‹ L'aristocratie en AmériqueChapitre 33 sur 43 · LE COUP D*ÉTAT DU 2 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

LE COUP D*ÉTAT DU 2 DÉCEMBRE

Pour achever l'histoire de SouIé, j'ai f date du 2 décembre 185 1. Je veux cèpe dire quelques mots. Le jour où le coup e ne me surprit plus qu'à moitié. Il s'était, passé bien des choses depuis ma visite à avec le sénateur de la Louisiane. La guer déclarée entre le Président de la Républiq membres du comité de la rue de Poitiers. L poléon n'avait entendu travailler que i compte, et son but principal fut de faire re l'Assemblée nationale l'article de la Constil rendait le Président non rééligible. Il vo cette prohibition un obstacle à son aven atteinte à la souveraineté du peuple. Il ava en théorie. Mais il connaissait cette grave tion de la Constitution, quand il avait j respecter. Il ne pouvait plus passer outre c

lant son serment. Ceux qui avaient besoin qu'il restât au pouvoir, pour eux plus encore que pour lui, lui disaient bien qu'il n'enfreindrait la loi que pour rentrer dans le droit. Mais Louis-Napoléon hésita longtemps avant de laisser dominer sa conscience par ce paradoxe. Il y fut décidé par les embarras d'une situation pécuniaire qui deviendrait inextricable, le jour où il descendrait du pouvoir, et ne lui laisserait plus l'espoir d'y remonter. M. de Morny, son frère adultérin, qui s'était rallié tardivement à sa fortune, triompha de ses derniers scrupules en lui montrant les développements incessants de la conspiration que les monarchistes ourdissaient contre lui. Leurs complots devenaient la justification du sien. L'inaction' n'était plus un acte de conscience, mais un acte de niaiserie.

Il y avait quelque vérité dans les rapports de M. de Morny. Je voyais quelquefois, à cette époque, M. Dubois de Saligny, mon ancien compagnon de voyage au Texas, qui s'était attaché à la fortune du général Changarnier et était devenu un de ses secrétaires ou aides-de-camp. Il me racontait que le général était sûr de l'armée de Paris et qu'à sa voix elle mar* cherait contre l'Elysée, quand le besoin s'en ferait sentir. On se rappelle, en effet, que le général dit un jour à l'Assemblée qui l'avait préposé à sa garde : a Réprésentants, vous pouvez dormir tranquilles, je réponds de tout. » Quelques semaines aprèsj le gé* néral si sûr de lui-même et des autres, était arrêté

avec tous ceux qu'il devait protéger. Il y avait de la comédie dans ce triste drame.

Lorsque j'en appris Texécution nocturne, mière pensée fut de courir chez Emile de G rendu célèbre par sa devise: Confiance! confi le trouvai très excité. A peine étais-je dans son que le prince Napoléon y arriva. Il était aussi digne. Tous deux étaient d'avis qu'il fallait ] mais ils n'étaient pas d'accord sur les moy prince voulait que l'on se bornât à la résistanc organisée par l'Assemblée nationale. Emile d din, plus fougueux, voulait qu'on fît appel au> Il fit en effet quelque chose comme cela Presse, ce qui lui valut d'être incarcéré, p pédié en Belgique. Mais il n'y resta pas loni Il était dans son tempérament et dans ses p d'accepter les faits accomplis. Quand il n me dit : « Voyez-vous, j'ai réfléchi. En fai appel aux armes, j'avais fait une bêtise. C démenti à une résolution que j'avais prise longtemps, celle de reconnaître tous les goi ments de fait. Quand ils s'établissent, c'est nation est leur (îomplice, jusqu'à un certain f faut donc les mettre à l'essai et leur laisser 1( de donner leur mesure. Pour moi, au fond, les formes de gouvernement se valent, elle toutes bonnes ou mauvaises, suivant les homi les mettent en pratique. Une République p très despotique, et un empire très libéral. Je

donc pas de guerre systématique à l'Empire que nous allons avoir. Je chercherai à le maintenir dans les voies libérales. C'est ce que va faire le prince Napoléon, qui s'est soumis avant moi. En cela il a eu plus d'esprit que moi. »

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