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Toute pâle, Giselle répondit :
a Jacques ne saurait rien vous proposer à la légère. Et vous pourriez vous en fier à son honorabilité autant qu'à son zèle...
• — Bien sûr! ma chère amie... Mais c'est toujours sous des auspices aussi recommandables que des hommes comme il faut, bien élevés, présentent leurs entreprises, dont cependant il ne reste bientôt que les plus navrants souvenirs... Rappelez-vous seulement l'affaire de Cap-Normand, celle de la Fusion Universelle, du Canal des Nouvelles-Indes, pour ne citer que les sociétés illustrées par leur désastre. Combien d'autres, plus petites, n'ont pu que végéter jusqu'à l'épuisement final, et ont disparu non moins lamentablement, mais sans bruit... Nombre de ces affaires, auxquelles je songe, avaient à leur tête ces terribles gens du monde, des fils de famille éduqués dans des milieux élégants et riches, ou un choix superfin de pères nobles. Autour d'eux, dans leurs conseils, on voyait affluer des personnages du meilleur style... Et tout cela, pour aller ordinairement, directement, fatalement, à la liquidation, quand ce n'était pas à la faillite et aux poursuites judiciaires!... »
Giselle sentait les chances de salut, pour son mari et elle, fondre misérablement sous cette logique méprisante. Les salissantes paroles de Saffre, en tombant, lui semblaient s'appesantir
comme des semelks sur le pain souillé de leurs espoirs.
€ Soyez convaincue, poursuivit-il, qu'il y a chez ces messieurs du monde un vice inhérent à leur qualité. Leur défaut à presque tous c'est de ne savoir à peu près rien faire par eux-mêmes. Ils n'ont appris qu'à commander, à donner des ordres. Or, dans les affaires, ces mêmes mots, qui continuent à exprimer un genre de procédé, acquièrent une signification bien particulière. Commander, donner des ordres, cela veut dire désormais prendre à sa charge des milliers de choses, se mettre sur les bras des millions de responsabilités... Et comment voudriez-vous que ces messieurs pussent se débrouiller eux-mêmes là dedans? Us ont toujours eu un valet de chambre pour préparer leur habit, leur chemise et leurs escarpins; des parents leur ont préparc de la fortune. Et c'étaient le notaire et l'agent de change qui, au jour le jour, leur préparaient leurs droits et leurs revenus. Et pendant qu'ils dilapidaient leur héritage, une jeune fille mûrissait à leur destination, leur préparant à diner de sa dot lorsque, vers la trentaine, ils auraient fini de déjeuner de leur argent... Oui, mais ce sont, plus tard, l'heure et le besoin du souper qui peuvent survenir; et, à ce moment-là, il n'y a plus personne pour le leur servir... du moins ^ussi bénévolement I Allez, le caractère de ces gens
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accoutumés aux facilités de la haute vie, ne se corrige pas quand ils s'installent dans le bureau, avant tout confortable, où ils vont censément brasser tant d'affaires. Rien qu'à se sentir si seuls, leur premier soin est de faire poser vingt-cinq sonneries, comme pour y appeler électriquement le diable et son train à leur service... Alors, savez-vous qui est-ce qui arrive infailliblement au fur et à mesure qu'ils pressent sur les boutons?... Ah! ce n'est pas le notaire, ni l'agent de change, ni bientôt même le personnel des larbins! C'est toute une autre catégorie d'officieux qui entre en fonctions : l'agent véreux d'affaires, qui vient les débarrasser de leurs droits; le maître chanteur, qui leur ôte le courage; l'huissier, qui s'empresse de mettre la main jusque sur leurs vêtements et leur linge; et enfin parfois le commissaire de police, qui procède à son tour, pour les alléger du peu d'honneur qu'il y aurait encore en caisse... »
Il s'interrompit de ce que Giselle s'était dressée et que, haletante, elle s'écriait :
c Dites-moi que vous vous amusez à me faire mal?... que tout cela n'est pas vrai?... que la proposition de mon mari n'est pas condamnée sans appel, dans votre jugement, avant d'avoir été seulement entendue? »
Saffre se leva aussi, un peu troublé lui-même de sa propre cruauté, et tout à iàit certain main-
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tenant qu'il n'avait en face de lui qu'une créature de sincérité, un objet de charme et de souffrance. Cependant pourquoi lui avait-elle montré ce reste de vigueur? Pourquoi cet élan qui l'avait mise encore debout, devant lui, comme dans un petit reste de bravade?
a Mais si! dit-il hypocritement, mais si, hélas! Toutes les tentatives de cette catégorie se valent. Toujours quelque utopie de cerveaux brûlés, qui deviennent des cervelles brûlées!... »
Cette phrase implacable, le renouvellement de cette vision sanglante, cette abomination intolérable et pourtant si possible, si constamment imposée, arrachèrent un cri à Giselle :
a Nous sommes perdus! gémit-elle en retojnbant assise, renversant sa tête, cachant ses grands yeux taris, sa figure desséchée de fièvre.
— Quoi donc?... Oh! ma chère enfant! protesta Saffre qui se replaça près d'elle... Comment pourriez-vous être perdue, quand je suis là, moi, prêt à vous protéger envers et contre tous? »
Il lui avait saisi les mains, s'efTorçant de détacher le masque qu'elle en faisait à sa douleur, et engageant ainsi avec elle un commencement de lutte physique où Giselle, usée dans les ressorts de sa fierté, brisée par tant de secousses, semblait livrer une bataille haineuse plutôt qu'éclater en souveraine révolte.
a Alors, c'est donc vrai que vous êtes dans la
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peine? » fit-il en lui maintenant les mains et en la regardant au fond des yeux.
Elle eut un signe affirmatif, violent, qui la fit se fouetter le visage avec une longue mèche dorée, détachée d'une touffe de sa coiffure. Un hoquet de plaintes soulevait sa poitrine. Il reprit, avec une impérieuse douceur :
« Ne vous repentez-vous point d'avoir été assez méchante pour ne pas vous confier à moi, dès la première heure? Est-ce que je ne suis pas fait, de tout temps, pour trouver les moyens qui vont remédier à tout, pour inventer les choses qui effaceront le chagrin de ces beaux yeux-là ! »
Elle se débattit, dans un accès d'anîmosité contre le compliment; mais ses deux poignets étaient à présent réunis dans une seule main d'un maître.
oc J'arrangerai le nécessaire rapidement, immédiatement même, déclara-t-il, puisque le plus tôt, n'est-ce pas? devra être le mieux... »
Saffre évita de nommer Jacques, de faire résonner entre eux deux le nom du mari, comme un trouble inopportun, en ce tête-à-tête dont l'intensité allait en augmentation infinie.
a Je vais le prendre .dans ma maison, l'intéresser dans des affaires à moi, de véritables affaires, celles-là!... Qu'est-ce que vous désirez que je lui fasse gagner, cette année?... dès ce mois-ci, pour commencer?... Vingt miUe francs ?... Trente
mille?... Dites-moi ce qu'il vous faut tout de suite...
