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IV. — Lear action commerciale

Sur le terrain commercial, l'œuvre des syndicats patronaux a été très fournie, très persistante, et souvent très efficace. Ils sont vraiment là dans leur domaine privé, et s'y sentent à l'aise.

Pourtant les syndicats n'ont pas encore le

droit de faire du commerce en tant que syndicats, — ce qui est parfaitement paradoxal. Mais ils peuvent agir indirectement par des coopératives ou par des sociétés anonymes dont tous les titres sont entre leurs mains.

En fait, presque tous donnent ainsi la plus grande place à l'étude et à la défense de leurs intérêts directement commerciaux et c'est parfaitement logique. Cette action commerciale des syndicats patronaux prend les formes les plus variées. Elle ne va guère encore jusqu'aux trusts et aux cartels, comme en Amérique et en Allemagne, mais elle y tend et elle arrivera certainement très vite à des organismes analogues après la guerre.

Propagande syndicale et achalandage collectif. — C'est surtout parmi les produits de marques, comme il est naturel, que l'utilité d'une propagande syndicale et d'une publicité collective s'est d'abord manifestée. Ce groupe des produits de marques est en France très vivace, et particulièrement développé, puisqu'il embrasse à la fois toute l'alimentation, la pharmacie et la parfumerie, la librairie et les créations artistiques, l'article de Paris et l'article de ménage, en un mot l'interminable liste des spécialités de toute catégorie, (3.000, rien que pour les spécialités pharmaceutiques.) Remarquons que sa caractéristique économique est de mettre toujours en présence trois éléments différents : le fabricant, le commerçant-détail-

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lant et le consommateur, dont il faut concilier les intérêts.

Nous avons donc vu apparaître assez vite des marques collectives dont la propriété appartient au syndicat, ou sur lesquelles le syndicat a des droits spéciaux, et que, par conséquent, chaque membre a intérêt à favoriser.

Citons la marque Sadla pour les produits alimentaires, exploitée par la Société Auxiliaire de l'Alimentation, (S.A.D.L.A.), laquelle n'est pas autre chose que le groupement en société anonyme par actions d'un millier de grands épiciers de province. Citons en outre, en Pharmacie, la marque Sogredof, propriété du Syndicat des Grandes Pharmacies, (105 membres).

Comptoirs d'Achat. — Certains syndicats de détaillants se sont préoccupés d'assurer à leurs adhérents des facilités d'achat et d'approvisionnement, en les faisant bénéficier du maximum de remise par la réunion des commandes. Ces organismes, dont la pratique s'est vite généralisée, n'affectent pas toujours la forme syndicale; ils gardent le plus souvent un caractère de groupement amical et officieux. Nous trouvons cependant le Comptoir Moderne des Spécialités (Mille), qui est une émanation du Syndicat des Pharmacies Commerciales, et Y Amicale de l'Alimentation Parisienne (Olida), qui est une section de la Fédération de l'Epicerie Française.

Comptoirs de vente. - — On ne trouve pas encore de comptoirs de vente de produits syndi-

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eaux, à part- la Sadla, et quelques bureaux de commandes ou d'échantillons. Les sociétés à succursales multiples, (dépôts Nicolas, Ruches diverses, Union commerciale de Meaux, Société du Casino de Saint-Etienne), ne présentent en effet à aucun degré le caractère corporatif. Nous trouverons cependant un peu plus loin les comptoirs industriels collectifs, mais ils relèvent d'une conception différente.

RÉGLEMENTATION DES PRIX DE VENTE. — A l'in-

verse, le:-; syndicats qui se sont efforcés d'éviter la concurrence au rabais entre détaillants sui les produits de marque, et l'avilissement des prix, sont très nombreux. Cette réglementation des prix de vente, d'ailleurs reconnue et sanctionnée par les tribunaux, est aujourd'bui généralisée pour presque toutes les grandes firmes d'alimentation, de pharmacie, voire même pour la librairie. Chose curieuse, ce ne sont pas les détaillants qui ont pris cette initiative, mais les fabricants eux-mêmes.

Les prix de vente au public s'étaient en effet tellement galvaudés pour la plupart des grandes marques, que le détaillant, ne trouvant plus aucun profit à leur vente, les boycottait systématiquement et offrait à leur place aux consommateurs des contrefaçons ou des imitations. Cette manière de faire s'était si bien généralisée, qu'elle avait fini par causer un sérieux dommage aux spécialités, lesquelles ne se soutenaient plus qu'à grand renfort d'une énorme pu-

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blicité fort onéreuse. C'est une mauvaise situation en effet pour un produit que d'avoir pour ennemi l'intermédiaire indispensable.

