Goncourt
Barrés, si elles ne sont point sauvées par une délicatesse native et une élégance morale héréditaire, poussent droit au cynisme les cerveaux vulgaires. Greslou est lui aussi un dilettante et un amoureux de son Moi; il proclame, lui aussi, « que nous n'avons rien à nous que nous-mêmes, que le Moi seul est réel, que la nature nous ignore comme les hommes, qu'à elle comme à eux nous n'avons rien à demander sinon des prétextes à sentir ou à pensera Comme le héros d'Un Homme libre, il a créé pour son Moi une sorte de liturgie empruntée au catholicisme *. Il écrit cette phrase significative : « Puisque, dans cette fuite irréparable des choses, ce point et ce moment de notre conscience demeure notre unique bien, il faut en exalter, en exaspérer l'intensité '». Il se croit une âme de proie, il s'en excuse et s'en glorifie, au nom des théories déterministes. Lui aussi, il mécanise son âme pour la tenir dans sa main, et la diriger contre la vie : et comme la vie n'est pour lui qu'un vaste champ d'expériences, il y séduit une jeune fille par un mépris volontaire de toutes les lois sociales; mais il a compté sans la force du sentiment dans une âme autrement délicate que la sienne et il s'y brise.