— Non! bégaya-t-elle, ce n'est pas possible!
Ce n'était pas ça qu7/ voulait. .. Il n'acceptera pas d'être ainsi votre obligé. Son amour-propre, son rang dan» le monde ne lui pennettront pas de devenir, auprès de vous, une espèce d'em ployé... »
Elle suffoquait d'impuissance à parler davantage contre ce qui était désormais son souhait le plus ardent, son lâche et immense souhait de sauver son mari, dans une abnégation d'ellemême. Saffre la rudoya encore par un langage de sollicitude, en même temps qu'il jouait familièrement à lui dégager le front du voile de cheveux tombés sous lequel elle avait le regard obscurci et la pensée invisible.
« Comment! son amour-propre, son rang lui interdiraient ce que les leurs permettent à tant d'autres, de si fière lignée!... Mais, au contraire, c'est l'honneur de la haute banque d'avoir constitué des sinécures de ce genre à bien des personnages de grande famille, de telle sorte qu'on y ait largement assuré leur vie sans les exposer jamais au déplaisir de sentir une seule fois qu'ils la gagnent!... Ah! chère petite, chère enfant, ne vous butez pas contre des objections aussi frivoles. Je me charge de calmer toutes ks susceptibilités imaginables. Remettez-vous-en à
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mon ingéniosité, à mon dévouement, à la chaleur de mes instances... »
Et comme s'enflammant dans le feu des sentiments qu'il énumérait, les manœuvres de son audace en ponctuèrent les termes.
Giselle, toute moralement distendue par le chevalet de torture où les deux séances consécutives de ce jour avaient éprouvé son esprit, semblait en être encore à écouter les arguments de son tourmenteur. Se laissait-elle aller à croire que vraiment, selon une loi nouvelle, les rois de la finance auraient été dorénavant les maîtres d'avoir à leur solde un escadron issu de la plus pure chevalerie, et de se payer, par-ci par-là, quelques-unes des femmes à particule qu'il leur plaisait de distinguer dans leurs salons? Ou bien concevait-elle que l'infâme saisie, naguère annoncée, de tout ce qui appartenait à son mari, pût commencer par son propre corps?
Soudain, elle s'éleva en protestations, où se perdaient également l'injure et la prière. Tout affolée, et tout incertaine, hélas! de ses devoirs, sa vertu ne lui apparaissait plus, en cette crise, que comme la meurtrière possible d'une existence chérie dont la préservation était par-dessus tout sacrée. Il n'y aurait eu, pour sa délivrance, qu'un secours d' autrui qui ne survint pas, ou l'intimidation que le bruit de ses reproches et de ses menaces aurait dû inspirer. Mais dans sa déjà
Ic^ngue carrière, le baron ne s'était jamais arrêté à la crainte des hauts cris qu'il arrachait, à travers les moyens variés par lesquels il avait eu à faire triompher ses ambitions, ses cupidités ou ses fantaisies. Et quand il s'agissait d'accomplir sa volonté, il se sentait, pour cuirasse, un insolent dédain de quoi que ce fût qui pût advenir.
En cette minute où cet individu — retenu d'ordinaire dans la sphère des spéculations graves et des grandes menées — n'écoutait que l'instinct de la brute, rien ne put lui infliger le sentiment de son crime, pas même la morsure de cette autre bêre combattante, sous laquelle saigna sa face. Mais que n'imagina-t-il pas plutôt de flatteur, tant sont fortes les illusions vaniteuses et exigeantes de son sexe! Et ne voulut-il pas interpréter comme le symptôme frémissant d'une gratitude qui n'avait pu être éludée, comme l'acquiescement fougueux d'une nature qui se serait physiquement interrompue de détester son malheur... Oui, ce fut ainsi que sa fatuité d'homme travestit ce qui n'était que les pires transports et les agonies de la désolation!.,.
A présent, la reconnaissance attendrie du vainqueur, sa faiblesse émue se confondaient en supplications pour obtenir la grâce d'un pardon. Mais GiseUe était telle qu'absente ou morte, ayant l'air de ne plus connaître la réalité, de ne plus rien voir, savoir ni croire de son destin. Et sans
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doute le baron Saffre n'aurait-il plus tiré d'elle aucun signe de sensibilité, si, en se disposant à partir, il n'avait mentionné l'obligation particulière où il était de la quitter si vite. La jeune femme se remémora subitement le but vers lequel cet être avait à s'en retourner, et vis-à-vis de quel autre, tout de suite, il allait se retrouver face à face! La figure de Giselle d'Exireuil se con^ vulsa d'horreur. Une pensée unique hurlait en elle, dans le seul état de raison dont soient capables, par-dessus les délires de la souffrance? ceux qui, victimes de quelque féroce accident, de quelque abominable catastrophe, y ont entendu craquer leurs os et senti se broyer leur chair : c'était la criante idée qu'on ne guérissait pas, qu'on ne réparait jamais ce qui venait de lui arriver I
CATHERINE SAFFRE
E duc et la duchesse de Laterrencoux avaient désiré ne point faire du mariage de leur fille un grand congrès mondain. Au fond, ils n'aimaient point le monde, ne souffraient guère que leurs égaux, et ne s'en reconnaissaient presque pas. Aussi, en choisissant, pour la cérémonie, un des derniers jours d'août et la petite chapelle de leur château d'Evecquefleur, — qui, en Seine-et-Marne, était l'une de leurs résidences d'été, — s'étaient-ils mis à l'abfi de la cohue. Dans leur utile résolution de faire faire un gros mariage d'argent à leur£lle, ils avaient d'avance renoncé, vu la médiocre dot et la laideur de celle-ci, à se procurer un gendre
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digne d'eux. Ce qui avait été relativement à leur convenance chez Roger d'Iancey, c'était que sa fortune et ses magnifiques espérances leur étaient maintenant présentées entre les mains de la troisième génération, depuis que l'origine roturière en avait été particulièrement fâcheuse. Cela commençait à devenir difficile de se rappeler comment le bel aspect de tous ces biens avait été créé par le vieux M. Chabouillaud, anciennement défunt, à force de fournitures militaires, d'affouillements pour les égouts et de vicissitudes avec la justice. Néanmoins, le duc et la duchesse avaient tenu à ne s'afficher que le plus discrètement possible sur le même rang que la baronne veuve d'Iancey, mère de Roger, quoiqu'elle fut déjà née DuTruffieux des Mouchelys. Mais celleci avait, de plus, à ses côtés et derrière elle, le commandant en retraite des Mouchelys, avec une kyrielle d'enfants, de brus et de gendres. Mieux valait restreindre le nombre des spectateurs, ne point provoquer en masse leurs interrogations mentales devant les dehors communs et replets, la vulgarité de traits dont était affligée la famille avec laquelle les Laterrencoux faisaient alliance. Sous l'active poussée vitale et la sève auvergnate de leur aïeul, ces gens-là étaient restés entièrement Chabouillaud. Il n'y avait eu de conviés à loger au château que les très proches parents : le baron et la baronne de
Beaujolaisy le comte de Vaudemont, les Ponthieu, les Coucy, et le marquis de Renève en qualité de cousin proche. Et dans la chapelle, lors de la bénédiction nuptiale, il n'avait jamais été question de leur adjoindre qu'une assistance d'une trentaine de personnes, en outre des serviteurs et des fermiers. Ce choix, trié sur le volet, ne comprenait que de vieux amis du duc, membres de l'Union, du Jockey, de l'Agricole ou de la rue Royale, et M. et M™* Bertin- Portier, les nouveaux propriétaires d'un château voisin. Ces derniers avaient déjà fondé une crèche, payé l'aménagement pour l'école libre ; et le duc de Laterrencoux projetait de les associer aux frais du journal par lequel sa candidature au Conseil général était recommandée, sans succès, tous les trois ans.
