CHAPITRE III
L'Expansion Economique de la France
/. — Notre Prestige moral. — //. La Vie économique. — ///. Nos ressources Economiques et Financières. — IV. Les buts de Paix de nos Producteurs. — V. La véritable Société des Nations. — VI. Une Ligue des Producteurs alliés. — - VII. La Carte de Guerre économique. — VIII. Le Protectionnisme financier. — IX. Les Zones d'influence économique. — X. L'Avenir de l'Afrique française.
Quelle que soit la durée du gâchis allemand et russe, quoi qu'il advienne désormais, la France ne peut plus que sortir grandie, moralement et effectivement, de cette tempête, car l'esprit d'initiative de ses fils, leur individualité et leur puissance d'action s'y sont magnifiquement retrempés dans toutes les catégories.
Nous allons jouir dorénavant aux yeux de tous les peuples, amis ou ennemis, d'un prestige incomparable. Notre influence intellectuelle, économique et sociale, rayonnera à nouveau sur l'univers, comme aux plus grandes époques de notre histoire, encore plus peut-être qu'au moment de la Révolution et de l'Empire.
Bien mieux, cette prééminence existait déjà en
pleine guerre. Elle ressort des événements et aussi du témoignage des hommes. Par la force des choses, c'est nous qui tenons, depuis le début et sans interruption, le rôle de premier plan. Nos alliés déclarent très courtoisement que nous nous en sommes montrés dignes. Quant à nos adversaires, ils nous reconnaissent pour « leur principal ennemi ».
ï. — Nçtrç prestige moral
D'ailleurs, si nous avons été bien souvent mal jugée jadis, il ne faut nous en prendre qu'à nous-mêmes, à notre absurde esprit de dénigrement et d'ironie, et à nos fanfaronnades de vice, — dénigrement plus verbal que formel, et pas du tout sincère, mais qui nous a fait longtemps passer, auprès des peuples de psychologie, peu aiguisée, ppur des impuissants et des agités perpétuels,
g'esj irès amusant en m-jncjpe de pousser* l'humour et la fausse nîqckstje Ju5QlHl J 'allégation apparente de soi-même, — sauf dp reste à se montrer très vexé dans sa vanité, qui n*£$£ pas mince, lr^rsqu'on est cru sur parole. Seulement cette affectation de blague perpétuelle finit par être prise au sérieux par les étrangers, et l'pn s'aperçoit un beau jour, aux lueurs d'une grande catastrophe comme celle de 1914, que çgs jeu$. d'esprit ne spnt pas du tout innocents.
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Bien ne pouvait être plus humiliant pour nous que l'attitude de nos meilleurs amis au début de cette conflagration et l'expression de leur sympathie apitoyée.
A quoi pouvions-nous être bons, pensaientils, daps les besognes sérieuses de la bataille, avec nos éternelles divisions politiques, notre légèreté et nptre manque total d'esprit de suite? C'était folie pour nous que d'avoir accepté une telle partie. Mais heureusement que nous avions, avec la Russie et l'Angleterre, d'excellents alliés pour nous protéger et pour parer les coups trop rudes.
Pourtant, après la Marne, le monde a eu la surprise de voir que nous tenions encore debout, et même que nous venions de remporter, dans les conditions de rétablissement les plus difficiles et dont nous n'étions pas seuls responsables, (on le saura plus tard), la première victoire authentique et vraiment ^ complète de cette guerre.
Alors on a crié au « miracle français ». Aujourd'hui, après quatre années de la lutte la plus dure que jamais peuple ait eu à soutenir et que la France a supportée à elle presque seule pendant près de deux années, jusqu'à la Somme, l'univers a définitivement changé d'opinion à notre égard. Ce sont maintenant nos alliés qui déclarent tous les premiers : « Si la France n'avait pas été là pour tenir le coup et nous donner le temps de nous préparer et pour nous instruire, nous étions tous perdus ».
Cela n'enlève rien à leur valeur et à leur mérite, qui a été de plus en plus grand, mais il n'est pas mauvais que le nôtre soit ainsi spontanément reconnu.
Ayons donc le légitime orgueil de ce que nous avons fait et de ce que nous valons, et ne recommençons pas à nous diminuer nous-mêmes par fausse modestie, — une fausse modestie qui frise la vanité. Nos ancêtres, les sans-culottes de 1793 et les grognards de Napoléon, ne prêtaient pas à rire. Nous ne pensons pas que les poilus de la grande guerre soient, eux non plus, d'humeur à laisser rire d'eux.
