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IV. — La torpeur industrielle jusqu'en

La période qui suit ia fin des corporations est caractérisée par un marasme industriel complet, comme il fallait s'y attendre.

Les entreprises, désormais séparées légalement les unes des autres, eurent beaucoup de mal à subsister; un grand nombre disparurent très vile, les autres ne purent que végéter. La manière dont fut pratiquée la liquidation des communautés et le remboursement des maîtrises, ruina ipso facto, dès 1791, la majorité des patrons. Seuls les plus gros purent persister, mais combien diminués et appauvris.

En outre, les circonstances politiques vinrent tout de suite influer sur la situation économique. L'état d'effervescence ou de guerre perpétuelle de la France, pendant toute la Révolution et tout l'Empire, de 1789 à 1815, présentait évidemment de très mauvaises conditions pour provoquer ou maintenir un essor industriel. A plus forte raison, lorsque plus rien n'existe et qu'il faut créer d'abord une organisation nouvelle.

On sait avec quelles difficultés financières la Révolution s'est trouvée tout de suite aux prises : la disparition subite des valeurs monnayées, la moitié du territoire en insurrection, l'accaparement des denrées, la famine, les assignats. Elle

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paya ainsi immédiatement elle-même la rançon de la faute commise par la chute des corporations. Celles-ci auraient peut-être pu conserver un certain élément de stabilité et de production financière et industrielle, dans tout ce désordre; on a vu de quel secours elles furent bien souvent au pouvoir royal embarrassé.

Après la période héroïque de la Convention, dès le Directoire et le Consulat, on vit surgir de partout une nouvelle catégorie sociale de plus en plus envahissante. De nos jours, on l'appellerait celle des nouveaux riches. Alors, ce sont les accapareurs, les agioteurs, surtout les fournisseurs militaires ou les revendeurs de biens nationaux, toutes gens qui avaient su fort bien faire leurs petites affaires au nom et sous les auspices de la République une et indivisible, et qui, une fois la tempête passée, faisaient prendre l'air à leurs millions. Il est instructif de relire cela dans le livre si documenté des Goncourt sur la Société française pendant le Directoire. Nous aurons peut-être besoin de nous y reporter de nouveau dans notre après-guerre, car nous pourrions bien assister à des phénomènes analogues. C'était alors la première réapparition de ces puissances d'argent, qui avaient joué un si grand rôle dans les deux derniers siècles de l'ancien régime, et qui ont tenu une place non moins grande dans tout notre xix* siècle, sous le nom plus moderne de Capitalisme.

L'état de guerre, de révolution ou d'anarchie

leur importe peu. Toutes les conditions, toutes les circonstances sont bonnes pour gagner de l'argent, et précisément encore plus les périodes de troubles ou de disette.

Ces capitalistes ne firent que s'épanouir et se fortifier pendant toute la durée du Consulat et de l'Empire. Ils avaient, avec les fournitures aux aimées et avec les emprunts publics, une mine inépuisable. Ils surent égalemnt très bien butiner sur toute l'Europe, à la suite de nos armées triomphantes. L'ironie populaire a gardé le souvenir d'un traitant aux armées du nom de Rapinat, duquel on se demande :

Si Uapinat vient <\e rapine — ou rapine de Hapinat.

A la Restauration, un certain arrêt, par prudence. On veut voir où souffle le vent, et il souffle d'abord en tempête contre les profiteurs et les régicides. Mais la Terreur blanche passe Vite. Tout régime a besoin d'argent, et les émigrés n'en ont guère rapporté dans leurs poches. Heureusement que les grands financiers et les grands capitalistes sont là. La Restauration ellemême dut donc composer avec eux, malgré l'arrogance des émigrés.

Il serait amusant d'étudier plus en détail dans l'histoire la place que surent se tailler très vite toute cette noblesse d'Empire et toute cette oligarchie dans les conseils et les gouvernements de Louis XV 111 et de Charles X, et leur influence so-

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ciale grandissante. La fortune des Rothschild date de cette époque. Le baron Pillet-Wili est un des membres les plus importants de la Chambre; de même le banquier Laffitte, lequel sera un des promoteurs de la Révolution de 1830.

Il y eut, pendant cette longue période de quarante années, plusieurs tentatives pour obtenir la résurrection des corporations. Napoléon luimême, à deux reprises, s'y montra favorable, mais le temps lui manqua pour exécuter son projet. Toutes les autres initiatives furent enrayées, dès leur origine, par l'opposition persistante des Chambres de Commerce et de la grande finance, notamment en 1805, et aussi en 1817, avec le banquier Pillet-Will.

D'ailleurs la transformation industrielle qui se préparait depuis l'invention de la vapeur, vint bientôt rendre vaines toutes ces tentatives, par la formidable révolution économique due à l'apparition, après 18S0, de ces deux éléments nouveaux, le machinisme et la grande industrie.

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