Aucune personne en dehors des deux familles n'avait donc à se formaliser ne n'avoir pas été portée sur une liste d'invitations aussi strictement bornée. Cependant ce fut un véritable crève-cœur pour Marie-Blanche de Grommelain que de n'être pas admise au mariage de Roger.
Par une lettre un peu brève de celui-ci, elle avait appris qu'il n'y aurait point de fête à cette occasion, et que l'office religieux s'accomplirait en tout petit comité.
Nonobstant, une quinzaine de jours avant la date fixée pour cet événement, elle avait pris le
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parti de venir demeurer chez son frère Arthur, au manoir de Meulette, précisément parce que c*ëtait situé à cinq kilomètres d'Evecquefleur.
Catherine Saffre exerçait là une hospitalité familiale, de sagesse et de modestie voulues. C'était un domaine spacieux, vallonné, partagé en régions de soleil et d'ombrage, où l'habitation, construite sur une des altitudes du terrain, était heureusenaent exposée à une température sèche. Chaque été, la fillette de Catherine y arrivait toute languissante du séjour de Paris, et bientôt, avec des cris joyeux et des envolements de ses petits bras, avait retrouvé la santé, dans une vie de vagabondage extérieur et une mutinerie de plein vent. Arthur Saffre avait constitué dans cette retraite la bibliothèque nécessaire à ses recherches, l'atelier d'écriture où sa chétive personne et la petite ténacité de ses ambitions académiques composaient des brochures, élaboraient des ce communications », polissaient des plaquettes, repolissaient des opuscules.
A cette époque, la baronne Saffre était installée aussi chez sa belle-fille, avant de repartir aux eaux, pour sa seconde saison de l'année.
Autant que l'on pouvait lui attibuer des attachements, elle paraissait en avoir un pour cette résidence confortable et très fermée dans les avenues de laquelle, chaque après-midi, elle allait promener, sous les tilleuls ou les marron-
niers, le train-train vaillant de son étemelle convalescence.
Marie-Blanche avait informé Roger de sa présence aux environs d'Evecquefleur. Celui-ci avait, en termes évasifs, laissé espérer sa visite; mais il ne se pressait nullement de s'exécuter. Pour tromper ses impatiences, elle s'était mise à doubler ses doses de morphine. Mais, s'il en était résulté quelque engourdissement de son dépit, elle ne s'en accrochait pas moins solidement à sa conviction d'avoir des droits à être traitée autrement qu'une étrangère dans ces noces ducâles. Pendant quelque temps, elle s'employa à tâcher de se faire emmener, par sa belle-sœur, chez les Laterrencoux. Mais elle ne put obtenir des convenances dé Catherine Saffre, que celle-ci précipitât intempestivement la visite annuelle dont elle avait vis-à-vis d'eux la coutume, par simple relation de bon voisinage.
A plusieurs reprises, Marie-Blanche, sans dire où eue allait, avait pris sa course, toute seule, dans la petite voiture à poney. Elle s'était dirigée au grand trot jusqu'à l'endroit où l'avaient arrêtée les hautes grilles du parc d'Evecquefleur. Mais aussi bien le château que ses habitants étaient restés pour elle invisibles. Elle n'avait aperçu que de vastes allées désertes et toutœ ténébreuses, au loin sous les arbres. Et c'était par trop fort à supporter pour elle que Roger, là
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dedans, pût se croire peut-être, comme dans répaisseur d'un bois sacré, à Fabri des revendications d'une amante, dont il profanait le souvenir en ne l'invitant pas à ses noces. Il y avait en cette idée un élément d'exaspérations qui ne cédèrent pas à dix piqûres de la seringue enchantée. Marie-Blanche était, pour le moment, dévoyée de ses habitudes. Elle ne songeait même pas à se pourvoir d'un nouvel amant, dans la vacance qui lui était ainsi faite. Son imagination, dont elle voyait mille couleurs, dansait et claquait dans sa tête, ainsi qu'une oriflamme, mais toujours attachée à la barre de cette idée fixe que Roger ne pouvait point manquer au devoir de lui marquer une place chez les Laterrencoux... Ah bien I si la mode des mariés se mettait maintenant à exclure de l'église leurs maîtresses du monde, comment se distingueraient-elles bientôt de celles qui n'en étaient pas?... Lors d'une des excursions qui la faisaient rôder autour des portes d'Evecquefleur, Marie-Blanche, dont les sens étaient, cette fois-là, plus pervertis qu'à l'ordinaire par la morphine, crut entendre des voix... Il lui sembla que, de l'autre côté des clôtures, on l'appelait, en courant aussi vite que son petit poney au galop, le long de ces interminables murs. Elle fit halte... Et l'hallucinadoB, de même, s'arrêta instantanément...
Mais la rancœur persévérait...
Quelques jours avant la célébration du mariage, Catherine Saffre fut fort étonnée de voir Roger d'Iancey, un matin, arriver à cheval au manoir de Meulette. Il avait Tair fort préoccupé, avec des explications peu plausibles sur sa venue à pareille heure. Si bien que Catherine, devinant n'avoir rien de mieux à faire, s'empressa de faciliter un entretien confidentiel entre lui et Marie-Blanche.
