LA PRÉSENTATION OBLIGATOIRE
A Vienne, comme à Paris, la formalité de la présentation n'est pas de rigueur, comme aux États- Unis, dans un salon. Toutes les personnes qui s’y rencontrent, doivent avoir la pensée de leur respectabilité réciproque. En douter, c'est faire injure à leur amphitryon. On n’hésite donc pas à engager une conversation avec son voisin de table ou de canapé. Il n’en est pas de même pour les Américains. Toute personne qui ne leur a pas été présentée, est tenue à distance, comme qui dirait en quarantaine. Ce n’est que lorsque la quarantaine est levée que les Américains deviennent causeurs et les Américaines affables. Ces dernières sont alors les plus charmantes femmes du monde, car elles ont pour elles l’esprit et la beauté. Tant que la présentation n’a pas eu lieu, elles ne sont que des statues.
Un jour qu'il pleuvait fort à New-York, un Fran-
çais voit une dame qui faisait de vains efforts pour franchir un ruisseau dans une grande rue. C'était un nouveau débarqué, ne connaissant pas les usages de ce monde, un bon garçon, si ce n’était un raffiné. Il prend la dame à la bonne franquette et la dépose de l’autre côté du ruisseau. Loin de le remercier, au moins par un sourire, comme il s’y attendait, la dame le regarda de haut en bas, et lui demanda de quel droit il avait osé la toucher. « Je vais réparer ma faute, répondit »le Français, et reprenant la dame, il la replaça où il l'avait prise.
C'est que les républicaines des Etats-Unis sont, par une espèce d’antithèse, aussi fières que des duchesses. Ces petites démocrates de nom sont de vraies aristocrates par nature. La beauté est une noblesse native qui l'emporte sur celle des parchemins. Cette dernière n’est cependant pas dédaignée des jeunes filles à marier; au contraire, elle a pour elles l'attrait du fruit défendu. la démocratie ne le produisant pas. Heureusement on peut le trouver ailleurs.