un éclair »

Elle venait de finir assez ce morceau, lorsqu'un amateur arrive tout essoufflé dans une loge, et demande vivement: A-t-elle chanté «comme un éclair?» — Non, monsieur, elle a chanté comme un c »

Qui donc, de nos jours, oserait même se permettre d'appliquer l'épithète de rossignol à glands au plus pitoyable acteur, fût-il de soie tout habillé ?

(Voir Jambonneau.)

Rossignol d'Arcadie (Chanter comme un).

— Chanter en b rayant ou chanter comme un ignorant. (Argot musical.)

Le rossignol d* Arcadie descend en ligne directe du roussin de la même contrée.

Tout le monde sait que, pour être bon musicien, il faut avoir de l'oreille, mais

L'excès en tout est un défaut »

Certes personne n'a jamais supposé que l'oreille du célèbre chanteur Martin ait eu la même conformation que celles dont Apollon gratifia le roi Midas.1

Néanmoins il peut arriver, au théâtre, qu'un habile chanteur, hors d'haleine, exécute malgré lui la romance si connue de maître Aliboron.

« On répétait généralement l'Africaine dans une ville de province. On venait d'entamer le formidable chœur des évêques. A la neuvième mesure, aux fameux vers dont la syllabe finale se répète sept fois de suite au-dessus de sept notes qu'on doit accentuer avec force :

« Toi dont la grâce infîni-i-i-i-i-i-i-i-ie » les choristes, surmenés par les répétitions, se mirent à geindre entre chaque note, transformant ainsi le scabreux passage: « infini-an-i-an-i-an-i-an-i- etc.. »

L'effet fut foudroyant. On se tordait dans la salle. L'orchestre s'arrête. Le chef interpelle en riant les malheureux choristes. — «Nous allons

1 II existe un vieux proverbe: «Chantez à l'âne, il vous fera des p. , . » qu'on applique dit M. Quitard, aux ignorants et aux ingrats qui méconnaissent les bons offices qu'on leur rend et n'y répondent que par des grossièretés.

recommencer cela, dit-il, seulement tâchez cette

fois, mes enfants, de ne pas prendre votre bonnet

d'évêque pour un autre.»

(Musicorama.)

[Voit Sirène de moulin, Violon de bourrique.)

Rossinisme. — Révolution musicale opérée par Rossini. (Argot de musicistes.)

«Musique mécanique!» s'écriait Berton, l'auteur du Délire.

« Turlututus ! » s'écriait Lesueur, l'auteur des Bardes, célèbre par la tabatière du Premier consul.

«J'adjure tous les compositeurs contemporains, disait Adolphe Adam, depuis le plus célèbre jusqu'au plus infime : en est-il un seul qui ne doive quelques pages de ses œuvres au génie de Rossini ?

Semblable au soleil, il a répandu la lumière sur tous, et ses rayons ont fait éclore mainte inspiration qui ne se serait peut-être jamais développée sans cette influence bienfaisante. Rossini est le génie musical le plus complet qui ait jamais existé.»

Rossiniser. — Composer dans le style Rossinien. (Argot de compositeurs.)

Rossinistes. — Partisans de Rossini dans la guerre acharnée que lui firent une tourbe de médiocrités envieuses qui tentèrent vainement

d'englober l'auteur de la Dame blanche dans leur coterie.

«Quoi quJon dise ou que Ton fasse, écrivait Boïeldieu, je ne prends, des compliments que Ton m'adresse, que la part qui me revient. On ne peut toucher à celle que l'Europe a faite à M. Rossini sans donner une preuve d'ingratitude ou de mauvaise foi.»

«Je donnerais tout ce j'ai fait pour un seul de ses morceaux, écrivait-il à Hérold. »

(Voir Perruquinisme. Vacarmini.)

Roteur. — Basse taille, basse chantante.

Enregistrons sans commentaire cet argotisme shocking dont nous renvoyons toute la responsabilité au dictionnaire de l'argot parisien de Rigaud.