Le jeune homme avait hâte d'aviser cette dernière d'un fait très désobligeant pour eux deux, qui persistait à se renouveler journellement. Depuis peu, il était assailli de lettres anonymes ; et son entourage à E vecquefleur ne Tétait pas moins. Le thème de cette mystérieuse correspondance reposait sur les rapports entre Roger et la comtesse de Grommelain, dont l'auteur reprochait ou dénonçait l'intimité, avec les expressions et les renseignements les plus risqués. L'écriture, tracée en lettres majuscules, en était par cela même impersonnelle, et l'on n'y pouvait saisir les caractères d'aucune main. Ces lettrespartaient de différentes postes, mais toutes des environs; certaines d'entre elles avaient été déposées dans la boîte même du château. Roger s'était perdu en conjectures. Il avait successivement soupçonné tout le monde : parents, amis et domestiques. Un instant, il avait supposé que la femme de chambre de Marie-Blanche — qui, dans
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le pays, partageait la résidence de sa maîtresse — pouvait seule avoir été en état d'exercer un espionnage aussi avisé. Mais il avait été vite réduit à repousser cette hypothèse, tant le rédacteur du courrier diabolique se complaisait, avec des dépravations étranges, dans des détails dont la connaissance par un tiers paraissait tenir du prodige. Roger n*en aurait peut-être pas su révéler autant, — et Marie-Blanche, pas plus! Le duc, la duchesse, en même temps que le futur de leur fille, étaient tour à tour les destinataires de ces envois qui, un peu plus tôt, auraient pu constituer des motifs de rupture, et dont l'effet restait du moins très gênant.
Mais Roger ne réussit à tirer de la comtesse de Grommelain aucune indication profitable.
Elle parut se contenter d'un profond dédain, sans consentir à entrer dans l'examen de ces malpropretés. Même elle refusa doucement de prendre un exemplaire de ces papiers que Roger avait apporté, pour le mettre sous ses yeux.
a Non! dit-elle avec une mine de bravoure et de cordialité, laissez cela, mon ami... Moi, je n'en veux rien lire. C/est inutile... absolument inutile...
— Mais aidez-moi un peu, insista-t-il... Communiquez-moi une idée, un doute, sur quelqu'un? »
Elle fit un geste de tristesse et de générosité,
un de ces tortillements de cou, où l'on pardotine parce que l'on méprise. Elle se donna le plaisir de répondre comme si Roger, en tout cela, ne s'était inquiété que d'elle, comme s'il avait été ému d'autre chose que de ce qui pouvait l'y compromettre lui-même ou le tracasser dans son mariage.
a Je suisau-dessus de ces misères-là ! prononçat-elle. Ne vous préoccupez pas. Je n'ai peur de personne; et je ne crains pas que l'on s'attaque à moi... D'ailleurs, ce qui vient de se passer là aura eu son bon côté, puisque cela m'ôte tout regret que votre mariage ait lieu presque à huis clos... En effet, quand même vous voudriez mainr tenant que j'y assiste, ça ne vous serait plus possible... Le scandale apporté par ces lettres ne vous le permettrait plus. Et elles m'ont valu l'occasion de vous voir, de vous présenter mes souhaits... Me voici toute consolée!... »
Roger considérait la langueur dont elle estompait les lignes de sa figure si provocante. Il la regardait, un peu fardée, être plus que femme, tout à fait fille, dans les allures et les attitudes du corps. Certes, à détailler sa fiancée, jamais encore il n'avait été autant émoustillé. Et puis, tout réchauffé aussi de tant de souvenirs précis que les lettres anonymes venaient de faire revivre en lui, de remuer sous les cendres de leurs relations passées, il fit le mouvement de vouloir rem'i^rasser Marie-Blanche.
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Mais celle-ci réconduisît affectueusement. Pour l'instant, les résultats de son stratagème la satisfaisaient. Ses devoirs vis-à-vis d'elle-même étaient accomplis. Toute sa personne respirait la délivrance d'une longue obsession. Elle sentait enfin que, tout de même, quelque chose d'elle allait être, dans la célébration nuptiale, au premier rang de la chapelle d'Evecquefleur. Ce serait au moins la réminiscence taquine de son nom qui, en face du blason léopardé, occuperait une place au milieu de pensées seigneuriales, sous les fronts pénétrés du duc et de la duchesse de Laterrencoux.
Cependant Catherine Saffre ne pouvait se défendre d'une sollicitude apitoyée, en s'avisant de ce qui manquait bien certainement à son intrigante de belle-sœur dans ce séjour agreste. Le manoir de Meulette n'était approvisionné d'aucune espèce d'hommes dont Marie-Blanche eût pu prendre les galanteries pour en alimenter les machineries à vide de sa féminéité. La situation parut plus morne encore lorsque Grommelain arriva, ramenant ses. deux fils d'un voyage à Angers, qu'il avait eu la convenance de leur faire faire auprès d'un vieux parent sur la fin de ses jours et à héritage. Alors Catherine compatit de toute son indulgence à l'état de solitude que Marie -Blanche éprouvait manifestement à se
trouver ainsi entre sa mère et ses enfants, en face de son mari, chez son frère et sa belle-sœur. En bonne châtelaine, Catherine s'ingénia à susciter un flirt pour l'isolée, ne fût-ce qu'un a petit flirt », avec Grommelain lui-même. Du reste, elle se rappelait être plus qu'autorisée à une tentative de ce genre, puisque Marie-Blanche l'en avait formellement priée. Peut-être avait-ce été en vertu d'une saute d'esprit, dans laquelle l'intéressée n'eût pas persisté longtemps; mais il était familial de l'y replacer. En ce jour passé de pérégrinations à travers les boutiques de modes, la mémoire de Catherine revoyait encore l'expression digne que sa compagne avait eue pour se réclamer d'elle contre le délaissement conjugal qui lui était infligé. C'était même un souvenir comique que l'inconséquence avec laquelle Marie-Blanche s'était comportée, aussitôt après avoir dénoncé — comme un péril à venir pour son mari — le fait qu'il laissait ainsi tomber ses droits en désuétude. Car, au bout d'un instant, elle s'était commandé un lot de lingerie d'un luxe exorbitant, où, selon ce qu'elle venait de proclamer, Grommelain n'avait donc rien à voir.
Catherine ne tarda pas à aborder auprès de ce dernier le sujet délicat qui lui était revenu en tête. L'occasion se présenta d'elle-même, au cours des causeries privées que Grommelain recherchait volontiers avec sa belle-sœur, et dans lesquelles
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son humeur atrabilaire s'abstenait ordinairement de percer. En compagnie de Catherine qui équivalait à lui par son origine de fille noble, il se dépouillait de cette sèche enveloppe de manières que, au milieu de la race des SafFre, il portait comme une armure. Entre le comte et sa bellesœur, quoiqu'ils ne se firéquentassent que peu, il existait un lien plus sûr, plus étroit que celui du mariage même : c'était cette particularité commune d'être l'un et l'autre des personnes c nées ]».
Au cours d'une promenade à deux dans le parc de Meulette, leur entretien en vint sur la santé de Marie-Blanche, dont Catherine se préoccupait un peu sans pouvoir deviner qu'un poison quotidien en causait le trouble. Elle signala des saccades dans le rire, des contractions singulières pour hacher certaines phrases qui, sur une bouche pourtant si libre, donnaient à divers mots un air parfois captif et pour ainsi dire féroce. Une teinte de plomb aussi s'étendait sur les paupières, élargissait son cercle au-dessous et violaçait maintenant, par ses sombres reflets, cette merveilleuse couleur des yeux de Marie-Blanche où le bleu semblait naguère dégager des rayons presque roses.
