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LA LIBERTÉ POLITIQUE ET LA LIBERTÉ SOCIALE

En France, en Italie, en Espagne, le dimanche est un jour de repos, comme le dit l’Écriture sainte. Mais le repos pour elles n'exclut pas le délassement, au contraire, il est son synonyme. Les Américains comme les Anglais, l’entendent autrement. Pour eux, le repos c’est le recueillement et l’absence de toute distraction. Aussi, autant le dimanche est gai à Florence, à Séville, à Marseille, autant il est triste à Londres et à New-York. Tous les lieux de plaisir, théâtres, bals, sont rigoureusement fermés. Il n’y a qu’une seule ville dans les États-Unis qui ait osé enfreindre cette interdiction, c’est la Nouvelle-Orléans, dont le théâtre français reste ouvert le dimanche, aussi cette ville est-elle traitée de Sodome par tous les prédicateurs protestants. New-York n’a pas osé braver les mêmes anathèmes, quoique ce soit une ville cosmopolite, où les catholiques, venus

de toutes les parties de l’Europe, sont très nombreux. C’est là une très dure privation pour eux.

La sortie des offices qui, dans les pays catholiques, est un spectacle attrayant, est un spectacle lugubre aux États-Unis. Au lieu de figures épanouies, on ne voit que des figures graves et rigides. Au lieu du bruit des gracieusetés échangées entre les personnes de connaissance, on n'entend qu’un silence absolu, ou des paroles proférées à voix basse. Il semble qu’on vienne, non de chanter les louanges de Dieu, mais de pleurer à un enterrement. Et cependant les offices sont une distraction pour les dames, la seule qu’elles aient le dimanche, puisque les magasins de nouveautés sont fermés. Le seul sujet de conversation qu’elles aient ce jour-là, c’est de demander à leurs amies, quand elles les rencontrent : « À quelle église avez-vous été aujourd’hui? » Elles ne disent pas : « Avez-vous été à l’église ? » ce serait vous faire injure que de supposer le contraire. On n’admet pas qu’on ne pratique aucun culte. Il faut en avoir un, il faut appartenir à une secte quelconque, même celle des snfidèles, titre euphonique des athées. Croire qu’il n’existe pas de Dieu, c’est toujours croire quelque chose.

Ce n’est pas seulement par les sociétés religieuses que les minorités sont opprimées aux États-Unis. Les sociétés dites de tempérance ne sont pas moins oppressives. Elles ont obtenu des législatures, dans les États du Nord, des lois qui interdisent la vente en

détail du vin et de tous les spiritueux. C’est une grande gêne pour les Européens qui sont obligés d’éluder les lois par toutes sortes d'artifices. Les Américains ne s’en font pas faute non plus. Les pharmaciens débitent de l’alcool sous forme de médicaments à de prétendus malades.

Si la liberté politique est illimitée dans ce pays de discussion, la liberté sociale y subit de nombreuses restrictions. L'une sert de rançon à l’autre, mais c’est la plus précieuse qui est sacrifiée, car la liberté sociale est de tous les moments, tandis que la liberté politique n’est un besoin que dans certains cas déterminés. Avoir le droit de faire un journal à volonté, et d'aller voter sur toutes choses, c’est bien. Mais le droit d’aller ou de ne pas aller à l’église ou au théâtre, et celui de boire ce que l’on veut, c’est encore mieux. En définitive, on était moins libre sur certaines choses à Boston et à New-York, qu’à Paris et à Vienne, même quand des gouvernements absolus y régnaient. Le despotisme légal y était tempéré par les mœurs, tandis qu’aux États-Unis, la République est despotisée par les mœurs. C’est toujours par suite du principe de compensation qui semble s’imposer à toutes les nations pour en mettre le haut et le bas en équilibre,

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