XIV PRELUDE
il se sert des mots diatonique et chromatique, il vous répondra que ces mots ont été tirés du grec et que, bien quils n'expriment nullement Vidée que les Grecs attachaient à ces vocables, il croit néanmoins devoir les employer, parce quils sont dans le dictionnaire officiel et que les savants ne leur ont point trouvé d 'équivalents .
Demandez au chanteur pourquoi il use de ces expressions: accoucher de sa note, la donner, se l'extraire, se gargariser, jouer du larynx, accorder ses badigoinces, remuer la commode, il vous répondra que ces argotismes expriment des nuances qu'aucun lexique officiel ne mentionne et que, d'ailleurs, le mot chanter est mal porté depuis qu'on Va détourné de son sens propre pour en baptiser un acte criminel. On voit par ces deux exemples que la création des argotismes est une conséquence de la pauvreté de la langue officielle.
Notre langue, disait Voltaire, est une gueuse fière à qui il faut faire V aumône malgré elle. l
Si la musique est une langue universelle, son vocabulaire est une véritable tour de Babel; V italien, le grec, le latin, V hébreu et le chinois s'y coudoient par ordre alphabétique.
1 Un certain nombre de mots français doivent leur origine à V argot du peuple romain qui trouva piquant, par exemple, d'appliquer à la tête (caput) la métaphore de pot cassé (testa) et à l'intestin (intestinum) le surnom de boudin (botellus), mot d'où sont tirés nos boyaux.