« Oh ! objecta Grommelain, si ma femme, en ce moment, a un peu de tirage dans l'organisme, c'est qu'elle est ici au vert, et qu'elle a du mal à s'y mettre. Sa vie réclame d'être menée à grandes
guides, et toujours surmenée. Elle se remettra à Paris, cet hiver» et le printemps prochain. A ces époques-là, je ne reconnaîtrai chez elle de symptômes inquiétants que le jour où elle aura refusé une partie où l'on soupe, entendu décrire une distraction malséante sans s'écrier aussitôt, en battant des mains, qu'il faudrait y aller!... Non, ma chère amie, ne nous alarmons pas si vite.
Attendons, pour cela, que ma femme ait, une seule fois, racolé moins d'une demi-douzaine de convives, quand elle aura été réduite à dîner par hasard chez nous. Pour ma part, je reste très rassuré, tant que je ne l'aurai pas vue se décider, pendant la saison des fêtes, à se coucher quelquefois avant trois heures du matin!...
— Sans doute que vous ne l'en pressez point?» aventura Catherine avec un sourire équivoque qui insistait sur le sens de sa riposte lestement lancée.
Grommelain regarda sa beUe-sœur; et, s'étant ainsi convaincu de ce qu'elle avait bien réellement voulu lui dire, il se contenta de hausser les épaules.
Mais ce moyen commode ne suffit pas aie faire quitte de la question. Il avait en face de lui une obstination de femme, sur cette matière d'entêtement par excellence, dont les principes naturels et la solidarité de toutes les femmes démordent le moins aisément. Catherine reprit :
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c Dans cette ardeur mondaine de Marie- Blanche, que vous ne paraissez pas constater avec satisfaction, ne pourrait-il pas entrer quelque chose qui ne serait point de sa faute?... Ce besoin un peu fiévreux de divertissements, afin d'y être entourée et complimentée, cela ne ressemble-t-il pas plutôt à l'agitation d'une femme qui aurait été conduice à douter un peu de ses charmes?
Qui sait si la vôtre ne cherche pas dans les yeux de la galerie une assurance qu'elle est toujours jeune et belle, et le certificat d'un pouvoir de séduction auquel... peut-être... on se serait peu à peu habitué, chez elle, à se montrer... plus ou moins... insensible? »
La physionomie de Grommelain avait pris une expression contrariée.
c Serait-ce ma femme, demanda-t-il, qui vous aurait fourni sur notre vie intime des renseignements que je pourrais même appeler des déladons ? »
Donc, il ne prenait pas la peine de nier. Mais, pour ne rien envenimer, Catherine voulut tout d'abord dégager la responsabilité de sa bellesœur et en couvrir l'indiscrétion, en répliquant :
c N'ai-je pas le plaisir, en ce pays, d'être un peu votre hôtelière? Si j'en remplis les fonctions avec quelques qualités, excusez-moi d'en avoir aussi certains défauts. Par exemple, n'a-t-il pas été loisible à ma curiosité de remarquer quelle
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chambre vous choisissiez parmi celles que je mettais à votre disposition?... Or, vous avez préféré la plus séparée de votre femme, la plus lointaine, la plus isolée. Et, là-dessus, j'ai bien pu faire mes petites réflexions... »
Grommelain se taisait avec méfiance. Au pas lent de leur marche sans but, les deux interlocuteurs avaient descendu les pentes du domaine, jusqu'au bord de la rivière. Ils s'assirent sur un banc de pierre moussue, à l'extrémité d'une allée d'ifs taillés qui faisaient deux murailles de verdure. Sur cet endroit, des ramures surplombantes formaient un berceau de mélancolie et une retraite à confidences.
« En tout ceci, continua Catherine opiniâtrement, j'ai imaginé qu'il ne pouvait y avoir entre vous deux qu'un malentendu. J'attribue naturellement à votre femme un dépit d'amourpropre, qui n'a rien de désobligeant pour vous à reconnaître ni de désagréable à dissiper. »
Il secoua plusieurs fois la tête, avec un pincement des lèvres qui disait non, et non, et non. Mais Catherine s'acharna encore. A présent, elle n'espérait plus obtenir grand'chose pour Marie- Blanche; mais intriguée à la fin, elle persécutait son beau-frère, par taquinerie, afin de l'obliger au moins à la satisfaire, elle-même, d'une allégation de prétexte.
« Voyons, insinua-t-elle, ce n'est pas unique-
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ment la vanité d'une femme qui est en jeu, dans ces conditions-là! N'est-ce point aussi fait pour raffoler, non pas seulement de soupçons, mais de raisons évidentes, de preuves pour ainsi dire matérielles?...
— De quoi? interrompit Grommelain.
— ... Qu'elle a le droit d'être jalouse! d
A ce mot, il ^uffa d'un rire méchant. Et soudain, il céda à l'envie de soulever un peu le masque fatigant qu'il portait à l'usage du monde, et de respirer pendant un instant à l'air libre. Ce fut un soulagement pour une minute, devant quelqu'un de sa race, de montrer enfin une intelligence des choses que, tout compte fait, il demeurait fier de pouvoir exprimer avec son vrai visage. Il déclara dans une demi- voix, où bruissâît cependant un flot de haine longtemps contenue :
« Jamais!... Jamais je ne lui fournirai ce prétexte à ne plus se gêner. L'absence de tout rapprochement avec elle, c'est ma seule garantie pour qu'elle n'ose pas me rendre père désormais. Comme ça, je dois être à l'abri d'un affront aussi impudent!... Ou bien alors!... alors!... »
Et dans ses gestes, il fit que si sa femme n'avait point cette suprême retenue, ce reste de tact et de ménagement, alors ce serait que le dernier atome de savoir-vivre aurait disparu du monde; alors ce serait la fin de tout, l'écroulement des
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derniers principes conservateurs, la Commune, l'anarchie installée dans les entrailles mêmes de sa femme.
Catherine était bouche béante, lesyeux éblouis, devant cette nette conscience de la situation où il vivait, que son beau-frère venait de lui révéler si subitement. Néanmoins, par l'instinct de ce sang bleu, pareil à celui que Grommelain avait dans les veines, elle fut aussitôt pénétrée du sentiment dont il s'inspirait. Elle s'expliquait en vertu de quelles traditions ce mari — si patient pour ce qui bouleverse, saccage et fait éclater le milieu conjugal chez le commun des hommes — n'appliquait de soucis intolérants et scrupuleux qu'à l'authenticité de sa lignée.
Redevenu hypocrite, Grommelain murmura, comme une justificarion de sa longanimité visà-vis de la conduite de sa femme :
c C'est la mère de mes enfants! »
Et cela ne manquait point d'être conséquent avec sa doctrine sur la prédominance, à tous autres égards, de la question de paternité. Mais il avait aussi une autre raison supérieure, dans laquelle il se réservait jusqu'à nouvel avis.
