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LA TOUR DE NESLE ET LA CONSTITUTION DES ÉTATS=UNIS

Après les préliminaires obligatoires dans la bouche de tout candidat s'adressant aux électeurs, j’arrivai à dire comment je quittai le barreau et le petit journalisme pour me faire dramaturge.

« En 1832, je débutais dan la carrière dramatique par la pièce de la Tour de Nesle qui compte aujourd’hui plus de 700 représentations, et qui fut suivie, entre Alexandre Dumas et moi, d’une controverse dont retentirent alors tous les échos de la publicité. Je n'aurais point fait allusion à cet incident de ma carrière littéraire, si, à mon grand étonnement et à mon grand chagrin, je n'avais appris que tout récemment le souvenir en a été évoqué par M. A. Dumas lui-même, devant les électeurs des départements de Seine-et-Oise et de l'Yonne, dont il briguait les doubles suffrages, et que, loin de respecter mon absence,

il en a abusé, dans sa défense, à tel point qu'un magistrat de Corbeil, instruit de la vérité des faits, fut contraint de lui donner publiquement le plus énergique démenti. Je ne reprendrai pas ici l'instruction de ce vieux procès, jugé sir fois solennellement en ma faveur par arrêts destribunaux de Paris. Jenenie aucun des avantages que mon inexpérience a trouvés dans la collaboration de M. Dumas; personne plus que moi ne rend hommage à son immense talent. Mais ce n’est point une question littéraire qu'il s’agit de vider ici, c’est une question de moralité. Or, cette question sera facile à résoudre par le simple exposé de mes rapports avec M. Dumas.

« Je n'avais pas l’honneur de le connaître, lorsque je fis le drame de la Tour de Nesle qui fut reçu par acclamation au théâtre de la Porte-Saint-Martin, tel que je l'avais fait seul, sans aucun collaborateur. Le directeur, feu Harel, désira seulement quelques modifications à mon œuvre, et ces modifications, arrêtées entre lui et moi, je devais les accomplir à Tonnerre où me rappelait soudainement la mort de mon père, lorsque, n'ayant plus d’autre ouvrage à sa disposition, Harel porta, sans m'en rien dire, à M. Alexandre Dumas, trois manuscrits que je lui avais laissés et contenant les diverses phases de mon travail, depuis sa première ébauche jusqu'aux transformations arrêtées en dernier lieu. M. Dumas, dans un moment d'irréflexion, j'aime à le croire, consentit à se rendre complice de cette spoliation et à m'imposer une col-

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laboration subreptice, sans m'en donner même avis. Ce fut une lettre de Félix Pyat, homme de lettres, aujourd’hui représentant du Cher, qui m'apprit que j'avais un collaborateur et qu’on répétait à la Porte- Saint-Martin un drame de la Tour de Nesle attribué à Alexandre Dumas. J'écrivis aussitôt à ce dernier pour lui faire savoir qu’on lui avait porté mon œuvre sans mon aveu, lui dire que je ne voulais pas de collaborateur et le sommer d'arrêter les répétitions du drame. Ne recevant point de réponse, je partis de Tonnerre, et en arrivant à Paris je trouvai la lettre suivante que M. A. Dumas m'avait adressée, non point à Tonnerre où j'étais, mais à mon domicile parisien où je n'étais pas. d

« Monsieur,

« Harel, avec qui je suis en relation continue d'affaires, est venu me prier de lui donner quelques conseils pour un ouvrage de vous qu'il désirait monter.

« J'ai saisiavec plaisir cette occasion de fairearriver au théâtre un jeune confrère que je n’ai pas l’honneur de connaître, mais que je désire bien sincèrement y voir réussir. J'ai aplani toutes les difficultés qui se seraient présentées à vous pour la mise en répétition d’un premier ouvrage, et voTRE pièce, telle qu'elle est maintenant, me paraît susceptible d'un succès.

« Je n'ai pas besoin de vous dire, Monsieur, que VOUS en RESTEZ SEUL AUTEUR, QUE MON NOM NE SERA PAS PRONONCÉ, c'est une condition sans laquelle je

reprendrais de l'ouvrage ce que j'ai été assez heureux pour y ajouter. Si vous regardez ce que j'ai fait pour vous comme un service, permettez-moi de vous le rendre et non de vous le vendre.

« Venez donc à Paris le plus tôt possible, Monsieur, car la Tour de Nesle sera jouée d'ici à 15 jours au plus tard.

« Mille compliments empressés.

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