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CHAPITRE XXV

LE CANADA FRANÇAIS, SON DÉVELOPPEMENT EXTRA- ORDINAIRE. SA CULTURE LITTÉRAIRE,

Ce que je viens de dire des Canadiens m’amèëne à parler de ce cher petit peuple qui est en train de devenir presque un grand peuple, tant il a grandi physiquement et moralement depuis que le gouvernement de Louis XV, moitié par son impéritie, moitié par une inéluctable nécessité, a été obligé de l'abandonner à l'Angleterre, en 1763. La population blanche était alors d'environ 65,000 âmes. Un recensement fait par l'Angleterre, en 1785, élevait la population à 90,000 âmes, mais en y comprenant probablement lesimmigrantsanglais et l’armée d'occupation. Le recensement fait en 1871,a démontré au monde étonné que la population des diverses provinces réunies au Canada, sous le titre de Dominion, s'élevait à 3,718,747 habitants. En 1881, le recensement la portait à 4,350,933. Ce qui constitue une augmen-

L'ARISTOCRATIE EN AMÉRIQUE 275 tation de 17 pour cent dans ces dix dernières années seulement! Sur ce chiffre, les membres de la race exclusivement française sont évalués à 1,200,000.

C'est un développement plus prodigieux que celui des États-Unis, où le bureau d’émigration de Washington établit que, de 1820 à 1870, 9,665,920 Européens sont venus s'établir dans l’Union, pendant que, dans le même laps de temps, l’émigration n'a fourni aux diverses provinces du Canada que 300,000 habitants, en grande partie d’origine anglaise. La race française ne s’est donc multipliée que par elle-même et par sa propre force d'expansion.

Lorsque je suis devenu propriétaire du Courrier des États-Unis, le Canada français sortait tout mutilé d'une insurrection connue sous le nom de Rébellion de 1837,et qu'un écrivain canadien, M. Paul de Cazes, a parfaitement résumée dans les lignes suivantes : « Plusieurs milliers de Canadiens français, exaspérés par les vexations continuelles qu'eux et leurs pères avaient eues à subir depuis plus de soixante-quinze ans, sans chefs, sans armes, sans munitions, sans organisation d'aucune sorte, luttèrent héroïquement contre des troupes régulières dix fois supérieures en nombre. Ces héros improvisés n’avaient à opposer à l'artillerie des régiments anglais que des faux, des fourches, quelques vieux fusils de chasse et un canon de bois.

« Vainqueurs une première fois dans les plaines de Saint-Denis, le 22 novembre 1837, ils furent bientôt

battus à Saint-Charles, le 25 du même mois, et complètement défaits quelques jours plus tard à Saint- Eustache. »

Cette révolte prématurée fut naturellement suivie d'une répression rigoureuse. Les prisonniers furent traduits devant une cour martiale qui en condamna 89 à mort et 47 à la déportation; l’une et l’autre peine entraïînaient la confiscation de tous les biens des condamnés. La constitution canadienne fut suspendue, et remplacée, en 1840, par un bill, œuvre du gouverneur lord Durham, voté par le parlement anglais, qui décrétait l’union du Haut et du Bas- Canada, jusqu'alors séparés, afin que la population française de l’un fût dominée par la population an= glaise de l’autre.

L’anglais seul était reconnu comme langue légale et parlementaire. |

La population du Bas-Canada et son clergé protestèrent, mais ce fut en vain.

Comme journaliste français, propagateur et défenseur de la langue proscrite, mon rôle était assez difficile dans ce pays. Le Courrier des États-Unis n'y avait conservé son entrée qu’en abandonnant la cause des insurgés canadiens. J'ai déjà dit qu'il était alors publié par un Allemand. Je ne voulais, à aucun prix, suivre les mêmes errements, et j'adressai, à tous risques, la profession de foi suivante aux Canadiens.

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