Puis tous deux ne s'entretinrent plus que de choses indifférentes. C'eût été superflu que Grommelain avertît Catherine de ne point le trahir auprès de Marie-Blanche, quant à l'écart de propos auquel il venait de s'abandonner, La
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discrétion était sous-entendue par le bon usage, pour ces gens de caste, entre lesquels la confidence avait noblesse de secret d'État et ne pouvait pas être communiquée hors des chancelleries de leurs confiances réciproquement haut placées.
Le lendemain de ce jour, le baron Saffre, rendu presque malade par de gros tourments de spéculation, était venu aussi passer vingt-quatre heures au manoir de Meulette, pour tâcher de s'y reposer.
Coup sur coup, des nouvelles graves lui avaient été télégraphiées de Londres et d'Amsterdam.
C'était la suspension de paiements de deux banques de premier ordre, qui s'appuyaient sur lui, comme il s'appuyait sur elles, dans une association colossale pour l'accaparement des lingots d'argent.
Après tant de victoires remportées sur le champ des affaires, le baron Saffre voyait maintenant batailler contre lui une panie des gens dont il avait fait la fortune à sa suite, et qui naguère étaient les lieutenants habiles de ses plans financiers.
L'expression inaccoutumée dont était assombrie la figure de son beau-père ne passa point inaperçue de Catherine. Celui<i ne lui dissimula, du reste, qu'à moitié le poids dont les heures présentes accablaient son esprit, s'éton-
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nant en lui-même de cette sorte de défaillance où, pour la première fois, il en était à douter un peu de son étoile.
C'était par une journée de chaleur écrasante et d'énervant orage. Assis sur la terrasse devant l'habitation, en compagnie de Catherine et de la fillette de celle-ci, SafFre contemplait Tamoncellement, à l'horizon, de nuages aux lourdes formes et aux reflets métalliques qui ressemblaient à une projection de ses songeries. Il avait pris sa petite-fille sur un genou; et il lui demanda avec un regard qui, au fond de sa dureté naturelle, devenait tout de même, à ce moment-là, celui d'un grand-père :
a Sais-tu à quoi cela sert aux hommes d'apprendre l'histoire?... »
Et comme l'enfant, penaude, faisait un signe négatif et réussissait à s'échapper, le baron continua en s'adressant à sa bru :
a Cela ne peut jamais servir à les inspirer, mais seulement à leur faire peur, au milieu des vicissitudes de leurs inspirations. Les exemples n'ont jamais arrêté personne; mais, au cours de l'action, leurs mauvais souvenirs viennent inquiéter des énergies, paralyser des forces... *Ainsi, y a-t-il rien de plus stupide que cette phrase : « La roche tarpéienne est près du Capitule » ? Combien de fois a-t-elle dû devenir obsédante, pour des cerveaux qui avaient surtout besoin de
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n'être nullement troublés dans leur confiance en soi?... C'est que, ma chère fille, il n'y a pas de situation où l'on soit plus superstitieux, voyezvous!... que durant les intervalles d'une grande lutte, pendant ces répits où l'on reconnaît sa fatigue, et qui retardent le dénouement dont on a hâte! »
Catherine, par quelques interruptions affables, tenta de donner un autre cours aux réflexions de son beau-père. Mais c'était comme l'impulsion d'une manie qui le fit poursuivre :
ce Tenez, depuis quatre-vingts ans, l'histoire a enregistré et elle nous enseigne un terme nouveau pour le découragement. C'est Waterloo, que je veux dire, et auquel ne peuvent s'empêcher de songer tous ceux qui, après des efforts incessants, des résultats immenses, se voient derechef aux prises avec les masses de l'adversité. Oui! on a vulgarisé ainsi un vocable supplémentaire, on a propagé une pensée de plus pour la dépression des gens appelés à combattre une coalition d'intérêts... Waterloo, cela exprime un genre de désastre humain qui jadis n'avait pas encore de nom définitif, qui n'avait pas de précision dans la langue des péripéties du destin. Jusque-là, si on se lançait dans les aventures, on savait bien, pardieu ! que ça pouvait mal tourner. Mais, faute de sa dénomination scientifique, on ne prévoyait pas, on oubliait, on ignorait le cas
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par lequd on était condamné à périr. Le mal de Waterloo, ainsi que le mal de Brighc, est maintenant formulé, et pèse fatalement dans les appréhensions de certains contemporains. Certes, la calamité de la défaite était connue et vieille autant que le monde; mais c'était une ccuinaîssance qui restait à l'état indistinct, indéterminé, sans locution évocatrice... Waterloo!... Ces trois syllabes ont résuncié et fixé le sens irrémédiable de plus d'une destinée. Elles sont désormais accrochées, dans l'imagination, par la forme exceptionnelle de leur double v et de leur o double... Waterloo, répéta-c-il en faisant bizarrement retentir à son oreille la morne sonorité du mot... Waterloo I...
— Mais, repartit Catherine d'un air enjoué, ne perdez pas de vue que pour être exposé à un Waterloo, il faut avoir toute l'Europe contre soil...
— Ehl répliqua Saffre d'une manière qu'il rendait alors évasive, cela ne peut-il pas toujours se représenter?... Supposez une diaboHque alliance de toutes les banques^ de toutes les Bourses du continent contre la politique financière d'un seul homme, contre l'empire d'un maître de l'argent, dont la dernière partie se jouerait?... Belle situation, d'ailleurs^ pour y échanger de beaux coups! »
Catherine, autorisée en cela par la légèreté
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de ton que lui-même vénale de reprendre, lui fie du doigt une gaie menace, en répondant :
fL Prenez garde!... Il ne vous faudrait point parler de la sorte devant des détracteurs. On s'empresserait de colporter que vous êtes atteint non pas du délire des grandeurs, car vous avez le droit de vous comparer aux plus grands, mais de celui de la persécution. »
Le baron SafFre eut cette expression de rire silencieux dont se crispaient parfois ses robustes mâchoires, durant quelques secondes, alors qu'il semblait ainsi vouloir détendre le puissant appareil de ses nerfs. Il toucha son singulier et vaste front de géant, dans un geste intraitablement sûr des raisonnements qui s'y accomplissaient. Et pour changer le tour de l'entreden, il alla vers un autre sujet dont il était occupé.
^ Vous ai-je conté que j'avais fait une posidon, auprès de moi, à ce brave Exireuil? »
Bien que Catherine fût informée de cette circonstance par Marie-Blanche, elle joua l'ignorance et s'appliqua à ne rien exprimer au delà de ces simples paroles :
« Non... Vous ne m'en aviez rien dit encore.
N'est-ce pas tout récent?