Roucouler. — Chanter. (Argot populaire.) Quelque galant qu'il soit de comparer le chant de nos divas au roucoulement de la douce colombe, il faut user de cet argotisme avec infiniment de précaution, à cause de l'acception zéphirienne que nos pères attachaient à leur dicton gaulois: «La tourterelle chante.»

(Voir Jouer du basson.)

On doit à R. Wagner l'effet vocal le plus excentrique qu'on ait jamais ouï roucouler à une colombe sur aucune scène.

«En 1843 Wagner fit exécuter dans une église

de Dresde une scène biblique de sa composition :

Les agapes des apôtres. Un chœur de quarante

voix d'hommes représentait les quarante disciples

assemblés. Pour mieux rendre l'effet de cette voix

de l'Esprit saint descendant du ciel, il imagina de

faire chanter ces paroles : « Soyez consolés, mon

esprit est avec vous, » du haut de la coupole. La

critique locale se moqua fort de cette innovation

réaliste.»

(R. Wagner. L. Bernardini.)

Roue de vielle. — Se dit d'une personne bavarde et ennuyeuse, jouant toujours le même air.

(Voir Glas y Manivelle.)

Roulade. — Argotisme emprunté à la charronnerie pour indiquer un passage de musique vocale de plusieurs notes sur la même syllabe.

Ce mot, dit Castil-Blaze, vient de ce que la voix semble rouler en passant légèrement d'un son à un autre.

Une voix qui roule! quel sujet de tableau pour un impressionniste !

Ce terme nous semble plutôt avoir été inspiré par l'aspect contourné qu'offre sur la portée musicale la suite des notes composant une roulade, aspect offrant une certaine analogie avec la courbe

33o l'argot musical

décrite par un point de la circonférence d'une roue de voiture en mouvement. Peut-être serait-il plus moderne de transformer la roulade en chant cycloïdal.

Roulades (Chanteuse à). — Chanteuse de caféconcert.

Si la diva est enrouée, elle est condamnée à rouler dans l'ornière à perpétuité.

Si, au contraire, le sort ne jette pas de bâtons dans ses roues, la chanteuse à roulades fait la roue en se voyant traînée sur le chemin de la fortune dans un char attelé d'adorateurs.

Routinier. — Se dit d'un ménétrier qui s'est appris d'instinct à jouailler d'un instrument, ou d'un chanteur qui redit les airs qu'on lui a longuement serinés.

Routinier sert également à caractériser le musicien qui considère son art comme une borne immuable et se complaît dans le culte des vieilles méthodes ou des œuvres démodées dont on a bercé son enfance.

Rupture de gamme (En). — Se dit d'une chanteuse envolée de sa cage lyrique ou d'un symphoniste échappé de son bagne musical.

(Voir Fugue.)

l'argot musical 33 i

Sabbat. — Musique bruyante et discordante.

Allusion aux assemblées nocturnes des sorciers et des sorcières dont le diable était le président d'honneur et où se faisait un vacarme étourdissant.

Après l'immense succès de Robert le diable et de la Juive, le docteur Véron, directeur de l'Opéra, voyant bouder Rossini, lui proposa le plan de Gustave, avec la collaboration de Scribe.

— Ma foi ! non, dit Rossini, j'aime mieux retourner en Italie; je reviendrai quand les juifs auront fini leur sabbat.

(Voir Boucan, Chahut, Charivari,)

Sabot. — Mauvais instrument à cordes ne résonnant pas mieux qu'un escarpin de Limousin sur lequel on se serait avisé de monter un cordier.

Remarquez que l'on dit, pour la même raison : Sourd comme un sabot.

Bilboquet

Tu veux te faire saltimbanque ? présomptueux ! tel talent as-tu ?

sosthène Plaît-il?

Bilboquet

Quel talent as-tu?... c'est-à-dire quel talent que

vous avez?... As-tu composé des romans ou de la

pâte pectorale.

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