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COMMENT JE FIS LA CONNAISSANCE DU PRINCE LOUIS- NAPOLÉON

En apprenant mon retour, plusieurs de mes compatriotes Tonnerrois eurent l'idée qu'ayant vécu douze années dans la République américaine, je pourrais être un bon conseiller pour la République française. J'avais à leurs yeux le mérite d’être un républicain pratique. Ils vinrent donc m'offrir la candidature pour les élections à l’Assemblée Nationale de 1848. J'acceptai sans me faire prier. Mais mon étonnement fut grand, lorsque j’appris que j’aurais pour concurrent le prince Louis-Napoléon et Alexandre Dumas avec lequel j'allais me retrouver en rivalité, comme en 1832, aux jours de la Tour de Nesle. Deux concurrents de cette force, c'était trop, je voulus m’assurer si le prince Louis, qui, élu déjà dans l’Yonne et la Charente, avait décliné le mandat législatif, songeait réellement à se le faire décerner

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une seconde fois. Tandis que j'étais à New-York, un touriste américain, revenant de France, où il avait été rendre visite à Louis-Napoléon dans sa prison de Ham, m'avait apporté quelques explications du prince sur son évasion, et je les avais publiées comme document historique. Le prince me fit remercier par son intermédiaire, M. Henri Wikoff, et, celui-ci, apprenant mon départ, m'avait vivement pressé d'aller voir le prince à Paris. Il m'avait offert des lettres pour le prince Louis et son cousin Jérôme Bonaparte. Je les avais acceptées. L'idée me vint de m’en servir pour interroger le prince Louis sur sa candidature. Il était alors à Londres. Je lui écrivis en lui envoyant la lettre de M. Wikoff, et le priai de me dire s'il se portait ou ne se portait pas, sérieusement cette fois, comme candidat dans l'Yonne, lui déclarant au’en cas d’affirmation, je n’entrerais certainement pas en concurrence avec lui. Ma demande l’embarrassa évidemment, car sa réponse fut un faux-fuyant ne disant ni oui ni non. Il ne se portait pas, mais ne pouvait empêcher qu’on le portât. Il serait très heureux de voir arriver à la Chambre un homme tel que moi, mais il ne pouvait m’assurer le concours de ses amis déjà engagés « avec d’autres ». S'il s'agissait d’autres, cela m'importait peu, et je passai outre, croyant n’avoir plus affaire qu’à Alexandre Dumas.

Ce n’est pas que je n’éprouvasse une forte répugnance à entrer en lutte avec mon ancien adversaire dramatique. Mais un de mes anciens camarades de

collège, M. Cassemiche, alors Président du tribunal civil de Corbeil, d'où il arriva à la présidence d’une chambre de la Cour d’appel de Paris, vint me dire que, dans une réunion électorale, à Corbeil, Alexandre Dumas avait mêlé l’histoire de la Tour de Nesle à sa vielittéraire et politique, etavait déclaré que j'avaisété obligé de m'enfuir de France en Amérique, allégation dont mon ami Cassemiche avait été si choqué, qu’il avait donné un démenti à Alexandre Dumas en pleine réunion. Ce fait me parut si incroyable que j'écrivis à Dumas un mot très calme et très poli pour lui demander s’il avait réellement tenu le propos qu’un magistrat lui prêtait. Il ne me répondit pas. Je dus agir, à contre-cœur, et faire de ma profession de foi une petite brochure dans laquelle je racontai {à mon tour l’histoire de la Tour de Nesle avant d'arriver à celle de la République américaine. Cela' formait deux sujets assez bizarrement rapprochés. Je n’en donnerai ici que des fragments.

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