CHAPITRE V
Des Corporations aux Syndicats
/. — La Mort des Corporations. — //. Ses conséquences Economiques. — - ///. Ses conséquences Sociales. — IV. La Torpeur industrielle jusqu'en 1830. — V. La grande Industrie.
On a reproché souvent aux ouvriers de se montrer les pires ennemis de leur propre métier et d'avoir tout fait pour nuire au développement industriel, dont ils seraient cependant les premiers à profiter.
En bonne justice, il n'y a pas qu'eux à mériter ce reproche; il atteint presque toutes les" autres catégories sociales, et parmi elles la plus inattendue de toutes, l'industrie elle-même, ou plutôt les industriels.
Depuis un siècle, en effet, exactement depuis l'abolition des corporations, les producteurs ont employé le plus clair de leur force, de leur temps et de leur activité, à se dévorer les uns les autres, sous prétexte de libre concurrence et de libéralisme économique, et pour le plus grand dommage de la production.
Il n'y a pas très longtemps que les idées chan-
gent, que l'on commence à comprendre l'absurdité et le danger du dogme de la concurrence aveugle, que l'on consent à admettre le concept de la solidarité et que Ton étudie les moyens de la réaliser au mieux des intérêts communs.
Toute l'hi toire des phénomènes économiques des deux derniers siècles, jusques et \ compris la gu@rre actuelle, tient dans cette évolution doctrinale et dans l'examen de ses conséquences pratiques.
Nous ne pouvons espérer, encore aujourd'hui, rien construire de solide ni de durable, si nous ne commençons par nous mettre tous d'accord, grâce à une étude loyale du passé, sur les phases successives de ces variations sociales, leurs causes profondes, tant psychologiques, que matérielles, l'examen des rapports et des réactions des divers éléments les uns sur les autres, leur situation antagonique à la veille de la guerre, et enfin la coordination logique et la conciliation nécessaire de leur action, pour le plus proche avenir de l'après-guerre, par le Syndicalisme intégral de la Production.