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III. — Les Bourses du Travail

En même temps que les fédérations nationales, et en vertu des même raisons de solidarité ouvrière, sont nées les unions locales ou régionales des syndicats de tous métiers. Il semble même que les syndiqués ont acquis plus rapide-

(1) Voir en appendice tableau d'ensemble, page 409.

ment la notion de solidarité avec leurs voisins des autres professions qu'avec leurs lointains camarades du même métier. Ces unions de syndicats ayant leur siège commun dans un immeuble offert le plus souvent par les municipalités et appelé Bourse du Travail, c'est cette dernière dénomination qui a prévalu.

La première Bourse du Travail fut fondée à Paris, comme il convenait, dès 1887, et installée dans un immeuble de la Ville, sur rapport de Mesureur, avec une forte subvention municipale, (plus de 2 millions).

Ensuite vinrent les autres grandes villes, Marseille, Bordeaux, Lyon. L'Office du Travail signale 109 Bourses en 1905 et 140 en 1910, avec 2.566 syndicats adhérents et 520.692 affiliés. Le congrès confédéral de Toulouse de 1910 en recense 154 adhérentes à la C. G. T.

La statistique officielle de 1914 en relève 143, dont 138 affiliés à la C. G. T. avec 2.136 syndicats et 485.608 membres, et 7 Bourses indépendantes avec 43 syndicats et 4.796 membres. Ici aussi la concentration syndicaliste tend à amener la disparition des petites Bourses par fusion. Certains départements n'avaient pas encore de Bourses au 1er janvier 1914, Hautes-Alpes, Basses-Alpes, Lozère, Ain, Ardèche, tandis qu'on en comptait 8 dans l'Hérault, 6 dans le Cher, 6 dans le Var (1).

(1") Voir statistique en appendice, page 408.

La vie encore courte des Bourses du travail a été particulièrement agitée. Elles se sont montrées tout de suite extrêmement militantes et batailleuses, à l'inverse des fédérations, plus pacifiques et moins actives. Cela résulte de la nature même des choses. Les fédérations, à part les périodes de grève, n'ont entre leurs sections que le lien périodique d'un congrès annuel, tandis que les Bourses ont en tout temps tout leur personnel sous la main. Par suite elles se sont bien vite transformées en parlotes permanentes.

Comme elles associaient des professions diverses et qu'elles devaient négliger les desiderata particuliers de chaque corporation, elles se sont inévitablement haussées aux revendications générales du prolétariat, avec tout son programme le plus révolutionnaire, — action directe, lutte des classes, suppression du capitalisme, socialisation de la production, grève générale. Les congrès de la Fédération des Bourses, de 1892 à 1902, dont Pelloutier a écrit l'histoire, sont caractéristiques de cet état d'âme.

Aussi ont-elles été en guerre ouverte tout de suite avec les pouvoirs publics et les corps constitués, souvent même avec d'autres groupements ouvriers parfaitement orthodoxes, mais rivaux.

A l'exemple de Paris, beaucoup d'autres municipalités avaient concédé des immeubles aux Bourses et les subventionnaient. Comme elles émirent la prétention de contrôler ce qui s'y passait, la bonne entente ne dura guère. A Paris,

Lyon, Alger, la querelle fut particulièrement vive et prolongée, avec fermeture administrative répétée de la Bourse, puis réouverture, puis transformations réglementaires successives. Un modus vivendi paraît s'être établi vers 1906 et l'agitation s'est calmée peu à peu.

D'ailleurs, à partir de 1906 précisément, l'intérêt d'actualité abandonne les Bourses pour passer à la Confédération Générale du Travail, laquelle relègue les Bourses et les fédérations au second plan et prend pour elle le premier rôle avec une maîtrise incontestable.

Il serait cependant injuste d'abandonner les Bourses du Travail sans dire qu'à côté de toutes leurs manifestations militantes et marxistes, elles ont su pourtant assurer très bien les services corporatifs essentiels pour lesquels elles avaient été créées, placements, cours professionnels, bibliothèques, où elles se sont substituées à leurs syndicats adhérents pour des commodités administratives. Citons notamment, au 1" janvier 1914, 1.114 bureaux de placement et 447 cours professionnels (1).

Tout ceci prouve que les Bourses du Travail, lesquelles sont spéciales à la France et n'ont d'équivalent ni en Angleterre ni en Allemagne, répondaient bien à une nécessité organique de notre concentration svndicale.

<1) Voir en appendice la statisque de ces institutions syndicales, page 407.

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