— Cela ne date que du mois passé. Depuis longtemps, j'avais reconnu la nécessité de m'adjoindre pour auxiliaire une personnalité très comme il faut. Il me fallait quelqu'un qui pût,
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jusqu'à un certain point, me servir de chef de cabinet, ou même d'ambassadeur... Vous remarquerez que je persbte à voir grand?... i»
SafTre, pour y prendre sans doute de l'aise, $*obl:goa une deuxième fois à affecter de rire, ec poursuivit :
c Je n'ai encore eu qu'à me féliciter de ce choix. Exireuil s'est déjà acquitté d'une mission à Francfort, avec beaucoup d'habileté. Il a un don pour s'assimiler la substance des affaires, qui est vraiment inappréciable. Aujourd'hui, je ne voudrais plus me passer de lui.
— Il est complètement ruiné, n'est-ce pas ?
— Je le crains pour lui... En tout cas, il cherchait à faire quelque chose de lucratif...
— Et il a eu la bonne fortune que vous fussiez là.»
Catherine avait émis cette observation sans sourciller. Saffre, malgré son attendon, n'y put rien discerner d'autre que ce qui paraissait être un hommage à son obligeance et à sa générosité.
c Mon meilleur motif, reprit-il, pour avoir eu d'avance sur ce garçon une opinion favorable, c'est que sa famille, je crois bien, avait été en relations suivies avec la vôtre?... »
Saffre condnuait à examiner so Ja physionomie de sa belle-fiUe et aller oug lentement chaque mot, de
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donnaient un air d'apparition» elle avançait au pas bref de sa démarche valétudinaire et résolue. Les petits de Grommelain, se pourchassant et gambadant autour d'elle, ne semblaient être à ses yeux, selon la manière dont elle s'en inquiétait, ni plus ni moins qu'un couple de jeunes lévriers.
&ifFre avait eu un haut-le-corps, sur la riposte de sa belle-fille.
a Qu'est-ce que la présence de ma femme aur rait à voir avec ce que je vous disais ? j>
Mais eUe s'expliqua, imperturbablement :
c C'est la question du manque de place. Vous savez bien que^ tant que ma belle-mère nous accorde de l'avoir à demeure, il lui faut trois pièces à son service : une pour le jour, une pour la nuit, et une auprès d'elle aussi pour sa femme de chambre. »
Et Catherine se levant, toute souriante envers son beau-père qu'elle quittait et envers sa bellemère qui s'avançait, alla au-devant de cette dernière pour lui demander comment elle se portait, à l'heure de l'après-midi où l'on était.
Le baron SaiTre, ainsi laissé seul, demeura longtemps rêveur. Il s'absorbait en pensées sur l'événement, déjà presque lointain, qui s'était consommé entre lui et Giselle d'Exireuil.
Dans les premiers lendemainj de cette scène, le sentiment qui lui en était resté avait été so»-
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dain bouscule,, refoulé en lui. Les mécomptes insolites en ses opérations de finance avaient bouleversé son cerveau, qu'emplissait un mouvement extraordinaire d'idées, et où les émotions se déplaçaient par blocs énormes. Mais Saffre avait bien tout de suite gardé la notion que ce souvenir de femme ne pouvait pas être détruit. Il l'avait su simplement égaré, parmi les paquets de soucis, à travers un formidable encombrement de nouvelles, dans ce désordre du péril emménagé.
Une seule fois, le baron s'était retrouvé en présence de M™* d'Exireuil, ayant eu le raffinement de se faire ramener auprès d'elle par une invitation à diner du mari. A cet effet, il n'avait eu qu'à faire entendre à celui-ci comme quoi, en l'absence de la baronne Saffre et de tous les siens partis en villégiature, il était réduit, ce soir-là, à la solitude d'un repas de garçon, dans son hôtel.
A vrai dire, le baron avait été absolument déconcerté par la conduite de la jeune femme. Elle ne lui avait témoigné qu'une glaciale politesse. Et le plus décevant, c'avait été cette mine, chez elle, d'être absolument sans connaissance de ce dont il se flattait si bien, en venant, qu'à première vue il la ferait se ressentir. Il était arrivé en proie à une curiosité, vive et forte comme une petite passion, de regarder comment M™® d'Exireuil se comporterait, dans cette contrainte résul-
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cane de la présence en tiers de son mari. Et il avait hâte de la voir caractériser par des airs les impressions, qui la mineraient, de leur complicité. Mais l'unique jeu de physionomie qu'il put, en toute la soirée, saisir sur elle, fut une passagère expression de haine qu'elle eut, non point contre lui-même, mais contre Jacques d'Exireuil, sans que ce dernier s'en aperçût. A diverses reprises, elle parut vouloir le foudroyer par des éclairs de ses yeux, quand il se complaisait en empressement de zèle envers le baron ou en légères allusions à ce qu'il était touché de lui devoir. Aussi ce que Saffre avait dès lors auguré de l'attitude de M™* d'Exireuil, c'était que pour lui tout serait, de nouveau, à recommencer auprès d'elle, lorsque l'envie lui en dirait. A y réfléchir, cette supposition ne l'avait plus désobligé. Évidemment, une femme de ce genre était une conquête à protestations perpétuelles, et que l'on ne réduisait jamais que par la violence, à huis clos. Mais SafFre était autorisé à conclure que l'on pouvait du moins abuser d'elle sans qu'elle en fît d'indiscrétion, de réclamation à qui de droit, ni de scandale. Et même il lui savait gré finalement de se montrer d'autant plus farouche qu'elle avait été prise, et d'être de celles que l'on n'a chance d'avoir tout à fait qu'en plusieurs fois.
Avec. l'âge, au surplus, le tempérament de SafFre avait appris à se consdtuer une réserve de
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plaisirs cérébraux. Et c'était déjà pour lui une pleine satisfaction que de pouvoir se représenter le souvenir d'une femme bien choisie, sur la base de la possession qu'il en avait eue. L'image ine^ façable d'un aussi mystérieux épisode persistait à lui appartenir comme un bien permanent, tou- |ours sensible et survivant aux minutes où il en avait étreint les réalités.
Si bien que Saffre, en se remémorant les péripéties et le spectacle de la chute de Giselle d'Exireuily parvenait, pour lors, à ne plus discerner autre chose. Il s'évertuait à chasser ainsi les fantômes de spéculations mauvaises qui revenaient l'assaillir, sur cette terrasse du manoir de Meulette où il continuait à demeurer solitaire. Et, fouillant avec un énervement malsain au fond des tiroirs les plus secrets de son âme, il s'oubliait à y revoir, en cachette, le mauvais album imaginaire, aux gravures illicites, de ses bonnes fortunes passées.
A quelques jours de là, le baron étant retourné à ses affaires, le comte et la comtesse de Grommelain partirent aussi pour faire un séjour dans un gai château d'amis, en Touraine.
L'habitation des Arthur Saffre ne donnait plus l'hospitalité qu'à la baronne, à laquelle Catherine avait adjoint un cousin pauvre et une vieille demoiselle de la famille de Valdrenne.