Nos poilus auront fait preuve en effet, pendant tout le cours de cette interminable lutte de tranchées, si déprimante, des qualités que l'on pensait le plus contraires à notre tempérament national : le courage passif et la ténacité froide et inflexible. Le grand fait moral décisif, ce n'est pas la Marne, ni même la Somme, c'est Verdun et Château-Thierry.
Lloyd George disait récemment que pas un autre peuple ne possédait au même degré que la France l'esprit de sacrifice. On pourrait ajouter qu'aucun autre peuple, même l'Angleterre, n'a prouvé une telle volonté d'unité morale, à une telle hauteur d'expression.
C'est, en effet, l'autorité de notre exemple, de nos souffrances simplement supportées, de notre énergie patiente, féconde en résultats, qui déclanche à présent de nouveau sur l'univers,
)mme en 1789, le magnifique mouvement délocratique, déjà bien accentué, où le monde va voir parachever le renouvellement de sa face, beaucoup plus vite qu'on ne pense, car les transformations vont se précipiter, après la paix.
Et qu'on ne vienne pas objecter les incertitudes encore probables du traité de paix et l'impossibilité de fixer un terme précis à sa conclusion, à ce seuil de la cinquième année de conflagration où nous venons d'entrer. Car c'est précisément la durée exceptionnelle de cet effort qui en consacrera les résultats et les rendra définitifs.
La bataille moderne, avec ses tranchées et sa défensive formidable, est devenue une mauvaise affaire pour qui que ce soit, — même et surtout pour les nations de proie. Personne ne sera disposé de longtemps, — - il y a maintenant beaucoup de raisons de le croire, — à recommencer pareille aventure, une fois celle-ci terminée, et à condition toutefois qu'elle soit conduite jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à sa liquidation logique et complète, quel que soit le temps qu'il faille encore y employer.
On pourrait même dire que cette guerre, c'est la faillite de la guerre. Nous ne pouvions souhaiter mieux en somme. Elle aura ainsi toute la valeur d'une démonstration par l'absurde, bien plus efficace que toutes les conventions humanitaires.
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H. — La victoire économique
Quoi qu'il en soit, une deuxième espèce de victoire nous est d'ores et déjà acquise. Cette forme de victoire, pour ne pas figurer dans les traités de stratégie, n'en est peut-être pas moins essentielle que l'autre, étant donré le mécanisme des sociétés modernes, car c'est la suprématie économique des Alliés.
Cette victoire-là, nous la tenons bien depuis le blocus anglais, et encore mieux depuis l'entrée en ligne de l'Amérique. Elle nous est acquise désormais inéluctablement, quoi cfu'il advienne. Elle va commencer à développer presque tout de suite de magnifiques réalisations, où la France aura sa belle part.
La puissance financière des Alliés est en effet restée entière après qUatre années de lutte. Le montant de l'encaisse métallique en est un indice certain, ainsi qUe la facilité avec laquelle les emprunts sont couverts. Bien mieux leurs disponibilités viennent de s'augmenter depuis un aii par l'adduction de l'inépuisable réservoir américain.
Bien mieux encore, si les gouvernements se sont énormément endettés, corilttie il était fatal, la grande masse de tit ârgëiit il'est pourtant point sottie du pây3 ou des pays alliés, et le plu* clair de ce qui était allé vers l'Amérique neutre nous revient maintenant avec l'Amérique alliée. Tout cet argent se retrouvera presque complet après la guerre, en diverses mains et
sens diverses formes. Soit en des travaux militaires ou du matériel de toute sorte que l'on pourra utiliser civilement. Soit en outillage perfectionné de ports, chemins de fer. navires, soit encore en usines de guerre créées de toutes pièces et transformables facilement. Soit enfin et surtout en énormes bénéfices de guerre réalisés par tous les fournisseurs directs et indirects.
Par exemple, il y aura perte sèche et définitive pour tout ce qui a été détruit par la guerre elle-même, sur les divers champs de bataille, Verdun, Reims, Soissons, St-Quentin, Amiens, Arras, Lille; et dans la zone d'occupation allemande, Nord, Somme, Oise, Aisne, Ardennes, Meuse, Alsace-Lorraine, Belgique.
Mais, même sur ce point, il y aura des éléments de compensation importants. D'abord nos alliés anglais et américains ont annoncé leur généreuse intention de contribuer largement à la remise ëh état de nos malheureuses régions envahies et ils avaient déjà commencé cette œuvre pour la zone délivrée temporairement au printemps 1917.
En outre, nous détenons dès maintenant avant toute indemnité, pour nous garantir de la mauvaise foi ennemie, des gages importants, propriétés germaniques sous séquestre, navires internés, colonies africaines conquises avec leur outillage perfectionné. 11 y aura un compte à faire et la balance sera sans doute moins désastreuse qu'on n'aurait pu le supposer à première vue.
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