HISTOIRES DE BRIGANDS
« Hégésippus, au troisième Livre de la Guerre de Jérusalem, rapporte la mémorable histoire de Josèphe, ce fameux auteur qui nous a laissé par écrit la même Guerre des Juifs, lequel était
Calculs élémentaires.
gouverneur de la ville de Jotapata^ lorsqu'elle fut assiégée et peu après emportée d'assaut par Vespasien. Il fut contraint de se retirer dans une citerne, suivi d'une troupe de soldats, pour éviter la première fureur des armes victorieuses des Romains; mais il courut plus de fortune de perdre la vie parmi les siens que parmi les ennemis : car, comme il eut arrêté de s'aller rendre à la merci du vainqueur, ne pouvant imaginer aucun autre moyen de se garantir de la mort, il trouva ses soldats saisis d'une telle frénésie qu'ils voulaient tous mourir et s'entre-tuer les uns les autres plutôt que de prendre ce parti. Josèphe s'efforça bien de les détourner d'une si malheureuse entreprise, mais ce fut en vain; car, rejetant tout ce qu'il put leur alléguer au contraire, et persistant en leur opinion, ils en vinrent jusque-là que de le menacer, s'il ne s'y portait volontairement, de l'y contraindre par la force, et de commencer par lui-même l'exécution de leur tragique dessein. Alors, sans doute, c'était fait de sa vie s'il n'eût eu l'esprit de se défaire de ces hommes furieux par l'artifice du présent problème. Car, feignant d'adhérer à leur volonté, il se conserva l'autorité qu'il avait sur eux, et par ce moyen, leur persuada facilement que, pour éviter le désordre et la confusion qui pourraient subvenir en tel acte, s'ils s'entre-tuaient à la foule, il valait mieux se ranger par ordre en quelque façon, et, commençant à compter par un bout, massacrer toujours le tantième, jusqu'à ce qu'il n'en demeurât qu'un seul, lequel serait obligé de se tuer soi-même. Tous étant de cet accord, Josèphe les disposa de sorte, et choisit pour lui une si bonne place, que la tuerie étant continuée jusqu'à la fin, il se trouva seul en vie, ou peut-être encore, qu'il sauva quelques-uns de ses plus affidés,et de ceux desquels il se pouvait promettre une entière et parfaite obéissance. ^>