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II. — Les Trade- Union

C'est à partir de cette date de 1825, que les véritables Trade-U nions apparurent en Angleterre; elles prirent bientôt une extension considérable. L'effervescence fut extraordinaire et l'émulation contagieuse. Tous les métiers se syndiquent, les uns après les autres. Il se forme même des unions locales des divers métiers et des fédérations nationales.

En 1831, se créée une Association Nationale pour la protection du travail, avec son journal, la Voix du Peuple. En 1833, apparaît une grande Union nationale consolidée des métiers, qui est presque déjà une Confédération générale du Travail.

Cette C. G. T. précoce, sous l'action ardente de Robert Owen, reerute en quelques semaines 500.000 adhérents, et lance tout de suite le mouvement unioniste en plein courant de socialisme révolutionnaire et utopique, proclamant la vertu

de l'action directe, de la lutte des classes, réclamant pour les ouvriers la propriété collective des instruments de travail, préconisant le fédéralisme corporatif par les coopératives de production, décrétant enfin la grève générale pour le 1er mars 1834. On croirait entendre, dès 1833, les apôtres français du marxisme allemand. Le retentissement fut énorme dans tout le pays britannique.

Naturellement la lutte reprit aussitôt entre les forces antagoniques, mais cette fois principalement sur le terrain légal, malgré les menaces révolutionnaires de Robert Owen.

Un bloc patronal, l' A lliance des manufacturiers, se forma d'urgence, en face du bloc ouvrier. Menacé de la grève générale, il prit les devants et organisa toute une série de lock-out, ne consentant à embaucher que ceux qui s'engageaient à ne faire partie d'aucune trade-union. La grève générale, annoncée pour le 1" mars, dut être ajournée au 2 juin, puis au 1" septembre, et finalement elle n'eut pas lieu. Il n'y eut que de» grèves partielles et locales sans cohésion et sans ampleur, qui échouèrent successivement.

Les gouvernants, désormais vainqueurs, organisèrent la répression. La loi « Maître et Serviteur » n'avait pas été abolie en 1825. On la remit en fonctionnement et les tribunaux prononcèrent des condamnations impitoyables à la déportation, pour atteintes à la liberté du travail et pour conspiration, (affaire de Dorchester),

condamnations qui furent maintenues malgré un meeting monstre le 21 octobre 1834. Dès la fin de cette même année 1834 la grande Union agonisait.

Il ne restait rien de cette rapide flambée révolutionnaire qu'une grande lassitude chez les ouvriers et un affaiblissement manifeste des Trade-Unions. Aussi y prirent-elles un dégoût et une méfiance des utopies sociales qui constitueront dorénavant le trait saillant et très remarquable de leur caractère jusqu'aux toutes dernières années.

A partir de 1842, elle concentrèrent toute leur activité sur le terrain corporatif, s'interdisant formellement toute action politique, limitant volontairement leurs efforts à l'obtention des améliorations professionnelles pratiques. Il n'est pas douteux que cette sage méthode, systématiquement poursuivie pendant plus d'un demi-siècle, leur a valu les résultats les plus efficaces et les a rapidement conduites à une prospérité remarquable.

Les Trade-Unions négocient pacifiquement désormais, tantôt avec les patrons, avec qui elles ne- dédaignent plus de s'entendre, tantôt avec l'Etat, dont elles revendiquent maintenant la protection, et avec lequel elles traitent bientôt de puissance à puissance.

Elles obtiennent ainsi successivement l'abolition des droits sur l'importation des blés, (campagne du pain cher), l'application stricte de la

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loi sur les apprentis, la journée de dix heures pour l'industrie textile, (1847), puis toute une série de lois ouvrières, avec notamment la journée de huit heures aux mineurs (1863), ia reconnaissance légale formelle des groupements corporatifs, le droit de posséder et d'ester en justice (187 î), ce qui correspond aux lois françaises de 1884 et de 1900, enfin en 1875 l'abrogation de ia fameuse loi « Maître et Serviteur », dont l'équivalent français, l'article 1781 du Code pénal, disparait dès 1868.

Les Trade-Unions sont aujourd'hui une des forces sociales les plus considérables de l'Etat anglais. En 1906 elles comptaient 1.161 groupes, comprenant 2.106.283 membres ; leurs fonds de réserve s'éleyaient à la somme énorme de ISO millions de francs. En outre elles dirigent beaucoup de coopératives et d'institutions ouvrières très florissantes, remplissent les conseils municipaux et les commissions scolaires, exercent une action électorale souvent décisive, faisant pencher la balance à leur gré, (et suivant leur intérêt du moment), tantôt du côté conservateur, tantôt du côté libéral.

C'est même comme cela qu'elles ont recommencé, depuis quelques années, à se mêler de politique active pour leur propre compte, et qu'une fraction très importante s'est réclamée des principes et du programme socialistes, sous le nom de Labour Parîy.

Le Labour Party a ses fédérations de métiers,

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(amalgamations), ses Bourses du travail, (trades councils), et même sa C. G. T. avec un congrès annuel, qui a pris bientôt l'ampleur d'un véritable parlement du travail, exerçant son action et son contrôle sur les élus du Labour Party à la Chambre des Communes.

Deux courants, surtout visibles depuis 190G et l'élection de 54 députés travailllistes, avec John Burnes, luttent aujourd'hui pour la prééminence unioniste, — l'ancienne tendance réaliste et strictement professionnelle, et la nouvelle doctrine politique et socialiste. A l'inverse de ce qui se produit en France, outre-Manche le syndicalisme est réformiste et c'est le parti socialiste qui est révolutionnaire.

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