Il était dès lors tout indiqué de se faire des auxiliaires dévoués des détaillants, au lieu de les avoir pour adversaires. Le moyen était du reste très simple. Il suffisait de les amener tous à vendre au public chaque marque à un prix uniforme partout, du grand magasin au petit boutiquier, en les obligeant à conserver pour eux la totalité de la remise commerciale, et en leur interdisant d'en sacrifier une partie au profit du consommateur, comme ils le faisaient jusque-là.

Plusieurs systèmes pour arriver à ce résultat ont été inventés; certains, surtout en pharmacie, sont assez compliqués. Il y a la prime Lorette, adoptée par le Syndicat général de la réglementation des produits pharmaceutiques, (230 membres). Avec la prime Lorette, toutes les spécialités adhérentes sont vendues au pharmacien détaillant au même prix qu'il doit lui-même les céder au public, et payées par lui à ce prix du public. Les factures d'achat sont ensuite centralisées an syndicat, en fin d'exercice, et la ristourne est remboursée au détaillant, sur le vu de ces factures.

Il y a aussi le ticket-prime. Dans ce cas, comme dans le précédent, la spécialité est vendue au pharmacien détaillant au prix réglementé, mais chaque produit est muni d'un ticket-prime que le détaillant détache, revêt de sa

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signature et se fait rembourser par le fabricant.

Dans l'alimentation, en parfumerie et en librairie, en applique un mode de réglementation beaucoup plus direct. On facture les détaillants au prix commercial, mais en faisant signer à chacun l'engagement de respecter la réglementation. Les tribunaux sanctionnent cette réglementation, nous l'avons dit. Ils admettent même qu'il n'est plus nécessaire de produire un engagement séparé signé par chaque détaillant et pour chaque article, ce qui n'en finirait plus; il suffit de faire la preuve que le détaillant a eu connaissance de la réglementation, soit par voie de circulaires générales, soit par l'apposition sur le produit d'un timbre spécial, souvent qualifié timbre de garantie ou label.

Le Label. — Cette institution du label, encore à ses débuts, est appelée à notre avis à prendre une très grande extension après la guerre. Elle aura en effet le triple mérite : 1° d'être une garantie d'origine du produit, et par conséquent d'éliminer indirectement toute la concurrence boche, comme nous l'avons montré plus haut, (c'est déjà le cas pour le timbre récent « Unis- France »); 2° d'être la preuve de la réglementation de la marque, condition précieuse pour le détaillant; 3° d'être enfin, si le contrôle est impitoyablement pratiqué, la meilleure garantie de la qualité réelle du produit, condition essentielle pour le consommateur.

L'Exportation. — Beaucoup de grandes mar-

ques se sont également concertées pour poursuivre en commun leur propagande d'exportation. Elles arrivent ainsi à réduire les frais d'achalandage, d'échantillonnage, de publicité, de voyageurs dans de très notables proportions. C'est le cas, en Amérique du Sud, pour un groupe de grandes spécialités pharmaceutiques, (Comar).

Il existe en outre depuis peu une Association Nationale d'Expansion Economique, (David- Mennet, président de la Chambre de Commerce de Paris), qui paraît destinée au plus grand avenir, car elle s'inspire des plus larges conceptions syndicales.

Ce système de l'exportation collective est tout à fait à ses premiers essais et très rudimentaire encore. La question est pourtant d'importance et méritera d'être poussée au premier plan.

Action financière. — L'œuvre financière des syndicats patronaux est, elle aussi, à peu près inexistante. Elle est encore dans « le monde des possibles », comme disait le philosophe Leibnitz. Le crédit syndical reste toujours à l'état théorique, sauf cependant pour le crédit agricole, qui a admirablement réussi. En dehors des caisses agricoles, c'est tout au plus si nous trouvons à Paris un Sous-Comptoir des Entrepreneurs, destiné à procurer aux entreprises du bâtiment des crédits pour les immeubles en construction.

Qui pourtant serait mieux qualifié que le syn-

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dical pour connaître et estimer le crédit réel de ses membres et correspondants, et pour le contrôler ou le garantir au besoin? Le crédit mutuel syndical et intersyndical sera probablement l'institution la plus essentielle du nouveau régime économique et la plus urgente. Il devra être étudié à fond et réalisé sitôt l'aprèsguerre.

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