SCÈNE VI
Ah ! si vous vous sauvez contre toute espérance.
Dites aux magistrats, comme je vous le dis,
O ue dans l’ait reux repaire où vivent les bandits,
Vous avez rencontré deux beautés en détresse,
Et qu’il faut à tout prix délivrer ma maîtresse,
La signora Paula Manzoui que voici.
L'aRIOSTE, retenant.
Mademoiselle! ôciel, que faites-vous ici?
Manzoni! mais je sais qu’elle est votre famille.
Je ne me trompe pas? vous êtes bien la fille De Pietro Manzoni, l’ancien gonfalonier.
Mort à Florence, au mois de février dernier?
Oui, Monsieur ; à sa mort, triste, désespérée,
D’abord dans un couvent je m'étais retirée.
Et là j’avais écrit, d’un cœur bien consterné,
Au tuteur qu’en mourant son choix m’avait donné.
Ce tuteur, homme illustre, esprit sublime et rare. Avait connu mon père autrefois à Ferrare,
Et conservait de lui le meilleur souvenir.
11 m’écrit aussitôt qu’il m’engage à venir;
Je pars; un soir, hélas! des bandits nous surprennent. Et depuis quinze jours, près d’eux ils nous retiennent. Mon courage est à bout; venez à mon secours.
Je voulais m’éloigner ; mais après ce discours,
. Dût ce devoir nouveau me devenir funeste; *
Ma place est près de vous, mon enfant, et j’v reste.
GINA
Décidément, Monsieur, touchez-moi dans la main.
Non, je ne vous crois plus soldat de grand chemin!
PAULA
Mais en ce lieu pour nous, vous ne pouvez rien faire.
GINA
11 faut vous évader; voilà la grande aflaire,
PAULA
Adieu, dérobez-vous à travers ces taillis.
Et revenez bien vite avec beaucoup d'amis.
PAULA
Monsieur, de ce conseil écoutez la sagesse.
L’ARIOSTE
l’arioste.
Puisque vous l’exigez, j'obéis, je vous laisse;
Mais comptez, chère enfant, sur mon- prochain retour; Je prétends vous voir libre avant la Ûn du jour.
A bientôt!...
GIN A
L’aimable homme et l’heureuse rencontre !
(Elle passe k gauche.)