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Ce fut sur ces entrefaites que le marquis de Renève, profitant de l'occasion solennelle qui lui avait fait faire un déplacement à Evecquefleur, vint, dès le surlendemain de son arrivée, en visite au manoir, où il se laissa retenir à dîner.
Catherine se multiplia pour animer la retraite dans laquelle s'écoulaient austèrement ses étés, et pour la rendre souriante au jeune homme durant les quelques moments qu'il y passait.
Celui-ci s'avouait n'avoir rien déchiffré du caractère de sa belle amie que, durant les mois précédents, il avait cependant circonvenue d'une cour si chaude, si gentiment tolérée et si infructueuse... A quoi donc songeait-elle toujours vaguement? Quelle chose inconnue en était-elle encore à attendre de la vie?... Ou plutôt n'expritnait-elie pas un renoncement à tout dans la langueur de ce regard, dont la seule définition possible était qu'elle semblait le laisser tomber d'une invisible tour où elle aurait été captive?... Quoiqu'elle s'en fût défendue bien fort, il lui avait presque arraché l'aveu de cette évidence qu'elle ne pouvait pas aimer son mari. Et peut-être même, après sa fille, n'aimait-elle en ce monde que les séductions d'esprit et les grâces de personne qui émanaient du joli marquis. Cela, il avait le sentiment qu'elle le lui avait presque confessé, ou permis en tout cas de deviner. Il se souvenait
d'instants où son imagination l'avait vue prête à fondre en tendresses pour lui; et c'était alors qu'elle avait pris son ton le plus moqueur pour les figer tous deux.
Catherine, en le recevant ce jour-là, lui prodigua cette verve de badinage, cette expression de plaisir à vivre, qu'il était habitué à faire naître en elle, et dont il restait un peu console, sans plus en être dupe. Par les affectueuses protestations qu'elle lui fit, il admit volontiers que sa présence lui ensoleillait les idées; mais il était en garde contre la brusquerie des refroidissements qui, pour un rien, pouvaient s'ensuivre. Renève n'avait plus d'espoir. Il était revenu du temps où il l'avait vainement conjurée, avec des larmes, d'être clémente pour lui. Mais néanmoins les heures de cette fin d'après-midi passée ensemble s'écoulèrent vite, et presque heureuses en leur pure frivolité. Le délice par lequel Renève se sentait lâchement attaché à Catherine, c'était de rêver qu'il était le seul être manifestement qui aurait pu la conquérir. Et c'était aussi delà que s'inspiraient ses dernières révoltes, de plus en plus rares, quand il venait à se dire qu'il ne la conquerrait cependant jamais.
Après le dîner, la proposition d'un tour sur la terrasse, faite par Catherine, ne lui rallia que Renève. Et bientôt ils sortirent tous deux, dans la beauté d'un soir tiède et radieux.
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flc Que VOUS êtes donc silencieux! » s'exclama- :-elle au bout des premiers instants.
Il contempla, dans l'éclairage de la lune, cette cnagnifique silhouette qu'y faisait la jeune femme. Bottée de petites chaussures vernies, elle avait à la main une haute canne de jonc. Le corsage de sa robe toute blanche avait des revers de moire rouge qui lui donnaient un air de hardiesse guerrière. Et un chapeau à larges bords sur les noirs reflets de sa chevelure la faisait ressembler, en campagne nocturne, à une grande dame de la chouannerie.
« Je réfléchis, soupira-t-il, au sort différent que vous auriez peut-être bien voulu me faire, si nous avions vécu à une autre époque... Nous aurions sans doute été mêlés, côte à côte, à des événements plus ardents, qui auraient pu vous faire ressentir pour moi des choses... que j'aurais été content de payer de mon sang!...
— Pourquoi vous aller perdre, répondit-elle avec une voix de tristesse, dans les espaces du temps?... C'est trop grand!... Quelle chance aurions-nous eue de nous y rencontrer?... Voyez, nous sommes contemporains, du même âge, de la même ville; et cela ne nous a même pas avancés à nous faire marier ensemble!...
— Et si nous nous étions rencontrés à temps, nous ne l'aurions pas seulement pu ! »
Elle le regarda pour s'assurer que le morit
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d'empêchement au mariage entre eux, auquel il voulait faire allusion, était bien celui qu'elle venait tout d'abord de deviner aussi : le premier de tous, le manque d'argent de part et d'autre. Et, au geste pauvre qu'il ébauchait, elle trouva la confirmation suffisante d'une question entendue.
c Hélas I > fit-elle du plus profond de son cœur.
Il soupira de nouveau sans oser tourner la tête vers elle :
c Ahl si vous m'aimiez, moi qui vcms aime, vous ne vous apercevriez point que nous ne sommes pas mariés 1...
-— Comment oublierais-je pourtant que, moi, je le suis avec un autre? »
Malgré lui, Renève rentrait dans cette joute, où tant de fois elle lui avait meurtri le cœur.
c Ainsi, dit-il en s'animant, est-ce possible que vous placiez les préjugés du monde au-dessus de ces droits de s'appartenir et de se donner, dont chacun sent vivre en soi la vérité comme celle de la Révélation ?
— C'est la morale des animaux que vous professez là. Nous devons nous distinguer d'eux, précisément, par ce que vous appelez des préjugés.
— Eh bien ! ce qui me paraît, à moi, y avoir de plus animal dans le rôle des êtres humains, c'est leur domestication à des usages convenus, ce sont leurs courantes idées de troupeau, les imi-
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ca.tions moutonnières où ils se règlent bêtement, fskcilement, les uns sur les autres!... Certes, c'est commode de se conformer à des observances que l'on trouve tracées une fois pour toutes. L'on n'a besoin que des dons les plus vulgaires pour faire bien ses classes de vertu, et toujours en profiter par la suite...
— Alors, à quoi donc accordez-vous votre estime?
— Je crois qu'il n'y a rien de vrai, de beau, de grand que la spontanéité des individus d'élite. Je n'admire que ce qui est suggéré par le génie personnel, et dont on sait, soi-même, se composer une existence particulière. Enfin, je suis à genoux devant les merveilles de la passion qui, seule, est capable d'inspirer à une créature tout son développement d'âme, et peut, dans une pleine liberté d'esprit, lui faire atteindre jusqu'à l'apogée d'elle-même.
— Je regrette, reprit un peu sèchement Catherine, d'avoir des vues, d'après vous, si bornées... Mais, d'autre part, permettez-moi de me féliciter, tout de même, que chacun ne s'autorise pas à organiser sa vie selon son bon plaisir... ou plutôt au gré du vôtre... Car ce que vous avez prétendu me remontrer, c'est bien, n'est-ce pas? une leçon de conduite à votre égard... d
L'entretien avait perdu toute sa tendresse. Les mystérieux sentiments de Catherine, comme
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