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concentrés d'Espagne et d'Italie? Barrés n'a que faire des afféteries et des mièvres langueurs par où il s'est conquis tant de sots trop bien vêtus : c'est la passion dont toute son œuvre est saturée qui nous agite et nous exalte. Le citron doré aux rivages du soleil ne s'assaissonne pas des sucreries pour misses anglaises!
Un malaise passionné parcourt tous les ouvrages de Maurice Barrés, comme il agite son âme et enfièvre sa vie. C'est une perpétuelle révolte contre le poids d'habitudes sociales qui étouffent notre Moi, et c'est en même temps un perpétuel appel vers toutes les jouissances que ces habitudes procurent. Voilà par quelle ardente contradiction l'œuvre et la figure de Barrés sont si puissamment significatives. Un cerveau anarchique en querelle avec des nerfs trop raffinés, n'est-ce pas là l'image de notre société? N'y reconnaissezvous pas du moins le système nerveux de bon nombre d'intellectuels? Barrés rejette les mœurs, les lois, les livres, et toutes ces cloisons mortes derrière lesquelles son âme ne respire pas à l'aise ; mais il aime aussi ces parures , ces tableaux et toutes ces beautés dont on peut jouir dans le cirque des civilisations. C'est un anar-
à la plupart des esprits distingués de notre temps? M. Barrés n'en a point ignoré Tintérêt, il n'a eu garde d'en négliger les effets, et il lui doit le meilleur de son art. Voyons par quelles curieuses étapes il s'est acheminé vers cette singulière théorie de l'anarchie sentimentale qui est la sienne. N'oublions pas dans notre analyse que nous avons affaire à un logicien et à un passionné, à un être double qui ne peut se satisfaire ni dans une dialectique sèche ni dans des sensations isolées, mais dont tout le système n'est qu'une manière de méthode voluptueuse pour réaliser l'harmonie entre soi et la vie.
« Le premier point, c'est d'exister. j> Pour bien concevoir lés rapports de l'âme individuelle avec la collectivité, il faut d'abord, comme le vieil Akim de Tolstoï, « avoir une âme ». Existe-t-il, a-t-il vraiment une âme, celui qui, au sortir du collège, encombré de la sagesse et des préjugés des autres, pénètre dans la vie avec l'ignorance de sa vraie nature? Le spectacle social détruit ses idées toutes faites sur la vie, et cette sensibilité que la férule, le rudiment ou les plaisanteries des camarades avaient jusqu'alors comprimée, la voici qui s'éveille douloureusement.
Marx et même, par contraste, vers cet anarchiste absolu qui fut' Louis II de Bavière. Mais les rigoureuses quoiqu'un peu hâtives médailles que Barrés a frappées de leurs figures et de leurs systèmes ne nous arrêteront pas longtemps. Un jeune socialiste, écrivain très pénétrant et bien armé pour cette critique, M. Georges Diamandy *, a fort bien dit que juger Fourier d'après une préface de M. Gide, Lassalle d'après une, photographie et Karl Marx d'après la cuisine des brasseries allemandes était un procédé de critique très ingénieux, mais par trop incomplet. Mais que nous importe? Outre que Barrés nous répondrait qu'il a voulu écrire « non un manuel, mais un livret sentimental », n'a-t-il pas admirablement vu que tous ces réformateurs nous proposent des systèmes, c'est-à-dire des contraintes nouvelles. Or « pas plus dans la formule qu'un homme s'élabore pour soi-même (Louis II de Bavière) que dans un système imposé par la majorité (les socialistes) nous ne trouverions le bien-être... Sitôt réalisées, toutes ces formules deviennent des maisons froides, où l'hypocrisie succède au premier enthousiasme. » Le socialisme mène au servage; l'anarchie pure à la folie (Nietszche, Louis II). Quoi donc? « Un état d'esprit, non des