‹ L'armature sociale;Chapitre 54 sur 98 · V. — Les Résultats acquis · texte numérisé non relu

V. — Les Résultats acquis

Le programme des Syndicats agricoles et leur sphère d'activité se sont élargis très vite jusqu'à embrasser toutes les questions qui touchent à la culture et à la condition économique et sociale des terriens, y compris même le crédit mutuel agricole.

Les services très grands qu'ils ont rendus et qu'ils continuent à rendre, les institutions nom-

266 l'armatwre sociale

Creuses qu'ils ont fondées peuvent être rangés en deux catégories bien distinctes :

1° Services réels à la culture et au sol; 2° Services personnels, (économiques et sociaux), aux cultivateurs et aux ruraux.

C'est naturellement par la première catégorie qu'on a commencé. Le paysan est en effet, essentiellement réaliste; il ne croit guère aux belles phrases ni aux avantages purement spéculatifs. Mais lorsqu'il a pu toucher du doigt que, grâce aux syndicats, les engrais lui coûtaient 40 a 50 0/0 de moins et qu'ils étaient meilleurs, qu'au lieu de vendre sa récolte à vil prix, on lui donnait les moyens de la faire valoir cher, alors il s'est rendu compte et il est entré corps et âme dans le mouvement syndical.

La première institution a été, — nous l'avons vu, — un comptoir d'achat en commun des engrais et des autres matières premières OU semences. C'était bien pour le petit cultivateur question capitale, et où il était inapte à opérer lui-même, par ignorance, par manque de crédit et d'autorité.

Le syndicat a groupé les commandes de tous ses adhérents; il s'est substitué à eux pour les transmettre aux fabricants, débattre avec eux les conditions de prix et de qualité, assurer les transports à tarifs réduits, effectuer enfin la répartition et le paiement. Le système s'est bientôt perfectionné par l'installation d'entrepôts

corporatifs permanents, judicieusement installés, où l'on peut s'approvisionner en tout temps et sans délai. Pour couvrir ses frais, le syndicat ne garde pour lui qu'une très minime commission, et fait ainsi bénéficier ses commettants de toute la différence entre le prix de fabrique et le prix de détail. Certains grands groupements possèdent même aujourd'hui leur propre fabrique d'engrais.

Les marchands de produits chimiques se sont fortement insurgés au début, et il y a eu tout d'abord une lutte fort vive. Mais ils n'ont pas été les plus forts. Et puis ils ont bientôt compris qu'ils trouveraient certains avantages au nouvel ordre de choses : suppression des frais de voyageurs ou représentants, des frais de publicité, garantie d'écoulement de toute leur production achetée en bloc, suppression de tout risque de non-paiement par la caution syndicale. L'entente cordiale s'est donc si bien établie que désormais les fabricants ne veulent plus guère connaître que les syndicats comme clients; dès 1899, dans la Côte-d'Or, sur 15 millions de kilogrammes d'engrais, 3 millions seulement allaient à des non syndiqués.

Aussi, cette institution des achats en commun a-t-elle été bientôt étendue à toutes les autres fournitures agricoles : semences, tourteaux, outils et instruments agricoles, sels dénaturés, sucre pour vendanges, soufre, sulfate de cuivre, produits œnologiques, plants de vignes, etc. Dès

1899, vingt-cinq grands syndicats arrivaient à faire ainsi un chiffre d'affaires de 231 millions de francs par an (1). De Rocquigny estime le chiffre global en 1908 à 200 millions.

On a même dépassé la mesure dans beaucoup de centres, en voulant étendre l'exploitation aux articles de ménage, par la création de véritables coopératives de consommation. Mais le « Syndicat-Epicier » s'est tout de suite heurté aux difficultés d'organisation et de fonctionnement de toutes les coopératives; il y a eu quelques faillites retentissantes et l'on n'a pas insisté.

Page 1