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I. — Les débuts du syndicalisme ouvrUr en Angleterre

C'est en Angleterre que le mouvement syndical ouvrier prit naissance, aux environs de 1800; il acquit bien vite une extension considérable, avec les célèbres Trade-Unions. Mais comme il a suivi depuis lors en France et dans les autres pays, quoique avec un certain retard, exactement la même évolution et franchi exactement les mêmes étapes, pour des causes semblables, il n'y a pas d'intérêt à faire un historique complet différent pour chaque peuple, ce qui nous exposerait à des redites.

Nous nous bornerons donc à signaler, d'après les consciencieux historiens Georges Renard, Paul-Louis, Webbs, les faits saillants, au fur et à mesure que nous les rencontrerons dans les divers pays.

En Angleterre, bien plus encore qu'en France, la loi se montra tout d'abord systématiquement hostile à tout groupement corporatif ouvrier. Le

bill anglais de 1799 contre les coalitions permanentes, inspiré par la peur de la Révolution française, rendait les contrevenants passibles de pénalités sévères, dont le minimum était trois ans de prison ou deux mois de hard labour. Ce bill, impitoyablement appliqué, fut bientôt étendu à tous les métiers. Au besoin même, on invoquait une loi encore plus dure de 1797, qui interdisait toute affiliation entre sociétés et infligeait la déportation pour conjuration séditieuse.

Enfin, on fit revivre contre les coalitions temporaires, (c'est-à-dire contre les grèves), une vieille loi « Maître et Serviteur », laquelle assimilait les ouvriers à des serviteurs attachés à la personne du maître, considérait le fait de grève comme la rupture d'un contrat domestique et punissait la simple cessation de travail, concertée ou non, de trois mois de prison. Bien entendu la parole du maître faisait foi en justice, et le témoignage de l'ouvrier n'était jamais admis.

Ne pouvant supprimer la loi, les ouvriers anglais songèrent à la tourner et à ruser avec elle. Ils s'y prirent de deux manières, lesquelles fonctionnèrent tour à tour suivant les circonstances et les nécessités du moment, — la manière insinuante et la manière forte.

L'emploi simultané de ces deux tactiques ne fut pas, du reste, particulier à l'Angleterre; on le retrouve dans tous les autres pays, notamment en France. C'est même encore aujourd'hui, où le droit corporatif est pourtant passé dans les lois,

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lin sujet de périodiques controverses entre socialistes et syndicalistes, que de savoir s'il convient mieux de préconiser les méthodes réformistes ou la doctrine révolutionnaire.

En 1800, sans avoir concrétisé les théories rivales, les ouvriers anglais surent très bien en faire la mise en pratique.

D'une part, ils fondèrent ouvertement des associations amicales qui, sous couleur de sociétés de secours mutuels, (benefiis clubs), se donnèrent les allures les plus innocentes. Elles se bornaient à secourir leurs membres en cas de maladie ou de chômage involontaire, et s'interdisaient dans leurs statuts toute entente illicite pour la hausse des salaires. Ces benefits clubs, bien sages cl bien prudents, constitués surtout dans les milieux artisans supérieurs, se firent tolérer par les gouvernants et arrivèrent rapidement h acquérir une certaine extension. On trouve des amicales florissantes d'imprimeurs, de tonneliers, de brossiérs, d* tailleurs, de bottiers, de charpentiers, d'ébénistes, tous métiers qualifiés, comme on dirait maintenant; certaines purent même élaborer des tarifs d'accord avec les patrons.

Mais, parallèlement aux benefits clubs, toute une agitation ouvrière clandestine et franchement révolutionnaire se créa et se développa dans l'ombre, n'hésitant pas à professer les plus farouches et les plus tragiques doctrines secrètes de l'ancien compagnonnage. Ce n'était pas toujours de la littérature; les actes étaient sou-

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vent d'acord avec les théories, — grèves sanglantes, attentats contre les patrons et contre les gouvernants, mesures des faux frères, incendie des usines, bris de machines* émeutes populaires, telle la grande grève c|Ui éclata en 1810 parmi les mineurs.

Le gouvernement anglais, pourtant si fier de ses traditions libérales, se montra impitoyable dans la poursuite de ces sociétés secrètes, ou lucidités, et \à répression sanglante des grèves et émeutes. Franchement, il y avait raison suffisante, car l'ordre public était véritablement en danger. D'ailleurs, quand les Anglais se mettent à faire de la Violence ou de la révolution, ils ont vite fait de dépasser les peuples les plus remuants.

Jusqu'en 1824, cette agitation fut extrême «t quasi permanente. La lutte se poursuivit sans merci de part et d'autre, avec des fortunes diverses. Mais à partir de 1820, une nouvelle tactique, favorisée sans doute dans son éclosion par l'essoufflement des adversaires, fit son apparition. Ce fut la tactique politique, représentée auprès des ouvriers par le tailleur Francis Pièce et soutenue au Parlement par le philosophe Hume, l'un des protagonistes du libéralisme économique. Ce nouveau parti demandait l'abolition des lois contre les coalitions professionnelles et les grèves, (bills de 1797 à 1799).

« Il engagea la lutte* dit Georges Renard, sur itn terrain où les adversaires devaient être gê-

nés et vaincus par leurs propres principes. Il fit saillir la contradiction inique qui consistait à proclamer la libre concurrence, le laissez faire en matière économique, et à contester aux ouvriers la liberté de s'entendre pour ne pas travailler ». Une enquête rapidement menée aboutit en 1825 à l'abrogation de la loi de 1799. Le marchandage collectif du travail et par conséquent la grève devenaient choses légales. Le même résultat ne sera obtenu en France qu'en 1864.

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